NOTICE
ment des rentes sur Thôtel-de-ville ayant été suspendu , les frondeurs saisirent avec atiditë ce prétexte pour exciter des troubJes. Joly se mit à la tête des rentiers, parvint à être l'un de leurs syndics, et leur fît tenir plusieurs assemblées illégales , que le gouvernement n'osa dissoudre. Trouvant que ses harangues séditieuses ne produisoient pas tout Teffet qu'il avoit attendu , il résolut de persuader au peuple que le cardinal Mazariu avoit voulu le faire assassiner. En effet , le samedi 7 décembre , à sept heures et demie du soir , Iprsqu'il passoit en carrosse dans la rue des Bernardins , un de ses amis lui tira un eaup de piëtolet , dojit U feignit d'être ble^é. Cet évéiie-> ment produisit d'abord une^grânde rumeur; i&àis le» frondeurs ne purent en tirer parti , parce qu'une ten-^ tative d'assassinat ^ qui fut faite presque en mêmef temps sur le prince de Condé, fixa toute l'attention du public.
Lorsque ce parti fut abattu , et que le Roi , de retour à Paris , eut repris l'exercice de son autorité , Joly présuma ( ce qui étoit fort vraisemblable ) que la cour avoit l'intention de faire arrêter le cardinal de* Retz. U le conjura donc de ne pas aller au Louvre ; mais les antres amis du prélat, persuadés qu'on vou-' loit négocier avec lui , et se flattant qu'il leur feroit obtenir des emplois ou des gratifications, lui donnèrent des conseils opposés. U eut le malheur d'y céder, et fut arrêté le 19 décembre i652. L'ordre portoit aussi de s'assurer de Joly, s'il eut suivi le cardinal; mais il se tint prudemment dans le cloître de Notre-Dame où il demeuroit, et l'on n'osa l'y faire saisir.
Le catdinal, après avoir passe quinze mois à Vinœnnes, fut transféré dans le château de Nantes, où il put jouir d'un peu plus de liberté. Il avoit donné sa démission de rarchevêché de Paris , et ne devoit être entièrement libre que lorsque le Pape l'auroit agréée. Joly alla le trouver à Nantes^ et, de concert avec d'autres amis, il lui proposa un plan d'évasion. {iC projet étoit de conduire ensuite le cardinal à Paris, et de le mettre, malgré la cour, en possession de rarçbevécbé : xxm» cette entreprise ne réussit qu'en partie. Le prélat, tiré de sa prisoi\, fit une chute de cheval qui l'eippécha de se rendre dans la capitale : il fallut le transporter k Machecoul , où il révoqua^ eu présence de deux notaires , la démission qu'il avoit donnée à Yiacénnes^ [août i654]- Ne pouvant plus trouver de sûreté en France, il résolut de se retirer à Rome, en passant par l'Espagne. Joly le suivit, et fut, durant un exil quiduraprès de huitans^'unde ses principaux conseillers. Le séjour de Roqie leur étant ^ devenu impossible à cause des imprudences qu'ils se permirent, ils errèrent comme de véritables aventuriers dans les Pays-Bas, en Hollande, en Allemagne et en.Ângletierre. Enfin, après la mort de Malarin [1661] , iè cardinal de Retz n'ayant pltis l'espoir de pouvoir occuper le siège de Paris, entra sérieusement en négociation pour sa démission, et Jolyfdt chargé de défendre ses intérêts. Il eut de longues conférences avec Le Tellier, et. parvint à obtenir pour son msdtre des dédommagemens considérables.
N'ayant pas reçu de lui les récompenses auxquelles il croy oit avoir droit, il quitta^on service en i665, et s'attacha à la cour. Il fut alors chargé par le minis-
6 HOTICE SUR GUY lOLT.
tère de composer un mëmoire pour soutenir les droits de Marie-Thérèse, épouse de Louis xiv, sur les Pays** Bas« Cet ouvrage, qui lui fit honneur, fut traduit en latin par son oncle Claude Joly.
II consacra aussi ses loisirs à écrire une histoire des troubles dans lesquels il avoit joué un rôle. Ces Mémoires, moins bien écrits que ceux du cardinal de Retz , offrent plus de méthode , et paroissent plus «xacts.
Depuis i665, on n'a plus aucun renseignement sur Guy Joly, et l'époque de sa mort est ignorée.
Au commencement de la régence , lorsque les Mé-moires du cardinal de Retz furent publiés , ils produisirent la plus vive sensation. « Ce livre, disoit « Brossette , me rend ligueur , frondeur , et presque ^< séditieux, par contagion (0. » Le duc d'Orléans luimême se montra inquiet de Tinfluence que l'ouvrage pouvoit afoir sur Topinion publique ; et le garde des sceaux d'Argenson lui conseilla de faire paroitre, comme antidote , les Mémoires de Joly , dont le ma»» nuscrit existoit dans la bibliothèque de Louis-Urbaia Le Fèvre de Caumartin. L'avis sembla bon , on le suivit 5 et cette production posthume fut publiée em 17 18, deux volumes in-i 2. Depuis cette époque, elle a toujours été imprimée à la suite des Mémoire^ dm cardinal de Retz.
(i) Lettre h J.-B. Roassean , a8 février 1718,
DE
{1643 et snÎY.] Ju£ ministère du cardinal de Richelieu étant devenu odieux , la iiouvelle de sa mort fut reçue généralement dans toute la France avec des témoignages et des sentimens d'une joie qu'on ne peut assez exprimer ; et même comme cette mort fut bientôt sui* vie de celle du roi Louis xiii, et que la régence fut donnée à la Reine, cette joie fut extrêmement augmentée par l'espérance qu'on eut d'un changement avantageux, et que la Reine, qui avoit elle-même beaucoup souffert des violences du cardinal de Riche-^ lieu , prendroit une conduite opposée à celle de ce f
ministre, d'autant plus que jusqu'alors Sa Majesté avoit toujours paru fort sensible à la misère des peuples et aux disgrâces des particuliers. Mais comme on remarqua bientôt après que la Reine, en changeant d'état, avoit aussi changé d'humeur et de sentiment ] comme on vit qu'elle remettoit le gouvernement du royaume et le soin des affaires au cardinal Mazarin, après s'être défaite de l'évêque de Beauvais (0, à qui elle avoit de grandes obligations, et qui étoit au moins un homme de bien, chacun se figura diversement et à sa mode
(1) De Pévéque de Beaiwaisf Aagostîn Potier, oncle da prësîdmi 4e Blaocn«énUy ^i derint Vun des principaux chefs de la Fronde.
8 [i643etsuiv,J iiÉHOinp
les raisons de ce choix , et de cet attai^hemetit à uti étranger. De sorte qu'elle tomba insensiblement dans le mépris de la plupart des grands seigneurs et autres personnes de qualité , même de quelques-uns de ses amis particuliers, qu'elle sotUcitoit fort inconsidérément de s'attacher à son nouveau favori.
Aussi les peuples , ^u lieu du soulagement qu'ils avoient attendu, se trouvant plus que jamais accablés de nouveaux subsides, les belles espérances qu'on avoit eues , et les acclamations générales qui avoient été fsiites lorsque la Reine amena le nouveau ^oi à Paris, et qu'eUe fut déclarée régente, se tournèrent subitement en murmures, en imprécations, et dans une espèce de désespoir, qui est toujours plus vio^ lent en ceux qui ont commencé d'espérer, et qui $9 trouvent tout d'un coup frustrés de leur attente.
