QUATRE-VINGT-CINQUIÈME ÉVÊQUE D*AD\ERRE
rinstaoee de Jean, doc de Bourgogne, doDt il étoit aimé (1). Quoiqu'il en soit, sa prise de possession suivit de près la translation de Jean de Tboisy. Dès le dimanche 22 février 1410 parurent à Âuxerre mailre Jean Gharton, Mathieu Perroux, curé de Luvigny, et noble homme Anselme du Bellay, qui présentèrent en Chapitre les bulles de translation datées -du i7 septembre précédent, et leur procuration datée du 12 février. Le lendemain ils présentèrent , en Chapitre, à Renaod de Fontaines, président ordinaire k la place du doyen, Tacte de résignation de Jean de Thoisy, lequel étant lu, Jean Cbarton y reçut les sceaux de la cour épiscopale pour marque de la juridiction spirituelle ; mais on ne put s'empêcher de protester, comme on avoit fait a Foccasion des bulles du précédent évéque, que Tobéissance ordonnée dans ces dernières ne pourroit préjudicier aux libertés du Chapitre; et Jean Charton répondit qu'a Tégard de ces libertés, bien loio de les combattre, le futur évéque avoit intention de les conserver, et oe prétendoit pas acquérir un nouveau droit contre ces immu- DÎlés. A rinstant il fut conduit k l'église, et installé par le président dans la chaire de pierre, pendant qu*on chantoit le Gloria in excehis de la messe de la chaire de saint Pierre, remise du jour précédent. Après ce cantique, le secrétaire du Chapitre ayant lu la bulle à haute foix, le procureur fut installé par le même président à la stalle épisco-pale du eêté droit, au dessus du chantre, puis conduit à l'évêché, installé dans le siège de rofficial et investi des clefs du logis , le tout en présence du bailli de Sens et d' Auxerre , et de Jean Régnier, son lieutenant. Le même Jean Çharton, chargé de la procuration de Philippe , exerça aussi en son absence les fonctions de vicaire général, pendant qu'Anselme du Bellay, beau-frère de cet évéque, eut l'intendance du temporel. L'antiquité n'a rien conservé de mémorable durant les quatorze mois qui s'écoulèrent depuis cette première formalité, jusqu'à la prise de possession personnelle ; le seul acte qui fasse men-
UIO à UM.
(1) Dom Estiennot noos a laissé dans une fcrande incertitade, au sujet de Tépoque du «"wanienrenient de son épiscopat. 11 le dit lantôt élu le 15 décembre 1410 selon te registre de Benoit XIII, et tantôt le 17 sep-
tembre 1410 selon celui de Jean XXIII. Il le qualifie au même endroit do bachelier-endroit et d'archidiacre de Soissons. Ex regisL Vaticani.
40 PHILIPPE DES ESSIRTS,
1110 il 1486. *^^" *'® Tévêque d'Auxerre, esl la délivrance qu'il fil le 9 mars 14iO à Fabbé d'Hermières , au diocèse de Paris , d'ua privilège d'Alexandre V en favear de l'Ordre de Prémontré (a).
Au mois de mai 1412, il se rendit k Auxerre pour son entrée solennelle. Il la fit le jeudi de devant la Pentecôte, c'esl-îi-<lire le 19 mai, assisté des quatre barons ou de personnes commises par eux. Robert de Boissay , chevalier , y représenta le roi Charles VI ; mais le baron de Saint-Yerain le porta personnellement. C'étoil Guy d'Aigreville, seigneur en partie de cette terre , k cause d'Isaheau, sa femme, fille de Hugues d'Amboise, chevalier. Ce prélat, fort zélé pour ses droits, reçut en argent, de l'abbé de Saint-Germain, la somme évaluée pour le droit de gite, dont il donna quittance le 26 janvier suivant. Quelques jours même après sa réception, il alla k Toucy , entra dans la tour seigneuriale et jugea k propos d'y demeurer quelques jours pour conserver l'ancien droit qu'ont les cvéques d'Auxerre de se la faire livrer quand il leur plait. L'acte qu*il en fit dresser est du 25 juin (1) ; il reçut aussi foi et hommage pour cette tour de Louis, cardinal , duc de Bar, qui en avoit passé la commission k Guillaume d'Assigny (2), et s'en fit rendre les clefs Tan 1422. Philippe de Bourgogne, comte de Nevers, le reconnut pareillement pour la baron nie de Donzy, dans l'église dé Montenaison en Nivernois, en présence de Bureau de la Rivière, son maître d'hôtel. L'acte est du 5 septembre 1415.
