‹ Mémoires concernant le cardinal de RetzChapitre 9 sur 10 · SUR SES MÉMOIRES · texte numérisé non relu

SUR SES MÉMOIRES

VJLAUDE JoLY naquit en 1607 : il ëtoit l'oncle de Guy Joly, conseiller au châtelet, qui, s'étant attaché au coadjqteur , figura dans les troubles de la Fronde. Claude Joly fut d'abord destiné à la carrière du barreau, puis il entra dans l'état ecclésiastique, et devint, à l'âge de vingt-quatre ans, chanoine de Notre- Dame de Paris. En 1646 il accompagna le duc de Longueville au congrès de Munster, et partagea son méconteriternent de ce que Servien leur déroboit le secret de la négociation. 11 fit ensuite un voyage à Rome, d'où il ne revint, à ce qu'il paroît, qu'en i65i , époque où les troubles de la Fronde étoient dans toute leur force. Il y prit part, sans se mettre cependant en évidence-, et Tannée^uivante il publia un ouvrage intitulé Recueil de Maximes véritables pour ^institution du Rbi^ contre la pernicieuse politique du cardinal, Mazarin. Cet écrit fut déféré au châtelet, brûlé par la main du bourreau , et l'auteur eut la* hardiesse de faire imprimer la sentence avec deux lettres apologétiques très-violentes : démarche qui lui attira de grands applaudissemens de la part des frondeurs et des jansénistes.

47 8 NOnCfi SUR CLAUDE JOLY.

En 1654 9 lorsque le (îafâhial <k Retz, enfermé à Vincennes, devint archevêque de Paris par la mort desonoac]ie, dont il étoit coadjtiteur, Claude Joly fut, parmi les chanoines, Fun des^ plus ardent à s'opposer aux ordres de la cour, qui vouToit empêcher que Tancien chçf de la Fronde ne prît^pos session du siège. Pendant les longues disputes auxquelles cette affaire donna lieu, il fut exilé; et le cardinal de Retz , qui , après son évasion du château de Nantes où il a voit été transféré, s'étdit retiré k Rome, lui donna, pour récompenser son dévouement, les places d'official et de grand chantre. Ce fut probablement à cette époque qu il composa une Histoire de TEglise de Paris , restée manuscrite , et dont on a extrait la partie qui concerne le cardinal de Retz, afin de la placer ai la suite des Mémoires de ce dernier. Cette production , dont le style est obscur et entortillé , offre cependant de l'intérêt, parce qu'elle contient dès détails circonstanciés sur les intrigues qu'employa Retz, pendant son séjour hors de France, pour sonlevei^ les évéques du royaume, et exciter dé nôuveatix troubles. On y voit aussi les efforts qùé les jan^éni^s essayèrent en faveur de ce prélat turbulent. Chnàt Joly mourut en 1700, à l'âge de (Juatre-vingt-treize ans.

ViEUl qui ne sont \^ instruits de ce qui ^e passa dans rassemblée de 1 655, et aux àiinées suivantes jusqn'en Tannée x668, et des résolutioiis qu'elle p^it de s'opposer aux entreprises que la cour de Rome tâ^ choit de renouveler sdr les droits de^ évéques et sur iceux de TEglise de France , pour anéantir et rendre inutiles les délibérations prises par icelle de i65o^ et les causes des protestations et nullités qu'elle avoit &it signifier au nonce Bagiii : ceux-là pou rr oient peut être se plaindre de ce que , dans une relation particuKère de ce qui s'est fait en l'assemblée d^ i$55., on anroit rapporté ce qui se fit aussi dans les deux précéd^ilels, à l'occasion des brefs (0 expédiés à Rome en tô^a et i633 , pour le jugement des causes majeures, nées en France. Mais ils connoitr<^t dans la suite la nécessité absolue qu'il y a eu dé le fijuire, de même que de rapporter sommairement ce qui se passa dans le diocèse de Paris après la mort de Jeian- Françoi3 de Gondy son premfier archevêque ^ arrivée le m mars i654 ; et d'exposer les états différons dans lesquels on l'a vii , pour faire cohnoitre au public que

(i) ^ l'occasion des brefs : II 8''agit des brefs cràprèi ies<|uel8 ïe Pape aToît àé\égué des cotninisiaires pour juger ôpielt^ués ëtéqcKss qui etoient entres dans les inlrignes de Gaston et de Marie de Mëdicit.

48o MÉMOIRES CONCERIfANT

l'affaire qui regardoit son successeur ayant étë regardée, par le clergé de Lyon et d'Alby, comme étant celledeFépiscopatet de toute l'Eglise, elle a été presque la seule et unique cause , ou du moins la principale, delalongueurde]atenue de cette assemblée, et en effet la seule et véritable des deux remises que la cour fit de son ouverture, l'une après l'autre , du ai mai au 25 août, et du 25 août au 25 octobre i655. Le cardinal de Retz ayaiit rémarwié, dans sa lettre dn 1 4 décembre l654, qu'il adressa de Rome aux arche* vêques et évêques de France , que la première aigreur que la cour avoit témoignée contre lui, et qui àvoit peut-être été la source de la plupart des autres, avoit été un effet de la fermeté avec laquelle il avoit cru être obligé d'obéir aux ordres que l'assemblée de 1645 lui avoit donnés de solliciter , après qu'elle se seroit séparée, le succès de ce qu'elle avoit été obligée de faire, en faveur de l'épiscopat, en la personne de l'évêque de Léon , on ne peut se dispenser de parler des autres qui le regardent particulièrement) et qui peuvent avoir excité les tempêtes dont TEglise de Pari3 n'a paé été exempte de ressentir les secousses et les effets extraordinaires: de même que ceux qu'il aVoit choisis pour la conduire en son nom- et sous son autorité. -

La Création des nouvelles charges des maîtres des requêtes; les commissions données à quelques-uns pour faire les fonctions dans les provinces, avec un pouvoir qui anéantissoit l'autorité des parlemens et leur juridiction -, le retardement des rentes à l'hôtelde-ville de Paris, dont les créanciers élurent de* syndics , qui en cette qualité s'étoient pourvus en par-

LE CARDINAL DE RETZ. .[l648] 48'l

lement, etplasieurs autres nouveautés, donnèrent Jreu à plusieurs et fréquentes assemblées qui se tenbient dans la chambre appelée de Saint-Iiouis , et à Tunipu des compagnies alors encore souveraines, qui y assistoient par leurs députés : ce que la cour ne pouvoit pas.souffrir, étant persuadée que toutes ces assemblées tendoientà diminuer l'autorité de la régence et la puissance des ministres. -

Le coadjuteur de Paris aissistoit à ces assemblées en qualité de conseiller né 'du parlement, de même que labbé de Saint-Denis : et d'autant que les délibérations qui s'y p'renoientétoient contraires aux intentions du ministère^t du gouvernement, on ne pouvoit pas ëe dispenser de regarder cet^x qui ps^roissoient devoir, à ^ause de leur dignité , )*► avoir plus de crédit, comme en étant les principaux auteurs.

[1648] En dette année, ie coadjuteur fit le panégyrique de saint Louis en Téglise des Jésuites, en présence du Roi et de la Reine: Son sermon, dont il prit pour texte ces parolçsdu Sagç : AudijfiU mi^diS' cipUnaxnpatristuiy et legem matris tuœ ne dnnittas, fut aussitôt imprimé par les soins de Guy Joly, conseiller au châtelet, l'un des syndics des rentiers, et son ami particulier , et d'un magistrat d^une probité aussi grande que d'una érudition profonde, dont le public a trouvé les marques et lés preuves dans les ouvrages qu'il composa en 1667 pour la défense des droits de la reine Marie-Thérèse d'Autriche sur le Brabant, fille aînée du premier lit de Philippe iv, roi d'Espagne. .Ceux qui le connoissoient, et sa manière d'écrire et ,de composer, le fais6ient auteur de ce sermon.

Le lendemain mercredi au matiii, le Roi et la Reine

4S2 [l64^J MÉMOIILKS COKCSHmilT

se rendirent, environ ^ur les Irois heures., en Tëglise Notre-Dame, pour assister aii Te Deum qui y fut chanté «n actions de grâces de la victoire obtenue près la ville de Leas par les troupes conysandées par le prince de Gondé. Le coadjutelir y officia : et étant encore dans la sacristie pour y quitter ses habits poi^tificaux , la nouvelle y arriva qu-on venoit d'arrêter Pierre Broûssel, conseiller en la grand'chambre \ le président de Blancmënil , président en la première des enquêtes , et autres qu on avoit tirés de leurs maisons \ quelques-uns ayant aussi reçu des lettres de cachet pour se retirer dans les lieux qui leur étoieiit marqués.

Le sieur de Brousse! étant logé près de F église de Saint-Landry, le bruit de larrét fait de sa personne se répandit, parmi les bateliers.de ce port, et de celui de la Grève et des ports voisins , qui s étant attroupés et étant accourus , n ayant quasi pas d'autres armes que des crocs , donnèrent Talarme aui compagnies des Gardes françaises et suisses, qui ëtoient restées dans la rue Neuve-^otre-Dame, dans le Marché-Neuf , la rue Saint-Louis, et le. quai ap^ pelé des Orfèvres en File dû Palais, et qui, étonnées de ce qu'on ne venoit pas Içs relever du Meu où eUes a voient été posées, se retirèrent^ les soldats marchant à lafile , sans ordre, sans battre la caisse, leurs mousquets sous les bras, et sans leurs principaux officiers , Jusqu'au Palais-Royal.

Le coadjuteur s'y rendit aussitdt en rochet et en camail, marchant à pied, les. rues ayant été fermées cil un moment par les chaînes* qui furent tendues, et par des barricades faites avec d%s toimeaux remplie

LK CA«PIÎfAL OE .ftETï. [ï648] 483

de terre et de fumier. Il y fut très-mal reçu pat la Reine, et très-mal écouté dans Texpasitioa qu'il lui fit deT^tat auqjuel étoit toute la ville, du danger auquel elle exposoit la maison royale , et de la nécessité qu'il y avoit de remettre les prisonniers en liberté, <et de rappeJer les exilés : ce que Je jïarlement en corps obtint le lendemain jeu,di, y étant ^Ué l'après-midi à pied y et apnt été contraint par ceux qui gardoient la porte et la barricade faite à la Croix-du-Tiroir de retourner au Pakis-Ro)ral', parce, qu'il n'amenpit pas avec luiJes prisonniers et les exilés.

Le coadjuteùr, fort abattu etfort fatigué, se retira au petit tfrchçv^ché, marchant toujours à pied, soutenu sous Jes bras par Tabbé de M^rigny et par un autre, précédé et suivi d'une troupe de gens dé toute condition,, qui s'augmenta dans sa marche dan^ les rues Saint-Honoré, de la Féronnerie-, de Saint-Denis et anfres, qui le conduisit en son hôtci au cloître Notre- Dame, près la porte du Terrain.

[1649] La Reine n'ayant pu oublier ce qui s'étoit fait à Paris pendant trois jours, et de s'être vue contrainte de rendre les prisonhiers et de rappeler Ijes exilés, dont le retour n'apaisa pas Jes mouvemens qui avoient paru si subitement dans ^es compagnies souveraines et parmi le peuple , leur donfia à tous des marques du ressentîmerit qu'elle en avoit , et du désir qu'elle avoit dès lors conçu de s'en venj^er. Etant sortie de Paris secrètement avec le Roi, la nuit du mardi 5 au mercredi 6 janvier. 1649, P^'^^ ^® retirer k Saînt-Germain-en-Laye, la résolution ayant été prise dans le conseil d'assiéger la viJIe de Paris avec les trpupes qui étoient en Flandre et sur la frontière de

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la Picardie, le prince de Condë se chargea de la corduite de ce siège.

Le parlement s'assembla le inéme jour extraordinairement , et ordonna ce qu'il jugea être nécessaire pour sa propre cpnservation , et pour la défense de la ville-, et de concert arec le prévôt des marchands, les écbevins et les principaux habitans, pour ces assemblées à rhôtel-de-ville. On fit une levée 4^ troupes, dont on donna d'abord le commandement ao duc d'Elbœuf , qui. étoit venu le premier offrir ses services au parlement.

Il fut donné ensuite^n chef au prince de Conti , qui s'étoitrendu de Saint- Qermain-en-Laye à Paris, avec le duc de Longueville son beau-frère, qui alla aussi en Normandie, dont il étoit gouverneur, laissant la duchesse de Longueville comme en otage de sa fidélité. Elle prit son logement dans Thôtel-de-ville , où elle accoucha pe^ de jours après d'un prince , qui eut pour parrain la ville de Paris, qui lui donna le nom de Charles-Paris d'Orléans. C'est lui qui fut tué au passage du Rhin, près le fort de Schenk, en 1673. Le prince de Conti eut pour lieutenaos généraux les ducs de Beaufort et de Bouillon ;, le maréchal de La Mothe-Doudancourt, et plusieurs autres^ officiers qui n'étoient pa« contens de la cour et du cardinal Mazarin , ou qui feignirent de ne l'être pas.

