‹ Mémoires, contes et autres uvres de Charles PerraultChapitre 87 sur 102 · ÉPITRE A FONTENELLE · texte numérisé non relu

ÉPITRE A FONTENELLE

Comme on voit des beautés sans grâce et sans appas, Qui surprennent les yeux, mais qui ne touchent pas ; Où brille vainement, sur un jeune visage, De la rose et du lis le pompeux assemblage ; Où, sous un front serein, de beaux yeux se font voir Comme des rois captifs, sans force et sans pouvoir: Tels on voit des esprits au-dessus du vulgaire, Qui, parmi cent talents, n'ont point celui de plaire.

En vain, cher Fontenelle, ils savent prudemment Employer dans leurs vers jusqu'au moindre ornement, Prodiguer les grands mots, les figures sublimes, Et porter à l'excès la richesse des rimes ; Ou baille, on s'assoupit, et tout cet appareil Après un long ennui cause enfin le sommeil.

11 faut qu'une chaleur dans l'àme répandue, Pour agir au dehors, l'élève et la remue, Lui fournisse un discours qui, dans chaque auditeur, Ou de force ou de gré trouve un approbateur, Qui saisisse l'esprit, le convainque et le pique, Qui déride le front du plus sombre critique, Et qui, par la beauté de ses expressions, Allume dans le cœur toutes les passions.

C'est ce feu qu'autrefois, d'une audace nouvelle, Prométhée enleva de la voûte éternelle,

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