LE CÀRDIIÏÀL DE RETZ
Boir dans les rues, portoient sur le derrière de leurs épaules des feuilles imprimées toutes enduites de colle, qu'ils appliquoient , en se- retournant le corps et comme en passant , aux portes des églises , aux coins des rues et dans les places publiques, mettant . leurs dos contre les murs et les portes des églises, et des édifiées des places publiques. Ensuite ils conti-nuoient leur chemin ; sans que les passans eussent pu découvrir ce que faisoient ces gens , qui se retiroient du côté des murs des églises et des maisons pour leur laisser la liberté entière du chemin.
Aihsi on ne vit plus alors , par ce moyen , qu^ des actes , des ordonnances, des mandemens imprimés et affichés dans les places publiques, qu'on notifioit par cette voie à ceux auxquels ils aupoient dû être publia quement envoyés et signifiés en la manière ordinaire.
Le premier acte qui fut rendu public par cette voie (quoique néanmoins déjà signifié à Dominique Seguier, évéque de Meaux , comme plus ancien des évêques de la province de Paris , et parce qu'il y étoit , en parlant à son suisse , en la maison qu'il avoit con^ servée, cohime ancien chanoine, dans le cloître de l'église de Paris , par Philippe Marcout , prêtre du diocèse de Meaux) fut celui; par lequel le sieur de Chassebras (qui avoit été averti que cet évêque s'étoit engagé de convoquer l'assemblée de la province de Paris par une autorité autre que celle du cardinal de Retz , et qu'on prétendoit , après une certaine telle quelle cdéi parution au palais archiëpiscopal , faire procéder à la nomination des députés de la province pour assister à l'assemblée générale du clergé) conjuroit premièrement les évêques de la province de
faire eonjoiatement leurs efforts pour obtenir du Roi la sûreté de sa personne , à.ce qu'il pût se trouver dans rassemblée provinciale , et y tenir la place que Tordre et la coutume lui donnoient ; ou s'ils juge(»ent plus à propos d'attendre que l'assemblée gé*^ nérale fût formée par tous trois ensemble , s'y trouver^ et la supplier de joindre ses intercessioiis à celles qu'ils ferment au Roi pour la sûreté de sa personne. Ensuite il protestoitde nullité, tant contre rassemblée provinciale , en cas qu'elle se tint » et contre tout ce qui y seroit résolu, que contre les délibérations qui seroient prises dans l'assemblée générale du clergé de France , où se trouveroient ceux qui y auroient été députés ensuite de la prétendue convocation ou assemblée des députés des trois diocèses de Chartres , de Meaux et d'Orléans.
Le second , du a5 août i65S , étoit une ordonnance du cardinal de Retz , par laquelle il étoit enjoint au sieur de Chassebras , son grand vicaire, de faire savoir de sa part à Antoine Denis Cohon , ancien ëvêque de Dol , et à Claude Âuvry , é véque de Coutances, et à ceux qui étoient soumis à sa juridiction, qu'ils avoient encouru les peines portées par les saints canons contre ceux qui confèrent les ordres dans les lieux où ils n'ont aucune juridiction^ et que pour cela il leuriaterdisoit toute sorte de fonctions ecclésiastiques dans son diocèse , même la célébration de la sainte messe et du service divin.
Les trois et quatre étant ensuite dans tune même feuille imprimée, étoient, pour la notification de la déclaration que le sieur de Ghassefatas faisoit à ces deux évêques, qu'ils avoient encourules peines portées
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par les saints canons, savoir : Févêque de Coutances, pour avoir fait les saintes hniles, et celui de Dolponr avoir conféré les ordres sacrés dans l'église de Paris, sans la permission de son archevêque ou de ses grands vicaires -, et que, parle commandement exprès qu'il en âvoit reçu, il leur interdisoît toute fonction ecclésiastique dans son diocèse , même là célébration de la sainte messe et le service divin : mandant au premier prêtre non suspendu, ni excommunié, de le leur signifier , et aussi l'acte par lequel il en donnoit avis aux doyen , chanoines et chapitre de l'église de Paris , et aux curés et communautés séculières et régulières tant de la ville que du diocèse, auxquels il envoya des copies de tout.