Le coadjuteur de Paris, qui n'avoit pu oublier le mauvais accueil que la Reine lui avoit fai^ au Palais- Royal, lelendems^in de la fête de Saint-Louis, et qui se rendoit très-assidûment aux assemblées du parlement, voulut donner des marques publiques du ressentiment qu'il eri avoit : et sous prétexte de dé-

fendre une partie de son troupeau renfermé dans l'enceinte des murailles de la ville de Paris/ il fit levej:, un régiment de cavalerie auq^ùel il donna son nom, et le commandement au chevalier de Sévigné son parent.

La paix ayant été conclue à Ruel , après trois mois de siège, il se trouva encofe deux partis, qui continuèrent d'entretenir la division de$ esprits : celui de la coi;ir et celui de la ville , à la tête duquel paroissoientle duc deBeaûfort, très-accrédité parmi le peuple; lé coadjuteur , la duchesse de Chevreuse, Noirmoutier, et quantité d'autres. Et quoique le prince de Condé eût servi la Reine et le cardinal Mazarin aux dépensée sa propre réputation, néanmoins l'un et l'autre craignant la grandeur et la puissance de sa maison, et l'autorité qu'il avoit sur les troupes, composées de plusieurs régimens qui dépendoient de lui et de ses amis ) le firent arrêter dans le Palais- Royal, le soir du i8 janvier i65o ,*avec le-prince de Conti et le duc dé Longueville , par le comte de Miossens , depuis maréchal d'Albret, et par Guitaut , capitaine des gardes de la Reine, qui les conduisirent au château de Vincennes, gardés par un détachement de la compagnie des chevau-Iégers et dé celle de& gendaï*mes.

Quoique la cour n'eut pas lieu de craindre que la nouvelle.de leur arrêt et de leur détention excitât quelque émotion dans la ville , le prince de Condé ayant perdu l'estime et l'affection 'de ses habitans, et causé des actes d'hostilité que les troupes qu'il commandoît avoient exercés pendant 1^ siège , par de n^auvais traitemens qu'on avoit faits tant aux prisonpiers qu'elles faisoient, qu'aux paysans des villes cir-

4B6 [i65o} M^MoiREj; ooncrhàant

conYoisinës , qui s'exposoient pour porter des vivres en la ville ou à leurs maîtres, elle criit toutefois ne devoir rien négliger pour la prévenir ou pour l'arrêter, si les domestiques ou si les amis dés princeis en eussent exdté quelqu'une. Et parce que le duc de Beaufort s'étoit acquis Famitié de la populace , on le vit en même temps sur les dix heures du soir dans tous les quartiers , marchant à cheval, accompagné d-un bon nombre de ^ens dé cheval , éclairé de quantité de flambeaux, et suivi de quelques artisafis à pied , criant vwe le Roi I Cette marche fit jujgèr que le duc, le eoadjuteur et ceux de leur parti avoient eu quelque part (r) dans là résolution que la Reine avoit prise de faire, arrêter ces troi$ princes. Matthieu A^olé, lors encore premier président du parlement , fût aussitôt mandé au Palais-Royàl , où étant arrivé, et la Reine lui ayant dit qu'elle avoit fait arrêter les trois princes^ il lui dit ces paroles en élevant sa voix et ses mains : « Ah ! madame , qu'avez- vous fait? Ce sont les enfaus (( de la maison royale. » Lui marquant pat là les suites fâcheuses et malheureuses qu'auroit cette action faite en considération d'un étranger, et pour le maintenir dans la place de premier ministre : paroles à peu près semblables à eelles que Catherine de Médicis dit an Roi son fils , après l'action faite à Blois.

Aussi ce que produisit dans la suite la détention de ces trois princes fit connoître que ce grand et sage magistrat ne s'étoit pas trompé dans ses secrètes pré-

(i) Avoient eu quelque pari. On a vu, dans les Mémoires de ReU, q[Be cette arrestation avoit été concertée dans des entrevues nocturiief du coadjatear dvec la régente et Mazario. Le duc de fieaufort n'étoit pas dans le secret. *

LE GARUINÀL DE RETZ» [l65o] 4^

dictions. On ne vit plus dèsi lors que dés assemblées au'parlemeni, la princesse douairière de Condë dans le parquet des huissiers, à la porte de lagrand'chambre dès les cinq heures du matin (après avoir passe là nuit en la maisondu sieur Le Fèvre dç Laubrière, chanoine de la Sainte-Châpeïle et conseiller en cour, où elle avoit été secrètement menée et conduite par l'abbé de Roquette, depuis évêque d'Autun, dans le carrosse du sieur de Garibal, maître des requêtes , lui servant de cocher en. cette occasion), y. distribuer des copies imprimées de la requête qu'elle avoit présentée au parlement, lui demandant justice et la liberté de ses deux fils fit de son gendre. On vit la princesse de Gondé, le duc d'Enghien et Jla duchcf^se de Longueville retirés à Bordeaux , le siège mis devant la ville , mais défendue par le duc de Bouillon, av^ec les troupes qui étoieat attachées à la maison de Condé , çt qui s y étoient rendues, de plusieurs .provinces, rfiême celles quie Marsin commàndoit pour le Roi en Catalogne, à cause de l'aversion qu'avoit la Guienne contre lo duc d'Epernon, qui en éloit gouverneur. On vit le maréchal deTurenne commander celles qpe le roi d'Esf pagne avoit jointes aux troupes qu'il avoitamassées en' Champagne , dont le prince de Conti avoitle gouvernement 5 le corps de la noblesse, assemblé à Paris dans le grand couvenf: des Cordeliers, demander la convocatioti des E tats*généhkux , e t , . par les d épu tés , la jonction du clergé assemblé dans celui des Grands^ Âugustins, pour demander la même chose, avec la lib^té des princes. -

Le parti du duc de Beaufort fut obligé de quitter le parti de la cour, et de se joindre à celui des princes

488 [l6fio] MÉAIOIAËS CONCERNAiNT

et au corp$ du clergé jet à la noblesse , après la défaite arrivée à Rethel de l'armée que commandoit le maréchal de Turenne , et la levée du siège qu'il avoit mis devant Guise, craignant d'être accablépar 1a cour, devenue toute puisisante par ces grands avantages qu'elle avoit eus, et qu'elle. devoit à la valeur et à la sage conduite du maréchal Du Plessis., qui commandoit l'armée du Roi : avantages qui la mettoient en état de perdre ceux qui lui étoient opposés , et ceux avec lesquels elle paroissoit ^'être réconciliée. Enfin il y eut des remontrances faitets au Roi et à la Reine par Georges d'Aubusson , archevêque d'Embrun, second président dé l'assemblée , au nom du clergé, qui eà avoitjété sollicité parla lettre que la princesse de Condé lui avoit écrite , et qui avoit été composée à Paris par un de ses agens, qui s'étoit servi d'un des blancs signés qu'elle avoit laissés et confiés à ceux qui étoient restés, pouf s'en servir dans les occasions dans lesquelles ils en auroient besoin.

Celui qui rapporte ce fait est celui qui reçut un ordre, le soir d'environ l'heure de minuit, de remplir Tun de ces bjancs seings, du corps de la lettre, qui fut présentée le lendemain matin à l'assemblée du clergé. .

Ii|3 cardinal Mazarin voyait qu'il ne pouvott retenir plus long-temps les princes en prison, chercha alors tous les moyopiS 4e se réconcilier avec eux ; et il crot qu'il n'y en avoit pas de plus, propre pour y, réussir que celui d<^ leur faire paroître, et au public en même temps , qu'il étoit leur libérateur , et que.c'étoit luiqui avoit oJ)tenu dit Roi et de la Reine régente sa mère leur liberté [i65j].

LÉ CARDIMAL DE AëTT^. [i€5i] ^SxJ

Le Roi ne fut déclaré majeur que le 6 septembre i65i ; et le prince de Gonti assista à cette déclaration, en habit long , et en soutane violette.

Il se fit pour cela porteur lui-même des ordres que la Heine avoit été obligée d'en foire expédier : avec lesquels s'étant rendu au Havre au mois de février r65>i r il fit demander aux princes , qu'il y tenoit prisonniers y. la permission de les voir et de leur parler : ce qu'ils^ refusèrent généreusement, et avec des paroles de mépris, de lui accorder, sachant bien que leur liberté' n^étoit point son ouvrage. Ainsi il fut obligé de mettre lés ordres dont il s'étoitfaitle porteur entre les mains* du sieur de Bar, auquel il avoit fait donnée la commission de geôlier des princes , et de soKir en même temps du ^royaume , ppurise rétirer premièrement à Dinan , et ensuite à Bouillon et autres lieux , accompagné de quelques seigneurs français , au nombre desquels s etoit mis assez gratuitement François-Bo-^ naventure de Harlay , iparquis de Brena] , frère aîné* de François de Harlay , premièrement sacr^ archevêque de Rouen dans l'église des Chartreux de Paris, le 27 décembre i65i , et depuis archevêque de Paris, mort en 1695, en qualité de président seul perpétuel de toutes les assemblées : qualité qu'il avoit su prendre et se procurer à lui-même , en faisant exclure de la. députation des autres provinces les cardinaux et archevêques qui y dévoient présider.

Ce qui contribua davantage à l'accélération de la liberté des princes fut leur translation du chiteau de Vincennes à celui dé Ma^coussis, et du chât^u de Alarcoussis auJIiavre, fort situé à l'emboiichure de b Normandie, dont étôit gouverneur le duc de Longue- ;

490 [l65l] MÉMOIRES CONCERNANT

ville, Tu». des trois princes^que le cârdinarMazarm tenoit en prison: duquel fort ëtoitiilors gouverneur le duc de Richelieu , très<ftttach^ au prince de Condé àon aUié , à cause de dame Claipe4]lëB>ence de Maillë- Brezé son épouse, fille de dame Nicolas Du Plessis dé Richelieu, sœur du cardinal de ce nom, son grandoncle: peirsonne ne pouvant voir ni souffrir plus longtemps que, pendant une minorité, deux priiiees de la maison royale, et un autre capable de succéder à la couronne, fussent entre les mainset^n la puissance d'un étranger et d-un cardinal italien , l^ur ennemi déclaré. ...

La cause de leur translation du château de Vincennés à celui de Marconssis , et de celui-là à la citadeHe du Havre, fut la crainte qu'ejat le cardinal Mazarin que leurs amis, dont le nombre paroissoit s'augmenter tous les jours , et qui s'assembloient publiquement dans Paris, ne les tirassent par force du château de Vîncennes, qui n'en est éloigné que d'environ une lieue et d^mie. Il en donna k conduite au comte d'Harcourt, qui se chargea de les conduire au Havre avec un gros détachement qui lui fut donné des gardes du .corps 5 des^ gendarmes , chevau -légers , et autres troupes de la maison du Roi.

Il fut généralement blâmé de tout le monde d'avoir accepté uuè telle commission, quoiqu'il fut pauvre , et qu'il eût besoin des grâces de la cour : ne convenant pas à un prince de la m^son de Lorraine , après avoir commandé les armées du Roi en Provence, en Piémont , dans l'Italie et ailleurs , et acquis beaucoup de gloire et de réputation, de faire lesfbuctions d'un prévôt des marécbauic pour conduire dés prisonniers.

Cest le nom que lui donna le prince de Conde pendant la route, ayant demandé plusieurs fois, aux gardes qui étoient les plus proches du carrosse , qu'on lui fît voir cet illustre prévôt des maréchaux .

Les princes ayant enfin recouvré leur liberté , étant sortis du Havrfe, arrivèrent à Paris le i6 février i65i, environ trois heures après midi, accompagnés nonseulemeiU de leurs amis, mais encore deplusieurs personnes de la cour, qui étoient allés au devant d'eux jusqu'à Saint-Denis et encore plus loin. Us allèrent droit au Palais, où ils entrèrent,^ la garde étant sou» les arm:es , et furent conduits par" ceux qui étoient venus les recevoir à la descente de leurs carrosses , au bas de l'escalier, dans l'appartement où étoient le Roi et la Reine,* qu'ils remercièrent de leur avoir donné la liberté.

Us employèrent les premiers jours après leur arrivée dans Paria à rendre les visites les plus nécessaires , et à i*ecevoir celles qu'on leur rendit en fouie et avec empressement. Ils ne parurent néanmoins véritablement dans les rues et dans le grand public que lorsqu'on eut achevé les équipages de deuil , qu'ils furent obligés de prendre à cause de la mort de Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse douairière de Coodë, leur mère et beUe-mère ^ arrivée veirs la fin du mois de décembre i6âo. Ceux qui étoient chargés d'y faire travailler avoient fait attacher avec des clous la calotte du carnosse du prince de Condé, croyant qu'un premier prince du sang avoit droit d'usar de cette marque d'hoaneur pour sre distinguer des pribo^ des maisons étrangères : le titre d'altesse sérénissime ayant été donaé alors aux princes du sang ,

49^ [l65l] MÉMOIRES COVCERNÀIiT

pour les distinguer de tant d'antres qu'on traitôit d'altesse. Mais madame d'Orléans, duchesse de Montpeosier, rayant fait avertir que les seuls enfans de France avoient droit de jouir de cette parque d'honneur et de distinction, on réforma le carrosse aussitôt.

