‹ Mémoires, contes et autres œuvresChapitre 54 sur 64 · PORTRAIT DE LA VOIX D'IRIS · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LA VOIX D'IRIS

Je chante les beautés d'une voix sans pareille,

Pour qui mon cœur est enflammé ;

D'une voix qui , m'ayant charmé ,

M'a ravi Pâme par l'oreille :

Doctes sœurs qui savez chanter.

Il faut ici faire merveille.

Rien ne peut mieux le mériter.

Mais vous ne dites mot , vous m'abandonnez , Muses !

Je connais votre esprit jaloux :

Vous seriez sans doute confuses De louer une voix qui chante mieux que vous.

Pourtant, ne croyez pas qu'il demeure imparfait,

Cet aimable et charmant portrait, Bien que vous me quittiez , bien que la main me tremble , Dans la crainte où je suis de n'y réussir pas; Car enfin j'y mettrai tant de beautés ensemble ,

Tant de douceurs et tant d'appas ,

Qu'il faudra bien qu'il lui ressemble*

Sur le moite gazon d'un grand demi-rond d'eau ',

Où cent claires fontaines , D'un palais enchanté l'ornement le plus beau , Viennent se reposer et terminer leurs peines , Iris était assise , et sa charmante voix Faisait chanter l'écho. Cachée au fond du bois,

L'écho , superbe et fière De s'entendre chanter tout d'une autre manière Que les jeunes bergers dont elle avait appris ,

C'est la fontaine de Fromont.

PORTRAIT DE LA VOIX D'ilUS. , 345

Semblait lui disputer le prix , Et chantait toujours la dernière.

Lorsque la voix d'Iris poussait quelque chanson

Avec une douceur extrême , L'écho tout aussitôt la répétait de même , Et, charmant à son tour de la même façon, Entr'elles demeura la victoire incertaine ;

Et ce fut la première fois

Qu'Iris ouït une autre voix

Chanter aussi bien que la sienne.

Cependant les nymphes des eaux Retenant, par respect, leurs ondes fugitives, Dans un profond silence écoutaient, attentives, Et regardaient Iris au travers des roseaux.

D'entr'elles la plus respectée ', De l'excès du plaisir vivement transportée ,

S'élança tout à coup dehors Afin de mieux ouïr de si charmants accords,

Et parut sur Tonde agitée ;.; . „

Jusques à la moitié du corps.

A la voix qui chantait sur son heureux rivage

La nymphe sembla rendre hommage ; Puis , se plongeant dans l'eau , courut sans s'arrêter Dire à la mer que ses blondes sirènes ,

Que leurs voix ont rendu si vaines ,

N'ont jamais su si bien chanter.

1 Le jel de la fontaine vint à jouer dans ce temps-là, et cessa un moment après, ce qui a donné lieu à celte fiction.

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