Le cinquième, du 8 de septembre i655, contenoit une première monition du sieur de Ghassebras, adressée à tous les fidèles du diocèse , auxquels il faisoil savoir :
i" Qu'il avoit cru que les témoignages de respect et de déférence qu'il avoit rendus au Roi en la personne du chancelier , aussitôt qu'il avoit été chargé de la conduite du diocèse , et les assurances qu'il lui avoit données de ne rien faire dans l'exercice de cette charge qui pût blesser en la moindre chose la fidélité qu'il devoit et le bien de son service , avoient assez fait voir avec quelle pureté d'intention il entroit dans le ministère ecclésiastique , et qu'il n'avoit point d'autre pensée que de s'employer au besoin des âmes, à soulager les consciences des troubles et scrupules qu'avoit fait naître avec raison l'usurpation d'une puissance sacrée et incommunicable autrement que par une puissance légitime.
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a** Que, pour cet effet, aussitôt que Tarchiprêtre , curé de Saint-Severin , docteur de la maison de Sorbonne, son collègue au vicariat, eut eu commande ment d'aller trouver le Roi , l'exemple des grands vicaires , qu'on avoit bannis et chasses après un semblable commandement, l'avoit fait résoudre à se retirer par respect de s,a maison curiale , pour ne pas recevoir de pareils ordres , et n'abandonner pas tous deux ensemble le soin d'une des plus grandes églises du monde dont ils étoient chargés de la part de Dieu, et qu'ils ne pouvoient quitter en même temps sans blesser leurs consciences et sans trahir les intérêts de Jésus-Christ; voyant d'ailleurs qu'il étoit suffisant, pour rendre au Roi la déférence que de très-humbles sujets dévoient à ses ordres , en tout ce qui n'étoit pas contraire aux ordres de Dieu , que l'un d'eux se rendît en cour pour apprendre de Sa Majesté ce quelle désiroit de leur service.
3** Que cette souniission n'avoit servi qu'à faire voir que ceux qui, par surprise, avoient tiré ces ordres du Roi avoient entrepris de ruiner tout Tordre épiscopal, et d'anéantir la juridiction spirituelle , qui lui venoit de droit divin, et contre laquelle les hommes ne pouvoient rien entreprendre qu'en faisant la guerre à Dieu; puisqu'ayant fermé toutes les avenues à ison collègue , vicaire général vers Sa Majesté , pour Fempécher de l'informer de l'état de l'Eglise de Paris , et lui faire leurs justes plaintes de l'oppression qu'on avoit commencé d'exercer contre elle , ils Tavoient tenu près de deux mois dans une ville frontière, sans lui faire savoir autre chose sinon qu'on ne vouloit pas qu'il fît sa charge et qu'il obéît à son archevêque
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dans une fonction purement spirituelle; et qu'on avoit vu paroître trois ou quatre méchans libelles dignes du mépris et de Taversion de toutes les personnes d'honneur , de savoir et de piété , comme étant injurieux à la dignité épîscopale , honteux à l'Eglise , et remplis tant d'impostures contre l'honneur et l'innocence d'un cardinal et d'un archevêque , que dq maximes hérétiques et schismatiques contre l'autorité des successeurs des apôtres; qu'on avoit vu la main profane des juges laïques arracher, par un attentat sans exemple , des registres ecclésiastiques , la commission des vicaires généraux , qu'ils avoient reçue du cardinal archevêque de Paris : comme si cette violence eût été capable d'arracher du cœur de cette Eglise l'obligation indispensable qu elle avoit d'être soumise à son archevêque , et de les reconnoître pour ses grands vicaires , et comme si elle eût pu leur lier les mains et les dégrader de leurs fonctions;
4** Qu'on avoit fait ensuite des défenses à tous les curés de recevoir aucun ordre du cardinal de Retz , ni d'y rendre aucune déférence , comme si c'eût été un crime à un évêque de faire des réglemens spirituels pour la conduite de son diocèse, dont le Pape et toute l'Eglise le reconnoissoient pour le seul et légitime pasteur ; qu'on avoit arraché avec une violence inouïe les mandeme'ns qu'il avoit publiés , fait des perquisitions scandaleuses dans leurs maisons curiales, visité tous leurs papiers, sans considérer qu'en la place qu'ils tenoient ils pourroient en avoir qui regardoient des secrets de conscience ; interrogé et examiné contre eux les vicaires de leurs paroisses.
5" Que quoique la calomnie la plus hardie ne lui
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pût reprocher 4'avoir expédié aucun acte qui put porter Jie moindre préjudice au service du Roi , ni donné le moindre soupçon de sa conduite , on avoit décerné contre lui des décrets d*ajournement personnel et de prise de corps; et, par un procédé qu'à peine Ton avoit pu croire si un million de personnes n'en eussent été témoins, on Ta voit trompette par les carrefours , et même devant la porte de Tëglise de la Madeleine , où il annonçoit la parole de Dieu , et disposoit des mystères de Jésus-Girist comme s'il eût été un criminel et un scélérat que la justice poursuivit à cri public , et qui méritât d'être redierché d'une Qiaoière si infâme.
