‹ Mémoires, contes et autres uvres de Charles PerraultChapitre 68 sur 102 · PEAU-D'ANE · texte numérisé non relu

PEAU-D'ANE

A Mllc ÉLÉONORE DE LUÊËRT.

Votre jeune âge, Éléonore,

Vous permet ces amusements ; Vous y verrez assez de documents

Pour mériter qu'on s'en honore.

Quoique vous soyez à l'aurore

Du printemps de vos jeunes ans, Déjà vous préférez des écrits pleins de sens,

À ceux que nous voyons éclore D'un fade auteur outrant le sentiment

0 vous, ma chère Éléonore!

Qui sentez tout si vivement,

Et dont le cœur naïf ignore Ce que les passions y causent de tourment, îgnorez-le toujours ! Peau-d'Àne vous apprend

Qu'il est un don plus cher encore Que la beauté, qui fuit rapidement; La solide vertu, c'est des dons le plus grand;

Mais hélas! c'est trop rarement

Que le faible mortel l'implore.

Il était une fois un roi si grand, si aimé de ses peuples , si respecté de tous ses voisins et de ses alliés , qu'on pouvait dire qu'il était le plus heureux de tous les monarques. Son bonheur était encore confirmé par le choix qu'il avait fait d'une princesse aussi belle que vertueuse, et ces heureux époux vivaient clans une union parfaite. De leur chaste hymen était née une fdle, douée de tant de grâces et de charmes , qu'ils ne regrettaient point de n'avoir pas une plus ample lignée.

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Là magnificence, le goût et l'abondance régnaient dans son palais ; les ministres étaient sages et habiles ; les courtisans vertueux et attachés ; les domestiques fidèles et laborieux; les écuries vastes et remplies des plus beaux chevaux du monde , couverts de riches caparaçons : mais ce qui étonnait les étrangers qui venaient admirer ces belles écuries , c'est qu'au lieu le plus apparent, un maître âne étalait de longues et grandes oreilles. Ce n'était pas par fantaisie, mais avec raison, que le roi lui avait donné une place particulière et distinguée. Les vertus de ce rare animal méritaient cette distinction, puisque la nature l'avait formé si extraordinaire, que sa litière, au lieu d'être malpropre , était couverte , tous les matins , avec profusion , de beaux écus au soleil, et de louis d'or de toute espèce, qu'on allait recueillir à son réveil.

Or, comme les vicissitudes de la vie s'étendent aussi bien sur les rois que sur les sujets , et que toujours les biens sont mêlés de quelques maux, le ciel permit que la reine fût tout à coup attaquée d'une âpre maladie , pour laquelle , malgré la science et l'habileté des médecins , on ne put trouver aucun secours. La désolation fut générale. Le roi, sensible et amoureux, malgré le proverbe fameux qui dit que l'hymen est le tombeau de l'amour , s'affligeait sans modération , faisait des vœux ardents à tous les temples de son royaume , offrait sa vie pour celle d'une épouse si chère ; mais les dieux et les fées étaient invoqués en vain. La reine, sentant sa dernière heure approcher, dit à son époux, qui fondait en larmes : « Trouvez bon, avant que je meure, que j'exige une chose de vous : c'est que

s'il vous prenait envie de vous remarier » A ces mots ,

le roi fit des cris pitoyables , prit les mains de sa femme , les baigna de pleurs; et l'assurant qu'il était superflu de lui parler d'un second hyménée : « Non , non , dit-il enfin, ma chère reine, parlez-moi plutôt de vous suivre. — L'État, reprit la reine avec une fermeté qui augmentait les regrets de ce prince, l'Etat doit exiger des successeurs, et, comme jo ne vous ai donné qu'une fille , vous presser d'avoir des

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fils qui vous ressemblent : mais je vous demande instamment, par tout l'amour que vous avez eu pour moi, de ne céder à l'empressement de vos peuples que lorsque vous aurez trouvé une princesse plus belle et mieux faite que moi; j'en veux votre serment, et alors je mourrai contente. »

On présume que la reine, qui ne manquait pas d'amourpropre, avait exigé ce serment, ne croyant pas qu'il fût au monde personne qui pût l'égaler, pensant bien que c'était s'assurer que le roi ne se remarierait jamais. Enfin elle mourut. Jamais mari ne fit tant de vacarme ; pleurer , sangloter jour et nuit, menus droits du veuvage, furent son unique occupation.

