LIVRE I
destie était sincère, quoiqu'il eût lui seul les talents de dix autres. La famille , qui se joignit à moi et qui passa plusieurs jours à le presser, eut bien de la peine à le faire résoudre. Dans la suite , M. Duhamel , abbé de Saint-Lambert , fut admis dans l'Académie, à l'occasion de la traduction qu'il fit des Droits de la Heine , en latin , comme je le dirai ci-après. M. l'abbé Gallois le suivit : mon frère le médecin Lavait indiqué àColbert pour être son bibliothécaire, et c'est par là qu'il entra dans l'Académie. M. Blondel , qui depuis a été maître de mathématiques de monseigneur le Dauphin , y entra ensuite , et ce fut moi qui le présentai. M. de Cassini fut proposé environ vers ce temps-là par M. Carcavi , qui le fit venir de Bologne , en Italie , où il était professeur, et lui fit donner neuf mille livres de pende i'architecture, et y excella supérieurement. Nous avons de lui différents monuments, qui sont regardés comme autant de chefs-d'œuvre : savoir, le péristyle du Louvre, l'Observatoire, le magnifique arc de triomphe du Trône, la chapelle du château de Sceaux, le bosquet des bains d'Apollon, dans le jardin de Versailles, l'allée d'eau, et la plus grande partie des dessins des vases, soit en marbre, soit en bronze, qui ornent ce parc. Outre tous ces ouvrages, qui peuvent être mis en parallèle avec ce que les anciens nous ont laissé de plus parfait pour le grand goût de l'architecture, nous avons encore, de ce célèbre architecte, une traduction de Vitruve, qu'il fit par ordre de M. Golbert, traduction remplie de mille observations très-curieuses et très-utiles à ceux qui veulent s'instruire de l'architecture des anciens. Il nous a donné aussi l'Abrégé des dix litres d'Architecture de Vitruve, dans lequel il a mis en ordre ce que cet ancien architecte a traité confusément, et il a rassemblé sous le même chapitre ce qui se trouve dispersé en plusieurs endroits, concernant un même sujet. Nous avons encore de lui un ouvrage intitulé : Ordonnance des cinq espèces de Colonnes, suivant la méthode des anciens, lequel contient une manière infiniment plus aisée que toutes les autres pour l'usage des cinq ordres.
Indépendamment de ces livres sur l'architecture, M. Perrault se distingua par plusieurs autres : tels sont ses Essais de Physique, ses Mémoires pour servir à l'Histoire Naturelle des Animaux, dressés sur les dissections faites dans l'Académie des Sciences ; enfin par un recueil de diverses machines de son invention, qui lui ont fait beaucoup d'iionneur. Il mourut à Paris, le 9 octobre 1688, âgé de 75 ans. Quoiqu'il n'eût guère exercé la médecine que pour ses amis et sa famille, la Faculté eut tant d'estime pour lui, qu'elle députa, après sa mort, à ses héritiers, pour avoir son portrait, qui fut placé dans les écoles publiques, parmi ceux de Fernel, d'Acakia, de Riolan et d'autres, qui ont fait le plus d'honneur à ce corps. (Note de Patte.)
sion. M. Carcavi espérait d'en faire son gendre; mais ce projet ne réussit pas, et M. de Cassini prit alliance d'un autre côté.- M. Dodart ayant été proposé par mon frère le médecin , fut reçu peu de temps après. A l'égard de M. du Yernay, il n'y fut admis qu'après la mort de M. Gayant, chirurgien, pour faire les dissections en sa place: ce fut mon frère qui l'indiqua , et qui l'aida de son crédit , de son argent , et même de son savoir, pour remplir d'abord avec dignité tout son emploi. Vers le même temps, M. de La Hire fut reçu dans l'Académie.
Outre ceux que je viens de nommer, qui tenaient les premières places dans l'Académie, il y en avait d'autres d'une classe inférieure , et qui n'y étaient que pour écouter, pour exécuter ce qui avait été résolu par la compagnie , et particulièrement pour faire les observations dont elle avait besoin. De ce nombre étaient le sieur Richer, qui alla en Cayenne ; le sieur Niquet, qui avait soin de la construction des modèles et des machines qu'on faisait faire, soit que ces machines fussent anciennes, comme la pompe du Pont-Neuf, les grues , les engins, les moulins à vent , etc. , soit qu'elles fussent de nouvelle invention , comme des machines à nettoyer des ports de mer, à scier des pierres , à faire des bas de soie, des rubans, etc. 11 y avait encore plusieurs de ces élèves dont les noms ne me reviennent pas. Le sieur Couplet fut nommé pour être comme l'huissier de la compagnie : depuis il fut fait concierge de l'Observatoire, dès qu'on commença à le bâtir.
11 fut réglé que l'Académie s'occuperait à cinq choses principales, aux mathématiques, à l'astronomie , à la botanique ou science des plantes , àl'anatomie, et à la chimie. M. Roberval, M. Frenicle, M. Huygens et M. Blondel s'appliquaient particulièrement à ce qui regarde les mathématiques; M. de Cassini, M. Auzout, et, depuis, M. de La Hire, eurent l'astronomie pour leur partage; M. de La Chambre, M. Perrault, M. Gayant, et, depuis, M. du Vernay, travaillèrent à l'anatomie ; M. Duclos , M. Bourdelin , et , depuis , M. Borel , eurent soin de la chimie ; M. Dodard et