6^ Qu'après toutes ces choses , sa patience deviendroit lâcheté, son silence une horrible prévarication, et qu'il seroit indigne du ministère qu'il exerçoit s'il ne défendoit l'honneur de l'Eglise, de l'ëpiscopat, de sa charge et de sa personne , par le3 voies que Jésufi^Christ lui avoit présentées.
7'' Que quoiqu'il pût d'abord se servir des remèdes que les conciles , les canons et la coutume de la sainte Église opposent à des violences semblables , néanmoins, pour pratiquer de tous points, et même au delà de ce qu'on auroit pu attendre après une si grande injure, la mansuétude de l'Evangile, qui l'obligeoit à supporter charitablement les pécheurs jusqu'à ce qu'Us se rendent incorrigibles , il exhortoit ceux qui souslenom sacré de Sa Majesté excitoient unesi injuste et si violente persécution contre l'Eglise et sa personne , d'en faire une réparation si publique qu'elle pût attirer, sur eux , pour un si grand crime , la compassion du Ciel et l'intercession de l'Eglise •, leur dé-
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claraat par cet^ pvemière monition que s'ils ue là faisoient , et s'ils continuoient à opprimer FEglise , à détruire sa juridiction , à persécuter ses ministres , il auroit recours aux voies que la sainte Eglise et les canons prescrivent en semblables occasions.
Le sixième ëtoit une seconde monition datée du mois d'octobre i655 , adressée comme la première à tous les fidèles du diocèse , par laquelle , après s'être plaint de ce que sa patience et sa modération n'avoient servi qu'à irriter davantage ceux qui persécutoîent l'Eglise, pour continuer leurs violences, jusqu'à faire brûler par la main du bourreau la paternelle et charitable monition qu'il leur avoit faite pour les retirer de leurs péchés, il les exhortoit, ensemble leurs complices , et les admonestoit pour la seconde fois , avant que de les livrer à Satan , qu'ils eussent à cesser les persécutions qu'ils excitoient sous le nom du Roi (qui étoit trop juste et trop pieux pour prendre part à ce désordre ) contre le cardinal de Retz , archevêque de Paris, contre l'ordre épiscopal et contre sa personne : laquelle monition se trouva , suivant l'ordonnance qu'elle contenoit, affichée aux portes de l'église métropolitaine, et aux autres portes de la ville et faubourgs de Paris (0.
Au commencement de l'année i655, avant que la lettre du cardinal de Retz, écrite à Rome le i^^ décembre 1654, et adressée aux archevêques et évêques de France, eût été rendue publique, et qu'ainsi on n'en pût prévoir les effets qu'elle pouvoit produire, M. de Guénégaud , secrétaire d'Etat , avoit délivré aux abbés
(1) Delà ville et faubourgs de Paris : Toutes ces monltions avoient été composées à Port-Royal.
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de Mormielle et de Villars, agens géa^P^ux du clergé, pour les envoyer aux archevêques et ëvéques de France, les lettres du Roi ^ par lesquelles il leur permettoit de tenir leu^'s assemblées particulières chacun dans leur diocèse , et les assemblées provinciales dans chacune province , pour y nommer deux députés de chaque ordre pour assister à rassemblée générale du clergé, qui, suivant la coutume, étoit indicte en la ville de Paris au 25 mai i655.
Mais aussitôt que la cour eut vu paroître cette lettre , elle connut bien qu'elle pourroit engager l'assemblée à défendre les droits de Tépiscopat , et à ne pas souffrir que des chapitres prissent Tadministration d un diocèse qui avoit son pasteur dans la ville de Rome , sous prétexte d'une absence involontaire et de celle de ses grands vicaires , qu'on retenoit en des lienx éloignés pour leur ôter la liberté et les moyens de faire leurs fonctions. Ce fut pour cela qu'elle prit le soin d'avoir des députés des suffrages desquels elle pût disposer , pour tâcher de rendre inutile le zèle et les efforts de ceux qui se déclaroient en faveur de l'Eglise et de l'épiscopat , et empêcher de prendre dans l'assemblée des résolutions contraires aux desseins qu'elle avoit d'opprimer entièrement le cardinal de Retz. Le maréchal de La Meilleraye, lieutenant général au gouvernement de Bretagne , entra dans le lieu où se tenoit l'assemblée du diocèse de Nantes, pour commander au sieur Le Normand, grand vicaire de Gabriel de Beauveau , évêque de Nantes et officiai du diocèse, qui y présidoit , de nommer celui qu^il lui indiqua pour député , pour assister à l'assemblée provinciale qui seroit convoquée à Tours.