La princesse douairière de Condé ëtoit motte à Châtillon-sur-^Loire , où la duchesse de Ghâtillon, et depuis de Meckel bourg, qui ay oit Thonneiir d'être sa parente, lors veuve du duc de Ghâtillon tuë^ le 25 janvier 1649 9 à l'attaque et la prise du village et du pont de Chareiiton , l'avoit obligée de prendre ^ démeuFe, après avoir quitté Ângerville, situé sur le chemin de Paris à Orléans , appartenant au sieur Perraut , président en la chambre des comptes , intendant depuis long--temps de la maison de Coudé. Elle ^y étoit retirée depuis ^ue l'entrée et la demeure dans ta ville de Paris lui avoient été 'interdites par 'la cour , avec déjTense très; -express qu'elle lui avoit faite d'y venir, depuis qu'y ayant été amenée secrètement dans le carrosse de Garibal , maître des requêtes , par l'abbë I^oquette faisant la fonctioil de cocher , et descendue en la maison du sieur Le Fèvre de Laubrière , conseiller en la cour, clianoine de la Sainte-Chapelle, où elle coucha pour se rendre ,• comme elle fit , dès quatre heures 4u matin dans le parquet des huissiers, et être à l'entrée de la cour pour lui présenter sa requête, par laquelle elle' lui demandoit justice pour les princes, et qu'on fît le procès à ceux qui , abusant du nom et de l'autorité du Roi, les retenoient en prison^.

Sa mort étantarrivée pendant la tenue. générale du clergé de France ,,'on se troijva obligé de lui rendre les honneurs funèbres qui étoient dûs à la veuve

LE CARDINAL DE RETZ. [l65l] /(d^

d^un premier prince du sang , nonoi]|stant l'état triste et malheureux dans lequel , en mourant , elle avoit laissé sa maison, accablée d*afBiction, privée de la vue et de la présence de ses enfans, de son gendre et de ses petits«enfans. Les uns étoient encore détenus dans les fers, et les autres, savoir la princesse de Coudé sa belle-^fille, le duc d'Enghien son fi]^ unique , la duchesse de Longueville sa fille , s'étoîent alors retirés à Bordeaux ^ et les comtes de Dunois et de Saint-Paul, ses enfans , retirés ailleurs.

Isaac Hubert , évéque de Vabres ^ auparavant théologal de Téglise de Paris , fut prié, par l'assemblée , où il avoit été député par la province de Bourges, de prononcer Toraison funèbre au service qu'elle ordonna être fait dans l'église des Grands»Augustins *, et il répondit au choiï^ qu'elle avoit fait de sa personne, que la conjon<:ture du temps rendoit très-délicat, mais avec une liberté vraiment épiscopale. En parlant des grandes vertus dé cette princess^e , il ne put se dispenser de faire ressouvenir ceux qui l'écoutoient des «premières disgrâces dont le Ciel avoit.affîigé la maison de Condé^, c'est-à-dire la prison qu 'avoit soufferte son mari pendant plus dé trpis ans, ayant été arrêté, le 7 septembre 1616 , et n'en étant sorti qu'aur mois d'octobre 1619. On ne rapporte point ici le détail de cette oraison funèbre , et des autres qui furent prononcées dans les ditférens services solennels qui furent faits; mais il suffit de dire que l'effet cpie produisirent ces services tristes , lugubres et si fréquens , fit augmenter dans l'esprit du peuple le àiépris, la haine et la fureur qui en ay oit couru depuis plus de trois années contre la personne du cardinal Mazarin, son nom et

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sot¥ ombre : ce qui alla si loin, qqe la Rmtie fut obligée de faire paroître qu'elle rabàndonnoit , et le feroit sortir du royaume. Ce qu'on ne peut pas se dispenser de rapporter ici , ^c'est que quelques gardes du corps du Roi, que lé sieur de Bar, qui les coraniandoit, teiioit toujours enfermes au dedans de la cour du donjon du château de Vincetines , pour leur ôter toute sorte de commerce avec ceux qui en gardoient les dehors , et empêcher que par leur moyen les princes reclassent ni lettres , ni billets , ni aucfin avis de vive voix, de ce qui se passoit à Paris et ailleurs *, prenant aussi compassion de leur état, et.se persuadant que leurs disgrâces ne pourroient pas être de longde durée *, assurés d'ailleurs qu'ils seroienl trè^- récompensés 'des services qu'ils leur auroîent rendus secrètement, embrassèrent les propositions qu'on trouva les moyens de leur faire , et exécutèrent fidèlement tout ce dont on les avoit instruits qu'ils feroient pour tenir les princes avertis de tout ce que leucs amis faisoient pour leur procui*er la liberté, et de ce qui se passoit en Guienne, en Picardie, en Flandres, i la cour et ailleurs. Ils leur firent passer adroitement dû papier, de l'encre et des plumes, dont ils se servirent pendant le temps de leur détention dans le château de Vincennes , où le prince de Condé étant allé dîner , au mois de juin i65^ , chez le sieur de Chavigny qui en étoit gouverneur, et étant monté dans la chambre où il étoit autrefois, trouva encore dans un trou de la cheminée les deux plumes qu'il y avoit laissées.

Les billets qu'ils recevoient étoient écrits en chiffres'^ ceux qu'ils avoient doubles étoient fort étendib

LE CÀ^DINàL DE KETZ. [l6Sl] 49^

«t contenoieiit peu de chiffres , qui éiguifioient beau<coup de choses.. Us s'en servoient pendant la nuit , 'étant dans leur lit , feignant de lire des livœs qu'ils a voient , les rideaux étant tirés , aucun n'osant prendre là liberté de les entrevoir seulement pour savoir <;e qu'ils faisoient. Ils les recevoient des mains de quelqu'un qui avoit! la liberté d'entrer dans leur chambre pour les servir. On les mettoit souvent dans les doubles fonds des bouteilles de vin faites exprès, qu^ les gardes du dehors passoient par une très - petite ouverture à ceux de dedans qui savoient le secret , pour les tirer de ce double fond -et y remettre la .réponse qu'on y faisoit, faisant passer ces bouteilles vides à. ceux qui les dévoient remplir de, toutes les deux.manièrçs. On se servolt aussi d'écus d'argent, qui étoient creux, qu'^n faisoit passer aux gardes affidés ,.dans lesquels on mettoit aussi les billets et les réponses. Ceux qui recevoient ces écùs avoient le secret.de les ouvrir et de les fermer.

Les prit^ces ayant ainsi obtenu leur liberté, Louis- Henri de Gondrin , archevêque de Sens^ de La Rochefoucauld , évêque de Lectoure , frère du duc de ce nom 5 et Ftançois Pericàrd, év^ue d'Angoulôme, vinrent de leur part remercier l'assemblée dû clergé (s'étant placés au bureau) de tous lés bons offices, qu'elle leur avoit si généreusement rendus auprès du Roi et de la Reine en cette occasion.

Le parti du coadjuteur s'étoit uni à celui des princes sous certaines conditions, dont la principale étoit le 'mariage du prince de Conti avec une des iilles de la duche^e de Chevrfîuse , ^ui en étoh le principal mobile. On fit extérieurement. ce qui pou-

49^ [ ^^ I ] MÉMOIRES COl^CERNANT

voit persu;ader Vune de» parties qu'on vouloit de bonne foi exécuter ce qu'on avoit promis. Le prince de Contlquitta Tabbay^ de Nicolesme^en faveur d'un des fils du duc de La Rochefoucauld , et celle de Corbini en faveur de Saint- Romain, depuis ambassadeur pour le Roi en Suisse. Il déposa labbaye de Saint -«-Denis, et quelques autres eûcore, entre les mains de Montreuil son secrétaire; et il passa procuration pour se démettre de Tabbaye de Clugny entre les mains des religieux , qui, en ayant accepté sa démission, postulèrent le duc d'Enghien pour leur abbë. Mais pour rendre tout cela inutile , et se conserver les bénéfices qu'il paroissoit que ce prince vouloit quitter , iji passa en même temps des actes qui révoquoient et annuloient les premiers , qui furent dûment insinués et signifiés , et qu'on garda secrètement jusqu'au temps qu'on vouloit s^en servir.

Il seroit inutile de rapporter ce qui se passa ensuite : il «ufiit de dire que le coadjuteur,- 'toujours attaché à la duchesse de Chevreusç, quitta le parti du prince de Gondé, et se réunit à la cour, pour se venger de l'inexécution des paroles qui avoient été données pour le mariage de la fille aînée de cette duchesse, qui mourut quelques mois après le retour des princes à la cour : et ce fut alors qu'il obtint du Roi sa nominatioaau Pape pour le chapeau de cardinal, qu'on vit au commencement de Tannée lôSi», qu'il avoit plutôt arraché qu'obtenu, le Roi l'ayant depuis révoqué secrètement en faveurdubailli 4^ Valençay son ambassadeur à Rome , qui n'en put pas' profiter néanmoins : dWutaatquelePape, qui fut averti decette révocation, fit des cardinaux dès la. première semaine

DU CA&DINÀL 0£ RETZ. [l65a] 497

de câréme ^ du nombre desquels fut le coadjuteur de Paris j dont Tainbàsdadetlr ne fut avisé qu'après la promotion , allant chez le Pape qui sortoit de son consistoire où il vendit de^ les créer, pour lui présenter les lettres du Roi de sa nomination^ au lieu du coadjuteur : ce qui Tobliges^ de revenir à son palais sans être entré en celui du Pape, sans l'avoir vu, et exécuté sa commission*

Le coadjuteur , fait sûnsi cardinal malgré la cour , devoit sa promotion au cardinalat, non pas tant à Fabbé Gharier , §o^ agent à Rome , et aux officiers du grand duc et des princes dé sa maison ^ qu'au res-^ sentimen^t que le Pape avoit de ce ^^e lé cardinal Mazarin Tavoit contraint de lui donner um chapeau pour Michel Mazarini, dominicain, son frère, quHl avoit tiré de son couvent pour le faire archetéqUe d'Aix ; ayante pour l'y forcer , fbîît porter la guerre en Italie jusqu'aux places frontières de l'Etat ecclésiastique, Piombino, Orbitello et Porto-Longone, assiégées et prisés par les armées du Roi.

L'archevêque de Paris 4i'en étoit pas plus content que le cardinal Mazarin , souffrant avec peine qu'on lui eût préféré son neveu ; et le cardinal Mazarin regardant celui de Re^ comme étant alors en état de se procurer la place de premier ministre, ou du moins d'avoir une très-grande part au ministère. Ses amis agiwssoient auprès du cardinal Mazarin pour tâcher d'obtenir pour lui son amitié , et de l'assurer contre la jalousie qu'il avoit conçue, contre lui, et contre la pensée qu'il avoit que le cardinal de Retz vouloit sa place. Aussi c'est ainsi qu'il répondoit aux amis de ce cardinal : « Je (( veux bien être de ses amis -, mais il veut ma place. »

498 [l65a] MSMOIIUE^ GMQKElUlfT

Et il ne $e trpHipoit pa» daDs U jugement qu*U en faisoit, le cardinal de Ret^ prenant les moyens qui paroissoient les plus expédiens pour y parvenir. . Le Roi étant absent de Paris , qui s'ëtoît dëdaré en faveur diji prince de Coudé 9 auquid il ouvrit ses portes le a juillet i65a ,.pour y iaire entrer ses troupes, après le combat donné dans le faubourg Saint-Antoine : le 'Cardinal de Retz , avec ceux de son parti , se déclara ouvertement contre le prince^ et se rendant à des beures indues au palais du Luxembourg, après que ce prince en étQit sorti, ille ruinoit dans Tesprit de M. le duc d'Orléans , et Tempédioit de faire et d^éxëcuter tout ce qu'il lui yeneit de promettre et accorder : ce qui obligea le. prince de Çondé^ après que le duc de Lorraine eut retiré ses troM{>es , qu'il avoit amenées himême en France ii son beaii-frère, de mener sonarpée à Villeneuve-Saint-Georges, où il tenoit enfermée celle du Roi commandée par le maréchal de Tarenne, ^ais qui se trouva dégagée par la retraite des Lorrains, qu'on soupconnoit avoir été ménagée ponr la cour, par le cardinal de Retz:, en Champagne. U assiégea et prit la ville de Rocroy.

La vpe de Paris se voyant en liberté , ne songea plu» qu à obliger la coup, qui étxntkk Coi]i|>iègne, dy revenir, et d'obtenir du Roi un oubli général de ce qui s'étoit passé. Le cardinal de Relx y alla avec les dép«]tés dijk clergé» pour le supplier de revenir dans sa oapi^e. Le prevjôt des marchands et les échevios, accompagnés des députés des quartiers, y allèrent en^ mite , et tout le corps tant des mai?chands que des métiersle suivirent : ce que la cour avoit désiré et ce que le cardinal de Retz avoit évité, s'en étant chargé

lË CARDINAL D& BÊTÏ. [l65îl] ^99

eiivéts elle. Ce qui «st sirrai^ que le carâiuai lui reprocha, dans une de ses lettres, les grands ser^ Tices que la Reiâe avoit déclaré publiquement qu'il nvoit en cela réfndus au Roi , ea disant qUe son retour à Paris étoit Fouvrage du cardinal de Retz.

