G MÉMOIRES
sans compter celle-ci. Mais, comment piiîs-je remédier aux délais qui vous affligent? Mon rôle est de ne laisser aller aucun courrier à vide , et vous y pouvez compter.
Ce que je pense de cette ér'^^'e (\) ? que c'est un tissu d'atrocités écrites avec facilité. A la place de Yoitaire,vous en sentiriez toute la platitude ; mais vous en seriez mortifiée, il y a par-ci par-là des reproches qu'on n'entend pas de sangfroid. Au reste, ne craignez aucune suite fâcheuse de ces papiers-là. Qui est-ce qui les lit ? et puis^fidole est si décriée. Les enfants lui crachent au visage.
M. Gaschon envoya,samedi, savoir ce que je faisais; je ne l'ai point vu et je me le reproche ; c'est un très-galant homniSj qui se jette heaucoup en avant, mais qui ne recule jamais-
A'ous l'aurez incessamment, votre boite; mais,queje sache à qui je l'adresserai.
Mon amie , ne me louez pas trop votre sœur, je vous en prie , cela me fait du mal ; je ne sais pas pourquoi ; mais cela est.
j'ai passé la journée du samedi à mettre un peu d'ordre dans mon coffret. J'ai emporté ici la U-'lUjinisr^ que j'avancerai, si j'en ai le temps. J'y trouver li tr- Jr^'cvr, fju ils m'exhortent tous à ajuster à nos mœurs. C'est ime grande affaire. M. Grimm l'a lu enfin, et il en est transporté.
IN'ous avons eu,mercredi3I- de Saint-Lambert, et madame d'Houdetot. M. de Saint-Lambert est un homme d'un sens exquis ; on n'a ni plus de finesse ni plus de sensibilité que madame d'Houdetot. Ces heures -là se sont échappées Madame d'Houdetot me disait, à propos d'une tête de Platon que j'ai donnée pour une tête de Sapho , que j'étais bien vieux.etqu'à dix-huit ans je n'aurais pas fait cet échange-là.
i\Ia sœur garde le silence avec moi; elle est honteuse ou fâchée. Est-ce contre elle ou contre moi, qu'elle boude.^ Madame Diderot en reçoit de temps en temps des lettres,qu'elle serre. On crie tous les jours aux oreilles de l'abbé convalescent, que, sans les soins de sa sœur,il ne serait plus; il faut espérer qu'il rougira d'en user mal avec elle, du moins jus- Ci^ Voir précc'dcmmcnl, p. 07, noie 1.
iiuii ce que les services rendus soient assez éloignés pour que riîumeur puisse se montrer sans Fingratitude.
i\Ies allègues (1) me font sécher ; ils ne me rendent rien , et je ne travaille point. Mais dites-moi donc, M. Gaschon vous a-t-il écrit ? Ira-t-il, n'ira-t-il pas à Isle? Est-ce que vous n'avez pas encore vu l'abbé Dumoncet? Le général et le procureur desonordre viennent de perdre, contre un simple religieux , un procès qui les déshonore. J'aurais une infinité de choses à vous dire de Grimm , de madame d'Épinay , de Saurin, du Baron, de Damilavilie, de M. de Saint-Geny, de Voltaire; mais je n'en ai ni le temps ni la place. Ce dernier vient de publier le Recueil des satires du jour , revu , corrigé et augmenté (2) ; je vous l'enverrai aussitôt que nous l'aurons. Je n'ai point encore vu mademoiselle Boileau. .Te rencontrai hier dans nos jardins M. l'Échevin , qui me dit qu'elle avait toujours été à la campagne. Mais si je continue , je finirai sans avoir dit que je vous aime. Le détail que je vous fais de mes instants prouve bien que je sens tout finterêt que vous prenez à moi ! mais il ne montre pas autant celui que je prends à vous. Chère amie , supposez-le tel qu'il vous plaira , et craignez encore de demeurer au-dessous de ce qu'il est. Adieu.