Voilà dans la vérité quelle fut la cause des barricades : car , bien qu elles ne soient arrivées que plus de cinq ans après la régence , les dégoûts qu'on doanoit sans cesse à toutes sortes de personnes, et les impositions qui augmentoient tous les jours au lieu de diminuer , aigrissoient si fort les esprits , et les tenoient dans une agitation si continuelle , qu'il y s| moins de sujet de s'étonner que les barricades aient été faites , que de ce qu'elles ne se soient pas &ites plus tôL
On avoit souffert long-temps avec patience ; ou. avoit laissé mourir le président de Barillon dans la prison d'Amboise où la Reine l'avoit jeté, quoiqu'il çût con^ tribué plus que personne à faire dans le parlement tout ce qu elle avoit voulu lors de la régence. Bientôt appès que M. le duc de Beaufort eut amené le Roi
DE iSUY JOLY. [1647] 9
et la Reiae à Patis, on le vit renferroé dans Vincennés sous prétexte d'nne accusation ridicule contre lu vie du cardinal Mazarin, et on l'y laissa languir plusieurs années. On murmnroit publiquement du désordre des finances; on parlôit ouvertement contre d'Emery , homme violetit et de basse naissance, qui avoit été fait surintendant. Le parlement s'étoit assemblé plusieurs fois sur la fin de Tannée 1647 P^^^^* redit du tarif , que la cour fut obligée de réformer. Le peuple s'attroupoit tous Les jours dans le Palais et dans les places publiques : et même comme on envoya le régiment des Gardes dans la rue Saint-Denis^ pour favoriser Tçulèvemeut de Cadeau y fameux négociant ; de Croi^t ^ procureur au châtelet de Paris -, et de quelques autres bons bourgeois qui poursuivoient s^ec chaleur a.u parlement une requête qu'ils avoient présentée contre Tédit du domaine : le peuple s'étoit ému, et avoit sonné le tocsin aux églises de la jnérae nfê et des environs*) et s'étoit si bien mis en état de défendre ceux qu'on vouloit arrêter, que les gardes furent obligés de se retirer , aussi bien que le lieutenant civil, qui avoit eu ordre d'aller en, personne &ire cette exécution.
Depuis ce temps-là le peuple , dans tous 1^ quartiers de Paris et pendant toutes les nuits , se mit à faire des décharges d'armes à feu si continuelles ,, ^'il ëtoitaisé de voir que tout le monde ne songeoit pas seulement à se tenir sur ses gardes , mais encore se disposoit à quelque chose de fort extraordinaire.
Cependant , parce que le parlement et les autres compagpies ne s'étoient psis encore entièrement déclatées, et qu^elles tâchment toujours de conserver unmi-^
^Miu£ic>l&ii(:''u.
lO . [1648] MÉMOIRE
lieu entre les violences de la cour et les ressentimens du peuple , les choses traînoient en longueur ^ et il ne seroit peut-être rien arrivé de considérable , si l'imprudence du ministre et de ses suppôts n'avoit , au commencement de 1648 , fait deux choses qui choquoient si directement les intérêts de toutes les compagnies souveraines, qu'elles furent enfin comme forcées de faire pour leur conservation particulière ce qu'elles n'auroient pas voulu pour le bien public.
[1648] Ce n'est pas qu'il n'y eût dans toutes ces compagnies bon nombre de fort honnêtes gens dont les intentions étoient droites, et sans aucun intérêt particulier-, mais leurs bonnes intentions étoient tellement traversées par la cabale et par la corruption des méchans , que la cour auroit à la fin triomphé des larmes des peuples et des efforts des magistrats, sr elle ne se fût embarrassée elle-même dans ses desseins par sa mauvaise conduite.
Quoi qu'il en soit , la première des entreprises de* la cour qui commença d'échauffer les compagnies^ souveraines fut Tédit que le Roi porta au parlement au mois de janvier 1648 , contenant la création de douze maîtres des requêtes. Car, bien que cet édit ne semblât regarder que le corps des maîtres des requêtes , les conséquences en retomboient sur toute la robe, et il y a voit peu de familles qui n'y fussent intéressées pour leurs parens ou pour leurs amis. De plus , .comme on vit que les maîtres des requêtes s'assemblèrent le même jour , et que le lendemain ils foi:mèrent opposition à Tédit par des députés de leur corps qui entrèrent à la grand'chambre , cette action de vig^eur d'une compagnie qui n avoit pas coutume
d*en faire paroitre contre les desseins de la cour réveilla tout le inonde, d'autant plus qu'on savoit que cette assemblée s'étoit faite contre les défenses expresses du chancelier , et qu'on y avoit arrêté de faire de leurs bourses particulières une somme de douze mille livres par an à chacun de ceux de leur corps qui pourroient être exilés \ et qu'en cas de mort d« quelqu'un d'entre eux avant le rétablissement.du droit annuel, ils se cotiseroienttous pour payer la valeur de la charge à la veuve et aux héritiers du défunt.
La seconde chose qui obligeâtes compagnies souveraines à se réunir contre la cour fut la saisie des gages de messieurs de la chambre des comptes, du grand conseil et de la cour des aides , sous prétexte du prêt dans lequel on les voulut comprendre pour le renouvellement de la paulette, quoique ce prêt n'eût jamais été payé que par les officiers subalternes.
La comédie en musique qui dans ce même temps fat représentée pour la première fois au Palais-Royal , pour laquelle on avoit fait venir d'Italie quantité de musiciens et de chanteuses , et qui coûta plus de cinq cent mille écus , fit aussi faire beaucoup de réflexions à tout le monde; mais particulièrement à ceux des compagnies souveraines qu'on tourmentoit, et qui voy oient bien, par cette dépense excessive et superflue^ que les besoins de l'Etat n'étoient pas si pressans , qu!on ne les eût bien épargnés si l'on eût voulu.
S'ils ne témoignèreût pas hautement dans le monde le ressentiment qu'ils avoient de la dureté de la cour, iet du peu de ménagement qu'elle avoit pour eux, ik ne laissèrent pas de prendre des mesures secrètes entre eux pour leurs intérêts communs*, et jugeant
P!l [*^4^] MÉMOIRES
bien que ce qui les regardoit en particulier ne feroit pas assez d'effet dans l'esprit du peuple , et ne seroit pas assez appuyé s'ils ne prehoient le prétexte du bien public et de la réfôrmation des finances , ils résolurent de ne point parler d'autres choses : ensuite 4e quoi ntessieurs du grand conseil et de la cour des «ides firent un arrêté d'aller demander à messieurs de la chambre des comptes la jonction de leur corps, pour travailler ensemble à la réfwmration de l'Etat^ sans parler ni du prêt qu'on leur demaudoit, ni de la saisie de leurs gages.
Cette résolution surprit fort tout le monde ^ d'autant plus qu'elle fut suivie par messieurs de la cham^bre des comptes , qui nommèrent sur-le-champ des députés pour aller avec ceux de la chambre des aides proposer i messieurs du parlement l'union des quatpe v compagnies : laquelle après toutes les rétnises, et^ior^ ^bstant lés artifices du cardinal Mazarin , fut résolue par arrêt du i3 inai 16485 et ordonné qu'à cet effet les députés des quatre compagnies &'assenlbleroient à la chambre de Saint-Louis , pour y délibérer sur le soulagement du peuple et le bien de l'Etat.
