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grâce lorsque j'arrivais à l'heure sonnée, personne ne s'en plaignit si on en usait de même à son égard.
11 arriva encore , en ce même temps-là , une chose qui donna bien du relief à la compagnie; c'est que le roi approuva qu'elle vint le haranguer, de même que le Parlement et les autres Cours supérieures , dans toutes les rencontres où il trouverait bon qu'elles se donnassent cet honneur. C'est à M. Rose, secrétaire du cabinet, et qui depuis a été de l'Académie , que l'on doit cette distinction : voici comme la chose se passa.
Le roi jouait à la paume à Versailles, et, après avoir fini sa partie, se faisait frotter au milieu de ses officiers et de ses courtisans, lorsque M. Rose, qui le vit de bonne humeur, et disposé à entendre raillerie , lui dit ces paroles : « Sire, on ne peut pas disconvenir que Votre Majesté ne soit un très-grand prince, très-bon, très-puissant , et trèssage, et que toutes choses ne soient très-bien réglées dans son royaume. Cependant j'y vois régner un désordre horrible, dont je ne puis m'empêcher d'avertir Votre Majesté. — Quel est donc, Rose, dit le roi, cet horrible désordre? — C'est, Sire, reprit M. Rose, que je vois des conseillers, des présidents et autres gens de longue robe, dont la véritable profession n'est pas de haranguer, mais bien de rendre justice au tiers et au quart, venir vous faire des harangues sur vos conquêtes, pendant qu'on laisse en repos là-dessus ceux qui font une profession particulière d'éloquence. Le bon ordre ne voudrait-il pas que chacun fît son métier, et que messieurs de l'Académie française , chargés par leur institution de cultiver le précieux don de la parole, vinssent vous rendre leurs devoirs en ces jours de cérémonie , où Votre Majesté veut bien écouter les applaudissements et les cantiques de joie de ses peuples sur les heureux succès qu'il plaît à Dieu de donner à ses armes? —Je trouve, Rosef dit le roi , que vous avez raison : il faut faire cesser un si grand désordre, et qu'à l'avenir l'Académie française vienne me haranguer comme le Parlement et les autres compagnies supérieures. Avertissez-en l'Académie * et je don-
nerai ordre qu'elle soit reçue comme elle le mérite. » M*** , qui était alors directeur, suivi de toute l'Académie en corps, alla haranguer le roi à Saint-Germain , à la suite du Parlement, et de la Chambre des Comptes et de la Cour des Aides. Elle fut reçue comme ces compagnies. Le grand maître des cérémonies alla la prendre dans la salle des ambassadeurs, où elle s'était assemblée, et la mena jusqu'à la chambre du roi, où le secrétaire d'État de la maison du roi se trouva et la présenta à Sa Majesté, qui l'attendait. La harangue plut extrêmement, et le roi témoigna de la joie de l'avoir appelée à cette cérémonie. L'Académie a continué depuis à s'acquitter de ce devoir, dans toutes les rencontres qui s'en sont présentées.
Après les conquêtes de Flandre et de la Franche-Comté, M. Colbert proposa d'élever un arc de triomphe * à la gloire du roi; M. Le Brun et M. le Vau en firent des dessins. J'en fis aussi un que j'envoyai à M. Colbert, et que j'appelais un griffonnement. Ce ministre écrivit à la marge de ma lettre, que ce griffonnement lui plaisait plus que les dessins qu'on lui avait donnés; et c'est sur ce griffonnement que mon frère ferma le dessin qui a été exécuté en grand modèle à la porte Saint- Antoine. 11 en fit encore plusieurs autres dessins, parmi lesquels il y en a de plus beaux que celui qui a été exécuté , mais que M. Colbert ne voulut pas choisir, parce que, disait-il, ils n'étaient pas dans la forme qu'on a toujours donnée à ces sortes d'édifices. Ce fut M. Gittard, architecte, que M. Colbert chargea de faire exécuter le modèle sous la conduite de mon frère. Quand le roi alla voir ce modèle, il en parut tout à fait content ; mais
1 La première pierre de cet arc de triomphe fut posée le 6 août 1670. Il ne fut élevé en pierre que jusqu'à la hauteur des piédestaux des colonnes ; et, pour juger de l'ouvrage entier, on le continua seulement en plâtre. Louis XIV parut, dit-on, si peu sensible à la perfection de ce monument, que la ville en discontinua la construction. Après la mort de ce prince, le duc d'Orléans, régent, prit encore moins d'intérêt à cet édifice, de sorte qu'on se détermina à le démolir en 1716. Lecîerc nous a gravé une belle estampe de ce magnifique arc de triomphe, qui doit faire regretter que l'on u'en ait pas suivi, en son temps, l'entière exécution. (Note de Patte.)