‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 75 sur 122 · M. DE BOULLOGNE · texte numérisé non relu

M. DE BOULLOGNE

\wr ^ 1891. àe radministration. Il publia, en cette qualité, plusieurs maudemeiits et ordonnances, particulièrement le 7 août 1808, pour rappeler l'exécution de rindult du 9 avril 1802 sur la translation des fêtes de PÉpiphanie, de la Fête-Dieu, des apôtres saints Pierre et Paul, et des saints Patrons des paroisses, au dimanche le plus proche du jour où elles tombent. L'inobservance de ces prescriptions jetait du désordre dans l'administration du diocèse.

M. de Boullogne (Ëtienne-Ântoine), né k Avignon en 1747, fut nommé évéque de Troyes à la fin de 1807. Il fut préconisé à Rome dans le consistoire du 11 juillet 1808, et sacré le 2 février 1809 ; mais il ne vint prendre possession de son siège qu'un peu plus tard, par des causes indépendantes de sa volonté. Sa première lettre pastorale est du 20 mars 1809. Il y prend les titres d'évêque de Troyes, de Chàlonssur-Marne et d'Auxerre , baron de l'empire , aumônier ordinaire de S. M. l'empereur et roi. Sa réputation bien méritée d*orateur éloquent lui avait valu depuis longtemps des succès dans le monde. Il avait prêché à la cour de Louis XVI dès 1783. En 1784, l'évéque de Ghâlons le nomma archidiacre et chanoine de sa cathédrale. Ëlu en 1789 député de Paris k l'Assemblée constituante, il avait refusé le serment à la constitution du clei^é. Détenu, puis mis en liberté jusqu'à trois fois pendant la Terreur, il échappa heureusement à une mort certaine. M. de Boullogne se livra ensuite k la rédaction des Annales religieiues qui devinrent les ilnnalei catholiques^ où il prit souvent ^ partie les constitutionnels. Le rétablissement du culte lui rouvrit la chaire, dans laquelle il brilla d'un nouvel éclat. L'empereur, frappé de son talent, le nomma au nombre de ses chapelains. Après avoir été promu à un siège d'Italie, qu'il refusa parce qu'il ne connaissait pas la langue de ce pays, il fut choisi pour celui de Troyes.

L'élévation des pensées et la profondeur qui distinguent le premier mandement de M. de Boullogne promettaient un prélat destiné à raviver l'esprit chrétien dans le diocèse de Troyes. Il y signale Télat des popu«* latioos des campagnes que menace la corruption, parce qu'elles sont privées de pasteurs. En effet, sur plus de 800. paroisses dont se composait alors son vaste diocèse, le tiers était sans curés. Aussi s'écrie-t-ii : a La morale se perd faute de culture et d'éducation chrétienne. Eiem-

ÉVÊQUB DE TROTES. 599

» pie trop sensible, qai démontre aux moins clainroyants quMl n^j latn h i8si. » a point de religion sans pasteurs, et point de mœurs sans religion, n En vain les sages du siècle voudraient, à force d'art, obscurcir cette » vérité ; toujours il sera vrai de dire que rien ne pourra jamais suppléer D aux douces insinuations de Fautorité pastorale , qu'elle peut seule

> simplifier les opérations si pénibles et si compliquées du gouverne-

> ment, et que partout où les ministres de la charité disparaîtront, il

> faudra nécessairemejat multiplier les ministres de la justice. > L'indifférence qui animait déjà les peuples est aussi l'objet des regrets

du prélat ; cependant il compte beaucoup sur le rétablissement des écoles chrétiennes et sur l'Université nouvellement organisée, pour obtenir, après un certain temps, de meilleurs résultats.

La confiance die M. de BouUogne dans le gouvernement impérial, inspirée sans doute un peu par la reconnaissance et aussi par le désir de fortifier l'autorité renaissante, lui dicte souvent dans ses mandements de pompeux éloges. La grande victoire de Wagram, la paix avec l'Autriche, inspirent sa plume féconde. Le mandement sur la naissance du roi de Rome est un modèle du genre. Ses souhaits de perpétuité pour la nouvelle dynastie se mêlent agréablement aux chants de triomphe et de gloire. La ville d'Auxerre vit une seule fois dans ses murs M. de BouUogne au mois de juillet 1809; encore ne fit-il qu'y passer rapidement et presque incognito, de sorte que la réception qu'on se proposait de lui faire n'eut pas lieu.

Quelques jours après la naissance du roi de Rome, il vint à Paris assister au concile national convoqué par l'empereur pour remédier aux difficultés qui subsistaient entre le pape et lui. Napoléon avait violemment annihilé la résistance de Pie YII au système continental. La politique l'emporta sur le respect dû au vicaire de Jésus-Christ, et le pape se vit successivement déposséder de ses états, et emmener prisonnier à Savonne. Mais ces actes de force matérielle ne pouvaient rien sur le spirituel ; le pape refusait de confirmer les évéques nommés par l'empereur, et nombre de diocèses demeuraient sans pasteurs.

C'était pour remédier à cet état de choses, qui devenait inquiétant, qu'un concile était convoqué à Paris, le 17 juin 1811. M. deBoullogne y prononça le discours d'ouverture, où il examina Vinfluence de

Page 1