L'adresse que le cardinal de Retz avoit faite aux
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curés de la Madeleine et de Saint-Severin , qu'il avoit éXzhhs grands-vicaires en Fabsence de ceux que la cour avoit exilés , de la bulle du jubilé pour l'exaltation du pape Alexandre vii ; sa lettre du 22 mai i655 au chapitre de l'Eglise de Paris \ le zèle et la fermeté avec laquelle le sieur de Chassebras avoit commencé d'exécuter la commission qu'il avoit reçue de son archevêque , et ce qui parut de sa part dans la suite , obligèrent la cour de différer la tenue de l'assemblée générale du clergé , premièrement du 25 mai au 25 août, et ensuite du 25 août au 25 octobre ; et de faire envoyer par les agens autant de nouvelles lettres dans les diocèses^ pour en avertir les archevêques et évêquçs, et ceux qui ^auroient déjà été nommés pour y assister en qualité de députés.
La cour n'avoit pas eu le temps de découvrir les intentions du Pape nouvellement élu , ni de pénétrer s'il suivroit Ws mouvemens de son pt'édécesseur , qui avoit témoigné si publiquement pendant la détention du cardinal de Retz , et d^epuis son arrivée à Rome , le ressentiment qu'il avoit de l'injure qu'on avoit faite à l'Eglise et au collège en la personne d'un cardinal et d'un archevêque-, et s'il n'engageroit pas les évêques de France assemblés à se joindre avec lui pour en demander et obtenir la réparation. Elle espéroit néanmoins que M. Servien , qui avoit connu le Pape à Munster, pourroit se servir de quelques liaisons qu'il avoit eues avec lui pendant qu'il étoit nonce à Cologne, et'pour la paix à Munster : en quoi elle se trompoit , parce que la cour de Rome étoit indignée et en colère de ce qu'on l'y avoit conclue sans la parti cipatioli du nonce Ghigi, et dé ce que dans le traité on n'avoit fait mention que de la médiation de la république de T. 4?- 3^
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Venise , et non pas de celle du Pape, qni nomma cette paix une paix honteuse , pacem pudendam; dans le traite de laquelle son nonce a'auroit jamais souffert d'être nommé , à cause du nombre des archevêques et évoques qu'on y sécularisoit, et parce que l'Empereur et l'Empire cédoient aux princes protestans Magdeboprg , Ferden , Minden et Osnabruck , par alternative aux catholiques et aux protestans.
La difficulté qu'il y avoit de convoquer rassemblée provinciale de Paris pour y nommer des députés , sans la présence desquels l'assemblée générale ne pouvoit pas 9 dans la province de Paris , faire aucune délibération sans s'exposer à des protestatioi^s et désaveux, fut encore une des principales raisons pour laquelle on en défendoit ainsi la tenue.
Les évéques de Chartres et d'Orléans n'étoient pas disposés à reconnojitre les grands vicaires du chapitre de l'Eglise de Paris. Il avoit déclaré, en les nommant, que ç'étoit à cause de l'absence de ceux de son archevêque qu'il prenoit l'administration de sôn^ diocèse, et que la présence du curé de Saint-Severin et de la Madeleine lui avoit ôté, dès le mois d'avril, tout prétexte de continuer de gouverner ce lUopèse. Il y avoit mên^e une contestation entre les évéques de Meaux et de Chartres pour la présidence en rassemblée provinciale. Celui de Meaux la prétendoit comme le plus ancien , suivant le temps de sa consécration : alléguant, pour soutenir sa prétention, le jugement que le pape Grégoire xiii avoit rendu en faveur de l'église de Séez contre celui de Bayeux , doyen des évéqnes de la province de Rouen , tenue en i5Ôi . L'iévêque de Chartres alléguoit la bulle d'érection de l'évêché de Paris en archev:éché , par laquelle on avait conservé
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aux ëvéques de Chartres la qualité qu'ils avoient de .doyens de la province de Sens , et le droit d'avoir la première place entire les ëvéqueft de la province. Mais cette contestation fut termitiée à Gromveil près de Chartices , château appartenant au sieur de Ligny , fils d'une sœur du chancelier Seguier et de Tëvéque de Meaux, où les deux prélats s'ëtoient rendus.
