‹ Mémoires, contes et autres uvres de Charles PerraultChapitre 14 sur 102 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

remarquer que peu de temps après qu'il nous eut assemblés, il nous mena faire la révérence au roi. C'était dans le temps que la reine-mère tomba malade , de la maladie dont elle mourut. Le roi était dans une petite garde-robe derrière la cbambre de la reine , d'où il allait à tout moment la voir , la servant dans sa maladie presque dans tous ses besoins, soit pour lui donner à boire, soit pour lui porter ses bouillons , fils n'ayant jamais davantage bonoré sa mère pendant toute sa vie. Après que M. Colbert nous eut présentés au roi, il nous dit ces paroles : « Vous pouvez, messieurs, juger de l'estime que je fais de vous, puisque je vous confie la cbose du monde qui m'est la plus précieuse , qui est ma gloire. Je suis sûr que vous ferez des merveilles ; je tâcherai, de ma part, de vous fournir delamatière qui mérite d'être mise en œuvre par des gens aussi habiles que vous êtes. » Quelque temps après, M. Charpentier, dont M. l'abbé de Bourseis et M. Chapelain parlèrent avantageusement à M. Colbert, fut associé à cette petite Académie. Nous jetâmes tous les yeux sur lui pour écrire l'histoire du roi, c'està-dire pour tenir la plume ; car toute la compagnie devait y travailler en la revoyant et la corrigeant. Lorsqu'il fut question de décider comment il y travaillerait , on lui dit qu'il se servît des gazettes et de tout ce qui se peut recouvrer dans le public pour former le corps de son histoire ; qu'à mesure qu'il aurait fait quelque chose de considérable , et que l'Académie l'aurait revu, M. Colbert y ajouterait ou en retrancherait ce qu'il jugerait nécessaire. Pour faciliter la chose , je proposai un expédient : c'était que quand M. Charpentier aurait composé la valeur d'un petit cahier, et que ce cahier aurait été revu par la compagnie , il l'enverrait à M. Colbert dans un paquet qu'on mettrait sur sa table avec les autres paquets de lettres qu'il recevait incessamment , de sorte que la lecture qu'il ferait de ce cahier le délasserait de la lecture des autres lettres ; et qu'en mettant en marge ou en interligne ce qu'il jugerait à propos d'y ajouter, et en rayant ce qu'il faudrait en retrancher, la chose se ferait sans que ce travail consumât un temps

particulier, et fût une occupation de surcroit à toutes les autres. M. Colbert approuva fort cet expédient ; mais M. Charpentier ne voulut jamais l'accepter, demandant toujours que M. Colbert lui fournît des mémoires et l'entretint du secret des affaires, ce qu'il n'avait pas le temps de faire et qu'il ne fit point : ainsi la chose en demeura là. Ce fut une grande perte pour la petite Académie , mais un bonheur pour M. Pélisson et particulièrement pour MM. Racine et Despréaux, chargés depuis d'écrire l'histoire du roi par madame de Mootespao , qui regarda ce travail comme un amusement dont elle avait besoin pour occuper le roi. Ils en ont reçu de très-grandes récompenses en différents temps.

M. Colbert ayant formé cette petite Académie , songea à en établir une plus grande et plus considérable , pour l'avancement et la perfection de toutes les sciences. Il se fit donner d'abord un mémoire de tous les hommes savants qui s'assemblaient alors chez M. de Montmort , conseillerd'état , amateur de toutes les sciences et de tous les savants, comme aussi de tous ceux qui étaient en réputation d'exceller en quelque science , soit dans le royaume ,-soit dans les pays étrangers. M. Chapelain , M. l'abbé de" Bourseis et M. Carcavi furent ceux qu'il consulta particulièrement sur ce choix. Voici les noms de ceux qui furent choisis les premiers: MM. Carcavi , Roberval, Huygens , Frenicle , Picard, Duclos, Bourdelin, de La Chambre, Perrault, Auzout, Pecquet , Buot , Gavant , Mariotte et Marchand. J'eus bien de la peine à faire consentir mon frère à être de cette Académie; non qu'il ne se tînt très-honoré du choix qu'on faisait de lui, amais, disait-il, je n'ai point les qualités nécessaires pour être mis avec tant d'excellents hommes '. » Cette mo-

i Claude Perrault, de L'Académie royale des Sciences, et médecin de la Faculté de Paris, dont il sera beaucoup question dans ces Mémoires, fat

un de? plus fameux architectes du rt-gne de Louis XIV. Il naquit à Paris, en 1613, de P. Perrault, avocat au parlement, originaire de Tours. Il devint, sans aucun maître, sans avoir vu [Italie, et par la seule force de son génie, habile dans tous les arts qui ont du rapport au dessin. Dans le nombre des connaissances qu'il possédait à un haut degré, telles que la médecine, les mathématiques, la physique, les mécaniques, lanatomie, il fit son capita

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