LE GÉNIE
Les célèbres Mirons, les illustres A pelles Y prirent à Penvi mille grâces nouvelles , Ces charmantes Vénus, ces Jupiters tonnants, Où Ton vit éclater tant de traits étonnants, Que la nature même, en ses plus beaux ouvrages, Ne peut nous en donner que de faibles images. Ce fut là qu'autrefois, sans l'usage des yeux, Du siège d'Hion le chantre glorieux Découvrit de son art les plus sacrés mystères, Et prit de ses héros les divins caractères ; Ce fut là qu'il forma la vaillance d'Hector, Le courage d'Ajax, le bon sens de Nestor, Du fier Agamemnon la conduite sévère, Et du fils de Thétis l'implacable colère; Ulysse y fut conçu toujours sage et prudent, Thersite toujours lâche et toujours impudent. Dans ce même séjour tout brillant de lumières Où Ton voit des objets les images premières, Il sut trouver encor tant de variétés,' Tant de faits merveilleux sagement inventés, Que, malgré de son temps l'ignorance profonde, De son temps trop voisin de l'enfance du monde, Malgré de tous ses dieux les discours indécents, Ses redites sans fin, ses contes languissants Dont l'harmonieux son ne flatte que l'oreille, Et qu'il laisse échapper quand sa muse sommeille, En tous lieux on l'adore, en tous lieux ses écrits D'un charme inévitable enchantent les esprits.
C'est là que s'élevait le héros de ta race,
Corneille, dont tu suis la glorieuse trace ;
C'est là qu'en cent façons, sous des fantômes vains,
S'apparaissait à lui la vertu des Romains ;
Qu'habile il en tira ces vivantes images
Qui donnent tant de pompe à ses divins ouvrages.
Et qu'il relève encor par l'éclat de ces vers
Délices de la France et de tout l'univers.
ÉPJTAE. , 541
En vain quelques auteurs, dont la muse stérile
N'eût jamais rien chanté sans Homère et .Virgile,
Prétendent qu'en nos jours on doit se contenter
De voir les anciens et dé les imiter ;
(^l'en leurs doctes travaux sont toutes les idées
Que nous donne le Ciel pour être regardées,
Et que c'est un orgueil aux plus ingénieux
De porter autre part leur esprit et Jeurs yeux ;
Combien, sans le secours de ces rares modèles,
En voit-on s'élever par des routes nouvelles !
Combien de traits charmants semés dans tes écrits
Ne doivent qu'à toi seul et leur être et leur prix !
N'a-t-on pas vu des morts aux rives infernales
Briller de cent beautés toutes originales,
Et plaire aux plus chagrins, sans redire en français
Ce qu'un aimable Grec ' leur fit dire autrefois?
De l'églogue, en tes vers, éclate le mérite,
Sans qu'il en coûte rien au fameux Théocrite,
Qui jamais ne fit plaindre un amoureux destin
D'un ton si délicat, si galant et si fin.
Pour toi, n'en doutons pas, trop heureux Foutenelle,
Des nobles fictions la source est éternelle;
Pou toi, pour tes égaux, d'un immuable cours
Elle coule sans cesse et coulera toujours.
1 Lucien.
343 PORTRAIT DE ta VOIX D'IRIS.