L'afiàire du cardinal de Retz ayant non-seulement mis ce diocèse et la province de Paris , mais encore le clergé, dans un très^grand moùvemetit, elle obligea la cour à prendre des mesures pour tâcher de pré^ venir ou du moins de se garantir des suites qu'elle devoit connoitre qu'elle pourroit avoir , particulièrement dans le diocèse de Paris. Elle jugea que la présence du Roi lui étoit nécessaire dans le lieu où le clergé devoit s'assembler , pour se ménager d'un côté les suffrages des députés , et empêcher l'assemblée de prendre les résolutions que le cardinal Mazarin insinuoit pouvoir être dangereuses et contraires à ce qu'il lui représentoit être ses véritables intérêts et ceux de i'Etat; et de l'autre, pour rendre plus difficile le recours du cardinal de Retz à l'assemblée , et l'accès de $es agens auprès de ses députés ; et pour rendre aussi inutiles l^s intentions que ses amis, et les plus zélés et les plus pieux d'entre les évéques, auroient pu avoir de défendre l'honneur de leur dignité et les droits de l'épiscppat , qu'on avoit attaqués et violés en la personne du cardinal de Retz. Mais le Roi ne pouvoitse rendre à, Paris, de la frontière où il étoit, qu'après la fin de la campagne de Flandre.
Les secrétaires d'Etat eurent ordre pour cela d'écrire à tous les archevêques et évêques des provinces de leurs départemens, pour leur marquer ceux que
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la cour désiroit avoir pour députés à l'assemblée générale : et sans parler de ce qui se passa dans les pro^ vinces , il suffit de rapporter qu'elle demanda à Tarchevêque de Sens Tévéque de Nevers, prélat d'un mérite très-petit , et labbé de Harlay-Cely, né à Constantinople , où le baron ou comte de Gely avoit résidé pendant plusieurs années en qualité d'ambassadeur , pour députés de sa province : lui laissant par grâce la liberté de choisir un député du second ordre pour composer la députation de cet archevêque , qui ac^ corda ce qu'elle dçmandoit , parce que Févêque de Troyes refusa d'accepter et d'être de la députation , croyant que l'abbé de Cely, qui étoit redevable à la maison de Retz, dont il étoit vassal à cause du comté de Joigny, de la conservation de la terre de Cely dans sa famille, et qui d'ailleurs étoit filleul de Roger, duc de Bellegarde ( c'est ce que dit à l'auteur de cette histoire le père de Gondy, prêtre de l'Oratoire et père du cardinal de Retz , l'étant allé voir au mois de juillet 1657 9 ^P^ès 1^ séparation de rassemblée, en la ville de Joigny, où la cour lui avoit permis enfin de se retirer), lequel duc de Bellegarde étoit oncle maternel de larchevêque de Sens ; croyant , dis-je , qu'il ne manqueroit pas à la parole qu'il lui avoit donnée de faire son devoir, et qu'il n'abandonneroit jamais les intérêts de l'Eglise. Une coadjutorerie à l'évéque de Nevers , pour un neveu qui fut sacré sous le titre d'évêque de Tripoli, mais dont il ne jouit pas, étant mort avant lui 5 et l'évêché deLodève promis et donné depuis à l'abbé de Gely , après la séparation de l'assemblée , rendirent les bonnes intentions de Tarchevêque de Sens très -inutiles. Mais son courage et sa fermeté engagèrent à son exemple plusieurs de ses
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confrères et un plus grand nombre de cejax du second ordre à le suivre et à Fimiter.
Le comte de Brienne , secrétaire d'Etat ^ fit savoir au chapitre de Reims, pour être maître de là dëpulation de la province-, que le Roi dësitoit que ses grands vicaires , qui avoient Fadministration et la con* duite du diocèse pendant la vacance du siëge , convoquassent Fassemblëe de la province en la ville de Senlis , afin d'y pouvoir faire nommer plus commodément les députes qu^on désiroit avoir, et empêcher la nomination des évéques de Ghâlons et de Boulogne, dont le premier étoi( ami du cardinal de Retz, Cela obligea ce chapitre de députer an Roi , pour le supplier de le conserver dans le droit et dans la possession en laqudQ^ sont tous les chapitres des églises métropolitaines qui sont vacantes « d'indire par leurs vicaires généraux , et de choisir le lieu pour la tenue des assemblées de leurs provinces* Après une conférence qu^eurent les députés avec le comte de Brienne, secrétaire d'Etat , auquel le Roi les avoit envoyés , le chapitre de Reims eut la liberté de faire assembler les évéques de la province et les députés de leurs diocèses dans la salle du palais et maison de Farchevéque , en la ville de Reims.
Les choses étoient en cet état lorsque, le lundi aS octobre i655, tous les prélats s'étant rendus à Paris, rassemblée commença.