OBSERVATIONS
Chaque homme de troupe italien portera avec lui sa propre dota tion de cartouches (112), deux jours de vivres de réserve, le peti manteau, le bidon et la poche à pain. Pour chaque bataillon italien] marcheront derrière les troupes, groupés à la queue de chaque co] lonne, deux bêtes de somme avec le matériel sanitaire, et huit avec le, munitions de réserve. Tous les autres animaux des convois, ayant, e| outre de leurs conducteurs, une escorte formée d’un soldat par group.
de cinq animaux, un gradé par bataillon ou batterie, un officier suba)
terne par régiment d'infanterie, un capitaine pour tous les convoi (fourni par la 2e brigade d'infanterie), se réuniront à Entiscio. Ce convois porteront la ration de vivres touchée aujourd’hui pour demair
les trente cartouches pour chaque soldat touchées aujourd’hui au part les tentes, les couvertures et le reste du matériel non transporté pa les corps. Tous les convois, ainsi que la section des subsistances, le divers services d'étape et le pare d'artillerie, resteront à Entiscio, prêt à se mouvoir quand ils en recevront l'ordre du quartier général. I] seront protégés par une fraction du 7e régiment d'infanterie, qu arrivera ce soir de Mai Gabeta. Les brigades d'artillerie et les bataï lons indigènes prendront, pour leurs convois, des dispositions analo ‘gues à celles qui ont été prescrites pour les bataillons italiens. Per
sonne ne devra dépasser les pointes ni les flanqueurs des colonne,
Toutes les personnes arrêtées par les fractions du service de sûret seront envoyées, le plus tôt possible, au commandement. Le direc teur des services du génie prendra les mesures nécessaires pou prolonger la ligne télégraphique à la suite du quartier général et pou
mettre celui-ci, aussitôt que possible, en communication, par la télégraphie optique, avec les colonnes marchant latéralement ou en avant.
Les commandants des différentes colonnes devront envoyer fréquemment des renseignements au quartier général et aux colonnes voisines.
Le lieutenant-général,
O. BARATIERI!.
À cet ordre du jour était joint un croquis ou un graphique que nous reproduisons avec une scrupuleuse exactitude ?.
Nous avions donc comme objectif : Za position formée par les cols Chidane Meret et Rebbi Arienni, entre le mont Semaiata et le mont Esciascio ; nous avons parlé, cinq pages plus haut, de cette position, dont l’envers, vers Sauria, se dessine nettement à l'horizon. Cette position était indiquée, sur le croquis distribué aux généraux de brigade, de façon à exclure toute espèce de doute, car le col de Chidane Meret y est placé entre le mont Raio et le mont Semaiata. Et y eût-il même eu doute, que ce doute aurait dû être immédiatement dissipé par la connaissance de l’idée générale et de l'objectif donné aux colonnes de droite, avec lesquelles il fallait maintenir la liaison; or cet objectif devait être connu de tous, à la suite de l’ordre général.
Chaque nom {surtout dans les pays montagneux, barbares et peu peuplés) sert fréquemment, particulièrement en Éthiopie, à indiquer en même temps un cours d’eau, une montagne, un col, une gorge, une terre et une région. Avec une telle indétermination dans les noms {que nous rencontrons même quelquefois dans nos cartes d'Europe les plus soignées), il est possible que les officiers connaissant le pays et les paysans aient indiqué le col par le nom générique de la contrée; il est même possible qu'ils aient étendu le nom de Enda Chidane Meret au passage entre le mont Semaiata et le mont Raio ; mais en admettant même que le nom attribué à la localité fût erroné, la localité en elle-même était clairement indiquée, en premier lieu, par la position mar-
1. « On a mis à part une copie du croquis communiqué en même temps que l’ordre du jour aux commandants des brigades. »
2. Voir l’esquisse démonstrative de la région entre Sauria et Adoua, copie de l’esquisse originale donnée aux chefs de brigade avant la bataille, jointe à ce chapitre.
. 406 MÉMOIRES D'AFRIQUE quée entre le mont Semaïata et le mont Esciascio, puis par le croquis qui précisait la position, en la mettant au sud du mont Raio, et enfin par l’idée générale de la manœuvre.