Cet arrêt d'union fit un très-grand bruit à Paris et dans toutes les provinces ; et la cour , qui ne s'y altendoit pas , fit tous ses efforts pour le renverser, jusqu*à se relâchera l'égard des compagnies souveraines de la demande du prêt. Mais ces offres, faites hors de saison, ne furent pas écoutées, les compagnies redoublaiit leur vigueur par la foiblesse delà cour, et témoignant hâmtement qut'elles n'avoient jamais eu d'autres intentions que le soulagement du public. Ainsi ia cour , qui voyoit tous les jours diminuer
DE GUY JÔLY. [1648J l3
soil crédit' et son autorité, résolut de tenter les voies de la forcé; et, la nuit du jeudi au vendredi devant la Pentecôte, elle fît arrêter lé& sieurs Turgôt et d'Argouges, conseillers au grand conseil, qui furent conduits au Mont-Œympe; et le président Lotin et deux conseillers de la même compagnie, qui furedt menés à Pont-à-Mousson ; et les sieurs de Chesel et Guérin,' conseillera de la cour des aides, qui furent relégués à Nancy. .
Le conseil donna aussi des arrêts de cassation contre celui du parlement du i3 mai*, et le sieur Guénégand , secrétaire d'Etat, fut envoyé au Palais avec le sieur Carnavalet, lieutenant des gardes du corps , pour, tirer la feuille du registre où étoit cet arrêt. Mais un petit commis qui étoit dans le greffe ne lui ayant pas Tonki obéir, sa résistance fît que le bruit de cette entte-> prise se répandit aussitôt daQs la grand'salle, dont les marchands fermèrent toults les portes ; et ils se préparoient à faire pis, si les sieurs Guénégaud et Carnavalet ne se fussent sauvés par un escalier dérobé , sans exécuter leur entreprise.
11 Y eut encore à pieu près dans le même temps une bagatelle qui ne laissa pas d'aigrir extrêmement les esprits même \»s moins empprtés du parlement : ce fut la précaution ridicule qu'on eut à la coup d*envoyer un espion devant la maison du président de Mesmés , parce qu'on avoit su qu'il avoit dans une occasion opiné assez vigoureusement, contre sa coutume. Cet espion écrivoit sur des tablettes les noms de tous ceux qui entroient chez le président : lequel en ayant été averti envoya chercher un ^commissaire , et fit mettre l'espion au châtelet, d'où il fut tiré le
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lendemain de grand matin par un exempt des gardes de la Reine : de .sorte qu'il étoit en liberté quand le parlement envoya au châtelet pour le transférer à la Conciergerie. Ce qui fut trouvé très-mauvais par toute la compagnie, dont quelques-uns crurent que ce n étoit qu^un jeu, et une pièce faite à la main pour donner plus de crédit à ce que diroit dorénavant ce président, dont les avis étoient fort suspects.
11 arrivoit ainsi tous les jours de petits incidens qui augmentoient la chaleur du peuple, et diminuoient son respect pour la cour : de manière qu'on déclamoit hautement contre les édits dans tous les lieux pu* blics , et principalement dans la salle du Palais. Il y eut même des femmes qui s'assembloient les samedis aux portes de Notre-Dame, lorsque la Reineyalloit entendre la messe; lesquelles ne pouvant aborder de Sa Majesté pour lui paçler , en étant empêchées par les gardes, se mirent i^crier plusieurs fois à NapleSy àNaples! pour marquer que si on ne leur faisoit justice, on en feroit autant à Paris qu'on en avoit fait à Naples (0 peu de temps auparavant.
Toutes ces choses ne faisoient pourtant pas beaucoup d'impression sur l'esprit de la Reine, ni des ministres, quoique des exemples de cette nature soient
(I) Qu'on en avoit fait a Naples : En 1647» les Napolitains se révoltèrent, ayant à leur télé le fameux Massaniello, pécheur d^Amalfi^i Cette re'vol te fut accompagnée de massacres; et le duc d'Arcos, vice-roi de Naples, crut etooffer la fermentation en faisant assassiner Massaniello. Peu de temps apiès, don Juan d^Autriche, fils natifrel de Philippe iv, vint à Naples dans Pinieniion de châtier les mutins. II y eut une nouvelle insurrection excitée par Gennare; et le duc de Guise, qui e'toic alors à Kome, vint se mettre à la tête des rebelles. {Voyez les Mémoires du duc de Guise , qui ibnt partie de cette série. )
fiE SPY JOLY, [1648] l5
toijyours très-dangéreuic , parce quils entraînent in-« sensiblemeiit les peuples dans les mêmes dispositions qu'ih remarquent chez leurs voisins. Ce qui se passoit en Angleterre (0 faisoit aussi un très-mauvais effet : et bien que tout le monde désapprouvât Temportement des Anglais, on n'en blânioit que l'excès, et non pas les raisons; et le peuple tomboit imperceptiblement dans le sentiment dangereux, qu'il est naturel et permis de se défendre et de s'armer contre la violence des supérieurs.
La sortie de M. de Bèaufort du bois de Vincennes, d'où il se sauva le jour dé la Pentecôte 1648, augmenta aussi beaucoup les espérances du peuple, qui dès ce moment regarda ce prince comme un chef capable de le défendre Contre les entreprises de la cour. On ne parloit d'autre chose dans le monde; et la haine qu'on avoit contre le cardinal Mazarin fit regarder la liberté de ce prince comme le commencement 4e celle dû public.
Ce prince éiitrètenoit depuis long-temps uiié intell^ence secrète avec un de ceux qui le gardoient, appelé Yaugrimaût; lequel ayant fait provision de cordes €t d'autres choses nécessaires pour son dessein, le jour dé la Pentecôte, une heure après-midi, il ent):a dans la galerie du donjon avec M. de Beaufort, qui s'y promenoit tous les jours avec le siéur de La Ramée, gouverneur du château de Vihceiines; et
(1) Ce 'tfui sç passait en Angleterre: Charles premier e'toit au pou- Toir de Cromwell , et l'on entrevoyoil quel seroit son sort. Joly observe^ à regard de Pcmporlcment des Anglais , qu'à Paris on en blâmoit Vexées ^ et non paè les raisons» Ce peu de mots suffît pour donner une idée des disposiiions oh. se trouvoient alors les frondeurs.
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ayant fermé par dedans k porte de la galerie au verïou, il se jeta sur cet officier aveq M. de Beaufort; et après Tavoir bien Ité , et lui avoir mis une poiré d'angoisse dans la bouche pour Fempécher de erier, Yaugrimaut prit les devants ^ns fa^dn , et se coula par une corde dans le fossé ^ disant à ce prince qu'il étoit juste qu'il se mit h premier hors de danger , puisqull y alloit de sa vie ^ an lieu que si on venoit k r^preadre Son Altesse , il en seroit quitte pour gardeï" une prison plus resserrée. Ainsi M. de Beaufort ayant cédé le pas à son libérateur, descendit après lui dans le fossé , d'où ils furent tirés toiis deux au^tdt àved d'autres cordes par des hommes qui les attendoîent, sous la conduite deVaumorin, gentilhomme du duc( et étant monté à cheval , il te rendit lui quatrième dans le pays du Maine et d'Anjou , et demeura quelque temps caché chez le cui^ de La Flèche.