Les grandes douleurs ne durent pas. D'ailleurs les grands de l'État s'assemblèrent, et vinrent en corps prier le roi de se remarier. Cette première proposition lui parut dure , et lui fit répandre de nouvelles larmes. Il allégua le serment qu'il avait fait à la reine, défiant tous ses conseillers de pouvoir trouver une princesse plus belle et mieux faite que feu sa femme, pensant que cela était impossible. Mais le conseil traita de babiole une telle promesse , et dit qu'il importait peu de la beauté, pourvu qu'une reine fût vertueuse et point stérile; que l'État demandait des princes pour son repos et sa tranquillité; qu'à la vérité l'infante avait toutes les qualités requises pour faire une grande reine , mais qu'il fallait lui choisir un étranger pour époux; et qu'alors, ou cet étranger l'emmènerait chez lui, ou que s'il régnait avec elle , ses enfants ne seraient plus réputés du même sang; et que, n'y ayant point de prince de son nom, les peuples voisins pourraient leur susciter des guerres qui entraîneraient la ruine du royaume. Le roi, frappé de ces considéraiions , promit qu'il songerait à les contenter.

Effectivement il chercha, parmi les princesses à marier, qui serait celle qui pourrait lui convenir. Chaque jour on lui apportait des portraits charmants; mais aucun n'avait les grâces de la feue reine ; ainsi il ne se déterminait point.

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Malheureusement, il s'avisa de trouver que -l'infante., sa

fille, était non -seulement belle et bien faite à ravir, mais qu'elle surpassait encore de beaucoup la reine sa mère en esprit et en agréments. Sa jeunesse , l'agréable fraîcheur de son beau teint enflamma le roi d'un feu si violent, qu'il ne put le cacher à l'infante, et il lui dit qu'il avait résolu de F épouser , puisqu'elle seule pouvait le dégager de son serment.

La jeune princesse, remplie de vertu et de pudeur, pensa s'évanouir à cette horrible proposition. Elle se jeta aux pieds du roi son père, et le conjura, avec toute la force qu'elle put trouver dans con esprit , de ne la pas contraindre à commettre un tel crime.

Le roi, qui s'était mis en tête ce bizarre projet, avait consulté un vieux druide pour mettre la conscience de la princesse en repos. Ce druide, moins religieux qu'ambitieux, sacrifia à l'honneur d'être confident d'un grand roi , l'intérêt de l'innocence et de la vertu, et s'insinua avec tant d'adresse dans l'esprit du roi , lui adoucit tellement le crime qu'il allait commettre, qu'il lui persuada même que c'était une œuvre pie que d'épouser sa fille. Ce prince, flatté pas les discours de ce scélérat, l'embrassa, et revint d'avec lui plus entêté que jamais dans son projet : il fit donc ordonner à l'infante de se préparer à lui obéir.

La jeune princesse , outrée d'une vive douleur , n'imagina rien autre chose que d'aller trouver la fée des Lilas, sa marraine. Pour cet effet, elle partit la même nuit, dans un joli cabriolet attelé d'un gros mouton , qui savait tous les chemins. Elle y arriva heureusement. La fée, qui aimait l'infante, lui dit qu'elle savait tout ce qu'elle venait lui dire , mais qu'elle n'eût aucun souci , rien ne pouvant lui nuire si elle exécutait fidèlement ce qu'elle allait lui prescrire; a car, ma chère enfant , lui dit-elle , ce serait une grande faute que d'épouser votre père; mais, sans le contredire, vous pouvez l'éviter : dites-lui que, pour remplir une fantaisie que vous avez , il faut qu'il vous donne une

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robe de la couleur du temps ; jamais , avec tout son amour et son pouvoir, il ne pourra y parvenir. »

Là princesse remercia bien sa marraine ; et, dès le lendemain matin , elle dit au roi son père ce que la fée lui avait conseillé, et protesta qu'on ne tirerait d'elle aucun aveu qu'elle n'eût une robe couleur du temps. Le roi, ravi de l'espérance qu'elle lui donnait, assembla les plus fameux ouvriers , et leur commanda cette robe , sous la condition que s'ils ne pouvaient réussir , il les ferait tous pendre. Il n'eut pas le chagrin d'en venir à cette extrémité ; dès le second jour ils apportèrent la robe si désirée. L'empirée n'est pas d'un plus beau bleu , lorsqu'il est ceint de nuages d'or, que cette belle robe lorsqu'elle fut étalée. L'infante en fut toute contristée , et ne savait comment se tirer d'embarras. Le roi pressait la conclusion. Il fallut recourir encore à la marraine , qui , étonnée de ce que son secret n'avait pas réussi, lui dit d'essayer d'en demander une de la couleur de la lune. Le roi, qui ne pouvait lui rien refuser, envoya chercher les plus habiles ouvriers , et leur commanda si expressément une robe de la couleur de la lune, qu'entre ordonner et l'apporter, il n'y eutpas vingt-quatre heures....