Le désii^ qu'avoit la Reibé de retenir au{»rès du Roi le cardinal Mazarin en qualité de premier ministre , elles sietitSvServien, Le Tellier et Fouquet, qm avoientle titre et le caractère de ministres d^Etit, et qui craignoient fesprit inquiet du cardinal, fireât prendre au Roi la résolution de le faire arrêter lorih qu'il viendroît lé soir au Palais-Royal (ï). Il avoit pré>ché dans Téglise de Paris en la place du théologal, le premier dimanche de Favent •, et lorsqnll fat sorti de chaire , on y trouva attaché ce jdacard :

.Vous prêcherez malgré les uns ^ cardinal, en d^it des autres. Mais si vous prêchez ravënement du Seigneur, ce n'est pas celui du seigneur Jules.

11 vint seul au Palais-Royal (où il avoit paru plusieurs fois en habit déguisé ) , le soir qu'il y fut mrrété ; et de là conduit au château de Yincenmes au mois de décembre i652. Le sieiir Joiy, qui Favpit averti de la résolution prise dans le cbiiseil de l'arrêter^ s'eil* cusa de Faccompagner , lui disant qu'il s'allât perdre lui seul s'il vouloit : mais que pour lui il ne vouloit pas se perdre avec luL Ce qu'il lui dit ^ parée qu'il sa- Yoit que la Cour n'avdit pas oublié ce qu'il avoit fait e^k 1649 ^^ qualité de Fun des syndics des rentiers ,

(1) yiu Palais 'Royal : Le Roi étant rentré à Paris le ai octol>re , s^ëtablit an Louvre ; cl ce fut dans ce dernier palais qu^on arrêta le caf- ■dinal de Kets.

5oO [l6^^] MÉMOIRES CONCERNANT

ni son trop grand attachement et de ceux de sa famille an cardinal, dont quelques-uns furent exilés defMiis^ à Foccaâion de la sortie du cardinal du château de Nantes en 1&549 et de ce qui se passa dans la suite dans l'église et dans le diocèse de Paris.

La garde ordinaire du château et du donjon fut alors augmentée d*un grand nombre de gardes da t^orps de la première compagnie , commandée par le comte de Noailles , qui seul n avoit pas refusé de recevoir et de prendre' lé bâton en la place du marquis de Ghandenier qui en étoit capitaine , et qui en jouit sans lui avoir jamais remboursé le prix de sa charge: le cardinal Mazarin , auquel il s'ëtoit attaché , Payant dispensé de faire justice à un gentilhomme et à un seigneur de la maison de Rochechouart, et neveu du cardinal de La Rochefoucauld.

[i653] Quelque grande que fut la fidélité de Claude DuFlos, sieur d'Avanton en Poitou, l'un des grands exempts des gardes de cette compagnie , et l'exacti- 4;ude avec laquelle il veiUoit pour rendre compte de la personne du cardinal de Retz ; quelque précaution qu'il pût prendre pour Témpécher d'avoir aucun commerce au dehors, et qui étoit telle que les gardes du corps qu'il commandoit étoient tous enfermes au dedans de la cour du donjon, sans avoir la liberté d'en sortir pour entendre la messe ailleurs que celle ^ue le cardinal disoit lui-même assez souvent, ou que disoit un des chanoines de la Sainte-Chapelle à Vinoennes, à laquelle il fit présent, en sortant de cette prison , du calice , des chandeliers , des burettes, et autres choses qu'il avoit fait faire pour célébrer la messe : néanmoins on ne put jamais empêcher qu'il ne

LE CAHblNAL DB RETZ. [l653] 5oi

fût informé de ce qui se pa$soit au dehors, et qui le regardoit. A cela on ine sait qui peut y avoir eu plus de part, ou ravàrice de quelques gardes , ou la compassion qu'ils pouToient avoir de Fëtat auquel ils voyoient un cardinal d'une maison illustre , leur futur archevêque et pasteur , dont les disgrâces pouvoient n'être pas éternelles , et qui pouvoit être en état de récompenser les offices de charité qu'Us lui reridoient. Et comme h mort de son oncle devoit produire beaucoup de changement dans ses affaires, par rapport à Ja dignité archiépiscopale , au titre dont il se trouvôit revêtu , et à l'autorité qu'il aui^oit dans le diocèse de Paris, dont le clergé séculier et régulier, et le peuple , ne pourroient voir sans indignation l'injure qu'on fàisoit à FEglise et à la religion, en retenant dans lés fers celui que Dieu leur avoit donné pour pasteur : ses amis eurent soin de lui faire savoir qu'il seroit averti de la mort d€ celui auquel il devoit succéder aussitôt qu'elle seroit arrivée , par des signaux qu'on lui avoit marqués: l'un desquels étoil le son de certaines cloches qui sont dans les tours de Notre-Dame, que l'on féroit sonner d'une manière extraordinaire; et la répétition qu'on feroit faire à la sonnerie de l'horloge de la Sainte-Chapelle du château de Vincennes , qui annonceroit deux fois de suite une même chose. On dit aussi qu'il en fut averti par le prêtre, qui en disant la messe devant lui, et en élevant sa voix plus haut qu'à l'ordinaire , le nomma dans le canon de la messe Joannes-Franciscus- PauUiSj autistes noster^ le nom de Paul le distinguant de son oncle.

[1654] ^^ quelc^ue manière que les choses soient

5o2 [l654j MÉMOIRES COA'GERNÂNT

arrivé63 , ce qtii est certain et de fait est que Jean- François de Gandy,t oncle du cardinal de Retz , mourut premier archevêque de Paris le ^i mars i654f pendant la nuit; que le même jour et çle très-grand matin parut, dans V^glise de Paris ^ Pierre Le Beure, porteur de la procuration de ce cardinal pour prendre pour lui et en son nom possession de Varchevéchë de Paris , qu'il prit en présence des doyens , dignitaires, chanoines et bénëficiers de cette ëglise assemhUs à cet effet-, qu'il fut installé en cette qusllitë en la chaire épiscopale, avec toutes les solennités ordinaireis et accoutumées ; que le Te Deum fut chanté en musique, au son des cloches; que la procuration pmir prendre possession , et les actes faits en vertu d'icelle, furent le même jour insinués au greffe des insinuations ecclésiastiques du diocèse 9 aVec les lettres du grand vicaire qu'il avoit signées, et qu'il avoit fait expédier par les sieurs Lavocat et Chevalier, qu'il avoit choisis, nommés et institués ses vicaires généraux; et la commission de vice^gérant en l'offieialité , qu'il avoit donnée en même temps au sieur Porcher, souspénitencier, docteur en la maison de Sorbonne.

Leà lettres du grand vicariat et la procuration pour prendre possession avoient été portées toutes dressées au château de Vincennés par Roger , notaire apostolique , et greffier des insinuations ^ qui s'étoit introduit en sa chambre déguisé en garçon tapissier, portant des pièces de tapisserie qu'il y tendit en k place de celles qui y étoient, et qu'il fit remporter, après avoir donné le moyen au caj^dinal de signer. El c'est ce qui se trouve dans un livre manuscrit de l'Eglise de Paris , qui entre autres choses contient les

LE CARDINAL DE RETZ. [l 654] SoU

noms des chanoines qui ont Aé ^promus à répiscopat et au carduialat. L'auteur parie en ces termes du cardinal de Retz:

U fat dès }Qrà reeonnU pe«ir archevêque de Paris , non^éulement dans tout son siégé, mais encore dans tout le clei^ de France. Les prêtres le nommoient à rautelf les curés, dans leurs prdne^^ le recomman** doieni aux prièrea en cette qualité v le clergé et Iq peuple reconnoîssoient rautorîté de ses gra^^da vi-^ cairesy qui en fireat publiquement ctpaisi blâment les fonctions ^ et qui administrèrent lê diocèse sOus soa autorité^ sans aucun trouble de la part de la cour^ qui se contenta seulement de leur ordonner par uii arrêt du conseil d^en haut de ne £aiire aucun mandement extraordinaire sans Tavoir comi^uniqué. Quoi-^ que la cour reconnut publiquement et eu des actionis particulières le cardinal de Rets pour archevéq^ie d^ Paris, et qu'elle eût mis ses grands vicaires en état de faire ce qu'il lui plairoit , fiëanmôins elle ne vou-^ loit pas Favôir pour archevêque de Paris ; et comme elle ne pouvoit plus le retenir en prison sans s'exposer aux reproches, au murmure et à Findigoation du pu-*blic 9 elle chercha tous les moyens dont elle crut pou-^ voir se servir pour obtenir de lui sa démission, et lui rendre sa liberté aussitôt que h Pape Tauroit admise et lui auroit donné un successeur. Elle obligea le itonce Bagny d'aller visiter le cardinal à Vincennes, fêlant d'avoir reçu de Rome ordre de le visiler de la part du Pape, mais plutôt pour le sonder touchant ime démission: à quoi il ne le trouva nullement dis^ posé. Toutes les fois qu'il alloit au château de Yin^^ cennes, il y tioavoit le comte de Brienne et M. Le

5o4 [1654] MEMOIRES COSGERNAliT

Tellier, secrétaire 4vE^t, charges de propositiom à lui faire. Il rejeta pendant un temps toutes celles qu on lui faisoit; mais enfin, lasse de$ rigueurs d-une prison pendant sei:^e mois , espëra»it de les adoucir et de jouir d*un peu de liberté , il les écoata, et donna la démission de son archevêché en présence de deux secrétaires d'Etat , du comte de Noailles , capitaine des gardes, et du président de Bellièvre, qui fut surpris de la nouvelle que Davanton lui donna, en. entrant dans la cour du château, de là résolution qu'il avoit prise de se démettre de Farchevêché de Paris , et qai fut dépositaire de quelques paroles qui furent respectivement données, et que le cardinal de fietz na pas voulu déclarer, lorsqu'il en a parlé dans quelqu'une de ses lettres qui| écrivit depuis sa sortie du château de Nantes. Ainsi,: ni les promesses qu'on lui fit alors, ni les conditions sous lesquelles il donna sa démission , ni ce que la cour s'obligea de lui donner en bénéfice pour le récompenser de ce qu'il paroissoit s'abandonner si volontairement aux vœux de la cour, ni ce qu'il avoit demandé et obtenu pour ses amis , qui ne Ta voient point abandonné, et qui Tavoient servi si utilement avant et depuis sa détention, ne fut point rendu public , parce qu'on^savoit que ce que Ton avoit obtenu de lui , dans l'état auquel il étoit , ne potîvoit servir qu'à faire voir que la cour se trompoit ellemême , devant être assurée que la démission qu'un cardinal avoit faite étant dans les fers entre les mains de ses ennemis étoit absolument nulle ^ qu'éUe lui seroit inutile , et que le Pape ne la recevroit et ne Tadméttroit jamais, pour ne pas donner ùh titre d'exemple aux puissances séculières pour arracher,

LE GARDIIïAL PE RETZ: [l654] ^^^

quand il leur plairoit, des ëvéques de leurs siëges.

Le seul effet que produisit cette démission fut que le cardinal de Retz changea de prison : Davanton , qui commandoit les gardes du corps , Payant traniifërë de VincenÀes allantes, et mis entre les mains du marëcbal de La Meilleraye, duquel il ne recevoit pas Tordre, pendant la marche, quoiqu'il accompagnât le cardinal , qui devoit être servi par quelques-uns de ses propres doipestiques, et ses proches et ses amis avoir la libertë de le visiter au château, où, contré les paroles données , il se ti'ouva enfermé sous une bonne et sûre garde..

11 faut en cet endroit remarquer plusieurs choses.

La première est que les grands vicaires du cardinal xie Rétz, qui avoient commencé le ai mars 1 65 3, jour du décès de l'archevêque de Paris son oncle , de prendre la conduite et l'administration du diocèse sous Àon autorité , continuèrent d'en faire les fonctions depuis, et nonobstant la démission qu'on avoit tirée de lui de son archevêché dans le château de Vincennes , parce qu'il étôit toujours deiflièuré en possession de son titre et de sa dignité, et qu'il nepouvoitven être privé que lorsqu'elle auroit été admise par le Pape, et qu'il lui auroit donné un successeur.

La seconde, que la raisoA^pour laquelle le maréchal de La Meillerâye renforça la garnison du château, et qu'il l'y fit garder très-étroitement par l'ordre de la cour , fut qu'elle avoit été assurée que la démission qu'elle avoit tirée de lui étant nulle, le Pape, bien loin de l'admettre , l'avoit rejetée avec colère et menaces, comme étatit injurieuse à l'Eglise et au sacré collège.

5o6 [l654] MÊIIOIRES OOHCEaNAST

La troisième, que le cardinal dans ses lettres, qu il ^rivit à Renne depuis sa sortie du château de Naates , a nié d'aroir donné aucune parole au maréchal de La Meilléraye de ne se pas servir dû droit naturel , et de tous les majtnÈ qu'il trouyeroit pour procurer sa. liberté y la cour lui ayant reproché d'avoir violé celle <{u'elle disoit lui en avoir donnée.

