‹ Mémoires, contes et autres uvres de Charles PerraultChapitre 52 sur 102 · A MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE

Mademoiselle,

On ne trouvera pas étrange qu'un enfant * ait pris plaisir à com- , poser les Contes de ce Recueil ; mais on s'étonnera qu'il ait eu la hardiesse de vous le présenter. Cependant, Mademoiselle, quelque disproportion qu'il y ait entre la simplicité de ces récits et les lumières de votre esprit, si on examine bien ces Contes, on verra que je ne suis pas aussi blâmable que je le parais d'abord. Ils renferment tous une morale très-sensée, et qui se découvre plus ou moins, selon le degré de pénétration de ceux qui les lisent ; d'ailleurs, comme rien ne marque tant la vaste étendue d'un esprit, que de pouvoir s'élever en même temps aux plus grandes choses, et s'abaisser aux plus petites, on ne sera point surpris que la même princesse, à qui la nature et l'éducation ont rendu familier ce qu'il y a de plus élevé, ne dédaigne pas de prendre plaisir à de semblables bagatelles.

Il est vrai que ces Contes donnent une image de ce qui se passe dans les moindres familles, où la louable impatience d'instruire

1 Perrault publia ces Contes sous le nom de son fils , Perrault d'Armancour, qui est censé adresser cette dédicace à M11* Elisabeth-Charlotte d'Orléans, sœur du duc de Chartres et nièce de Louis XIV.

Page 1