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LIVRE III

de la compagnie qui me voulaient nommer» de n'en rien faire, en leur représentant de quelle conséquence il serait, qu'à mon occasion; l'intention de M. Colbert ne fût pas exécutée. M. de La Chambre fut donc élu, et j'attendis encore. Le procédé de l'Académie, dont j'étais fort content, déplut tellement à mes frères, et ils me fatiguèrent si fort là-dessus, que je laissai passer MM. Régnier et Quinault, et plusieurs autres; mais enfin M. l'abbé de Montigny, évê» que de Léon , étant mort, l'Académie me nomma sans que je fisse aucune sollicitation.

Le jour de ma réception , je fis une harangue dont la com» pagnie témoigna être très-satisfaite , et j'eus lieu de croire que ses louanges étaient sincères. Je leur dis alors que mon discours leur ayant fait plaisir, il aurait fait plaisir à toute la terre, si elle avait pu m'entendre ; qu'il me semblait qu'il ne serait pas mal à propos que l'Académie ouvrit ses portes aux jours de réception, et qu'elle se fit voir dans ces sortes de cérémonies , lorsqu'elle est parée , de même qu'il est très-bon qu'elle les ferme lorsqu'elle travaille à son Dictionnaire, parce que le public n'est pas capable de connaître les beautés de ce travail , qui ne se peut faire sans disputes, et même quelquefois Baus chaleur. Ce que je dis parut raisonnable, et d'ailleurs la plupart s'imaginèrent que cette pensée m'avait été inspirée par M. Colbert ; ainsi tout le monde s'y rangea et l'approuva d'une commune voix. Il n'y eut que M. Chapelain, rigide observateur des coutumes anciennes, qui s'y opposa quelque temps, prétendant qu'il ne fallait rien innover : mais il ne fut suivi de personne.

Le premier qui Ait reçu après moi, fut M. l'abbé Fléchier, évêque de Nîmes. 11 y eut une foule de monde et de beau monde à sa réception , et le public témoigna une extrême joie de ce nouvel établissement.

On peut dire que l'Académie changea de face à ce moment : de peu connue qu'elle était, elle devint si célèbre, qu'elle faisait le sujet des conversations ordinaires. Outre que les harangues du récipiendaire et du directeur étaient plus étudiées et plus châtiées que lorsqu'elles se faisaient à

huis clos , plusieurs de la compagnie lisaient de leurs ouvrages sur toutes sortes de sujets agréables. L'abbé Tallemant le jeune prononça trois ou quatre fois des discours d'éloquence très-beaux, mais surtout si bien prononcés qu'il enlevait tous les auditeurs. La satisfaction qu'en reçut le public , et particulièrement M. Golbert , fut cause de sa fortune ; il lui fit donner par le roi le prieuré de Sausseuse, proche Vernon , et une pension de 1,500 liv. , espérant qu'il en ferait un excellent prédicateur. Il avait commencé, dès sa jeunesse, à s'appliquer à la prédication, où il réussit beaucoup; mais, ayant voulu s'y remettre après dix années d'interruption , il ne se retrouva plus le même, et abandonna tout.

Dans ce temps , M. le chancelier , protecteur de l'Académie , vint à mourir. Le roi, qui aime cette compagnie , ne dédaigna pas de lui succéder dans la place de protecteur de l'Académie française. Il voulut qu'elle tint à l'avenir ses assemblées dans le Louvre , au même endroit où se tenait le conseil lorsque Sa Majesté y logeait. M. Dumetz, garde dés meubles de la couronne , eut ordre de meubler cet appartement; ce qu'il fit avec une propreté et même une magnificence qui marquaient l'amour qu'il a pour les belles-lettres et ceux qui en font profession. M. Golbert, affectionnant fort l'honneur de la compagnie, porta le roi à lui donner tous les livres doubles de sa bibliothèque royale, ce qui forma une belle petite bibliothèque. 11 fit encore acheter tous les livres de ceux de la compagnie, qui, étant morts, n'avaient point d'héritiers qui pussent les fournir ; ce qui alla à sept ou huit cents volumes. L'intention était que tous ceux de la compagnie qui composeraient des ouvrages , en missent un exemplaire à cette biblothèque; ce qui, avec le temps, aurait fait un amas de livres très-beaux et très-honorables à la compagnie; mais cela n'a pas été observé fort exactement.

Lorsque j'entrai dans l'Académie, l'électiondes académiciens se faisait de cette sorte. Un mois après la mort d'un académicien, un de [la compagnie, après en avoir parlé

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