La quatrième*, que pendaiU sa détention dans le diiteau de Yincennes et de Nantes, qui fut de près de vingt mois, on ne TsK^usa d'aucun crime; et qu'on ne s'avisa de lui &a, imposer et lâe former des accusations contre lui ( seulement dans le public et non par devant aucun juge qui fut compétent d'en connoitre ) que depuis qu'il fut sorti du château de Nantes , par le secours que lui donna l'abbé Rousseau, très-fort ettrès^ vigoureux , qui lui porta des cordes qu'il avoit mises autour de son bras gauche étant caché dans un manteau long , qu'il portoit ordinairement , avec lequel U descendit seul en plein jour le long de la muraille , dans un fossé près la rivière , pendant que ses gardes et ses sentinelles étoient occupés à vider une boqteille de vin , qu'un deâ valets de diambre de ce cardinal, auquel cet.abbé avoit recommandé d'apporter à boire à cette Erainence qui en demandoit, leur avoit donnée en s!en retournauL Et parce qu'il y avoit assez proche de la muraille un prie^*dieu sur lequel le cardinal se mettoit à genoux lorsqu'il disoit, son bréviaire, qu'il s'étoit fait apporter, l'abbé Rousseau étendit sur ce prie^diéu un habit, du cardinal , et audessus saiealotte rouge, pour tromper les gardes, que les valets de chambre avoient avertis de ne pas approcher de leur maître parce qu'il vouloit prier Dieuf

UE CARDINAL DE RET*. [l654] Soj

et qu'ils crurent, en voyant de loin ses habits , qu'il étoit au prie^dieu.

Un des pages du maréchal de La Meilleraye, qui se haignoit , ayant aperçu qu'on desceâdoit quelqu'un avec des cordes dans le fossé de dessus la muraille , sortit de l'eau tout criante « Le cardinal de Retz se « 3aave! » Mais ceux qui étoient sur le bord de la ri-^ vière, et les marinier$,. eurent moins d'attention à ce qu'il disait, qu'à secourir un religieux qui se noyoit.

Le cardinal dé Retz ayamt été heureusement descendu dans le fossé, il en fut tiré pair ceux que le duc de Brissac tenoit tout prêts, avec des chevaux, sur l'un desquels on le monta. Mais à peine eut41 galopé environ deux cents pas , qu'ayant voulu tourner trop court au coin d'une rue du Êiubourg, son cheval s'abattit et le renversa par terre, et en tombant il se démit l'épaule. Ceux qui Tescortoient se voyant poursuivis par les gardes du maréchal de La Meilleraye , qui étôit monté à cheval, eurent toutes les peines , nén-seulement à le remettre sur son cheval, mais encore à le faire consentir d'y être mis pour continuer leur chemin et le mettre daâs un lieu de sûreté.

Tout avoit été disposé pour le conduire et le mener à Paris, et l'escorte devoit venir phisp nombreuse dans les chemins , suivant les mesures qu'on ^voit prises pour le mettre en possession de la maison épiscopale, ou lui donner les tours de son église pour sa retraite , au cas qu'elle ne fut pas pour lui un asyle assez sûr et assez fort.

Mais cet accident imprévu obligea ceux qui l'escortoient de chercher un asyle ailleurs, et de le conduire à un lieu près de Beaupréau , appartenant au duc de

5o8 [l654] MEMOIRES CONCERNANT

Bris$ac , beau-frère du duc de Retz , frère du cardinal , et qui avoit ëpousë la fille du duc de Retz, fils du marquis de Belle-Ile , fils aîné du maréchal de Retz , tué en voulant surprendre la forteresse du mont Saint- Michel.

Il sortit par ce moyen du château de Nantes , le 8 août 1654 après-midi , lorsque la cour étoit sur les frontières de Picardie, et occupée avec le cardinal Mazarin à faire lever le siège mis devant Ârras par le prince de Gondé , qui fut contraint de le lever le jour de Saint-Louis , et qu'il n auroit pas levé si le' cardinal de Retz eût été assez heureux que de se rendre de Nantes à Paris : chacun étant persuadé que la nouvelle de son évasion , et celle de son* arrivée et de sa présence dans Paris , aurpient obligé le cardinal Mazarin d'abandonner la frontière et le secours de Ja place assiégée , pour se défaire de son plus grand ennemi , qui avoit un peuple entièrement à sa dévotion, et capable dé le maintenir dans son siège -

Le même jour 8 août i654 , il écrivit au chapitre de son église et aux curés de la ville de Paris , pour leur donner avis de sa liberté. '

Lettre au chapitre de l'Eglise de Paris.

« Messieurs,

« L'état où j'ai été jusqu'à cette heure m'ayant « obligé de retenir les véritables ressentimens des « obligations que je vous ai, j'emploie ces premiers « momens de ma liberté pour vous les expliquer. Et a piA»que j'ai eu le bonheur d'être élevé parmi vous, « et que c'a été le premier degré qui m'a fait passera

LE CARDINAL DÉ R£TZ. [l654Î ^ÔQ

<( la digiiitë.de votre archevêque , laquelle vous avess « travaille à me conserver avec tant de générosité , « jusqu'à vous exposer à toutes sortes d'événemens « pour l'amour de moi , je veux aussi vivre et mourir « en cette même qualité , espérant que comme vos af- « fections iront toujours en augmentant, ma gratitude « et ma reconnoissance seront aussi immortelles. C'est « ce que je vous conjure de croire , et de me donner « la part en votre souvenir et en vos prières, que je «souhaite, messieurs, votre très -requis et affec- <(. tionné serviteur. Sijgné le cardinal de Retz.

n Proche Beaupréau , le 8 août i654*

Et au-dessus: « A messieurs les doyen, chanoines tt et chapitre de TEglise de Paris. »

Lettre aux curés de Paris.

«Messieurs,

« Aussitôt que je me suis vu en lieu de sûreté , et « qu'il m'a été permis de rendre publics les sentimens « de mon cœur sur les affections que vous avez uni- « versellèment fait parokre pour ma personne, je n'ai « pas voulu différer plus long-temps à vous rendre « mes justes remercîmens, et vous donner les assu- « rances que je serai inséparablement le reste de « mes jours avec un clergé que j'aurai toujours aussi « cher que je l'ai expérimenté généreux. Ma trans- « lation a été l'ouvrage de votre fermeté , et ma liberté « celui de vos prières. Je vous en rends toutes les re- <c coiinoissances dont je suis capable 5 et dans l'estt pérance que vous me continuerez vos bons ofiices,

5X0 {i6$4] MiHOIRES CX>NCESlfAlIT

« je demeurerai) messieurs, votre ^ etc. Signélû c^r^ a dinal de Retz , arcbeyéque de Paris. «

« Proche Beaupréau, le 8 août 1654.

Et au dessus : « A messieurs les curé^^ de Paris» »

Le cardinal de Retz écrivit en même temps au Roi, qui étoit à Peronne, où il avoit dépêché un homme exprès pour lui présenter sa lettre. Mais ses ennemis qui étoient auprès du Roi, suivant les plaintes qu'il eu fit dans sa lettre du i4 décembre i654 ' qu'il adressa aux évêques et archevêques de France , prenant le soin de lai ôter tous moyens de détrompep le Roi des mauvaisi^s impressions qailà tâchoient de luî donner contre lui , renvoyèrent le gentilhomme sans aucane réponse, sinon celle-ci : qu'où ne pouvoit rien recevoir de sa part qu'il ne se fût remis auparavant dans l'état dont il étoit sorti. C'étoit à dire que le seul moyen de se réconcilier avec eux étoit de se rendre leur esclave et leur captif^ et que lorsqu'il serait très-étroitement resserré dans le château de Nantes ou dans les prisons de Brest, il pourroit écrire au Roi avec toute sorte de liberté. Ce qui obligea le cardinal de méditer son évasion, et ceux de sa famille avec ses amis de lui en procurer les moyens, fut l'avis qu ileat que la cour n'ayant pas trouvé celle de Rome disposée à admettre une démission faite par un cardinal détenu prisonnier, elle avoit, contre les paroles qui avoient été données, dont le président de Bellièvre étoit dépositaire , fait expédier les ordres pour le faire transférer du château de Nantes dans les prisons de Brest, ou dans la forteresse de Brouage« Mais quelle qu'en

LB CAIMNAL BC RBTl, [t654] 5ll

ait ëtë la eaase , outre le dësir naturel qu'oti a de sortir d'un état violent et de recouvrer sa liberté , il est cer* tain qu'aussitôt que la nouvelle en fut portée k Peronne^ elle alarma la coar , et loi fit prendre la rëso^ lotion d'ôter au cardinal de Retz la conduite et le gou^ vernement de son Eglise^ voyant qu'elle n^avoit pu le dépouiller de son titre, et le priver de sa dignités El ce qui la précipita à prendre des moyens qni blessoient toutes les règles de l'Eglise , sans prévoir qu'ilis excH teroient l'indignation publique , et en^geroient les évéques à s'unir avec lui pour la défense commune des droits, et pour s'assurer leur titre et la possession de leur dignité et de leurs sièges, fut la joie que b nouvelle de son évasion donna au clergé et au peuple, et les témoignages publics que le chapitre de l'Eglise de Paris et les curés en donnèrent par leurs actions de grâces , qu'ils rendirent solennellement à Dieu de la liberté qu'il avoit rendue à leur archevêque:

Le chancelier Seguier, qui étoit resté à Paris avec les deux surintendans des finances Servien e^ Fouqnet , qui s'étoient chargés de veiller pendant l'ab*sence de la cour sur ce qui se passeroit de k part du clergé , s'assemblèrent au Louvre seuls , où ils arrêtèrent par l'avis du sieur Servien , que les deux autres furent obligés de suivre, qu'il seroit envoyé un ordre aux sieurs Lavocat et Chevalier , grands vicaires du cardinal de Retz , de se rendre incessamment à Peronne, de même qu'à quelques uns des chanoineâ et des curés qui avoient paru les plus attachés à leur archevêque, pour y rendre compte de leur conduite : ce qui alarma tellement les antres curés leurs confrères, quils n'osèrent ouvrir ni faire lecture dans

5ia [1654] MÉMOii^is goncernaut

lear assemblée de la lettre qui leur avoit été éi^rite le 8 d'août.

Ils ordonnèrent au sieur de Roquette , premier commis du comte de Brienne^ secrétaire d'Etat , en sortant de leur assemblée , de se servir des blancs signés qui lui avoient été envoyés de Peronne , et d'en remplir huit pour être portés le lendemain matin par un exempt à ceux dont on lui donna les nomsi Peu de jours après ^ savoir le aa du même mois d'août, on vit paroître quatre pièces faites à Paris par le sieur Servien , mais datées de Peronne , dont quelques unes furent publiées par les jurés-crieurs trompettes du Roi ) et affichées dans les places publiques , aux portes des églises et au coin des grandes rues.

La première, du 29 août 16549 étoitune ordonnance du Roi^ par laquelle, outre les ordres qui avoient été envoyés au maréchal de La Meilleraye pour reprendre le cardinal de Ketz, au cas quil.se fût retiré en quelque lieu de l'étendue de sa charge ou du voisinage, il étoit ordonaé et enjoint très-expressément à tous gouverneurs et lieutenàiis généraux dans les provinces , gouverneurs ^es villes et places , maires et échevins, gentilshommes et seigneurs des châteaux, et tous autres dans le pouvoir, détroit, juridiction et seigneuries desquels le cardinal de Retz se troùveroit, de l'arrêter et mettre en lieu de sûreté , ou d'en donner avis, conseil, aide ou main-forte pour l'arrêter et garder sûrement , jusqu'à ce qu'ayant averti le Roi de sa détention ^ il ea eût autrement ordonné ; à peine à ceux qui sauroient le lieu où il seroit^et ne le révëleroient , et à ceux qui le ppurroient arrêter et qui le manqueroieat , ou qui refuseroieut toute l'assistance qui

LE GÂRDlNÂt DE RETZ. [j654] 5l3

dëpendroit d'eux pour cet effet, d'être punis comme désobëissans et perturbateurs du repos public. Le Roi défendit très-expressénûent à tousses officiers et sujets, de quelque état, dignité et profession qu'ils fussent, de lui donner aucune retraite , aide et assistance quelconque, pour quelque cause ou prétexte que ce pût être; d'avoir intelligence ou commerce avec lui directement ou indirectement 5 de recevoir aucunes lettres, messages ni ordres venant de sa part, ni d'en exécuter aucun; à peine de punition , d'être en cas de contravention privés des charges, offices et possessions des bénéfices dont ils se trouveroient pourvus , et déclarés incapables d'en posséder à l'avenir dans le royaume.

Les deux et troisième étoient deux lettres du' Roi, écrites à Peronne le 22 du même mois. La première adressée aur maréchal de L'Hôpital, gouverneur de Paris 5 et la seconde au prévôt des marchands et échevins dé la même ville, pour leur ordonner de tenir la main à l'exécution de son ordonnance du 20 aussi du même moi^ d'août, et de s'assurer du cardinal de Retz, s'il étoit assez téméraire que d'entreprendre d'y venir.

La quatrième étoit un arrêt, du conseil d'en haut , donné à Peronne le même jour 22 d'août, qui déclaroit le siège de Paris vacant, et enjoint aux doyen , chanoine^ et chapitre de s'assembler pour nommer des grands vicaires pour prendre l'administration et le gouvernement du diocèse pendant sa vacance ] et qui leur fiit signifié par deux huissiers de la chaîne , avec commandement d'y obéir.