Quoique l'épiscopat de ce prélat ait été de seize ans ou environ , il ne s'en est rien conservé d'éclatant, que les atteintes qu'il essaya de donner k la juridiction du Chapitre de la cathédrale* Ces contestations
( 1 ) Tabul Bp, Autiss^ \ (2) Invent. des Utres de Toucy.
(a) On trouve cep^ndaDt, dans les archives de Saint-Marien (préfectare de TYonne), une sentence des gens tenant les requêtes du palais à Paris, en date du 16 mars 1410 {îHi), qui constate le désistement de Févéque et de l'abbé de ce monastère, au sujet des procès existant entre eux pour Texercice de la juridiction ecclésiastique que Tabbé prétendait lui appartenir dans son abbaye à l'exclusion de révoque, (N.d. E.).
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loi suscitèrent d'autres difficultés avec les chanoines, elles furent terminées par des transactions et par quelques arrêts. Il falloit que cet évêque eût expliqué de bonne heure ses intentions sur cette matière, et que déjà il eût agi en conséquence en 1415, puisque dès le mois de décembre de cette année, le Chapiu*e crut devoir obliger ceux qui seroient reçus k prêter serment, de défendre cette juridiction de toutes leurs forces , et de ne jamais consentir, que quiconque l'auroit contredite fût admis k un canonicat, ou même à porter les draps de r^îse (1). Pour entrer dans le détail de ces contestations, il faut savoir que l'évêque, environ ce temps-là, fit enfermer dans ses prisons Pierre Paterne, chanoine, et Etienne Berruier, prêtre-chapelain et domestique de Jean Vivien, aussi chanoine. De plus, il excommunia Pierre Michaul, doyen, et le fit déclarer tel par son promoteur; et même, Jean Prévostat, son vicaire général, défendit à plusieurs bourgeois et à des sergents royaux d'avoir aucun commerce avec le doyen, sous peine d'être eux-mêmes excommuniés, et de payer à Tévêque une amende de cent marcs d'argent. Pour attaquer encore plus ouvertement la juridiction du Chapitre et paroitre la mépriser totalement, sachant que Pierre Rebrachien , son officiai, a voit été déclaré excommunié par le Chapitre, dont il étoit membre en tant que chanoine, il ramena lui-même à l'église, le troisième février suivant (2), et voyant qu'à cause de lui on avoit cessé l'office , il le fit continuer par des étrangers. Malgré l'éclat de ces sortes d'entreprises, le Chapitre s'imaginant qu'il en demeureroit là, nomma, le 4 mai 1414, Renaud de Fontaines et Jean Picard , chanoines (5), pour voir s'il n'y avoit pas moyen de s'accorder ; on proposa à Tévêque de prendre , de son côté, deux autres personnes qui chercheroient les voies de pacification : il étoit encore trop tôt. Quelque temps après, le vicaire général, de connivence avec l'évêque, arrêta lui-même Jean Piqueron , chanoine et pénitencier , et le fit conduire aux prisons épiscopales par une escorte de gens armés. Ces excès portés en parlement, l'université se joignit
(1) Vêtus colleclio $UUutor. exregiit.'ifi | (i) On coinptoit toujours en France 1415. dêc.1413. \:ô) HegùLcap.