Mais nous reviendrons encore sur ce sujet. |
À chaque colonne italienne fut affecté un détachement indigène qui devait être employé essentiellement au service de sûreté et à la liaison des colonnes. Par suite, on laissa à la colonne de droite le bataillon de milice mobile et la compagnie du chitet. (ensemble 1,168 fusils); ces indigènes étaient attachés à la brigade Dabormida depuis environ trois semaines. La colonne centrale reçut une compagnie du 5° bataillon (210 fusils). Le 3° bataillon indigène {1,150 fusils)! fut affecté à la colonne de réservé.
Le commandement, toujours préoccupé de maintenir la pos-
sibilité de correspondre rapidement avec les commandants des. brigades, prescrivit en outre que, comme cela s'était déjà fait, les commandants des brigades (Albertone et Dabormida), en quittant Sauria et Zala, emmèneraient avec eux le personnel et le matériel
de la télégraphie optique qui dépendait d’eux et qui était <mpnyA
dans les postes optiques des monts Sauria et Zala, comme c'est | indiqué dans le chapitre XXIX.
L'ordre précisait aux colonnes les trois routes à suivre jusque. sous la position; ces routes communiquaient si facilement entre elles, que, deux fois, pendant la marche de nuit, les colonnes non seulement marchèrent côte à côte, mais même se réunirent, ce qui les obligea réciproquement à ralentir leur marche. Les routes! étaient si peu éloignées les unes des autres que, pendant la marche, avant l'aube, je pus voir au moins une partie de chacune des quatre brigades.
L'éventualité d’une retraite n’était pas prévue ouvertement dans l’ordre (cela ne devait pas, ne pouvait pas être, selon l’esprit et la lettre du Règlement sur le service de la guerre)?. Mais l'indication de la ligne de retraite et de la position de rassemblement ressortait claire et précise, bien plus claire que n’auraient pu le faire concevoir toutes les indications contenues dans un ordre
1. Ce sont les chiffres approximatifs donnés par le Rapport officiel ; mais, autant qu'il m'en souvient, ces chiffres, comme ceux que je citerai plus loin, seraient un peu élevés ; toutefois je n’ai pas de documents à l'appui.
2. « Dans les Deltes pour le combat, on n'indique pas les dispositions prises pour une retraite éventuelle. » (1e partie, n° 20.)
quelconque pour une manœuvre semblable en Europe. À Sauria ét à Entiscio était notre base d'opération depuis seize jours; à Entiscio on avait rassemblé les convois, les vivres, les gardes, le parc, le service des étapes, les malades de la journée (comme lordre le dit explicitement). De la combe d’Entiscio et des hauteurs de Sauria, selon l'ordre du jour, devaient arriver au corps d'opération les vivres de réserve, les trente cartouches par soldat, les couvertures, etc. Des positions qu'occupait le corps d'opération, c’est-à-dire de Rebbi Arienni et de Chidane Meret, On arrivait sur les hauteurs qui protègent Entiscio, c'est-à-dire Sur Sauria, par les trois routes les moins difficiles; elles étaient connues, battues et prescrites dans l’ordre du jour. Sur les hauteurs de Sauria étaient restés des détachements de chaque corps, les tentes, les cuisines, les menus bagages, les retranchements,.… tout. Sur les hauteurs de Sauria s’étendait, comme il est dit dans l'ordre, la ligne télégraphique aboutissant au camp. Sauria était notre point de départ, notre pivot, notre base fortifiée. Il y avait une compagnie du 13° bataillon; il y avait 115 bersagliers; en tout — y compris la colonne, le parc d'artillerie et les conducteurs — il y avait 1,600 Italiens et peut-être 1,135 indigènes avec cinquante officiers. Tous les bataillons y étaient représentés. Qui aurait pu douter que la ligne de retraite ne füt vers les hauteurs de Sauria et vers la combe d'Entiscio, située en arrière, sur la seule position connue, sur celle position qui avait été fortifiée avec le concours de tous ?