L'infante, plus charmée de celle superbe robe que des soins du roi son père, s'affligea immodérément lorsqu'elle fut avec ses femmes et sa nourrice. La fée des Lilas , qui savait tout, vint au secours cle l'affligée princesse, et lui dit : « Ou je me trompe fort, ou je crois que si vous demandez une robe couleur du soleil , ou nous viendrons à bout de dégoûter le roi votre père , car jamais on ne pourra parvenir à faire une pareille robe, ou nous gagnerons au moins du temps. »

L'infante en convint, demanda la robe, et l'amoureux roi donna sans regret tous les diamants et les rubis de sa couronne pour aider à ce superbe ouvrage , avec ordre de ne rien épargner pour rendre cette robe égale au soleil. Aussi, dès qu'elle parut, tous ceux qui la virent déployée furent obligés de fermer les yeux, tant ils furent éblouis. C'est de ce temps que datent les lunettes vertes et les verres

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noirs. Que devint l'infante à cette vue ? Jamais on n'avait rien vu de si beau et de si artistement ouvré \ Elle était confondue; et, sous prétexte d'avoir mal aux yeux , elle se relira dans sa chambre , où la fée l'attendait, plus honteuse qu'on ne peut dire. Ce fut bien pis ; car en voyant la robe du soleil, elle devint rouge de colère. « Oh! pour le coup, ma fille, dit-elle à l'infante, nous allons mettre l'indigne amour de votre père à une terrible épreuve. Je le crois bien entêté de ce mariage, qu'il croit si prochain, mais je pense qu'il sera un peu étourdi de la demande que je vous conseille de lui faire ; c'est la peau de cet âne qu'il aime si passionnément, et qui fournit à toutes ses dépenses avec tant de profusion : allez , et ne manquez pas de lui dire que vous désirez cette peau. »

L'infante, ravie de trouver encore un moyen d'éluder un mariage qu'elle détestait, et qui pensait en même temps que son père ne pourrait jamais se résoudre à sacrifier son âne , vint le trouver , et lui exposa son désir pour la peau de ce bel animal. Quoique le roi fût étonné de cette fantaisie , il ne balança pas à la satisfaire. Le pauvre âne fut sacrifié , et la peau galamment apportée à l'infante , qui , ne voyant plus aucun moyen d'éluder son malheur , s'allait désespérer, lorsque sa marraine accourut, « Que faitesvous, ma fille? dit-elle voyant la princesse déchirant ses cheveux et meutrissant ses belles joues; voici le moment le plus heureux de votre vie. Enveloppez-vous de cette peau, sortez de ce palais, et allez tant que terre pourra vous porter : lorsqu'on sacrifie tout à la vertu , les dieux savent en récompenser. Allez , j'aurai soin que votre toilette vous suive partout; en quelque lieu que vous vous arrêtiez, votre cassette, où seront vos habits et vos bijoux, suivra vos pas sous terre; et voici ma baguette que je vous donne : en frappant la terre, quand vous aurez besoin de cette cassette , elle paraîtra à vos yeux : mais hâtez-vous de partir, et ne tardez pas. »

1 Travaillé.

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L'infante embrassa mille fois sa marraine, la pria de ne pas l'abandonner, s'affubla de cette vilaine peau, après s'être barbouillée cie suie de cheminée, et sprlitde ce riche palais sans être reconnue de personne.

L'absence de l'infante causa une grande rumeur. Le roi, au désespoir, qui avait fait préparer une fête magnifique, était inconsolable. ïi fît partir plus de cent gendarmes et plus de mille mousquetaires pour aller à la quête de sa Mie ; mais la fée, qui la protégeait, la rendait invisible aux plus habiles recherches : ainsi il fallut bien s'en consoler.

Pendant ce temps l'infante cheminait. Elle alla bien loin, bien loin, encore plus loin , et cherchait partout une place ; mais quoique par charité on lui donnât à manger, on la trouvait si crasseuse, que personne n'en voulait. Cependant elle entra dans une belle ville, à la porte de laquelle était une métairie , dont la fermière avait besoin d'une souillon pour laver les torchons, nettoyer les dindons et l'auge des cochons. Cette femme, voyant cette voyageuse si malpropre, lui proposa d'entrer chez elle; ce que l'infante accepta de grand cœur, tant elle était lasse d'avoir marché. On la mit dans un coin reculé de la cuisine, où elle fut, les premiers jours, en butte aux plaisanteries grossières de la valetaille, tant sa peau d'âne la rendait sale et dégoûtante. Enfin on s'y accoutuma ; d'ailleurs elle était si soigneuse de remplir ses devoirs, que la fermière la prit sous sa protection. Elle conduisait les moutons, les faisait parquer au temps où il le fallait; elle menait les dindons paître avec une telle intelligence, qu'il semblait qu'elle n'eût jamais fait autre chose : aussi tout fructifiait sous ses belles mains.

