‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 136 sur 156 · Rome: typographie de la maison d'édition italienne · texte numérisé non relu

Rome: typographie de la maison d'édition italienne

« J'étais chargé de faire une enquête, uniquement au point de vue technique militaire, sur les dispositions prises par le commandant du corps d'opération avant et pendant le combat du 1°" mars, de telle sorte que l’autorité judiciaire, chargée de l'enquête, pût y trouver des éléments d'appréciation pour déterminer les responsabilités qui peuvent peser sur le commandant en chef du susdit corps d'opération. »

Meret du croquis, sur lequel elle aurait dû prendre position vers 5 heures un quart, chercher le contact avec la droite et rester, en attendant des ordres; mais il est clair, d’après ce qui est arrivé, que le général Albertone commit une grave erreur, parce que, après avoir repris la marche, il arriva à l'aube devant les pentes d’Abba Garima, dans la localité qu’il considérait peutêtre comme le véritable Chidane Meret, tandis que le 1° bataillon indigène {major Turitto), qui était en avant-garde, se trouvait à son tour poussé plus en avant à 2 ou 3 kilomètres de distance et complètement séparé du gros... »

Le colonel Corticelli dit ailleurs : « Étant donnée la façon. dont s’est développée l’action du 1* mars, on ne peut pas faire remonter au gouverneur la responsabilité de ce qui est arrivé à la colonne indigène. L’équivoque probable de nom, au sujet du col de Chidane Meret, n’excuse pas l'erreur commise, par cette, brigade, d’avoir marché d’une façon si inconsidérée sur Abba Garima et de s’être jetée avant tant d’impétuosité sur le camp choan, à l'insu du commandant en chef. Une telle erreur n’est que trop évidente pour tous ceux qui savent que la première position à occuper était le mont Esciascio, le mont Raio et le mont Semaiata, position parfaitement bien indiquée sur le craquis et sur le terrain. D'autre part, la colonne Albertone, en perdant tout contact avec sa droite, et en ne faisant rien pour le retrouver, même pas une fois le jour arrivé, prouve que son chef comprenait sa mission d’une façon tout à fait spéciale, complètement indépendante de l’action et du commandement du. général Baratierit. » |

D'après le rapport du major Cossu, commandant du 6° bataillon indigène (cité par l'Enquéte technique militaire du colonel Corti-w celli}, le général Albertone, après le rapport « du 29, aurait parlé: d'une attaque à faire à l'aube sur Chidane Meret et au delà, nous“ donnant la conviction qu'il fallait franchement chercher l’ennemi pour l’attaquer. » Or, ainsi que tout le prouve, je ne parlai point

1. Le général Afan de Rivera, parlant au nom du ministère présidé par le marquis di Rudini, dans une déclaration explicite faite à la Chambre au mois de juin 1897, — après tant d’écrits, de publications, d'enquêtes et de polémiques, après une enquête toute spéciale sur le compte des généraux. Ellena et Albertone et du colonel Valenzano, — considère qu’au point de vue: du gouvernement, le rapport technique du colonel Corticelli a complète, ment réglé la question.

d'attaque sur le col Chidane Meret et au delà, mais au contraire de l’occupation simultanée de localités évacuées par l’ennemi. Et, comme le démontrent les dépositions faites par le colonel Valenzano devant le tribunal d’Asmara (audience du 6 juin), je recommandai au commandant des indigènes d’aller prudemment, et surtout de ne pas s’avancer trop loin; je lui ordonnai formellement de régler sa marche de façon que l'occupation des deux cols fût simultânée. De son côté, le président du tribunal ajouta, à cette occasion, comme une chose évidente et indiscutable, que l'ordre du jour prescrivait la simultanéité des occupations.

D’après le Rapport officiel, la brigade Albertone, continuant rapidement sa marche vers le col de Chidane Meret, y arrivait vers 3 heures et demie ou 3 heures trois quarts, et s’y arrêtait pendant une heure environ. Entre 4 heures et 4 heures et demie, elle reprenait sa marche vers Enda Chidane Meret, en se faisant précéder par le 1° bataillon, en avant-garde; ce bataillon était chargé d'occuper le col entre Amba Scelloda et Abba Garima, en attendant le gros de la brigade.