Dans la journée, on avait envoyé par télégramme l’ordre au major Ameglio, qui était sur la crête du Mareb, de venir avec son bataillon et âvec les bandes du Seraé à Yeha [Jeha), le 1° mars au matin, dès l’aube, de façon à se trouver, avec environ 1,300 hommes, sur le flanc droit de la brigade Dabormida, au nord de Gundapta, sur la route du Bélésa. Mais, par suite d’une confusion de noms d’abord, puis ensuite à cause de l’interruption des communications télégraphiques, l’ordre ne fut pas compris, — et le major Ameglio arriva après l’action près du camp de Sauria.
Deux fois j'appelai les généraux à ma tente : une fois, le 28 au soir, à 5 heures (comme je l’ai raconté), pour avoir des renseignements sur les conditions des troupes, pour exposer la situation
et pour connaître leurs idées; l’autre fois, le 29 au soir, égale!
ment vers b heures, pour donner les ordres, les directives et les“.
explications nécessaires. En termes militaires, la première réu-
nion était une conférence, la seconde était un rapport.
Dans le rapport du 29, ayant à la main le croquis, — dont les.
quatre généraux avaient uné copie sous les yeux, — je complétai lès ordres par des instructions, en indiquant que deux réseaux de routes, ou mieux de sentiers, conduisaient de la position de Sau-
ria à la combe d’Adoua. Un de ces réseaux allait droit à l'ouest,
vers les monts Semaiata et Esciascio; l’autre réseau tournait au sud du massif du Semaiata, cette montagne constituant une bar! rière infranchissable. Nous étions certains que l’ennemi ne pourrait pas nous inquiéter de ce côté, c’est-à-dire au sud, puisque. les derniers explorateurs avaient trouvé le Faras Mai, Mai Ciao et Entsaz évacués par l’ennemi. À tout hasard, le général Alber= tone devait, avec les bandes, surveiller notre flanc gauche. De notre côté, avec le réseau direct de routes, nous avancions directement. Ces routes, jusqu’au versant de la position tournée vers nous, étaient connues de tous, et au dernier moment les informateurs affirmaient que la position entre le mont Semaiata et le mont Esciascio n’était même pas gardée et que les cols de Rebbi Arienni et de Chidane Meret — indiqués dans l’ordre et sur le croquis — étaient complètement évacués. Les nouvelles concernant le campement à Mariam Sciautu étaient confirmées. L'ordre fut lu en entier, et j'expliquai la façon d'occuper les deux cols simultanément en conservant la liaison des colonnes. Ces deux cols portaient, sur le croquis que nous avions sous les yeux, les noms de Chidane Méret et Rebbi Arienni. Par suite,
quel que fût leur nom, il ne semblait pas qu’il pût y avoir équi-
voque sur la localité effective.
Les trois colonnes devaient se mettre en marche, én même temps, par les trois routes. La réserve devait suivre une heuré après. Le général Albertone fit remarquer lui-même que, étant
donnée la rapidité de la marche des soldats indigènes, bien qu'iM
eût à garder le flanc gauche, il arriverait le premier à occuper le col de Chidane Meret, et que de là il pourrait faire une démons: tration contre le camp choan de Mariam Sciautu, ce qui faciliterait le déploiement de la brigade Dabormida. Mais je donnai l'ordre d'occuper les deux cols en méme temps, c’est-à-dire à l'aube:
Par suite, le général Albertone devait modérer la marche des indigènes et maintenir la liaison de sa brigade avec les colonnes Arimondi et Dabormida, de telle sorte que les deux colonnes pussent prendre position aux cols quelques minutes avant l’aube, c'est-à-dire à 5 heures un quart , et je fis régler toutes les montres sur la mienne.
Pendant ce temps, les guides du pays étant arrivés, j'ordonnai au capitaine Amenduni d'en envoyer un groupe de 5 ou 6 à chaque brigade, afin qu’ils pussent être employés aux avant-gardes.
Selon l'ordre, — donné après 6 heures du soir, pour que l’ennemi n’en fût point averti, — le mouvement commença à 9 heures du soir, ou quelques minutes après, pour les trois brigades Arimondi, Dabormida et Albertone; à 10 heures et demie la brigade Ellena se mit en marche à son tour.