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CHAPITRE VI

HALAI ET ADOUA

Les bandes, — Batha Agos et l’Oculé Cusai. — La révolte éclate (15 décembre 1894); elle est étouffée à Halai (18 décembre). — Mort de Batha. — Menaces des Tigrins. — Ultimatum de l'Erythrée (17 décembre). — Marche sur tous (27 et 28 décembre). — Négociations.

Dans l’organisation militaire de la colonie, mon intention, comme je l'ai dit ailleurs et comme le démontrent mes lettres.et mes actes, était de remplacer l'élément irrégulier par l'élément régulier. Mais il fallait procéder avec prudence, pour ne pas. heurter les habitudes et les droits acquis, pour ne pas perdre ou jeter dans les bras de l'ennemi des éléments connaissant Le pays etintéressés à sa défense, pour ne pas diminuer les effectifs, déjà si faibles, des forces coloniales, enfin pour ne pas dépasser les limites si restreintes des dépenses.

Je profitai cependant de toutes les circonstances pour diminuer les bandes, c’est-à-dire les soldats des tribus armées de l'Érythrée, et pour les fractionner. Je commençai par supprimer les bandes mobiles, véritables compagnies d'aventure, et je conservai les bandes régionales, parce qu’elles étaient attachées aux localités, par leurs familles et leurs biens. Puis, en juin 1893, le moment me sembla venu de diminuer ces dernières et de me débarrasser des plus importantes; et, de fait, la grosse bande du degiac* Sabatu de l’Hamasen fut licenciée, en même temps que plusieurs autres bandes plus faibles.

1. Degiac ou degiacmac, c’est le commandant de l’aile gauche de l’armée, comme guerasmac c’est le commandant de l'aile droite; fitaurari, le commandant de l'avant-garde; cagnasmac, le commandant de l’arrière-garde. Mais

Le même sort était réservé à la bande commandée par le degiac Batha Agos, de l’Oculé Cusai, surveillée par le lieutenant Sanguinetti, résident à Saganeiti; 1l va sans dire que l’on devait prendre toutes les précautions indispensables pour éviter les inconvénients possibles. Mais je fus appelé entre temps (septembre 1893) en Italie, et, pendant mon absence, les Derviches s’avancèrent contre Agordat.

Alors le colonel Arimondi, vice-gouverneur, en décembre 1893, appela à la rescousse toutes les forces disponibles. Il appela, par suite, la bande la plus forte et la mieux commandée de l'Oculé Cusai, et celle-ci arriva à Agordat. De même, lorsque, en février 1894, pour faire face aux menaces des Derviches, je formai le camp d'instruction de Chéren, le degiac Batha y fut appelé avec ses soldats. « Il parut alors plein d’ardeur et de bonne volonté pour combattre les infidèles et pour prendre part à nos manœuvres!. »

Pendant les événements qui suivirent, 1l fallait conserver précieusement d'accord toutes les forces susceptibles de faire face aux Derviches et de marcher contre Cassala. Il aurait donc été imprudent de désarmer des soldats, pour créer un foyer de mécontentement et de désordre. « Le camp de Chéren? ayant été supprimé, parce que l'attaque projetée par le khalife, contre la colonie, était évidemment renvoyée à Juin ou à octobre, et voyant dans l'entrevue d'Adis Abeba, entre Mangascia et Ménélick, un danger d'avoir sur les bras, en automne, à la fois les Derviches et les Abyssiniens, j'avais préparé l’expédition de Cassala, dans le but de

détruire la base d'opérations du mahdisme et d'en imposer, par une brillante action militaire, à l'imagination des Abyssiniens. »

« Ce n’était certainement pas le moment de mettre en appli-

cation le plan d'organisation générale, car on aurait privé immétdiatement la colonie d’un grand nombre de soldats vaillants, surtout contre les Derviches. Une semblable mesure ne pouvait ‘être prise que dans une période de tranquillité absolue. Du reste, personne ne doutait de Batha, non à cause de sa fidélité, mais à cause de l'intérêt qui liait sa cause à la nôtre. »

ces dénominations sont aussi des titres que le negus neghesti et les chefs féo-

“daux d'ordre supérieur donnent aux divers chefs et même aux dignitaires de |

l'Éthiopie.

1. Lettre de l’Asmara, 22 décembre 1894, n° 2650, publiée dans le livre vert, XIII bis, n° 11.

IN 2. Février 1894, Voir le chap. II.

À propos de Batha, je n'avais jamais fermé l'œil sur lui. Et dès 1892, peu de temps après que l’on ait eul’intention d’en faire un prince autonome, en lui donnant la souveraineté sur tout le Seraé et l'Oculé Cusai, j’écrivais ceci au ministère : « Bien que le chef de l’Oculé Cusai mérite notre confiance, surtout parce que son intérêt le lie évidemment au gouvernement de l'Érythrée, il est cependant nécessaire de se rappeler que les surprises sont fréquentes, en Abyssinie, et que les ambitions sont démesurées ; il faut donc exercer la plus grande surveillance *. »

Mais la trahison et la révolte avaient été préparées, dans le Choa, avec une finesse tout abyssinienne. L’ingénieur Capucci soupçonna ce qui se tramait, et je mis en garde le lieutenant Sanguinetti, résident dans l'Oculé Gusai. « Batha Agos est un homme faux, par nature; il suflit de le regarder en face pour s’en rendre compte. Il est patient et avisé, mais il a vu tant de révolutions en Abyssinie, qu'il peut chercher à préparer le terrain pour l'avenir, en prévoyant pour lui la possibilité de tomber en, disgrâce, ou simplement d’être désarmé, comme c'est arrivé à tant d’autres ?. »

J'avais déjà manifesté l'intention (commencement de décembre. 1894) d'appeler à Chéren les bandes de l'Oculé Cusai, en prévision d’une invasion possible des mahdistes. Le degiac Batha voulut prévenir cette concentration, car les guerriers de l'Oculé Gusaï étant entrés dans le cercle d’action contre les infidèles, auraient échappé à son pouvoir. Il voulut profiter de l'attaque des Dervi= ches, que tout le monde en décembre considérait comme imminente; il voulut encore profiter de mon absence de Massaoua et del’Asmara pour mettre à exécution son projet, avec cet avantage que l'appel aux armes, dans l’Oculé Cusai, pouvait sembler des tiné à assurer la défense du pays, et être fait au nom du gouver: nement italien.

Il paraît certain qu'entre lui et Tesfai Antalo, ami de Ménélick, nommé, par Mangascia, chef de l’Agamé, il ÿ ait eu une entente secrète. C’est ce qui explique le rassemblement des soldats de l’'Agamé à Adigrat. Il avait dû également se tramer quelque chose entre lui etras Mangascia, car ce dernier, au milieu de ses hésis

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