‹ Mémoires, contes et autres uvres de Charles PerraultChapitre 17 sur 102 · LITRE I · texte numérisé non relu

LITRE I

Ton pourrait bâtir an observatoire. Ils jetèrent d'abord les yeux sur Montmartre, comme un lieu d'où l'on découvrait aisément tout l'horizon ; mais on trouva que toutes les fumées de Paris, qui est au midi de cette montagne, étaient un obstacle perpétuel à toutes sortes d'observations. Après avoir encore revu tous les environs de Paris, on ne trouva point de lieu plus propre pour placer cet édifice, que celui où il a été construit. Il a Paris au nord, où il n'y a point d'observation à faire : il regarde directement le midi et découvre tout l'horizon, depuis le lever d'été et au delà, jusqu'au coucher d'été et beaucoup plus loin encore. Mon frère eut ordre de M. Colbert de faire le dessin de cet observatoire ! , qu'il approuva, et qui a été exécuté sans y rien changer, si ce n'est qu'à l'arrivée de M. de Cassini en France, M. Carcavi, qui voulait le faire valoir, lui mit dans l'esprit défaire changer quelque chose. M. le Tau, premier architecte du roi, chagrin qu'un autre que lui donnât des dessins pour les bâtiments, appuya la pensée de M. de Cassini : ce fut de changer le plan de l'étage noble, et d'y faire une grande pièce qu'il prétendait nécessaire aux observations. Mon frère eut beau représenter que cela ne pouvait se faire sans hausser le bâtiment, ce qui était impossible, la grande corniche étant posée , à moins que de surbaisser extraordinairement la voûte de cette grande pièce, ce qui rapetissait la moitié de la cage du grand escalier, : et le rendait fort rude et peu agréable, de très-beau et de trèsmagnifique qu'il était, et que d'ailleurs cette grande pièce ne paraissait pas nécessaire, il fallut en passer par l'avis de M. de Cassini et de M. le Yau , et faire une espèce de petit attique au-dessus de la grande corniche , pour donner plus d'élévation au bâtiment. L'escalier fut gâté, et la grande pièce n'a jamais servi à aucune des observations auxquelles on la destinait. Il est même arrivé que, pour avoir fait cette pièce trop grande , la voûte s'est fendue , de même que le

1 Les fondements de FOb.-ervatoire furent jetés en 1667, el tout ce bàlimentrfut achevé en 1672.

motif, et qu'il a fallu raccommoder et la voûte et la terrasse de ciment qui est au-dessus. Ce fut une grande faute à laquelle mon frère ne consentit jamais. M. de Cassini a eu encore l'entêtement de ne vouloir point qu'on représentât au naturel les douze figures du zodiaque, en marbre et par pièces de rapport, quoique M. Colbert y eût consenti. Cette résistance, qu'on n^a jamais comprise, a empêché que cette pièce n'ait été toute pavée de marbre : car les guerres qui sont venues depuis ont fait abandonner ces sortes de dépenses. M. de Roberval, qui n'aimait pas M. de Cassini et qui le regardait comme son concurrent en mathématiques , dit assez plaisamment sur l'empressement qu'avait M. Carcavi de faire valoir les avis de M. de Cassini : «M. Carcavi ressemble à un écuyer qui veut faire valoir le cheval qu'il met dans l'écurie de son maître. » Lorsqu'on commença à bâtir l'Observatoire, vers le mois de mars de l'année 1667, il y avait déjà du temps qu'on travaillait au bâtiment du Louvre. Ce qui s'est fait touchant ce bâtiment est très-curieux et de très-grande conséquence : c'est pourquoi je reprendrai la chose dès son commencement.

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