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Coaff. Senafe
Ch. VIT
Il est inutile de refaire ici le récit détaillé des événements, car on peut le lire dans le rapport officiel. Je n'ai point l'intention d'évoquer des épisodes glorieux pour notre armée coloniale; tout le monde a rivalisé de fidélité, de confiance et de discipline; tout le monde était inspiré par l'esprit d'union et de sacrifice qui élevait les cœurs et faisait converger les efforts vers le but commun. C'est la suggestion de l’héroïsme qui crée la victoire, comme la suggestion opposée crée la défaite,
Pendant la journée, les Tigrins et les rebelles, enhardis par notre petit nombre et par notre mouvement de recul, poussés par le manque d’eau, attirés par l’abondance de grain qu'ils savaient être réuni dans les tuculs de Coatit et excités par les chefs rebelles, se lancèrent plusieurs fois à l'attaque avec une bravoure tout abyssinienne; ils se précipitèrent même jusque sous la bouche de nos fusils, échangeant d’une voix vibrante, avec nos ascaris, les défis les plus étranges et les plus audacieux, pendant que, çà et là, l'incendie dévorait les maquis desséchés. Les balles tombaient dans le village et ne nous causaient que des pertes insignifiantes; quant à nos soldats, il leur était rigoureusement prescrit de ne tirer qu’à coup sûr.
La nuit fut une veillée des armes, dans le sens le plus martial du mot; mais il n’y eut aucune alarme, tant était grande la vigilance.
Les deux camps se gardaient en demi-cercle. Le nôtre était convexe, celui de l'ennemi concave. Le 14, dès l’aube, il semblait que l'ennemi, profitant de sa grande supériorité numérique, voulût tenter une attaque enveloppante. Nous étions prêts, dans une bonne position, bien reliés les uns aux autres, nos flancs appuyés, notre ligne de retraite abritée; nous avions assez de munitions, malgré une journée entière de combat, et nous avions pleine confiance dans le résultat final.
… Le feu de l'ennemi était trop désordonné et trop intense pour indiquer les préparatifs d’un mouvement énergique. Mangascia OCCupait, avec des forces nombreuses, la hauteur située au nord deCoatit, jusqu'à Adi Uofertit; sur la route de Gura, il avait barré par des petits murs les sentiers qui conduisaient vers nous. De notre côté, pour prendre l'offensive, il nous aurait fallu descendre dans une étroite vallée et remonter ensuite une
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hauteur escarpée tout encombrée de pierres et de racines. L'ennemi nous aurait attendus à couvert et il aurait attaqué nos ailes pendant notre marche en avant. En tout cas, et au milieu des circonstances de cette journée, l'offensive nous aurait coûté beaucoup de sang, et nous avions déjà perdu le dixième de notre effectif. Il n’était pas possible non plus d’évacuer immédiatement nos blessés, de Coatit, qui se trouvait être le centre du combat. Dans la journée, nous devions recevoir d’Adi Ugri, par Ragahit, une caravane de munitions, alors que toutes les informations nous disaient que l’ennemi avait subi des pertes importantes, quil manquait d’eau, de munitions et de vivres, et que son moral était déprimé. Le negarit (tambour de bataille) continuait à battre; de temps en temps, on signalait quelque mouvement ou on recevait quelque décharge. Plusieurs pointes audacieuses furent vainement tentées par Mangascia, qui voulait s'emparer de l’eau de Coatit.
Mais, bien que la journée du 14 janvier nous fût favorable et nuisît à l'ennemi, il fallait cependant sortir d’une situation qui, en se prolongeant, pouvait devenir dangereuse. J’étudiai donc le problème de l'attaque : dès que la caravane fut arrivée, je fis distribuer les munitions, et, ayant été informé des conditions défavo rables dans lesquelles se trouvait Mangascia, qui faisait demander la paix, je pris toutes les dispositions nécessaires pour pouvoir, à l’aube du lendemain (15), prononcer notre action offensive. Sur ces entrefaites, arrivait un messager d'Agos Tafari nous appor- | tant la promesse que celui-ci attaquerait les Tigrins pendant leur, retraite. |
La journée qui se terminait fut saluée, au coucher du soleil par une vive fusillade des Tigrins. Pendant ce temps, auprès du grand sycomore qui se trouve près du cimetière de la petite église | de Coatit, à portée des fusils de l'ennemi, nous rendions les bond neurs de la guerre aux hommes qui étaient tombés pendant le
combat. !
Pendant la nuit, j'eus d’abord des indices, puis ensuite la nou= velle de la retraite de Mangascia. Avant l’aube, selon les ordres! donnés, les troupes étaient prêtes pour l'attaque. Mais, au lieu de} l'attaque, ce fut la poursuite qui eut lieu. |
Nous suivimes immédiatement les traces de l’ennemi, d’abord | par la plaine d’Auei et par Adi Auei, puis par Ascéra, Contotafé et,
Intô, en ayant en avant-garde le bataillon Toselli'. Pour laisser les hommes respirer et se rafraîchir, je leur donnai une heure de repos, vers onze heures, à Mai Tzadé, puis une autre heure à Toconda. L’ennemi avait abandonné ce point peu auparavant, bien que la hauteur sur laquelle s'élève Toconda se prêtât à une défense prolongée, bien qu’on y trouvât l’eau et les vivres nécessaires à un gros corps de troupe, bien que cette position barrât la route de Sénafé. J’ordonnai de continuer sur Sénafé, où je devais certainement trouver Mangascia. Il importait, par-dessus tout, de ne lui laisser aucune trêve et de terminer la poursuite par la défaite de l'ennemi.
Je croyais trouver de la résistance au passage difficile du col de Cascassé; mais tout était évacué. Sur la route qui s’était élargie sous le passage de ces masses de fuyards, on trouvait des branches brisées, des lambeaux de vêtements, des ustensiles et des armes ; on voyait aussi quelques blessés ou quelques hommes épuisés qui avaient été abandonnés, malgré l'habitude toujours scrupuleusement suivie de ne laisser aucun homme en arrière.
Nous continuons notre route, sous un soleil ardent, jusqu'à
Amba Tarica; cette amba s'élève, en forme de cône, devant la combe de Sénafé et en garde les approches. L’avant-garde signale l'ennemi et s'arrête. Il est environ quatre heures et demie de l'après-midi. J’ordonne au gros de serrer sur la tête, près de l'obélisque Axumita, car la colonne s'était beaucoup allongée à cause de la rapidité de la marche et à cause de la chaleur. Mais les figures blanches (sans doute des vedettes des Tigrins) qui se ltrouvaient sur le col boisé que traverse la route disparaissent | vite en criant. Nous continuons notre marche jusqu’au sommet du col de Sénafé, où l'avant-garde prend une position de combat. | | Le vaste camp du ras s’étendait bien visible le long des bords du torrent Aghir, dans la vaste combe. On plantait les tentes, et déjà celles des chefs étaient dressées. Une masse d'hommes s’agitaient dans un vaste cercle, comme dans une fourmilière; ils |Sétendaient vers les monts granitiques et nus qui ferment la | vallée. Le negarit commençait à battre, sans doute pour ordonner le rassemblement. L’alarme venait d’être donnée par les fuyards d'Amba Tarica, et le soleil, en se couchant derrière les hautes