‹ Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocese, continues jusqu'a nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotationsChapitre 76 sur 122 · M. DE BOULLOGNE · texte numérisé non relu

M. DE BOULLOGNE

im à 1831. ^ religion caûiolique sur V ordre social et le bonheur des empires. L'empereur, dit-on, vit ce discours d'un mauvais œil. M. de BouUogne, qui fit ensuite partie delà commission chargée de la réponse au message de Napoléon au concile, avait composé la rédaction de cette pièce, dans laquelle on déclarait que Ton demanderait la permission d'envoyer au pape une députalion qui lui exposât l'état déplorable des églises. L'empereur propose un décret pour couper court k tout, et demande que dans le cas où le pape n'aurait pas , dans les six mois , confirmé les nouveaux évéques, ce droit serait dévolu au métropolitain. La commission décide qu'on soumettra le projet de décret au pape : alors l'empereur irrité casse le concile le soir même, 10 juillet, et fait arrêter et conduire à Yincennes l'évêque de Troyes, ainsi que les évèques de Gand et de Tournay.

Au mois de novembre, M. de BouUogne est obligé de remettre sa démission et une promesse par écrit de ne plus se mêler des affaires de son diocèse et de n'y entretenir aucune correspondance. C'était la condition de sa mise en liberté. II fut ensuite envoyé en surveillance à Falaise. Alors il s'éleva dans le diocèse de Troyes une division qui prenait sa source dans l'illégalité de la mesure dont était frappé M. de Boullogne. Une partie du clergé regardant sa démission comme forcée, envoya consulter le pape qui répondit, en effet, que les droits de l'évêque étaient entiers et que le Chapitre n'avait aucune autorité. M. de Boullogne, lui-même, pressé de se prononcer, avait dit a que dans la situation rigoureuse où » il se trouvait, il ne pouvait rien répondre. »

Alors l'abbé Arvisenet qui, jusqu'au mois de juin 1815, avait signé les mandements comme vicaire général du Chapitre, collectivement avec M. Treffort, se refusa à continuer et publia sa rétractation. L'éclat de cette démarche, qui acquérait beaucoup de poids par la considération dont jouissait son auteur, décida le gouvernement à demander à M. de Boullogne une nouvelle démission. Celui-ci ayant refusé de la donner, fut encore jeté dans les prisons de Yincennes, le 27 novembre

M. Alexandre de Gussy fut nommé alors au siège de Troyes, et le Cha-

' pitre, du moins en partie, le reconnut; et, dans un mandement aux curés

du diocèse, en date du 10 novembre 1815, ce corps entreprit de se

ÉVÉQUE DE TROTES. 401

justifier des accusations de schisme dont on le frappait pour avoir 4isurpé ^^ ^ ^^x^ l'antorité deM.de Boullogne captif. M. Yiart fut soupçonné de fomen* ter la résistance dans son doyenné, et la police veillait activement sur ses démarc&es ; mais tout se passa sans éclat.

La chute de l'Empire rendit M. de Boullogne à son troupeau. La persécution qu'il avait éprouvée le grandit encore aux yeux du nouveau gouvernement, dont il épousa chaudement les intérêts.

Son mandement du iO mai 18i4, qui prescrit un Te Deum solennel en action de grâces du rétablissement de la maison des Bourbons, com<^ meoce en ces termes :

« Enfin, nos très-chers frères, après trois années environ d*exil ou

> de captivité, où nous retenoil la plus injuste tyrannie, pour avoir déi> fendu de tout notre pouvoir les droits du saint-siége inséparables de D ceux des évéques, et ensuite pour n'avoir pas voulu souscrire à des

> propositions non moins contraires à notre honneur qu'à notre cons- » cience, il nous est permis de faire entendre notre voix à ce troupeau » chéri dont on a pu nous séparer par la violence, mais que rien n'a » pu nous faire oublier. >

Son retour dans son diocèse y fut a(^cueilli avec joie; cependant, le parti qui s'était prononcé pour le Chapitre ne se résigna que quelque temps après à la soumission. L'évéque prit alors des mesures pour annuler les actes d'usurpation commis pendant son exil, mais sans brait et sans initier le public à ces détails d'intérieur.