La cour fut surprise de 4 cet événement , dont on avoit cependant averti le cardinal Mazarin quelques jours auparavant , et qui avoit été prédit par Tabbé de Marivaux et Goiset, avocat, qui se méh>ient d*as* trologie. La chose fut traitée de bagatelle. Cepen-' dant Tabbé de Marivaux étoit si persuadé de la cer^ titude de sa prédiction, qu'il l'avoit pîibliée avec toutes ses circonstances : et quelqu€âi-uos de ses amk l'ayant rencontré au Cours le jour qu'elle eut son effet , et lui ayant dit tout haut que M. de Beaufort étoit encore à Vincennes , il lui répondit froidement qu'il n'étoit pas encore quatre heures , et qu'il falloit qu'elles fussent passées avant qu'il fat en droit de faire des railleries. Enfin l'affaire fit tant de bruit , et les avis réitérés qui furent donnés au cardinal firent
DB GDI JOLY. [1648] 17
tant d'impression sur son esprit, qu*il dépécha un exprès au sieur de La Ramée pour l'avertir de se tenir sur ses gardes, sans s'expliquer davantage^ mais La Ramée n'avoit garde de soupçonner Vaugrimaut, qui étoit son homme de confiance^
D'un autre Côté, les nouvelles qui arrivoient tous les jours de Munster, faisant désespérer de la paix(i), achevèrent de soulever les esprits du peuple, qui rejetoit sur le Cardinal le retardement et les obstacles de sa conclusion.
Dès l'année i643, la cour avoit envoyé à Munster M. le duc de LongueviJle et messieurs d'Avaux et Servien enqualité de plénipotentiaires, où, après plusieurs difficultés suscitées par Servien , qui avoit le secret du cardinal, on ne laissa pas de convenir de plusieurs articles qui furent trouvés justes et avantageux à la France par messieurs de Longueville et d'Avaux. Il est même certain (2) que ces deux plénipotentiaires étoient disposés à les signer -, mais Servien s'y étant opposé , ils n'eurent pas assez de courage pour le faire , quoique leurs commissions leur donnassent le pouvoir de signer lorsqu'ils seroient deux d'un même avis. Après quoi M. de Longueville étant revenu en France , tous ceux qui avoient été avec lui confirmèrent ce qui avoit été écrit de Munster 5 de sorte qu'on ne douta
(1) Faisant désespérer de la paix ; Cependant le traite de Westphalie (bt signé dans le conrs de cette année. Si la paix avec PEspagne ne fat pas faite en même temps , cVst parce que Içs troubles qui menaçoient la France donnèrent des espérances au ministre de Philippe iv. — fa) Il est même certain : Rien n'est moins certain , car jamais l^ duc de Longueville ne fut initié dans le secret de la négociation. D'Avaux et Servien eurent entre eux quelques différends , mais ils étoient d'accord sur les bases du traité.
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plus que le cardinal Mazarin n'empêchât la conclusion de la paix pour ses intérêts particuliers, craignant de n'être plus si nécessaire, et de ne pouvoir plus profiter des impositions nouvelles qu'il faisoit sans cesse sur le peuple , sous prétexte de la guerre.
Cependant le parlement et les autres compagnies continuoient de s'assembler par leurs députés à la chambre de Saint-Louis , en exécution de l'arrêt d'union, malgré ceux de défense et de cassation que le conseil rendoit tous les jours : ce qui tenoit toute la France dans une émotion si générale et dans une espérance si prochaine d'avoir du changement dans les affaires , qu'il n'y avoit personne qui ne cherchât les moyens de l'avancer, et d'y contribuer par toutes sortes de voies.
Mais la bataille de Lens ayant été gagnée en ce temps-là le 20 août 1648 par M. le prince, la cour s'imagina qu'elle pourroit encore entreprendre un coup d'autorité , et qu'arrêtant les plus vigoureux du parlement elle viendroit aisément à bout de tout le reste.
Ces pensées étoient même inspirées par quelquesuns de ce corps , et particulièrement par le premier président Mole (0, qui s'opposoit par toutes sortes d'artifices aux desseins de la compagnie, quoiqu'il parlât assez vigoureusement en quelques occasions^ mais ce n'étoit que pour gagner du crédit dans le pai^lement, et pour faire peur à la cour, afin d'être
(i) Et particulièrement par le premier président Mole: Le président Mole ne conseilla poîni le coup d^Etat qui fnt exe'catë le a6 août ; au contraire il en gëmit, et en prévit.les conse'<|uences. Ennemi des factienx, il détendoit aVec force les privilège^ de son corps. LMmpu talion faite à ce grand magistrat d^avoir reçu un traitement annuel de la cour est au moins très-hasardee.
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mieux payé des cent mille livres qu'on lui donnoit tous les ans, et pour obtenir tous les jours de nouvelles grâces pour ses enfans, qui le gouvernoient, et qui le vendoient à la cour.
Cet homme avoit aussi une jalousie secrète du sieur deBroassel, dont la réputation lui ëtoit insupportable : ce qui a fait croire qu il fut un de ceux qui donnèrent le pernicieux conseil d'enlever cet officier avec quelques autres de la même compagnie, qui n'ëtoient criminels que parce qu'ils avoient laffection du peuple, dont ils avoient pris la défense contre les entreprises du ministre.
Quoi qu'il en soit, ce grand dessein fut exécuté le !i6aoat 1648, la Reine ayant mené le Roi à Notre- Dame au Te Deum qui se chanta sur le midi, pour la victoire de Lens. Après quoi Leurs Majestés s'étant retirées , le régiment des Gardes françaises et suisses , qui avoient accoutumé de les suivre , demeurèrent dans leurs postes aux environs de Notre-Dame; et en même temps le sieur de Gomminges, lieutenant des gardes de la Reine , suivi de quelques soldats, entrèrent environ une heure après midi chez le sieur Broussel , logé au port Saint-Landry, dans le moment qu'il sortoit de table, étant alors en soutane et en pantoufles , avec ses enfans >
Le sieur de Gomminges présenta d'abord à ce bonhomme une lettre de cachet, par laquelle il lui étoit ordonné tle le suivre à l'instant. Ce conseiller ayant répondu qu'il étoit prêt d'obéir en lui donnant le loisir de s'habiller, la deMoiselle de BrousseLajoutaque son père ayant pris médecine ce jour-là, comme il ëtoit vrai , pourroit avoir besoin de se retirer avant
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de partir ; te qui lui fot accordé par le sieur de Comminges. Mais voyant que le sieur de Broussel tardoit un peu trop, et que le peuple s^assembloit autour de la maison, et avoit même fait éloigner le carrosse préparé pour l'emmener , le sieur de Gomminges le pressa tellement qu'il le fit partir en l'état qu'il étoit, où il l'avoit trouvé en simple soutane et sans souliers. En passant par la rue des Marmousets, on jeta au milieu un banc de bois de l'étude d'un notaire pour arrêter le carrosse^ mais il ne laissa pas de passer outre au travers des gardes, et de gagner le Marché- Neuf et ensuite le quai des Orfèvres, où le carrosse s'étant rompu, le sieur de Gomminges fit arrêter celui d'une dame qui passoit; et l'ayant obligée de descendre, il y fit monter son prisonnier, qu'il mena par la porte de la Gonférence premièrement au château de Madrid, et delà à Saint-Germain , où il coucha. Après cet événement, les gardes défilèrent jusqu'au lieu où 'le carrosse s'étoit rompu, occupant tout le Pont-Neuf» Cependant le bruit s'en étant répaadu , le peuple commença de s'assembler , et toutes les boutiques furent fermées presque dans un moment dans le Palais, sur le pont Notre-Dame, dans la rue Saint-Honoré, et ensuite partout ailleurs. Plusieurs bateliers qui étoient à la Grève ayant été avertis par les cris des gens et des voi'sins du sieur de Broussel , dont les fenêtres répondoient sur la rivière, passèrent dans de petits bateaux auportSaint-Landry avec des crocs , où ayant joint ceux du quartier et plusieurs autres gens attroupés au son du tocsin de Saint-Landry, armés de hallebardes et de vieilles épées, ils coururent après le carrosse en criant: Tue, tue! Mais ils
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furent arrêtes par le maréchal de LaMeilleraye, qm\ étant sur le Pont-Neuf à la tête des gardes , s'avança à cheval jusque dans la rue Saint-Louis pour arrêter le désordre : cependant il fut obligé de se retirer avec assez de peine et de danger , un herloger de cette rue ayant, pensé le tuer des fenêtres de sa chambre avec son fusil , qui heureusement ne prit pas feu.
