LIVRE II
à mille questions que des personnes de qualité me faisaient sur les bâtiments, j'avais fait la demande qui l'avait blessé, pour me mettre en état de pouvoir répondre à ceux qui me feraient la même observation. Ce que je lui dis était si raisonnable que sa colère en diminua un peu; cependant il continua à répéter ces paroles : « A un homme de ma sorte ! moi que le pape traite avec honnêteté , et pour qui il a des égards ; que je sois traité ainsi ! Je m'en plaindrai au roi , quand il irait de ma vie; je veux partir demain et m'en aller. Je ne sais à quoi il tient que je ne donne du marteau dans mon buste , après un si grand mépris qui se fait de moi l. Je m'en vais chez M. le nonce. » Je n'ai point su s'il y alla ou non; mais il n'en parla ni au roi, ni à M. Colbert, et la chose en demeura là. M. de Chantelou met, dans son journal, que ce fut lui qui empêcha qu'il ne se plaignît, lui ayant représenté qu'il ruinerait la fortune d'un jeune homme. Cependant il ne m'aurait fait aucun tort; car ayant raconté le même jour à M. Colbert ce qui venait de se passer, il se contenta de me dire que j'eusse mieux fait de ne point parler sur le dessin du cavalier, mais que je ne craignisse rien; qu'il était trop habile homme pour faire un incident dans la conjoncture où étaient les choses. Je crois effectivement que s'il eût reçu en ce temps-là les trois mille louis d'or que je lui portai quand il s'en alla , comme je le dirai ci-après, il aurait pu faire quelque incartade.
Le cavalier proposa deux choses pour la construction des fondations du Louvre, outre celles que j'ai marquées ci-devant, d'arroser le moellon, et de ne le point arranger: 1° de faire une retraite de deux pieds sur la troisième assise des fondations, ce qui n'aurait rien valu, parce qu'elle aurait posé sur la queue des libages de dessous ; cette retraite fut réduite à près de la moitié ; 2° de fouiller la terre
1 On sera d'autant moins étonné des petites mortifications que le cavalier Bernin essayait de donner à M. Perrault, si l'on fait attention qu'il n'ignorait pas sans doute que c'était lui qui éclairait 31. Colbert sur ses dessins, afin de faire valoir ceux de son frère le médecin. {y oie de Patte J
à plomb , ce qui n'aurait aussi rien valu , et ne fut pas suivi.
M. de Chantelou a rapporté, dans son journal, beaucoup de dires du cavalier Bernin, que je mettrai ici tout de suite pour éviter la peine de marquer les temps, les lieux et les rencontres où il les a dites : circonstances qui ne sont d'aucune utilité.
Un buste de marbre est comme un visage dont tout serait blanc, etc.
Il n'est pas bonteux à la France d'avoir pris un architecte à Rome , comme il ne serait pas honteux à Rome de venir prendre en France un général d'armée , si elle en avait besoin.
Ayant demandé au pape Urbain VIII une dot pour une fille , que j'assurais avoir beaucoup de vertu : « Elle a une dot, me répondit le pape, si elle a de la vertu. »
Le Bernin estimait le Pasquin de Rome (c'est un soldat d'Alexandre qui le soutient , lorsqu'il est blessé au siège de Tyr) le plus bel ouvrage de l'antiquité, et ensuite le Torse, qu'il disait être un Hercule.
11 dit que le pape Urbain YIII avait fait, sur laDaphné, l'épigramme qui suit :
Quisquis amans sequilur fagUivœ gaudia formœ, Fronde manus implet, baccas seu carpit amaras.
Je l'ai traduite ainsi :
Qui suit une beauté dont le feu le consume,
>:e cueille, en rattrapant, qu'un fruit plein d'amertume.
Que les médailles qui avaient le moins de relief étaient des meilleurs maîtres ;
Qu'il y avait à Rome un bouclier de quatre à cinq pieds de haut, qui ne pèse que deux livres , bouclier cependant à l'épreuve du mousquet. Il est de trois peaux de poissons l'une sur l'autre ; qu'il y a des manèges en Italie qui ont des descentes et des montées , pour y accoutumer les chevaux.