‹ Mémoires, contes et autres uvres de Charles PerraultChapitre 20 sur 102 · LIVRE li · texte numérisé non relu

LIVRE li

de change ci-incluse. Voilà, Monsieur, ce que Sa Majesté m'a commandé de vous écrire. Je ne doute point qu'elle ne reçoive de votre part toute sorte de satisfaction dans l'exécution des deux choses importantes dont elle vous charge. En mon particulier, je vous assure que l'honneur que le [roi vous a fait me donne beaucoup de joie, et j'en aurai toujours d'en rendre aux personnes de votre mérite. »

Cette lettre, qui devait être signée de M. Colbert, ne fut point envoyée, et je n'en sais point la raison. Les dessins partirent, et furent vus à Rome par tous les fameux architectes de ce temps-là, qui envoyèrent tous des projets de leur façon , auxquels on n'eut aucun égard. Ces dessins étaient tous fort bizarres , et n'avaient aucun goût de la belle et sage architecture.

Dans ce même temps, il y avait à Paris un certain abbé Benedetti, qui avait fait connaissance avec M. Colbert, du temps qu'il était intendant de M. le cardinal Mazarin. Cet abbé, soit qu'il fût ami du cavalier Bernin1, soit que le cavalier se le fût rendu ami par des voies que je n'ai point sues, prôna tellement son mérite , et le mit si fort au-dessus de tous les architectes d'Italie , que M. Colbert prit la résolution de le faire venir en France. Quelques-uns disent que le cardinal Barberin fut le premier qui prôna le cavalier Bernin ; M. de Bellefonds ensuite , et que ce fut sur le bien qu'ils

1 Le cavalier Bernin, peintre, sculpteur et architecte, naquit à Xaples, en 1598. Ce fut sous Paul V qu'il commença à se faire connaître. Ce pontife, en voyant ses premiers ouvrages, prédit la grande réputation qu'il s'acquit depuis. Grégoire XV le décora de l'ordre du Christ. Urbain VIII lui donna la surintendance de lafabrique des bâtiments de Saint-Pierre de Rome. Alexandre VII et Clément IX l'honorèrent de leur estime et de leur amitié. P.ome lui est redevable de plusieurs de ses plus beaux monuments : on compte, dans laseule église de Saint-Pierre, nombre d'ouvrages desoninvention, qui font l'admiration des connaisseurs. Les principaux sont : le maître-autel, le tabernacle, la chaire de saint Pierre, les tombeaux d'Urbain VIII et d'Alexandre VII, la statue équestre de Constantin, la colonnade circulaire qui environne la place de Saint-Pierre de Home, la fontaine de la place désavoue, et l'église du Noviciat des jésuites, à Monie-Cavallo. Il mourut à Lome^. le 29 novembre 1680, âgé de 82 ans. {jXote de Patte.)

en dirent, qu'on prit la résolution de le faire venir. Voilà les lettres qui lui furent écrites.

Page 1