L'ancien Âuxerrois , faible portion du vaste diocèse de Troyes , ue recevait que le contre-coup de ces mouvements. M. Yiart continuait de le régir suivant les anciennes traditions. Là vaste étendue du pays soumis à l'autorité de M. de Boullogne ne lui permettait pas de tout voir par lui-même, et il s'en rapportait h M. Yiart pour tout ce qui concernait son doyenné (I).

(1) Sous rEmpire, M. Viart n'était pas toujours d'accord avec le préfet. M. de la Bergerie, qui lui reconnaissait tontes les qualités d'un bon prêtre, Taccusait cependant de pécher par excès de zèle. Il se plaignit même à M de Bodllogne de la vivacité extrême que montrait, dan^ ses sermons, ce vénérable abbé, contre les jansénistes et l'indilTérence des fonctionnaires publics h Tégard de la religion.

Wi M. DE BOULLOOtte, ËVÉQtlfi DE TROYES.

1807 1 1891. D'ailléurâ, la politique absorbait presque tout son temps, et il datait la plupart de ses ittandements de Paris. Son zèle nouveau pour la royauté légitime respire dans tous ses écrits et proclame cette union de Fautel et du trône qui était le rêve des hommes de ce temps*

Les frais du culte entrent sous la Restauration pour une plus grande part dans le budget du département* Le conseil général, dans sa session de 1816, prit une délibération qui augmenta le chiffre de ce chapitre de son budget. Il demanda en même temps l'établissement d'un séminaire dans le département, afin de jfaciliter, par son rapprochement des administrés, Taugmentation du nombre des ecclésiastiques* Il offrit, k cet effet, une somme de 15^000 f. pour aider aux frais de première installation.

Ce corps était animé de vues très*religieuses. Il voyait avec inquiétude diminuer le nombre des prêtres^ sans qu'on fit rien pour y remédier» En 1819, M. le comte de Ghaslellux , rapporteur d'une commission du conseil, fit décider l'adoption d'un projet du préfet tendant h contribuer de 50,000 f* pour les établissements ecclésiastiques qn'on s'attendait k voir fonder.

Hé de Boullogne avait été appelé k l'archevêché dé Vienne lors da concordat de 1817* Mais les circonstances empêchèrent Texécution de cette mesure; toutefois l'arche vêque élu publia alors un mandement an fidèles de son diocèse de Troyes, où il fit l'historique des actes illégaux commis par son Chapitre et des réparations qu'il en avait faites, afin de laisser, dans les archives de l'église de Troyes, une protestation solennelle pour la conservation des vrais principes (1).

Nommé pair de France ^ en 1822, M. de Boullogne nous devint étranger. II passait la plus grande partie de son temps à Paris où il soutenait ardemment les privilèges de l'Eglise et les lois tendant k leur main*

(1) n dît dans son mandement du 17 janvier 1818 : « Nous avons ordonné qoe tons » les actes illégaux qui pou?oîent se trouver dans les registres de notre Chapitre en » disparussent et qu'il n'y restât plus de trace de ces délibérations plus qu'inégu- » Itères. Nous avons déclaré nuls et de nul effet tous les pouvoirs quelconques qui » auroient pu être donnés par les envahisseurs de notre juridiction, et les avonsfait » également disparaître des registres de notre secrétariat, et néanmoins nous avons

M. DE LA FARB, ARCHBTÊQUE DE SENS. 403

tieD. Il consacrait les loisirs que lai laissait la session à composer des i^ ^ ig^i. discours très-goûtés. II mourut d'une attaque d'apoplexie cérébrale dans la nuit du 15 mai 1825. Ses restes furent déposés au Mont-Valérien (1).

L'établissement du siège archiépiscopal de Sens va commencer une nouvelle série de prélats.

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