‹ Mémoires, contes et autres œuvresChapitre 23 sur 64 · LE PETIT CHAPERON BOUGE · texte numérisé non relu

LE PETIT CHAPERON BOUGE

après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu'elle rencontrait.

Le Loup nç fut pas longtemps à arriver à la maison delà mère-grand; il heurte, toc, toc. « Qui est là?— C'est votre fille le petit Chaperon rottge, dit le Loup en contrefaisant sa voix, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre, que raamèce vous envoie. x> La bonne mère-grand, qui était dans son lit, à cause qu'elle se trouvait un peu mal, lui cria :. a Tire la chevillette 1 , labobinette cherra. » Le Loup tira la chevillette, et la porte s'ouvrit. II se jeta sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien ; car il y avait plus de trois jours qu'il n'avait mangé. Ensuite il ferma I9 porté, et s'alla coucher dans le lit de la mère-grand, en attendant le petit Chaperon rouge, qui, quelque temps après, vint heurter à la porte : toc, toc. « Qui est là ?» Le petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup, eut peur d'abord; mais croyant que sa mère-grand était enrhumée, répondit : «C'est votre fille, le petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre, que ma mère vous envoie.» Le Loup lui cria , en adoucissant un peu sa voix : « Tire la chevillette, la bobinette cherra. » Le petit Chaperon rouge tira la chevillette , et la porte s'ouvrit.

Le Loup, la voyant entrer, lui dit, en se cachant dans le lit sous la couverture : « Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche , et viens te coucher avec moi. » Le petit Chaperon rouge se déshabille , et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa mèregrand était faite en son déshabillé. Elle lui dit : « Ma mèregrand, que vous avez de grands bras ! — C'est pour mieux t'embrasser, ma fille ! — Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ! — C'est pour mieux courir, mon enfant !

— Ma mère-grand , que vous avez de grandes oreilles 1 —

— C'est pour mieux écouter, mon enfant! — Ma mèregrand , que vous avez de grands yeux ! — C'est pour mieux voir, mon enfant 1 — Ma mère-grand, que vous avez de

1 Petit verrou de bois qui ferme les portes dans les villages.

LES FÉIS. 131

grandes dents , — C'est pour te manger !» Et en disant ces mots , ce méchant loup se jeta sur le petit Chaperon rouge , et la mangea.

MORALITÉ

On voit ici que déjeunes enfants, Surtout de jeunes filles,

Belles, bien faites et gentilles, Font très-mal d'écouter toutes sortes de gens,

Et que ce n'est pas chose étrange,

S'il en est tant que le loup mange.

Je dis le loup, car tous les loups

Ne sont pas de la même sorte;

Il en est d'une humeur accorte,

Sans bruit, sans fiel et sans courroux,

Qui privés, complaisants et doux,

Suivent les jeunes demoiselles Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles. Hais, hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux, De tous les loups sont les plus dangereux?

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