Ce tumulte obligea aussi le lieutenant civil , le lieutenaiït criminel et les autres magistrats de police d'aller par les rues, et de se rendre chezle premier président: mais ce ne fut pas aussi sans courir de grands risques, le peuple les chargeant à coups de pierres , aussi bien que le maréchal , lequel ayant été blessé légèrement^ tua un crocheteur d'un coup de pistolet vers Saint-Germain-FAuxerrois.
Ce fut dans la rue Saint-Honoré que le maréchal de La Meilleraye blessa le. crocheteur ; et le coadjuteur, en revenant du Palais, mécontent de la manière dont il avoit été reçu , le confessa dans le ruisseau : ce qui ne contribua pas peu à émouvoir le peuple et \ se le concilier ; je lui ai ouï dire qu'il l'avoit fait exprès. En arrivant dans la chambre de la Reine en ro-^ chet et en camail , qu'il n'avoit pas. quitté depuis le Te Deum^ il entendit Beautru qui disoit à la Reine: «Madame, Votre Majesté est bien malade : le coad- « juteur apporte l'extrême-onction \ » et bien d'autres plaisanteries. La Reine lui dit: «M. le coadjuteur,
« le Roi mon fils saura bien punir quelque jour »
Dans ce temps-là le cardinal Mazarin donna un coup sur Tépaule de la Reine y qui lui fit adoucir le discours qu'elle commençoit. Le coadjuteur, en confessant le crocheteur, reçut un coup de pierre qui lui fit
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jine contusion aux côtes : la Reine l'envoya prier clè If enir au Palais-Royal le lendemain , mais il s'ëtovt mis au lit exprès ^ la Reine lui offrit de faire justice de Beautru, mais il dit qu'il ne se*plaignoit de rien. II envoya le soir chercher un maître des comptes nommé Miron, qui fut tué de|iuis au feu de Fhdtel-deville : il étoit fort ami du coadjuteur : il étoit capitaine de soft quartier, qui étoit au chevalier du guet. Miron proposa les barricades : il falloit que dan^ quelque autre quartier que celui du chevalier du guet on battît le tambour. On envoya chez Martineau, conseiller des requêtes, capitaine de la rue Saint-Jacques : il étoit ivre. Sa femme, sœur du président de Pommereuil, dont le coadjuteur étoit amoureux, se leva, fit battre le tambour, et commença les barricades dans ce quartier, comme Miron dans le sien.
Le coadjuteur de Paris, voulant aussi tâcher d'y apporter du remède, partit à pied du petit archevêché en rochet, camail et bonnet carré, donnant partout de grandes bénédictions au peuple , qui se mettoità genoux pour les recevoir, mais qui ne laissoit pas de crier en même temps qu'il falloit *leur rendre M. Broussel. Ce prélat alla ainsi av^ assez de peine jusqu'au Palais-Royal, où il parla à la ^Reine assez fortement du péril qu'il y avoit de pousser les choses plus loin : mais la Reine lui ayant répondu assez aigrement, et les partisans du cardinal s'étant moqués de lui, on a cru que ce qui se passa en cette rencontre fut la principale cause de rengagement où il a toujours été depuis contre la cour.
D'autres disoient pourtant qu'avant ce temps-là le
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coadjtiteur étoit déjà mëcontent du cardinal , qui Jui avpit refusé râgrément du gouvernement de Paris, dont il avoit traité avec le duc deMontbazon. Ge qu'il y a de vrai, c'est qu'il recevoit depuis quelque teipps chez lui tous les m^contens, comme le comte de Montrésor, le marquis de Noirmoutier, les sieurs de Saint- Ihal, de Laigues, de Fpntrailles, de Varicarville, d'Argenteuil, et plusieurs personnes du parlement et de la ville : il avoit fait même un sermon aux Jésuites le jour de Saint-Louis, en présence du Roi et de la Reine, qui fut trouvé fort emporté et séditieux par les courtisaas. Aussi disoit-on que les bénédictions qu'il affectoit de donner par les rues éloient bien plus propres à exciter le peuple qu à l'apaiser : ce qui étoit vrai 5 et que les sieurs d'Argenteuil et de Marigny, qui le tenoient sous les bras, encourageoient le peuple à tenir bon.
Dans le même temps on arrêta le président de Blancménil ; on alla aussi chez le président, Charton dans le même dessein , mais ils'étoit déjà sauvé : messieurs Laine et Loysél en avoientfait de même. Et ceux qui furent envoyés chez eux y laissèrent des lettres de cachet quiles reléguoient , l'un à fîantes , l'autre à Senlis: mais ils n'y déférèrent pas. Enfintout ce bruitayant obligé messieurs du parlement à se rendre au Palais, quand le parlement entra au Palais-Royal, la Reine vouloit faire pendre quelques conseillers aux fenêtres (0. Mon père étoit sur la liste : le cardinal l'en empêcha.. J'ai ouï dire que la délibération fut fort
{i) La Reine 'VOuloit faire pendre quelques conseillers aux fenêtres ; AU^ations calomnieuses ^ elles ne se trouvât que dans ces J|lemoires : les autres témoins oculaires de cette séance n'en font aucune mention.
b J^OimJÉ^^i^ky^ -,
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belle pour savoir si on dëlibéreroit , n^ëtant pas m loco majorum : il passa à délibérer. Martineau dit qu'il falloît rendre M, de Broussel, et que le peuple lé demandoit de trop bonne grâce : ce qui excita un grand murmure. Apparemment il n'avoit pas bien cuvé son vin.
11 y eut dès ce moment une espèce d'îassemblée des chambres, où il ne se résolut pourtant rien alors, la délibération ayant été remise au lendemain «matin : le peuple parut même un peu s'apaiser sur les six heures du soir, et se retira peu à peu chacun chez soi, après que les gardes eurent abandonné le Pont- Neuf par ordre du maréchal de La Meilleraye, lequel y retourna , et fit crier vwe le Roi! par des gens apostés. Cependant les l>outiques demeurèrent fermées, et la plupart des bourgeois en armes à leurs portes, qui eurent même la précaution de faire leur provision de poudre et de. plomba Après tout, il y avoit assez d'apparence que la nuit auroit radouci l'altération des esprits, si le prévôt des marchands et les échevins n'eussent averti, par ordre delà cour, les officiers d« la bourgeoisie de tenir leurs armes et leurs compagnies en bon état : ce qui fut fait, parce qu'on ït entendre à la Reine que les boas bourgeois étoient bien intentionnés , et que les séditieux n'étoient qu'une poignée de canaille aisée à dissiper.
