‹ Mémoires, contes et autres œuvresChapitre 60 sur 64 · LA BEAUTÉ ET LA BONTÉ · texte numérisé non relu

LA BEAUTÉ ET LA BONTÉ

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La Beauté et la Bonté étaient deux sœurs si accomplies et si charmantes, qu'on ne pouvait les voir ni les connaître sans les aimer. Quelques-uns les trouvèrent si semblables, qu'ils les prirent souvent Tune pour l'autre, et leur donnèrent aussi le même nom ; mais ceux qui les observèrent plus soigneusement remarquèrent une très-grande différence entre elles : la Beauté avait beaucoup d'éclat d'apparence qui donnait dans la vue d'abord , et l'on pouvait dire que, pour la conquête d'un cœur, elle n'avait besoin que d'être regardée : aussi était-elle extrêmement impérieuse et flère ; et quoiqu'elle n'eût ni gardes ni soldats autour d'elle, il n'était point de rois sur la terre qui se fissent obéir si promptement, et dont l'empire fût plus absolu que la tyrannie qu'elle exerçait sur tout ce qui avait un cœur et des yeux.

Elle était fort coquette et aimait passionnément à se produire dans le grand monde, afin de s'attirer des louanges, dont elle témoignait ne se soucier pas beaucoup, et qui néanmoins lui plaisaient tellement qu'elle obligeait et forçait même toutes sortes de gens à lui en donner.

La Bonté , au contraire , était fort modeste et fort retirée, et quoiqu'elle fût d'une humeur assez sociable et assez communicative de son naturel , elle fuyait pourtant la foule autant qu'elle pouvait , et ne haïssait rien tant que de se faire de fête mal à propos. Il est vrai qu'elle n'avait pas ce brillant et cet abord surprenant de sa sœur ; mais quand on s'était donné le loisir de la considérer avec atten-

1 Extrait de la lettre à l'abbé d'A«bignac, en lui envoyant le Dialogue de V Amour et de V Amitié, *

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