Un jour qu'assise près d'une claire fontaine, où elle déplorait souvent sa triste condition , elle s'avisa de s'y mirer, l'effroyable peau d'âne, qui faisait sa coiffure et son habillement, l'épouvanta. Honteuse de cet ajustement, elle se décrassa le visage et les mains, qui devinrent plus blanches que l'ivoire, et son beau teint reprit sa fraîcheur naturelle. La joie de se trouver si belle lui donna envie de s'y baigner, ce qu'elle exécuta; mais il lui fallut remettre son in-

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digne peau pour retourner à la métairie. Heureusement le lendemain était un jour de fête; ainsi elle eut le loisir de tirer sa cassette, d'arranger sa toilette, de poudrer ses beaux cheveux, et de mettre sa belle robe couleur du temps. Sa chambre était si petite, que la queue de cette belle robe ne pouvait pas s'étendre. La belle princesse se mira et s'admira elle-même avec raison , si bien qu'elle résolut, pour se désennuyer, de mettre tour à tour ses belles robes, les fêtes et les dimanches; ce qu'elle exécuta ponctuellement. Elle mêlait des fleurs et des diamants dans ses beaux cheveux , avec un art admirable ; et souvent elle soupirait de n'avoir pour témoins de sa beauté, que ses moutons et ses dindons, qui l'aimaient autant avec son horrible peau d'àne, dont on lui avait donné le nom clans cette ferme.

Un jour de fête, que Peau-d'Ane avait mis la robe couleur du soleil , le fils du roi, à qui cette ferme appartenait, vint y descendre pour se reposer en revenant de la chasse.

Ce prince était jeune, beau et admirable m ont bien fait, l'amour de son père ci de la reine sa mère, adoré des peuples. On offrit à ce jeune prince une collation champêtre qu'il accepta ; puis il se mit à parcourir les basses- cours et tous leurs recoins. En courant ainsi de lieu en lieu, ii entra dans une sombre allée, au bout de laquelle il vit une porte fermée. La curiosité lui fit mettre l'œil à la serrure; mais que devint-il, en apercevant la princesse si belle et si richement vêtue, qu'à son air noble et modeste il la prit pour une divinité ? L'impétuosité du sentiment qu'il éprouva dans ce moment l'aurait porté à enfoncer la porte, sans le respect que lui inspira cette ravissante personne.

Il sortit avec peine de cette allée sombre et obscure, mais ce fut pour s'informer qui était la personne qui demeurait dans cette petite chambre. On lui répondit que c'était une souillon qu'on nommait Peau-d'Ane, à cause de la peau dont elle s'habillait; et qu'elle était si sale et si crasseuse, que personne ne la regardait ni ne lui pariait; et qu'on ne l'avait prise que par pitié pour garder les moutons et les dindons.

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Le prince, peu satisfait de cet éclaircissement, vit bien que ces gens grossiers n'en savaient pas davantage, et qu'il était inutile de les questionner. Il revint au palais du roi son père, plus amoureux qu'on ne peut dire, ayant continuellement devant les yeux la belle image de cette divinité qu'il avait vue par le trou de la serrure. 11 se repentit de n'avoir pas heurté à la porte , et se promit de n'y pas manquer une autre fois. Mais l'agitation de son sang, causée par l'ardeur de son amour, lui donna, dans la même nuit, une fièvre si terrible, que bientôt il fut réduit à l'extrémité. La reine sa mère, qui n'avait que lui d'enfant, se désespérait de ce que tous les remèdes étaient inutiles. Elle promettait en vain les plus grandes récompenses aux médecins ; ils y employaient tout leur art, mais rien ne guérissait le prince.

Enfin ils devinèrent qu'un mortel chagrin causait tout ce ravage ; ils en avertirent la reine, qui , toute pleine de tendresse pour son fils, vint le conjurer de dire la cause de son mal ; et que, quand il s'agirait de lui céder la couronne, le roi son père descendrait de son trône sans regret pour l'y faire monter ; que s'il désirait quelque princesse, quand même on serait en guerre avec le roi son père, et qu'on eût de justes sujets pour s'en plaindre, on sacrifierait tout pour obtenir ce qu'il désirait ; mais qu'elle le conjurait de ne pas se laisser mourir, puisque de sa vie dépendait la leur.

La reine n'acheva pas ce touchant discours sans mouiller le visage du prince d'un torrent de larmes. ((Madame, lui dit enfin le prince avec une voix très-faible, je ne suis pas assez dénaturé pour désirer la couronne de mon père ; plaise au ciel qu'il vive de longues années, et qu'il veuille bien que je sois longtemps le plus fidèle et le plus respectueux de ses sujets ! Quant aux princesses que vous m'offrez , je n'ai point encore pensé à me marier; et vous pensez bien que, soumis comme je le suis à vos volontés, je vous obéirai toujours, quoiqu'il m'en coûte. — Ah! mon fils, reprit la reine, rien ne nous coûtera pour te sauver la

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