‹ Mémoires, contes et autres uvres de Charles PerraultChapitre 90 sur 102 · ÉPITRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE

En vain quelques auteurs, dont la muse stérile

N'eût jamais rien chanté sans Homère et Virgile,

Prétendent qu'en nos jours on doit se contenter

De voir les anciens et de les imiter ;

Qu'en leurs doctes travaux sont toutes les idées

Que nous donne le Ciel pour être regardées,

Et que c'est un orgueil aux plus ingénieux

De porter autre part leur esprit et leurs yeux;

Combien, sans le secours de ces rares modèles,

En voit-on s'élever par des routes nouvelles !

Combien de traits charmants semés dans tes écrits

Ne doivent qu'à toi seul et leur être et leur prix !

N'a-t-on pas vu des morts aux rives infernales

Briller de cent beautés toutes originales,

Et plaire aux plus chagrins, sans redire en français

Ce qu'un aimable Grec ! leur fit dire autrefois?

De l'églogue, en tes vers, éclate le mérite,

Sans qu'il en coûte rien au fameux Théocrite,

Qui jamais ne fit plaindre un amoureux destin

D'un ton si délicat, si galant et si fin.

Pour toi, n'en doutons pas, trop heureux Fontenelle,

Des nobles fictions la source est éternelle ;

Pou toi, pour tes égaux, d'un immuable cours

Elle coule sans cesse et coulera toujours.

1 Lucien.

542 PORTRAIT DE LA VOIX D'iRlS.

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