Comme il a été très-difficile d'avoir les arrêts et T. 47* 33

5l4 [l6^4] HÉMOIRBS COMCfi^lNT

Facte de significatioa qui en fut fait au chapitre , ni ceux des dëlibëratiohs qu'il fut obligé de prendre, on ne peut le& rapporter y ni rendre compte de ce qui se passa depuis l'évasion du cardinal de Retz jus^ qu'au temps qu'il apprit lui-même au public son arrivée à Rome. Et po«ir en être en quelque manière un peu instruit , il faut se contenter nécessairement d'avoir récoursà lui-même pour savoir ce quHl avoolo en apprendre, tant aux archevêques et évéques de France ses confrères» qu'an chapitre de son église, dans les lettres qu'il leur écrivit de Rome les ^^ dé- A<^aibre i654 et a2 avril i655 /avant k mort d'Innocent X , et depuis réleetion d'Alexandre vii son saccesseur. La seule observation qu'on peut faire, sur l'obéissance que rendit le chapitre à l'arrêt da 22 août , est qu'elle fut récompensée par la cour en la personne du sieur de Contes, son doyen, d'une place de conseiller d'Etat ; et que ceux qui avoient reconnu le siège vacant, qui avoient obtenu des dispenses, des institutions, des permissions de confesser, et qui avoient été ordonnés par les évêques de Dol et àe Coutances , appelés les vicaires généraux du chapitre, furent tous conseillés de se pourvoir à Rome pour être réhabilités et absous ; que tous les autres évêques de France refusèrent de conférer les ordres à ceux qui se présenteroient avec des démissoires de ces nouveaux vicaires généraux -, que ceux qui s'attachoient aux règles de l'Eglise s'adressèrent au cardinal de Retz qui étoità Roqie , pendant même la tenue du conclave, pour lui demander tout ce dont ik auroient besoin pour la mission , la j^rîdietion et l'orÈnation , qui leur fut envoyée pab* Tabbé de Lameth,

LE CARtlNAL DE RETZ. [l655] 5l5

docteur dé la maison de Sorbonne , son parent, et ^un de ses conçlavistes ; et que le nonce Bagny , auquel |a cour avoit dit qu'il suffisoit qu un ëvêque ne lui fût pas agréable pour être privé de son siège, refusa de se servir des saintes huiles que Claude Ambry , évêque de Coutances, avoit faites dans l'Eglise de Paris , à la prière des vicaires généraux du chapitre, disant que istud oleum non erat sacrum.

[i 655] Le cardinal de Retz, aprës avoir assuré ses confrères, par sa lettré du ^4 décembre i654 ^^\ ^^^ la plus grande consolation qu'il avoit eue dans les liens avoit ëté d'apprendre qii'ils a voient joint leurs supplications aux instances du Pape, pour lui procurer la délivrance d'une misérable servitude ; qu'ils avoient témoigné que les niémes chaînes qui le retenoient en prison tenoient enchaînée la liberté de l'Eglise gallicane ; et qu'ayant vu avec regret toutes leurs remontrances inutiles, ils avoient au moins gémi avec lui et avoient été touchés de son infortune , leur représentoit :

1° Que quoiqu'il semblât que l'oppression de l'Eglise ne pût aller guère plus loin que d'emprisonner un cardinal et un archevêque, contre toutes les formes de la justice ecclésiastique et séculière , il n s^voit pu s*îmaginer que ceux qui pendant vingt mois de prison n'avoient rien osé publier pour noircir son innocence , et qui n'avoient pas d'autres crimes à lui reprocher, sinon qu'il étôit archevêque de Paris, el qu'il possédoit une dignité dont ils avoient envie de le dépouiller, se seroient emportés tout d'un coup,

Cl) «S'a lettre du 24 décembre i654 : CeUe lettre ne ûit adressée qn^après la mort dMnnocent x. Elle avoit e'té compose'e à Paris par messieurs i\c Pori-Koyal.

5l6 [l655] MÉM.OIRBS CONi^RNAWT

aussitôt que Dieu lui auroit rendu sa ILbertë , à le déchirer de la manière du monde la plus indigne, et qui blessât davantage le respect que tous les fidèles et les princes mêmes doivent avoir pour les images vivantes de Jësus-Ghrist et les ambassadeurs du maître des rois.

a® Qu'il s'étoit bien représenté que ceux qui ne le vouloient plus pour archevêque de Paris auroientde la peine à souffrir qu'il fût dans un état où il pourroit conserver cette dignité malgré tous les efforts-, mais qu'il avoit espéré que dans la plus cruelle guerre qu'ils pourroient lui faire ils auroient toujours quelque retenue pour la grandeur et la sainteté de l'épiscopat, et qu'il ne seroit pas si malheureux que de voir le sacerdoce de Jésus-Christ flétri de la dernière des ignominies dans un royaume très-chrétien : tous les peuples soumis à sa juridiction ayant vu avec autant de douleur que d'étonnement que la délivrance de leur prélat , qui avoit été un peu auparavant l'objet de leur joie publique , étoit devenue Tunique sujet d'une cruelle proscription contre sa personne , d'une sanglante diffamation contre l'honneur , d'une honteuse profanation de sa dignité sacrée.

3<* Qu'il avoit eu bien de la peine à croire, avant que de l'avoir vu de ses propres yeux , qu'on eût traité un archevêque dans la ville de son diocèse, et chassé de son siège comme on adroit fait un bandit et un capitaine de voleurs ; qu'on eût affiché dans toutes les places et au coin de toutes les rues des placards qui ne le déshonoroient pas seulement par des injures et des calomnies , mais qui Texposoient à toutes sortes de violences , par des ordres barbares

LE CARDINAL DE RETZ. [l655] Siy

et inouïs contre la vie d*an des princes de TEglisë.

Il se plaignoit de ce que, sans aucune information et çans aucune apparence du moindre crime, on avoit commencé d'abord par une procédure aussi injuste et aussi inhumaine qu'étoit celle d'armer tous les gouverneurs des places, les maires et échevins des villes, tous les gentilshommes et seigneurs , contre un évoque qui n'avoît fait autre chose que de se délivrer, selon la loi naturelle et évangélique , d'une violence qui avoit fait soupirer toute l'Eglise durant tant de temps ; de ce qu'on le traitoit comme un ennemi public qui travailloit à allumer la guerre dans tout le royaume, lorsqu'il ne pensoit qu'à en sortir pour se garantir d'une oppression qui lui étoit inévitable en y demeurant; de ce qu'on ne lui laissoit aucun lieu ouvert dans toute la France que les prisons et les cachots; de menacer de châtimens très-rigoureux, comme des receleurs et des brigands , ceux qui auroient pitié de son infortune, et qui lui rendroient quelque office de charité , ou qui même seroient retenus, par un respect de chrétien vers TEglise leur mère, de porter leurs mains violentes et sacrilèges siir l'un des oints du Seigneur, pour le sacrifier à la vengeance de ses ennemis, et enfin de faire un sacrilège digne d'une punition exemplaire.

Il leur représentpit que dans les placards on avoit déclaré au public qu'il méritoit d'être poursuivi à feu et à sang, à cause de l'ingratitude qu'il avoit témoignée des grâces qu'on lui vouloit faire ; c'est-à-dire parce qu'il n'avoit pas reçu avec assez de gratitude cette nouvelle espèce de grâce qu'on jugeoit sans doute être fort signalée, qui étoit de le décharger,

5l8 [l655] MÉMOIRES CONCERNANT

par un mouvement d'amour qu'on aypit pour lui, de la dignité d'archevêque de Paris-, et de lui accorder, par un effort de la même cliaritë , de passer tout le reste de ses jours dans la prison de Brest.

On reconnoissoit, disoit-il par le même écrit, c'està-dire l'ordonnance du 20 août i654, qu'il avoit protesté et fait assurer le Koi par ses amis qu'il ëtoit toujours résolu de demeurer ferme dans l'obéissance et dans la fidélité qu'un sujet devoit à son souverain; mais que cette parole , qu'il garderoit constamment tant qu'il vivroit, à l'exemple de ceux de sa maison, aussi fidèle et aussi attachée à nos rois qu'aucune de France, étoit devenue tout d'un coup , par sa sortie, le fondement de la plus inhumaine proscription qu'on ait jamais vue dans une semblable rencontre.. Comme si on ne pouvoit être fidèle au Roi que dans les fers; que tous ceux qui étoient libres fussent des rebelles-, et que toutes les paroles qu'on avoit tirées de ses amis n*eussent été que pour assurer le Roi qu'il demeureroit fidèlement en prison.

Je devoisdpnc, continua-t-il de dire, être exposé à la fureur des peuples, parce que, selon mes ennemis, je me suis rendu coupable d'une supercherie honteuse , quoique je n'aie fait que me servir du droit naturel qu'a toute personne opprimée de se délivrer de l'oppression sans avoir violé aucune parole. 11 appeloit, en cet endroit , M. le président deBellièvreà témoin, ♦comme dépositaire des paroles que ses ennemis lui donnèrent au sortir du bois de Vincennes; et le maréchal de.LaMeilleraye, qui avoit tant fait de prisonniers , et par conséquent n'ignoroit pas les lois de la prison; qui ne l'auroit pas gardé dans le châ-

tes&i fde Nsintes aussi exax:fceaient , et avec tant de setttimelles et de^ardes posées de nuit et de jour, s'il a voit cru qu'il eût été prisonnier sur sa parole , dont il Tauroit lui-même dëga^^ë par cette conduite , s'il la lui ayoit donnée : qui ëtmt seulement de ne se point sauver sur le chemin de Vincennes, quoiqu'il feût pu facilement, lui qui, contre la parole qu'il en avoit donnée , avoit ayerti une personne de grande condition qu'il ne pouvoit pas faire la guerre au Roi , et quiiétôit i^bligë' de le laisser transférer k Brest ou k Rrouage , suivant Tordre qui en avoit été espëdié.

11 se plaigooit, dans la même lettre , de ce qu ayant offert de s'éloigner^oloutaireinent de Paris pour gué* rir par son absence les frayeurs et les jalousies qu'on prenait sur son sujet, et de ce qu ayant travaillé si utilement, même au péril de sa vie, pour le retour du Roi , il n avott tiré autre fruit potir ses services que la perte de sa liberté -, que, dans le temps où il gémissoit sous les fers d'une prison , on n'avoit fait aucun scrupule de Itii forger des crimes d'Etat^ de dire qu'il n'avôit pas cessé de faire ses pratiques accoutumées, et de renouer ses intelligences avec les étrangers et avec M. le prince de Gondé, sans se mettre ^ peine d'apparter la moindre preuve d'une accusation capitale ; d'avoir aussi trayaillé , d'abord depuis sa sortie, par ses lettres et par ses émissaires, à faire des assemblées illicites de noUesse , et ^Lciter les peuples à la révolte , lorsque tout le monde étoit en paix comme avant sa délivrance. De ce qu'on ne le pouvoit rendre coupable des maux qui ne sont pas arrivés , on vouloit le rendre de ceux qu'on préten^ doit pouvoir arriver s'il continuoit d'exercer sa charge

520 [l655] MÉMOIRES GONCERIVANT

d'archevêque de Paris , comme il ayoit fait durant sa prison, paisiblement par ses grands vicaires^ jasquau jour de sa sortie du château de Nantes.

Il représentoit l'artifice grossier dont on s'ëtoit servi pour faire croire que le Roi ne pouvoit pas demeurer dans la capitale de son Etat , si celui que Dieu y avoit établi archevêque , et qui ne pouvoit cesser de l'être que par l'autorité de l'Eglise, qui ne relève point de l'autorité séculière , et par les lois canoniques, exerçoit sa charge, même étant absent, en la même manière qu'il l'avoit exercée durant six mois par ses .grands vicaires, sans qu'il fût arrivé pendant ce temps la moindre émotion dans Paris. Ce qui faisoit connoitre , disoit-^'il , que le seul crime véritable qui avoit attiré sur lui les derniers et les plus violens efforts de la passion de ses ennemis, c'étoit qu'il nétoit pas davantage leur prisonnier , et qu'ils ne pouvoient plus le renfermer daust la prison du château de Brest. *

Il y continuoit de se plaindre de ce qu'on avoit souniis à une infâme proscription la dignité de cardinal et d'archevêque ^ de ce qu'on avoit profané par une garnison de soldats sa maison archiépiscopale, quoique sacrée , comme fais|t)it partie de l'Eglise^ et de ce qu'on lui avoit ravi tout le revenu de son archevêché, et employé , pour colorer cette action d'un faux prétexte , la plus haute des injustices , qui étoit celle d'alléguer le défaut d'avoir rendu au Roi le serment de fidélité, et par conséquent l'ouverture delà régale, pendant qu'on l'avoit détenu en prison , et enh péché de rendre ce devoir; de ce qu'on avoit condamné ses domestiques à un exil rigoureux sans au-

