LIVRE I
M. Marchand s'appliquèrent à la connaissance des plantes et de tout ce qui regarde la botanique. M. du Hamel fut d'abord le secrétaire de la compagnie , et M. Colbert de Croissi l'ayant quelque temps après mené en Angleterre où il alla en qualité d'ambassadeur, M. l'abbé Gallois en fît la fonction. M. du Hamel étant de retour, reprit sa place, et l'occupe encore.
M. l'abbé de Bourseis demanda qu'il y eût des académiciens pour la théologie. M. Colbert l'ayant agréé , plusieurs docteurs en théologie furent nommés, entre autres l'illustre M. Ogier, le plus célèbre prédicateur de son temps , qui , après avoir charmé Paris, s'était fait admirer en Allemagne à la suite de M. Davaux, ambassadeur, qui lavait emmené en qualité de son ami. Ce M. Ogier avait un frère qui a écrit ses voyages vers le Nord, très-élégamment, sous le titre iïller Danicum. Les conférences de théologie durèrent peu : car la Sorbonne, qui en fut alarmée, vint par députés s'en plaindre à M. Colbert, qui se rendit à leurs remontrances, n'ayant pas pu disconvenir qu'il y avait du péril à laisser le pouvoir à des particuliers de disputer sur des matières de religion, qu'il fallait abandonner aux Facultés établies pour en connaître. Il fut en même temps résolu que dans l'Académie occupée aux sciences que j'ai marquées, on ne disputerait point sur les matières de controverse ni de politique, à cause du péril qu'il y a de remuer ces sujets sans mission ou sans nécessité. 11 fut encore ordonné que les astronomes ne s'appliqueraient point à l'astrologie judiciaire, et que les chimistes ne travailleraient point à la pierre philosophale : ces deux choses ayant été trouvées très-frivoles et trèspernicieuses.
Cette Académie n'était pas encore tout à fait établie , que M. Colbert fit un fonds de la somme de cent mille livres sur l'état des bâtiments du roi, pour être distribué aux gens de lettres. Tout ce qui se trouva d'hommes distingués pour l'éloquence, la poésie, les mécaniques et les autres sciences, tant dans le royaume que dans les pays étrangers, reçurent des gratifications, les uns de mille écus, les autres
de deux mille livres, les autres de cinq cents écus, d'autres de douze cents livres, quelques-uns de mille livres, et les moindres de six cents livres. Il alla de ces pensions en Italie, en Allemagne, en Danemark, en Suède et aux dernières extrémités du Nord : elles y allaient par lettres de change. A l'égard de celles qui se distribuaient à Paris, elles se portèrent, la première année, chez tous les gratifiés, par le commis du trésorier des bâtiments, dans des bourses d'or , les plus propres du monde ; la seconde année, dans des bourses de cuir. Comme toutes choses ne peuvent pas demeurer au même état , et vont naturellement en dépérissant, les années suivantes il fallut aller recevoir soi-même les pensions chez le trésorier, en monnaie ordinaire. Les années, bientôt, eurent quinze et seize mois ; et quand on déclara la guerre à l'Espagne, une grande partie de ces gratifications s'amortirent. Il ne resta presque plus que les pensions des académiciens de la petite Académie et de l'Académie des sciences : ce qui a continué et continue encore jusqu'à présent. Mon frère le médecin a toujours eu deux mille livres d'appointement comme étant de l'Académie des sciences, sans compter les gratifications qu'il a reçues comme travaillant aux dessins du Louvre, de l'Observatoire , de l'Arc de Triomphe, et de plusieurs ouvrages faits à Versailles, comme je dirai en son lieu. 11 fut résolu que l'Académie des sciences s'assemblerait à la Bibliothèque du roi, dans une salle basse , et qu'elle y tiendrait ses assemblées deux fois la semaine, le mercredi et le samedi.
Deux choses ayant paru nécessaires pour mettre l'Académie en état de travailler et de répondre à ce que l'on se promettait de son établissement, savoir un laboratoire pour la chimie, et un observatoire pour l'astronomie, M. Colbert ordonna que Ton construirait un laboratoire dans l'endroit de la Bibliothèque qui s'y trouverait propre , suivant le plan et les dessins qu'en donnerait M. Duclos, à qui l'on fournirait tous les ustensiles, outils, drogues et vaisseaux dont il aurait besoin pour les opérations qu'il conviendrait de faire. MM. de l'Académie furent chargés d'examiner où