42 PHILIPPE DES BSSARTS,
U10ÎI1496. ^" Chapitre, par rapporta la protection générale qu'elle devoit à quelques-uns de ses membres maltraités par cet évéque. L'oi&cial et le vicaire général soutinrent avoir usé de leur droit. Mais en attendant un plus grand éclaircissement» la récréance fut adjugée au Chapitre, excepté les cas de rapt et d'homicide qui n'avoient jamais été de sa juridiction. L'arrêt est du 15 avril 1415, avant Pâques; l'affaire en resta là tant que vécut le doyen Pierre Michaul , que cet évéque se contenta d'attaquer sur le droit de porter le rochet. Hugues des Noës lui ayant succédé en 1420, il semble que la querelle se ralluma (i). Le prélat s'étant fait rendre par ce doyen le serment de fidélité , le 4 septembre de la même année, reprit peu de. temps après le procès au sujet du rochet, et obtint, le 14 juillet 1455, un arrêt qui défendoit au doyen de le porter, excepté certains jours. Le Chapitre, mécontent des entreprises du prélat, fît dresser, en i421, un cahier des demandes qu'il avoit k lui proposer et des sujets de plaintes qu'il avoit contre lui. On se plaignit d'abord qu'il n'avoit pas fait rendre à l'église le drap d'or qui entouroit la chaise sur laquelle les chevaliers ou barons l'avoieut porté depuis l'église de Saint-Germain ; on déclara qu'il auroit dû fournir cette pièce d'étoffe, et qu'ainsi les chevaliers l'ayant emportée, il devoit la restituer ou en payer la valeur qui étoil au moins de quarante écus d'or. On lui demanda la portion qui revenoit au Chapitre de la vente des bois de Yarzy, savoir : le tiers au moins, et on lui notifia qu'il n'avoit pu les vendre sans le consentement exprès du Chapitre. On le pria d'annuler les exploits de justice attentés par ses notaires et autres officiers, dans les maisons canoniales de Nicolas Fontenay et de Michel de Creney, chanoines, et dans celle de Robert Bouffant, tortrier. On le somma de rétablir la vigne de Migraine qu'il avoit trouvée en bon état et qu'il laissoit en friche. On le pria de veiller k ce que la belle maison épiscopale de Gyl'Evéque, et autres bâtiments qui menaçoient ruine, ne tombassent entièrement; de tenir la main k l'acquit de l'office divin , et d'obliger les vicaires de l'église , les chapelains et autres tenants des bénéfice&
(I) Mém.deG.Vioie.
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de sa nomination, de servir TégUse suivant leur fondation ; de ^^^q ^ ,^ &ûre délivrer de meilleur vin aux chanoines résidants, aux grandes fêtes et selon la mesure accoutumée ; de rendre à la trésorerie les offrandes quMl avoit reçues en oiBciant k Noël et à la saint Etienne; et enfin de mieux conduire les affaires de son évéché, d'écouter ladessus le conseU de son Chapitre, sans suivre l'avis de personnes qui l'entralnoient mal à propos dans des procès au déshonneur de sa dignité, de n'avoir avec lui que des gens paisibles et craignant Dieu; auquel cas le Chapitre lui oflroit ses services. Ces articles lui furent présentés dans sa chapelle épiscopale, le mercredi 51 décembre 1421, par Jean de Molins, chantre; Guillaume-le-Bègue, lecteur; Robert de Pierre-Pont, Gilles le Maître et Jean le Fèvre ou Fabri, chanoines, accompagnés d'Hugues Poitevin, clerc-secrétaire du Chapitre, en présence de Pierre Rebrachien, son oiBcial, et Jean Prévostat, son scelleur. Un autre article moins important, c'est que le marguillier laie de Téglise s'étant plaint de ce que, nonobstant son exactitude à faire sonner , à Theure du couvre-feu , la grosse cloche appelée ÀnuOre, tous les soirs lorsque l'évêque coachoit k la ville , ce prélat ne le satisfaisoit point de ses salaires, La remontrance du Chapitre alla jusqu'à lui exposer qu'il devoit pour cela, chaque fois, à ce marguillier, un pain de. Chapitre et une quarte de vin. On ne se contenta pas alors d'une simple remontrance au sujet des redevances annuelles de Tévéque envers le Chapitre, sur lesquelles on Tavoit pressé une infinité de fois et qu'il refusoit toujours, il fut traduit au parlement et condamné même avec amende à payer tout ce qai étoit échu, par arrêt du 8 avril 1421 avant Pâques (1). Vers ce temps-lk on pratiqua, dans la compagnie, le statut de l'an 1415, qui portoit que nul du Chapitre ne seroit officier de l'évêque sans son consentement (2), à moins qu'il ne voulût perdre tout son revenu hors les gros. On ne peut pas assurer s*il avoit été exécuté sur d'autres que sur Pierre Prévostat, chanoine-secrétaire de l'évêque, et sur Pierre Rebrachien, son officiai. Il est seulement certain que le
(1) CartuL Capit. fol 248. | (2) RegUt. Cap. 1422 18 décembre.