Cependant iL est certain que cetordre donna beaucoup de hardiesse aux bourgeois, qui se voyoîent par là autorisés, en quelque façon, dans ce qu'ils voudroient entreprendre. Outre cela, les parens et amis du sieur de Broussel et des autres exilés , avec ceux qui étoient mécontens de la cour, eurent le
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soia d'envoyer toittela nuit ctez les officiers cft bourgeois de leur connôissânce, pour les exhorter à bien faire dans une occasion dfe cette importance.
Le coadjuteur, qui ëtoit piqué de la manière dont en avôit reçu ses offres de services au Palaiç-Royal , fit aussi solliciter ses. amis par le chevalier de Sëvigné (i) son parent , par le sieur d'Argenteuil et le sieur de Laigues, qtii étoit revenu depuis peu de l'armée, fort irrité coMre M. le prince à l'occasion d'une dispute de jeu, 4& il avoit été maltraité par Son Altesse.
Tout cela nauroit cependant peut-être servi de rien, si le basaird et là inauvaise conduite de la cour û avpient le lendemî^in matin porté le& choses à la dernière extrémité. Dans la coi^iance que la Reine et le cardinal ayoient sur les bons bourgeois de Paris , ils voidurent continuer l'affaire avec la même hauteur qu'ils l'avoient commencée , et résolurent d'enibjtr M. le chancelier (2) au parlement, afin d'empêcher le^*délibératiôns de la compagnie, et leur faire défense à ravenirdèçonnoître des affaires publiques : ce qui se féisoit de concert avec le premier président et quelque partisans du cardinal Mazarin, qui tâchoient par tantes sortes de moyens de ralentir la preiûière chaleur du parlement, et de traîner l'affaire en longueur. Mais il arriva que le chancelier, qui étoit parti de chez lui en carrosse, n'ayant pu passer sur le quai de la Mégisserie, ni sur celui des Orfèvres où les chaînes étoient tendues, fut obligé de se mettre dans sa chaîne, qu^il avpit fait suivre 5 et de continuer
(i) l^e chevalier de Séuigné: Renaud de Sevign^, oncle de Henri, mari de madame de Sjévignë. Ce dernier fut aussi entraîne dans la rébellion.—(a) M. le chancelier : Pierre Seguier.
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son chemin le long du JPont-Neuf et.sur le quai des Augustins, jusques à l'hôtel de Luyne3 près le pont Saint-Michel, où, ayant encore trouvé jane chaîne tendue , il mit pied à terre. Il fut reconnu par un homme auquel il a voit fait perdre un prpcèç au conseil, qui , étant mêlé dans un peloton de plusieurs autres, s'écria tout d'un coup : «Voilà le b..^-^ de c( chancelier qui vient pour empêcher que le parle- (( ment ne s'assemble, et qu'on ne rende M. 4e « Broussel : il faut l'assommer. » Sur.quoi ]^ populacje courant vers le chancelier, il n'eu|; qwe, le te;paps de se jeter dans l'hôtel de L^ynes, où étant monté dans, une chambre , il fut caché dans une armoire pratiquée dans 1q mur , où il demeura fort lopg-tejnps.
En moins de rien ce peloton de peuple ayant été grossi d'une infiniié de gens qu^ accoururent de tous côtés, ils entrèrent dans l^ maisçn, et chercUèrent partout; mais ne trouvant pas le chancelier,, ils y ajr loient mettre le feu , lorsque le maréchal de La Meilleraye y arriva à la tête de dçux'ou trois compagnies des Gardes françaises et suisses^, qui écartèrent la populace, et donnèrent lieu au chancelier d'i^ntperdans le carrosse du lieutenant civil d'Aubrav, son parent^ qui étoit venu pour le secqurir avec quelqQes oflSciers de justice.
La retraite du maréchal de La Meilleraye fut fprt j^écipitée, parce qu'il vit qpe le peuple se mettpjt <^u état de tous côtés de l'empêcher : ce qui fut cau,se,que les gardées, par son ordre, commencèrent à faire dejs décharges en se retirant; et le maréchal, qui étoit à cheval, tua encore d'un coup de pistolet^ à l'entrée du Pont-Neuf, une pauvre femme qui portoit une
hotte : ce qui ne servit qu'à exciter davantage la fureur du peuple , tellement qu'en passant devant le cheval de bronze on tira des maisons qui sont vis^ ^-vis plusieurs coups de fusil, dont le carrosse du chancelier fut percé en cinq ou six endroits; et Picard, lieirtenant du grand prévôt de l'hôtel, qui servoit auprès de lui , en fut tué , avec le fds aîné de Sanson le géographe, qui étoit à la portière.
11 y eut encore beaucoup de tumulte à Vautre bout du Pont-Neuf, le peuple , qui étoit sur le quai de la Mégisserie , étant accouru au bruit des mousquetades , après s'être saisi des vieilles ferrailles qui se vendent en cet endroit. Cependant le peuple n'ayant pu em^ pécher que le chancelier ne se sauvât , on vit tout d'uii coup cinq ou six cents d'entre eux , lesquels , ayant arboré un morceau de linge au bout d'w bâton et pris un tambour, se mirent à marcher en confu^on le long du quai vers le grand châtelet.
Sur quoi le capitaine du quartier, qui étoit en état avec sa compagnie suivant l'ordre du jour précédent, craignant le pillage, fit tendre la chaîne qui est au bout de la rue vis-à-vis Saint-Leufroi : et ayant en même temps fait battre la caisse, tous les bourgeois du quartier sortirent en armes, et se postèrent sur la chaîne ou aux environs. Cet exemple fut aussitôt suivi par toute la ville, tout le monde s'étant mis à crier aux armes et barricades avec tant de promptitude et tant d'ordre qu'en moins d'une ienii-heure toutes les chai-, nés furent tendues , avec double. rang de barriques pleines de terre , de pierres et de fumier , derrière lesquelles tops le&bourgeois étoienten armes en si grand nombre 9 qu'il est prévue impossible de l'iraagineri
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Ce tumulte arriva vers les dix heures du matin le 27 août 1648 , pendant que le parlement étoit assemblé pour délibérer sur remprisonnement de leurs ^ confrères : au sujet de quoi plusieurs avis ayant été ou-» verts plus ou moins vigoureux , il fut enfin résolu , après avoir su ce qui se passoit dans la ville, que la compagnie îroit en corps demander leur liberté à la îleine 5 et qu'en cas de refus elle reviendroit au Palais pour délibérer , et demeureroit assemblée jusques à leur élargissement. Suivant cette délibération , messieurs du parlement en robes et bonnets carrés, au nonstbre de plus de cent soixante , sortirent du Palais sur les dix heures et demie , le peuple ouvrant partout les barricades pour lui faire passage , criant a^we le RoUvwe Broussel! vive le parlement l et les priant de faire retenir M. de Broussel, à quelque prix que
ce m.
