LETTRE XXXII
Paris , le ôl août 17C0.
Voici ma quatrième. La première m'a fort inquiété, .l'ai cru qu'elle avait été interceptée , et par qui encore? Vous l'avez reçue.à Chàlons. Les deux suivantes vous ont été écrites,
dos prdaU'S pour col iiisiriiincnl. Il so mil, on 1771 , à la lolc de la confédération lidiuaniouno pour s'opposer à l'invasion dos Russes, ol se fit distinguer par un courage qui était digne d'un meilleur succès.
à Vilry, à l'adresse de j\I de IM***; Tuiie sous le contre-seing de M. de Courteilles , où je vous souhaitais une bonne fête et vous priais de m'indiquer comment et par quelle voie je vous ferais passer sûrement le petit bouquet que je vous avais destiné; l'autre tout simplement par la poste, où je vous rendais compte de ma vie depuis le jour que je vous ai perdue. Hier, samedi au soir, Damilaville (1) m'envoya vos numéros quatre et cinq. Croyez-vous que , par le besoin que j'ai d'entendre parler de vous, je ne conçoive pas tout celui que vous avez d'entendre parler de moi? Je ne serais pas assez aimé, si les jours de poste n'étaient pas pour vous et pour moi des jours de fêtes , et je n'aimerais pas assez. Mais, puisqu'il est si doux pour nous de nous écrire, puisque c'est la seule consolation que nous puissions avoir, puisque ce reste de commerce doit nous tenir lieu de tout pendant deux mois au moins , tachons, s'il se peut, de mettre quelque arrangement dans notre correspondance. Comme vous vous êtes servie alternativement de l'adresse de M. Grimm et de celle de M. Damilaville, quand je ne trouve rien sur le quai des Miramionnes , je cours vite rue Keuve-du-Luxembourg. L'intervalle est honnête, du cul- desac de rOrangerie , à la porte Saint-Bernard ; cependant. je ne regrette jamais mes pas, et,si quelquefois je me sens fatigué , c'est quand je reviens les mains vides. Tout bien considéré , mon amie, je crois qu'il vaut mieux s'en tenir pour quelque temps à la seule adresse de Damilaville. M. Grimm est à la Chevrette (2). Qu'il serait heureux là, si on lui envoie de Paris toutes les lettres qui viennent à son adresse ! Les miennes pourraient aisément suivre les siennes, et ce petit voyage les retarder pour moi d'un ou de deux jours; or,il ne faut pas que cela soit. Vous vous portez donc bien ? point de mal au sein ? plus d'enflure aux jambes , plus de lassitude , cela est bien heureux. Conservez-moi cette santé. J'espère, moi , que j'en
(1) Damilaville remplissait la place de premier commis au bureau des vinglièmes. Elle lui donnait le droit d'avoir le cachet du contrôleur-général des finances. et de contresigner les paquets qui sortaient de son bureau ; il s'en servait pour faire parvenir franc de port toutes les lettres de ses amis. C'est ainsi que la plus grande partie de la Correspondance de Voltaire passa par ses mains.
(2) Terre de madame d'Épinay.