LE CARDWA.L DE RETZ. [l655] 521

cune forme dé procès , persécuté ceux qu'on croyoit être «es amis, bannissant les uns et emprisonnant les autres^ exposant le$ maisons et les terres de ses proches à la discrétion des soldats ^ ayant avec inhumanité étendu la haine que ses ennemis lui portoieat jusque sur la personne de celui qui lui avoit donné la vie ( Philippe-Emmanuel de Gondy ^ comte dé Joigny , chevalier des ordres du Roi, général dès galères , depuis prêtre de l'Oratoire) , sans considérer son extrême vieillesse , les services qu'il avoit rendus à la France en qualité de général des galères , ni l'état d'une vie retirée, et d'un prêtre qui n'avoit d'autre part en la disgrâce dé son fils que celle delà tendresse d'un père et la charité d'un prêtre pour le recommander à Dieu dans ses sacrifices \ ajoutant à un dernier exil de Paris un nouveau bannissement à cent lieues de isa maison , dans un pays de montagnes et de neiges , où des gardes l'avoient conduit. ' Il leur représentoit l'attentaf qu'on avoit formé contre leur autorité commune; des brebis ayant entrepris de juger les juges et les pasteurs du troupeau, des séculiers de déposer un archevêque, et de déclarer son siège vacant par un arrêt du conseil d'Etat du aa août 1654, ayant arraché l'encensoir au pontife du Seigneur, et mis la main à l'arche, non pas pour la soutenir, mais pour la faire tomber-, et cela sous prétexte d'une démission que le Roi avoit acceptée, mais qui étoit nullç, ayant été extorquée dans une captivité de seize mois , étant datée du donjon du cliâteali de Vincennes, contre laquelle il avoit assez protesté auparavant par l'éloignement formel qu'il en avoit témoigné au nonce Bagny, en présence

521 [l655] MÉl^OIAES CONCERNAKT

de deux secrétaires d'état qu'oi) lui avpît envoyés pour le sonder ^ur unfi dëiuissioii qu'on n osoit faire paroître , tant elle étoit pleine dç nuUitjés; que le Pape avoit rejetée comnie perniciense à rEglise^ letcoiDise étant TefTet de la violence et de Ti^r^asion , et qu il avoit révoquée : démission enfin qui , de même qae le défaut de la prestation du seirpient de fidélité, avoit été reconnue n'avoir produit aucun effet, et a Voit pas été capable de faire dédarer son siège vâcaDt, puisque ses grands ytcaires avoient continué depuis^ comme ils faisoient auparavant», d'administrer son diocèse ](pÀe toutes les paroisses et tous les pr^res , dans ileur^ sacrifices , avaient contiifiué de prier pour lui comme pour leur archevêque, puisque lé Roi 1 avoit reconuiu pour archevêque de Paris, par un arrêt à ses grands vicaires de ne faire smcun mandement extraordinaire sans le communiquer , reconnoissant par là qu'ils avoient le pouvoir d'en faire : d'où il conclaoit que puisqu'il avoit éLé reconnu pour archevêque de Paris depuis sa démission, nonobstant le défaut de prestation de serment de fidélité jusqu'au jour de sa délivrance , la seule sortie du ^hàteau'de Nantes avoit été la seule et unique cause de sa prétendue déposition , puisque ce n'étoit que depuis ce temps-là qu'un concile de nouvelle espèce , composé de marécfaaoi de France et de ministres d'Etat , substituera la place du Pape et des évêques., et tenu à Peronne le aa août, avoit déclaré son siège vacant. r >

Il y observoit la différence qu'il y avoit entre te canons de ce concile et ceux de TEgliself qui vouloieot qu'aussitôt que Dieu avoit rompu les liensd'un évéque prisonnier, il reprît la conduite de son diocèse, au lieu

LE CARDINM. DE RETZ. [l655] S-ïî

que ceux du concile de Peronae voùloiebi qu'un évoque , qui pendant sa détection goutemoit son Eglfse par ses grands vicaires , perdît le pouvoir de le faire ^ ayant recouvré sa liberté , son Ëgj^e deveoatit cap* tivedèsle moment qulldeyenoitlibre, de libre qu'elle étoit lorsqu'il étoile capjbif.

Il ajoutoit que c'ëtoit peuVétre dans ce miême i^n^ cile qu'on avoit lait un canon qui ayoit été aUëgt^ pendant sa prison au nonce Bagny, suivant lequel il suffisoit qu'un ëvéque nie fût pas agrëable à la cour pour être dépose ; que pour établir ces nôuvellds lois on avoit commencé par intimider les grands ^ qui, n'ayant pu être ébrïinléspar l6$ meia^O^s ^ avoient été mandés à la cour avec quelques chanoines et quelque» curés de Paris, pour y rendre compte de leurs actions ^ qu'on, avoit pris le temp» de leur éloignement pour signifier au chapi|:re de l'Eglise de Paris cet arrêt qui déelaroit son siège vacant , et qui ordonnoit de nommer dans huit jours des grands vicaires pour administrer le diocèse en son nom ] que l'absence de cinq des plus généreux de cette compagnie , le$ me^naces faites k quelques autres , les promesses faites au. plus intéressé, et la crainte de la perte de ses privilèges dont le chapitre avoit été menacé , ne l'avoient pas empêché de le reconnoître pour son archevêque, et de déclarer que son siège n' étoit pas vacant , ayant arrêté de très-humbles remontrances pour son retour et celui de ses grands vicaires , ^ug^ant que leur ab-^ sence ne pouvoit pas servir de fondemtnt pour s'immiscer dans l'administration du diocèse.

Le cardinal de Retz expliquoit encore dans sa lettre, d'utticôté la douleur qu'il avoit d'avoir appris que le

5^4 ['^^^] MÉMOIRES GONGEHNANT

chapitre, cédant à la force et n'ayant pu résister à l'orage et à la tempête qui alloient fondre sur tut, avoit nommé des grands vicaires pour administrer son diocèse, dont il venoit de déclarer <jue le siège n'étoitpas vacant; et de l'autre la consolation qu'il avoit d'avoir su que, pour cette nomination, il n'y avoit eu que quatre voix de plus, que le suffrage de *€eux qui avoient été éloignés ont tendues inutiles. H leur faisoit connoitre les conséquences de cette entreprise sur la juridiction , et du violement si publîo de toutes les lois de l'Eglise, et des voies que Ton prenoit pour faire que les ecclésiastiques et évéques ne fussent que de petits vicaires du conseil d'Etat , destituables à la moindre volonté d'un favori.

Il finissoit sa lettre en conjurant ses confrères de faire quelque réflexion sur l'état de l'Eglise de Paris, sur la proscription de ses grands vicaires , des cha- . noines et des curés relégués en diverses provinces et en des villes éloignées, afin que leur exemple y laissât une image de crainte et de terreur qui fît trembler les autres , qui n'a voient pas été lire dans leur assemblée la lettre qu'il leur àvoit écrite. H leur demandoit non pas seulement des larmes et des gémissemens, mais de la vigueur pour leur faire soutenir les intérêts de l'Eglise , leur faisant connoitre que Dieu demandoit autre chose de ses principaux ministres que des mouvemens intérieurs, et la stérilité d'un zèle muet et sans action ; les faisant ressouvenir de ce que saint Martin avoit dit à un empereur, et Constantin aux évêques de son siècle •, et encore de ce que l'assemblée de 1 655 avoit fait en faveur de l'évêque de Léon , opprimé par un ministre, et déposé de son

LE CARDINAL DE RETZ. [l655] SotS

évêché par un jugement qui avoit apparence d*étre canonique, mais qui n avoit eu pour fondement qa*un faux crime de lèse-majesté.

Enfin il leur donnoit avis de soû arrivée, après beaucoup de traverses , au siège du prince des apôtres, et au refuge 4e plus assuré de tous les évéques persécutés ; que la route qu'avoit pu prendre *une barque de cinq pécheurs avoit ôté à ses ennemis tout prétexte de Taccuser d'intelligence avec les ennemis de l'Etat; et que la route qu'il avoit prise ensuite étoît suffisante pour justifier son passage d'Espagne, et pour convaincre de mensonge ceux qui avoient publié , dans un de leurs placards, qu'il avoit été à Madrid pour y offrir la place de BèUe-Ue , et qu'il y avoit eu des conférences avec des personnes qu'il n'avoit jamais vues. 11 les informoit des témoignages obligeahs de charité et d'affection dont le Pape et les cardinaux l'avoient honoré , l'ayant reconnu pour archevêque de Paris , et ayant reçu lé pallium qui lui avoit été conféré en cette qualité ; les assurant qu'il espéroit demeurer dans la paix au milieu de la tempête , disant à Dieu ces paroles de David : In umbrâ alarum tuarum sperabo^ donec transeat iniquitas.

La nomination que le chapitre de Paris avoit faite du sieur de Contes son doyen, et d'autres, pour, en qualité de ses vicaires généraux , prendre l'adminis- , tration et la conduite du diocèse pendant le temps non pas d'une véritable vacance, mais pendant celui que Pierre de Marca , archevêque de Toulouse , le plus cruel ennemi et le plus dangereux , à cause de sa science, qu'ait jajmais eu le cardinal de Retz, ainsi

SofÔ [l655] MÉMOIRES GOHGEftNANT

qu'on le connottra dans la suite, commença dès lors, 'et qu'il GOiitinua depuis d'appeler une quasi-vacance; cette nomination, dis-je, introduisit dans cette Eglise un schisme aussi scandaleux qu'il ëtoit ouvert , deckré et soutenu alors par la cour : les personnes les plus pieuses , les plus savantes et les plus instruites des règles de l'EgHse ayant refuse de reconnoître la juridiction des chapitres dé ses vicaires généraux.

Le scandale que causa ce schisme , qui désoloit fEglise de Paris, augmenta lorsqu'on vit deux évêques étrangers, Denis- Antoiiie Gohôn, évoque de Dol , et Claude Auvry, évéque de Coutances, ancien domestique du cardinal Mâzarin , appelés sans aucune nécessité, contre la disposition des canons et les réglemens dti clergé , par ces schiçmaticpies grands vicaires, pour faire les ordres dans la chapelle de la maison archiépiscopale , et les saintes hufles dans le choeur de Paris: entreprise qui dès lors fut si universellement condamnée , et dépuis tant par les véritables et légitimas grands vicaires du cardinal de Retz que par les évêques assemblés, que d'un côté ceux qui a voient été ordonnés par ces deux évêques étrangers fare^it obligés d'obtenir h Rome des aîbsolutions , et que de l'autre ni les curés de la ville et ceux de hi campagne , ni les doyens ruraux , ne vinrent point en i655 preiadre, suivant la côutuitié, les saintes huiles à Paris, chacun d'eux ayant conservé ceUes qu'ils avoient eues Fannée précédente , ou en ayant eu des diocèses voisins; et que le nonée Bagny refusa de s'en servir, parce qu'ellesi avoierii été illiciteméïit consacrées, ainsri qu'on Ta déjà rapporté.

Depuis cette longue et fànrèuëe lettre du cardinal

L« CARDINAL DTE RETZ. [l655] S'IJ

de R€t2 , adressée aux archevêques et évêques de France , îl ne pairiit rien de sa part ni de celle de la canr pendant quelque temps. La tenue du conclave où il ëtoit , qui fut ouvert le j de janvier i.655, n'ayant fini que le 7 d'avril suivant, lorsque le cardinal Fabio Chigi fut ëln pape et prit le nom d^Alexandre vh , en fut la cause.

Mais le courrier Marquin , qui avoit été dépéché à M. de Lyonne , envoyé extraardinaire vers les princes d'Italie , et qui étoit à Rome pour y prendre le soin et la direction principale des affaires du Roi , qui sont les qualités qu'il désira qu'on lui donnât en la susopiption des lettres qu'il recevoit du comte deBrienne, secrétaire d'Etat pour les a flaires étrangères , arriva à Paris le i5 avril au matin, <iui étoit le quinzième jour après son départ pour Romef avec la nouvelle de l'élection du Pape. La cour , qui étoit à Vincennes , manda aussitôt le courrier ( l'auteur lui délivra une ardonnance CÎ0 deux mille livres pour sa course) ; et craignant :que le Pape nouvellement créé ne suivît les mouvemens de son prédécesseur en fkveur du cardinal de Retz , en la personne duquel il prétendoit que l'Eglise et le sacré collège avoient été également offensés, fit publier et afficher dans Paris, le i3 mai i655 , une ordonnance faite à Vincennes le 16 df'avril précédent , qui étoit le lendemain de l'arrivée de ce courrier , par laquelle le Roi déclaroit qu'ayant ci-devant envoyé à Rome pour infoi^mer cette cour de la mauvaise conduite de ce cardinal , et étant bien ins- Iruit des intdligenees et pratiques qii'il continuoit d'avoir avec les ennemis déclarés de son Etat , en at^ tendant que son procès eût été fait , il avoit donné les

528 [l655] MÉMOIRES CO£iG£RIiA]yT

ordres nécessaires pour empêcher l'efFet de ses pernF cieux desseins. MaÀs d'autant qu'il pouvoit y avoir encore aucuns particuliers ses sujets ^ lesquels , feignant d'ignorer la mauvaise intention de ce cardina], et n avoir aucune connoissançe des crimes dont ilëtoit prévenu (ce qui étoit impossible de connoître), ne laisseroient d'avoir correspondance avec lui, et de se laisser surprendre à ses artifices , il faisoit défense à tous ses sujets, de quelque qualité et condition qu'ils fussent , ecclésiastiques ou autres, sous quelque prétexte que ce pût être , de demeurer près de lui, d'entretenir aucun commerce ou correspondance aveclui par lettres ou autreme^nt^ et si aucuns se trouvoient alors auprès de sa personne, il leur enjaignoit de se retirer en France aussitôt que l'ordonnaiice leur auroit été connue : le tout à peine de saisie de leurs biens , et d'être procédé contre eux comme désobéissans à ses ordres, coupables de mêmes crimes, et perturbateurs du repos public. Et po^r obliger les Français qui étoient à Rome , et qui étoient attachés au cardinal de Retz et dans ses intérêts , d'en sortir, M. de Lyonne avoit porté avec lui une grande quantité de blancs signés du comte de Brienne, secrétaire d'Etat (l'auteur les joignit aux instructions qui lui furent données avant son départ), pour s'en servir suivant les ordres qu'il avoit reçus de là cour , et les remplir en conformité de ses intentions.