Le parlement étant arrivé au Palais-Royal, on leur donna aussitôt audience dans une^salle où se trouvè^rent le Roi, la Reine , M. le duc d'Orléans, le cardi^ nal Mazarin, le chancelier, le maréchal de La Meilleraye, et plusieurs autres. Le premier président ayant représenté l'état de la ville et la nécessité qu'il y avoit de rappeler incessamment les exilés , la Reine répondit avec beaucoup d'aigreur qu'elle ne changeroit pas de résolution ; que le parlement seroit responsable au Roi de tout ce désordre, qui n'étoit pas si ^rand qu'on ne le pût bien apaiser; que le Roi s en vengeroit un jour. On prétend même qu'elle ajouta d'un ton plus bas, en se levant pour se retirer dans une autre chambre : aOui , je le rendrai, mais je ne « le rendrai que mort. » Après quoi, comme là con>*
DE €UY JOLY. [l648j 2g
pagnie commençoit à sortir, il y eut quelques personnes qui firent des propositions d'accommodement; inais cela n ayant eu aucun effet, le parlement relourna comme il étoit venu , sinon qu'en passant aux premières barricades les bourgeois commencèrent à murmurer, criant qu'ils vouloient reveir M. Broussel.
Enfin le premier président, suivi de toyte la compagnie , s'étant présenté à la barricade de la Croix du Tiroir, un nommé Raguenet , marchand de fer, capitaine du quartier, s'avança avec douze ou quinze bourgeois de sa compagnie , une hallebarde à la main ; et s'adressant au premier président , il lui deçianda s'il ramenoit M. de Broussel. A quoi ce magistrat ayant répondu que non, mais qu'ils avoieut de bonnes paroles de la Reine , Qt qu'ils reti^urnoient délf^ bérer au Palais, Raguenet répliqua que c'étoit au Palais-Royal qu'il falloit retourner, et ramener M. de Broussel : autrement qu'ils ne passer oient pas. Et plusieurs voix s'étant élevées , on en entendit qui disoient qu'ils savoient bien qu'il y avoit des traîtrea parmi eux, entre autres lui premier président, qui étoit d'intelligence avec la cour, et qu'il vouloit du mal à M. de Broussel; que s'ils ne le ramenoient, ils n'épargneroient pas un d'eux. Paroles qui furent suivies d'outrages envers quelques-uns de la compagnie, surtout envers le premier président, qui fut bien tiraillé, et pris enfin à la barbe, qu'il portoit fort longue.
Ce tumulte fut en partie excité par ceux du parlement qui étoient les plus fermes , et qui exhortoient en passant le peuple à prendre courage , et à faire retourner le premier président : ce qu'il fut enfin obligé de faire , se voyant traité de la sorte, et en pé-
3o [1648J MÉMOIRES
iil de l'être plus durement s'il eût résisté. Mais il ne fut pas suivi de toute, la compagnie, cinq présidens à mortier et plusieurs conseillers s'étant sauvés par des rues détournées, dans l'appréhension des menaces du peuple.
Enfin le parlement étant retourné au Palais-Royal , et la cour ayant été informée de ce qui se passoit , elle jugea qu'il n'étoit pas à propos de résister aux désirs du parlement et du peuple : elle consentit donc que la compagnie délibérât dans une des salles du Palais-Royal , où il fut arrêté que la Reine seroit suppliée d'envoyer des lettres de cachet pour le retour da sieur Broussel et des autres exilés : ce qui fut exécuté à l'instant. On fit partir deux carrosses , un du Roi , et l'autre de la Reine , cour aller quérir les sieurs de Blancménil et de Broussel; et on remit les lettres de cachet, qui furent expédiées sur-le-champ pour le retour des autres exilés, entre les mains de leurs parens , qui se chargèrent du soin de les leur porter , ou de les leur envoyer dans les lieux où ils étoient.
Tout cela ne fut achevé que sur les six ou sept heures du soir : après quoi messieurs du parlement se retirèrent chacun chez soi sans aucun obstacle de la part du peuple , qui avoit su ce qui s'étoit fait , et qui avoit vu passer les carrosses du Roi et de la Reine pour aller prendre les sieurs de Blancménil et de Broussel.
Ce même jour le coadjuteur, qui étoit averti de tout ce qui se faisoit, jugeant bien que toute cette affaire ne pouvoit manquer d'avoir de grandes suites, fut porté par quelques-uns de ses amis à prendre des mesures avec M. le duc de Longueville , qui n'étoit
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pas content de la cour non pins que lui ; ^t à envoyer chez^ul le sieur d'Argenteuil, pour le prier de trouver bon qu'ils pussent se voir , et conférer ensemble sur les affaires présentes. Le duc accepta la proposition sur-le-champ, et se résolut d'aller trouver le coadjuteur 5 mais comme il né pouvoit passer par la ville à cause des barricades, il se mit dansiih petit bateau , à l'abreuvoir qui est au bout de la rue des Poulies ; et alla descendre dans un lieu qui s'appelle le Terrain, par où il entfa dans lé petit archevêché, que lé coadjuteur habitoit alors.
Leur conférence fut assez longue , et il s'y trouva quelques amis du coadjuteur, qui dès ce moment auroient bien voulu pousser les affaires plus avant, disant qu'on? n'en trouverait jamais une plus belle occasion -, que le peuple étoit disposé à tout entreprendre -, que bien des gens crioient dans ïes rues qu^il falloit aller droit au cardinal Mazarin ; que ce n étoit rien faire sans cela 5 et que s'il en revenoit, il n'épargneroit pas ceux qui l'auroient ménagé dans cette coi^oncture.
Maisf comme ces sortes d'entreprises sont plus aisées à proposer qu'à exécuter, et qu'elles notent pour jamais auprès du prince ceux qui s'en déclarent les chefs, il arrive rarement que les grands seigneurs veuillent s'en charger. De sorte que la co^iférence se réduisit à convenir qu'il falloit suivre les mouvemens. du parlement et du peuple , et tâcher d'engager dans les intérêts publics les personnes de qualité , particulièrement M. le prince, à qui il sembloit qu'on faisoit une injure en prenant le moment de la réjouissance de sa victoire pour l'exécution d'une entreprise
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si odieuse. Les chOs^Su^en demeurèrent doiuc là, ce qui s'ëtoit pas&é an Palaiâ-fi<^y^l ayaût beaucoup diminué Fanimosité du peuple. II demeura pourtant encore en armes toute la nuit, et lie voulut jamsiis les meltrj9 bas qu'il nei\t va le sieur, de Broussel, maigre les efforts du prewt des marchands et des echevinsponrfaire rompre les, barricades, et quoique le président Blfincménil fût arrivé^ dès. le, iQatin du vendredi. Enfin le,$ieur de JBroussel é^nt^arjiv^ sur les dix heures^ il Iht reçu avec d^s acclamations extraordinaices du peuple, çvisi^l^viçfe le Roil vwe BroussélJ Partoiit où il p^sspU, on fît dea^^alvçs et dès décharges générale», de mpu^queterie : ce quî fit croire en plusieurs endroits qije les bourgeois en et oient venus aux^mains av^ les soldats. Mais enfin ce conseiller étant descendu de carrosse à Notrf-Dame^ et ayant été conduit chez lui par une foule innom* brable de peuple, le bruit commença , de sap^i§er. il fallut pourtant qu'il mît encpte la tête à ses fenêtres, qqi regardoi^nt ^ur l'eaivdu çqU de ^ Grève, pour contenter ]^ habitais du quartier, 49nt une partie passèrent la rivière dan^ de petits bateaux pour le reconnoître.
*" Après cela il fut 9u Palais , où iq^ssi^urs du parlement l'avoient ei^voyé priet: d'amer reprepdjce place : ce qu'il fit à son brdiisiaire et sans aucune démonstration de vanité , ayant répomlu avec bjeaticoup de n^odestie au complimentque le premier président lui fit, et au président Blancménil, de la part de toute la compagnie, qui l'en avait chargé.
