LE GÉNIE
Les célèbres Mirons, les illustres Apelles Y prirent à l'envi mille grâces nouvelles , Ces charmantes Venus, ces Jupiters tonnants, Où Ton vit éclater tant de traits étonnants, Que la nature même, en ses plus beaux ouvrages, Ne peut nous en donner que de faibles images. Ce fut là qu'autrefois, sans l'usage des yeux, Du siège d'ilion le chantre glorieux Découvrit de son art les plus sacrés mystères, Et prit de ses héros les divins caractères ; Ce fut là qu'il forma la vaillance d'Hector, Le courage d'Ajax, le bon sens de Nestor, Du fier Agamemnon la conduite sévère, Et du fils de Thétis l'implacable colère; Ulysse y fut conçu toujours sage et prudent, Thersite toujours lâche et toujours impudent. Dans ce même séjour tout brillant de lumières Où Ton voit des objets les images premières, Il sut trouver encor tant de variétés, Tant de faits merveilleux sagement inventés, Que, malgré de son temps l'ignorance profonde, De son temps trop voisin de l'enfance du monde, Malgré de tous ses dieux les discours indécents, Ses redites sans fin, ses contes languissants Dont l'harmonieux son ne flatte que l'oreille, Et qu'il laisse échapper quand sa muse sommeille, En tous lieux on l'adore, en tous lieux ses écrits D'un charme inévitable enchantent les esprits.
C'est là que s'élevait le héros de ta race,
Corneille, dont tu suis la glorieuse trace ;
C'est là qu'en cent façons, sous des fantômes vains,
S'apparaissait à lui la vertu des Romains ;
Qu'habile il en tira ces vivantes images
Qui donnent tant de pompe à ses divins ouvrages,
Et qu'il relève encor par l'éclat de ces vers
Délices de la France et de tout l'univers.