Quelque temps après la publication de cette ordonnance, il parut une lettre du cardinal de Retz, écrite à Rome (0 le 22 du mois de mai, adressée au doyen,

(i): Ecrite h.Rome : Cette lettre , comme les précédentes et ceïles qui suivent, fut faite à Paris par messieurs de Port-Royal.

LE CARDINAL DE RETZ. [l655] Sag

chanoines et chapitre de son église , dont on distribua plusieurs copies imprimées ^ par lesquelles le public apprit :

i"" Qu'ils lui avoient donné des marques de leur estime et de leur affection par la réponse obligeante qu'ils avoient faite à sa première lettre du 8 d août 1654 9 et par les publiques actions de grâces quils avoient offertes à Dieu pour sa délivrance.

2° Qu'il les y assuroit que , parmi tant de tra^^ verses et périls qu'il avoit courus depuis , il n'avoit pas eu d'affliction plus sensible que d'apprendre les tristes nouvelles de la manière dont on avoit traité leur compagnie pour la détacher de ses intérêts^ qui étoient ceux de l'Eglise; et leur faire abandonner, par des résolutions forcées et involontaires, celui dont ils avoient soutenu le droit et l'autorité avec tant de chaleur et de constance ; que la fin si heureuse de ses vctyages et de ses travaux n'avoit pu lui faire oublier ce qu'on avoit fait pour les assujettir-, et que ni l'accueil favorable que lui avoit fait Innocent x^ ni les marques de bonté et d'affection dont il lui avoit plu honorer son innocence et son exil , ni la protection apostolique que ce pape lui avoit promise avec tant de tendresse çt de générosité , n avoient pu entièrement adoucir l'amertume que lui avoit causée depuis six hiois l'état déplorable auquel leur compagnie avoit été réduite.

3* Qu'il avoit appris avec douleur que ceux qui , depuis sa liberté , leur avoient fait un crime de leur zèle pour lui ne lui avoient reproché , par un écrit public et diffamant , d'avoir fait faire dans la ville capitale des actions scandaleuses et injurieuses au Roi T. 4;7« ^4

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que parce qu'ils avoient témoigné à Dieu , par l'un des cantiques de l'Eglise , la joie qu'ils avoient de sa délivrance , après la lui avoir demandée par leurs prières ; et que cette action avoit tellement ilrritë leurs ennemis, qu'ils en avoient pris occasion, de les traiter de séditieux et de perturbateurs du repos public , s'étant servis de ce prétexte pour mander ses grands vicaires en cour , et autres de leurs corps , sous ombré de leur faire rendre compte de leur conduite : mais dans la vérité pour les exposer au mépris par les outrages , par les insultes et les moqueries, et les abattre , s'ils eussent pu, par leurs menaces.

4" Que ce qui l'avoit plus touché avait été d'apprendre que cette persécution qu'on avoit faite à ses grands vicaires, et à quelques autres de leurs confrères , n'avoit servi que de degré pour se porter ensuite à une plus grande qu'on avoit faite à tout le corps , n'en ayant été écartés que pour l'affoiblir, et prendre le temps de leur exil pour signifier au chapitre un arrêt du 21 août i654 , par lequel des séculiers, usurpant l'autorité de l'Eglise, déclaroient son siège vacant, et leur ordonnoient, ensuite de cette vacance prétendue, de nommer dans huit jours des grands vicaires pour gouverner son diocèse en la place de ceux qu'il avoit nommés, avec menace qu'il y seroit pourvu s'ils refusoient de le faire.

5** Que deux huissiers étant entrés dans l'assemblée du chapitre, leur avoîentdéclaré qu'ils leursignifioient cet arrêt par exprès commandement à ce qu'ils eussent à y obéir; et parce que les premières impressions de la crainte et de la frayeur étoîent tdbjôutô ks plus puissantes , ne voulant pas leuï* laisser *d^ temps

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pour se rjeconnoître, ils lui avoient enjoint de délibérer sur Theure , leur. déclarant qu'ils ne sortiroîent pas du lieu jusqu'à ce qu'ils l'eussent fait.

6"" Que le cardinal de Retz avoit repris dans sa lettre tout ce que le public avoit déjà lu dans celle qu'il avoit adressée, le 24 du mois de décembre i654, aux archevêques et évéques de France , touchant les cas daqs lesquels^un chapitre peut prendre l'administration d'un diocèse pendant l'absence^e sonévéque, qui, qûoiqu'il.en soit éloigné, pourvu qu'il ne soit pas détenu prisonnier chez les Infidèles, peut continuer de le gouverner par ses grands vicaires, à l'exemple de saint Cyprien, qui, s'étant retiré pour ne pas exciter la fureur des Infidèles contre son peuple , établit des grands vicaires pour conduire eh son nom son église de Carthage -, dtt cardinal de Richelieu , alors évéque de Luçon , et de M. de Sourdis, archevêque de Bordeaux, qui, s' étant retirés tous deux à Avignon, ne cessèrentde gouverner leurs diocèses par eux-mêmes en y envoyant leurs mandemens, et par leurs grands vicaires.

7° Que ce qui lui avoit causé aussi une sensible douleur , c'étoit d'avoir appris qu'il s'étoit trouvé deux prélats assez indifférens poiir l'honneur de leur caractère, et assez dévoués à toutes les passions de ses ennemis , pqur entreprendlre de conférer les ordres sacrés dans son église , ou plutôt de les profaner par un attentat étrange 5 n'y ayant rien de plus établi dans toute la discipline ecclésiastique que le droit qg'a chaque évêque de communiquer la puissante sacerdotale de Jésus-Christ à ceux qui lui sont commis , sans qu'aucun évêque particulier le puisse

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faire contre son gré, que par une entreprise qui le rend digne d'être privé des fonctions de Tépiscôpat dont il viole l'unité sainte , selon l'ordonnance de tous les anciens conciles, que celui de Trente avoit renouvelée.

Enfin, qu'ayant sujet de croire que ces grands vicaires étoient alors à Paris , où la bonté du Roi les avoit appelés pour y exercer leurs fonctions sous son autorité , il leur avoit adressé la bulle du Pape pour le jubilé qu'il avoit accordé à cause de son exaltation au pontificat, pour la faire publier selon les formes; et , en cas qu'ils n'y fussent pas , qu'il l'àvoit envoyée aux sieurs de Chassebrais et de Haudèncq , docteurs de Sorbonne , archiprêtres de la Madeleine et de Saint-Severin , pour en user selon ses ordres et selon la pratique du diocèse , en l'absence des sieurs lavocat et Chevalier, ses grands vicaires.

Le curé de Saint-Severin ayant reçu un commandement du Roi de l'aller trouver, le sieur de Chassebras, qui reçut un pareil ordre, crut qu'il ne devoit et ne pouvoit y déférer sans prévariquer à celui qu'il avoit reçu du cardinal de Retz pour faire cesser les entreprises du chapitre sur sa juridiction. Après avoir commis le soin et la conduite de sa paroisse de la Madeleine au sieur Barré, docteur de Sorbonne, mort en 1705 doyen de l'église d'Orléan^, grand vicaire du cardinal de Coaslin, évêque d'Orléans et officiai du diocèse , il disparut 5 et pour assurer sa personne et sa liberté dans l'exercice de ses fonctions de grand vicaire , il choisit les tours de Saint-Jean-^n-^Grève pour le lieu de sa demeure, comme un asyle secret et assuré contre tout ce qui pourroit venir de la part

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de la cour pendant son absence de sa paroisse , et sa retraite de sa maison presbytérale. Comme il necessoit pas de gouverner le diocèse , ayant soin de faire mettre sur Fautel de Téglise de la Madeleine toutes les expéditions de ce qu'on lui demandoit, par des mémoires que l'on portoit aus^i sur le même autel,;, aussi la cour ne cessa-t-elle pas de faire procéder contre lui extraordinairement au châtelet, où , après l'avoir fait appeler par trois différens jours à cri public devant la porte de son église, on déclara les défauts et con-^ tumaces, dûment obtenus ; et pour le profit il fut dé^ claré rebelle , sans s'expliquer davantage , et ses bé-t oéfices vacans et impétrables. Durant cette procédure, il ne laissa pas de communiquei: souvent avec ceux qui entretenoîent des correspoiidances secrètes ayec le cardinal de Retz et ses amis qui étoient cachés dans Paris, sortant de ses tours en habit séculier et déguisé.

. Le cardinal de Retz ne s'étoit pas contenté d'avoir, averti le chapitre desonéglise,parsalettredu22mai i655, qu'il avoit établi Jes archiprêtres de la Madeleine et de Saitit-Severin , ses grands vicaires , par le mandement qu'il leur avoit adressé pour la publication de la bulle du jubilé. H en fit un autre le aS juin suivantv, adressé aux doyen, chanoines et chapitre de son église , à tous les curés , ecclàjiastiques , et aux fidèles de son diocèse , par lequel il les ayertissoit que , pour ne pas exposer son diocèse aux malheurs où le défaut d'une conduite légitime^pourroit le précipiter, il avoit nommé les archiprêtres de ces deux églises pour, l'administrer sous son autorité, et exercer les mêmes, fonctions qu'eussent exercées ses autres grands vi-.

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cairçs, si leur absence ne leur eneûtôtéle moyen: voalant que tous les curés , prêtres séculiers et réguliers , et les fidèles de son diocèse , susisent qu'ils ne pouvoient se soumettre à l'avenir â antre puissance spirituelle qu'à là sienne ; qu'elle étoit la senle et légitime approuvée de Dieu et de l'Eglise ; que ceux qui cherchoient , ailleurs que sous sa conduite et celle des personnes par lui commises , la grâce qui les sauvoît n'y trouveroient que leur condamnation ; q[ue ceux qui prendroient les ordres sacrés se lieroîent devant Dieu et se rendroient abominables , plutôt qu'ils ne se mettroîent en état de délier les autres et de les sanctifier^ et que ceux auxquels on voudroit communiquer le pouvoir d'absoudre ne le recevroient aucunement, et tromperoient malheureusement les âmes qtti prendroient. leurs directions; que les dispenses données pour les mariages ne seroient pas valables, ni les professions religieuses canoniques*, enfin que toute antre conduite que la sienne ne seroit qu'un horrible sacrilège , et qu'une institution détestable. Mais qu'il espéroit mieux , et qu'il croyoit qu'après le désaveu qu'il fàisoit d'une entreprise condamnée par la sainte Eglise romaine , par les conciles , par toutes les universités libres , par tous ceux qui avoient l'amour de Dieu, et par lui , à qui seul l'Eglise de Paris étoit commise, le chapitre de son église métropolitaine , dont il ayoit par le passé expérimenté le zèle pour l'Eglise et Taffection pour ses prélats, obligeroit les autres par son exemple à reconnôitre son autorité , en la personne des archiprêtres de la Madeleine et de Saint-Severin, ses grands vicaires ^ et que ses ouailles, connoissant l'intention de leur seul pasteur, se garderoient bien à

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Faveàir de lecevpir aucune pâture qui leur seroit mortelle , par une conduite infiniment préjudiciable au salut qu'il leur souhaitoit.

€e commandement fut suivi d^un autre du sieur de Chassebras, du a8 juillet i655, affiché aux portes des églises, qui étoit adressé à tous curés,, communautés , maisons religieuses, monastères , et tous pfétres ecclésiastiques du diocèse , auxquels il faisoit savoir qu ayant plu au cardinal de Retz de lui commettre TadministratiolpL de son diocèse pendant Tabsence de ses grands vicaires , il avoit cru qu'il étoit de sa charge d^ ne point abandonner la conduite de sou troupeau , ainsi que faisoit un pasteur mercenaire, et de sa conscience de ne pas renoncer à la juridiction qu'il lui avoit donnée \ de plus , d'encourir les censures que rSglise avoit fulminées contre les ecclésiastiques et autres qui abandonnoient , sous prétexte d'une accusation, leur évêque avant qu'il y eût contre lui une sentence juridique -, et que puisque Jésus-Christ Tavertissoit de craindre plutôt celui qui tuoit l'ame que ceux qui pourroient nuire au corps, il appréhenderoit pour cela de répondre devant Dieu d'une horrible indiscrétion, en quittant le diocèse, qui seroit sans aucune forme de gouvernement, faute de supérieurs. C'est pourquoi, ne croyant pas s'éloigner du respect qu'il devoit aux magistrats, et de l'entière obéiss^auce qu'il devoit au Roi , en faisant exécuter , pour le gouvernement du diocèse , les ordres du cardinal de Retz, que toute l'Eglise reconnoissoit pour archevêque de Paris , il avoit cru leur devoir signifier sa volonté exprimée dans son mandement. Ces deux mandemenç , imprimés l'un ensuite de l'autre et

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