On donna ensuite i^n arrêt pour rompre les barricades et mettre les armes bas : lequel fut exécuté
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dans un moment , les boutiques ayant été ouvertes , et lesocarrosses roulant une heure après dans les rues comme auparavant. Il y eut pourtant encore quelque rumeur vers le soir , sur le bruit qui'se tépandit qu il y avoit des trouj^s dans le bois de Boulogne ; mais ce bruit fut dissipé dans ufi instant , et on dor^t en repos toute la nuit. Quelques-uns ont dit que le duc de Beaufort , ayant été averti à La Flèche de ce qui se passoit à Paris , avoit pris la poste , et qu'il y étoit arrivé un peu après la rupture des barricades. S'il eût fait un peu plus de diligence , il se seroit vengé du cardinal Mazarin : du moins il est bien certain qu'il y avoit quantité de gens^ daus la ville qui avoient le même desseih, et que s'ils avoîent eu un chef comme M. le duc de Beaufort , les choses n'en seroient pas «demeurées là.
Cest ce qui a fait dire à plusieurs personnes que le cardinal Mazarin avoit en grand tort d'exposer ainsi en même temps le Roi, la Aeine et lui-même ] et que , voulant entreprendre d'enlever le sieur de Broussel et les autres , il ne devoit pas demeurer à Paris : mais , au sortir du Te Deum^ mener le Roi à Saint-Germain ou à Fontainebleau , où il n auroit pu être forcé de faire ce qu'il fit , et d'où il auroit été. aisé de dissiper la rumeur du peuple et les remontrances du parlement.
Ce fut aussi une grande faute d'envoyer le chance^ lier au parlement, dans la première chaleur des esprits. Il auroit été plus prudent et plus de la majesté de la cour d^attendre tranquillement ses remontrances : et on devoit considérer que quand le chancelier auroit pu arriver au Palais sans obstacle , il y T. 47. 3
34 [l^4^] MÉMOIRES
avait toujours lieu de craindre que le peuple ne Far^ fêtât pour servir d'otage aux exiles. ' Ce fut aussi une grande imprudence de faire prendre les armes aux bourgeois, qui apparemment ne les auroient pas prises sans cela , au moins si universellemeiit , attendu que les particuliers qui ont quelque chose à perdre ne se portent guère d'eux-mêmes à ces dangereuses extrémités, dans la crainte de se faire reinfarquer : au lieu qu'on s^abandonue plus aisément à son emportement quand ou s'y roit autorisé par les magistrats ^ et il falloit n'avoir aucun^e connoissance de la disposition générale des esprits pour s'imaginer que les bourgeois, animés comme ils Fétoient , ayant les armes à la main , prissent le parti de la cour. Les barricades qui furent faites sous Henri m dévoient tenir lieu de leçon ^ et si la majesté d'un roi de son âge n avoit pas contenu le peuple , il ne falloit pas croire que la présence d'un roi eirfant , d'une reine espagnole et méprisée , et ceUe d'un mitmtre étranger très-haï, dût retenir le peuple dans le respect.
Ce qui put excuser le cardinal M azarin dans <oette rencontre , c'est que tous ceux qui l'approchoient , et qui attehéoient des 'grâces par soû moyen, croyoient ne pouvoir mieux faire leur cour qu'en déguisant Fétat des choses , et en donnant des conseils violons , qui étoientfort conformes à l'humeur hautaine et emportée de la Reine. La plupart des courtisans n'étOFent pas même f&chés du désordre, dans l'espérance qu'ils deviendroient plus nécessaires, et qu'ils atlireroient {dus aisément des récompenses.
Ceux qui étoient dans les principales charges de
rStat n aiurôient peut-être pas. aussi été fàckés de la perte du cardinal, dans là peusëe qu'ils pQurroie^nt remplir sa place, et que la Il^n« seroit forcée dia se jeter etAre leurs bras : ce qui est si véritable, que ceux d'entre eux qui ffaroissoient les plus échauffés , et qui doBfioient les conseils les plus yiolens , nie iaisr sotent pas d'enyoyer sous main, parleurs créatures, des a^fs à quelques-uns du parlement et dé la ville peujr.les afiiéraiir dans Leuir dessein.
Le ealme qui parut rëtal|^li pendant quelques jours ne diminua rien de la haine que tout le monde àToit contre le cardinal Mazarin, son seul nom étant devenu une iujiiFe si odieuse, que les juges donnèa^ent des periaifiSioDS d'informer contre ceu%^ qui Iç d^nr noient à quelqu'un; et cela étoit véritablemeat nécessaire , parce que ceux auxquels on reprochait publiquement d'être mazarins <;ouroient souvent riaque de la vie , «ou du moins d'être maltraités parle peuple^ comme il anriva plusieurs fois. €e nom même toml^a dans nn^ ^elle horreur, que le menu peuple s'en servoit comme d'une espèce d'iiàprécation confire ie^ cho^s dépliâsîafttes , et il était assez- ordinaire d^tiar tendra les c]^retiers qUq6 les ri^es, en frappa^nl leurs
chevai^ic , l^lpadter de ^ de msLzarms.
DVmf: àntr%-câté, ce nom devint autei d'aine oours<!qu9P£e tn^rdangereuse , ^n ce qu'il Stervit à marquer nn^psârtk CLeuic qui tenoient pour la cour étcÂedit apfelës mthc^rittSj 'Ot les autres frondw^ : tout le monde se divisait par ces deux noms^ qui caqsoient même des brouiUeries dans les familles entre les pères et les enfans , les maris et les femmes , les frênes et les sœurs; mais avec cette différence que le pre-
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mier passoit pour une injure dont tout le monde se fâchoit , ceux même qui étoient dans le parti de la cour: au lieu qu'on se glorifloit de Tautre.
Ce terme àe frondeur vient de ce qu'en ce tempslà , et dès Tannée précédente ^ les ^rçons de boutique et autres jeunes gens s'assembloient en différens lieux, où ils se battoient les uns contre les autres à coups de fronde , malgré les archers , qui ne pouvoient les en empêcher : ce que le sieur Bachaumont , conseiller au parlement, et fils {^u président Le Goigneux, appliqua un jour en riant aux assemblées du parlement , où M. le duc d'Orléans alloit souvent exprès pour réprimer la chaleur des plus emportés : ce qui réussissoit ordiilairement pendant que Son Altesse Royale étoit présente \ mais en son absence la compagnie reprenoit souvent les affaires des jours précédens, et délibéroit en toute liberté, d'une manière dont la cour n'étoit pas contente. Sur quoi le sieur de Bachaumont dit un jour que la cour viendroit aussi peu à bout de ses desseins datis le parlement , que les archers des leurs à l'égard des frondeurs ; de sorte que ce nom se dpnnoit premièrement à ceux qui opinoient vigoureusement , et depuis à ceux qui se déclaroient contre le cardinal \ et il deviûl tellement à la mode qu'il n y avoit rien deiiien fait qu'on ne dît être à la fronde : les étoffes, les rubans , les dentelles , les épées , et presque généralement toutes sortes de marchandises , jusqu'au pain, ftien n'étoit ni beau ni bon, s'il n'étoit à la fronde ; et pour exprimer un homme de bien , il n'y avoit pas d'expression plus énergique que celle de bon frondeur.