« La formation de marche du gros était la suivante :

« 1° compagnie du 6° bataillon indigène et bandes de l’Oculé Cusai ;

« 1'e batterie indigène et une section de la 2° batterie;

« 3° compagnie du 6° bataillon indigène et une du 7°;

« 3° et 4° batteries (italiennes) de montagne; trois compagnies des 7° et 8° bataillons indigènes.

« Le 1° bataillon indigène, commandé par le major Turitto, arrivait au col d'Enda Chidane Meret vers 5 heures et demie, et, au lieu de s'arréter, il se lançait contre les avant-postes choans qui se trouvaient peut-être à un kilomètre ou deux au delà du col. L'alarme était ainsi donnée dans le camp ennemi, qui en peu de temps se levait tout entier, prenait les armes, et une masse, évaluée à 5,000 ou 6,000 Choans, s’avançait contre le 1° bataillon indigène (6 heures ou 6 heures et demie). Celui-ci, en reculant peu à peu, parvenait à résister pendant plus d’une heure, mais ensuite il était repoussé et contraint de repasser l’ensellement d'Enda Chidane Meret, poursuivi par lnnemi qui était sur ses talons.

« Pendant ce temps, le gros de la brigade arrivait dans la combe qui se trouve en avant d'Amba Scelloda-Abba Garima. Le général Albertone, surpris de ne pas voir en position le 1°* bataillon,

envoyait à sa recherche. En attendant, il faisait masser les troupes et envoyait une partie du 6° bataillon vers la droite, sur les hauteurs d'Adi Vecci, pour se relier avec la brigade Dabormida, qu’il pensait ne pas devoir tarder à arriver de ce côté. »

Le major Cossu, dans son Rapport officiel, écrit que le général Albertone, « ne voyant pas le 1° bataillon occuper, comme il disait en avoir donné l’ordre, le col formé par le mont Scelloda et Abba Garima, où passe la route qui va à Adoua, s’en montra extraordinairement contrarié et envoya immédiatement le capitaine Bassi à la recherche de ce bataillon ».

Le capitaine Spreafico, à son tour, dit ceci : « Il était 6 heures. et demie, et le 1° bataillon indigène qui formait l'avant-garde, au lieu d'occuper fortement le col entre Scelloda et Abba Garima, où notre marche trop rapide nous avait portés (ez nous séparant des autres brigades blanches, qui n'auraient pu nous rejoindre que beaucoup plus tard), s’avança vers Adoua et se heurta aux avantpostes choans ; ceux-ci attaquèrent et repoussèrent avec énergie le trop téméraire assaillant, qui précédait la brigade de plus d'une heure de marche. » |

Répondant aux questions qui lui avaient été posées par l’avocat fiscal, le capitaine Spreafico écrivait ceci, le 16 avril, de Cassala : « Notre brigade, évidemment trop entraînée par le 1% bataillon, s’avança trop loin; car elle se porta jusqu’au versant est d'Abba Garima, l'avant-garde ayant dépassé le col situé entre Abba Garima et le mont Scellodat. »

Le major Cossu, répondant aux mêmes questions, écrivait, le 29 mars, de l’Asmara : « Je fus appelé au rapport en même temps que les autres commandants de bataillon, le 29 février à 6 heures du soir, par le général Albertone, qui nous dit : « Dans trois « heures nous partons pour aller attaquer, dès l’aube, l'ennemi à « Chidane Meret et au delà. Nous aurons à notre droite la « brigade Arimondi {colonne centrale), à droite de celle-ci la bri- « gade Dabormida, et en réserve la brigade Ellena. »

« Arrivés à hauteur du point où la brigade indigène combaïtit ensuite (j'étais avec le général à la tête du gros), comme le bataïl= lon d'avant-garde (1° bataillon, major Turitto) ne s’y trouvait pas, le général Albertone fit preuve d’une irritation nerveuse, et

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