Voir la carte ci-jointe Coatit-Sénafé
ne
aiguilles des montagnes, nous permettait de voir les guerriers qui semblaient se rassembler pour combattre.
Je fis aussitôt avancer la batterie au col de Sénafé, et, après avoir estimé, à 2,600 mètres, la distance entre nous et la tente de ras Mangascia, je fis ouvrir le feu en la prenant comme but. Avec une rapidité incroyable, après tant de fatigues et une si longue marche, les compagnies se rangèrent, prêtes à combattre. De leur côté, les guerriers abyssiniens se rassemblaient en foule, en dehors du camp de Mangascia. Des coups de fusil, tirés en l’air pour s’exciter au combat, s’entendaient au milieu des battements furieux des negarits. Un épais brouillard, comme d'habitude au coucher du soleil, montait à ces altitudes (Sénafé, 2,310 m.; Amba Tarica, 2,758; le col de Sénafé, environ 2,500); il enveloppait tout, ouvrant seulement, de temps en temps, son voile épais. Aussitôt après le coucher du soleil, la nuit arrivait; pendant ce temps-là, deux compagnies du 3° bataillon, le peloton de cavalerie et les bandes descendaient pour explorer le terrain.
Les ténèbres et la descente dans la vallée de tout le corps d'opération pour combattre auraient diminué ou fait disparaître les avantages que nous donnaient notre armement, notre discipline et notre cohésion, et auraient rendu prépondérants les avantages que tirait l'ennemi de sa supériorité numérique, de sa connaissance du terrain et de la position dominante qu’il occupait dans la combe. Mais l’ennemi, profitant des ténèbres et des larges vallées qui s'ouvrent vers le sud, dans la direction d’Adigrat, s'était déjà dispersé et avait pris la fuite. Pendant la nuit, nos bandes envahirent son camp, sans rencontrer la moindre résistance. J'y entrai le lendemain matin, avec tout le corps d’opération. Nos soldats, avec l’ardent enthousiasme africain, regardaient le camp que venait d'abandonner, avec ses impedimenta rudimentaires et. en donnant tous les signes de la terreur, l’armée puissante, quatre ou cinq fois plus nombreuse, qui, les Jours précédents, nous avait disputé la victoire avec tant de ténacité. |
La tente du ras était traversée par un, peut-être par deux coups de canon; autour d’elle gisaient plusieurs cadavres. Dix-sept re-| garits étaient jetés là tout autour, et avec eux il y avait des sabres,. des fusils, des trompettes, des lances et des boucliers des pro, venances les plus diverses. Dans la tente tout indiquait la préci-| pitation de la fuite. On trouvait épars çà et là Les objets les plus|
variés et les plus étranges, servant aux usages domestiques européens et éthiopiens, et, au milieu de tout cela, une cassette contenant la correspondance du ras.
Dans les journées du 13 et du 14 janvier, nous avions perdu 3 officiers, 2 sous-officiers européens et 90 ascaris tués. Nos blessés étaient 2 officiers, 2 sous-officiers européens et 217 ascaris.
Pour donner une preuve lumineuse de la discipline de nos troupes, je rappellerai qu’en ces deux journées, où l’action a été particulièrement chaude et sanglante, nos 3,685 fusils n’ont brûlé que 153.725 cartouches.
Les papiers trouvés à Sénafé nous ont montré que l’armée battue à Coatit comptait, en chiffres ronds, 12,000 hommes armés de fusils et 7,000 armés de lances. Les pertes de ras Mangascia ont été évaluées à environ 1,500 morts et au double de blessés. C’est un compte approximatif.
. Les dépenses de l’Érythrée pour la campagne, depuis l’insurrection de Batha Agos jusqu’à la débandade de Sénafé (15 décembre-15 janvier), atteignirent à peine un demi-million!.
Les quatre compagnies de milice mobile déployèrent la même bravoure que les compagnies permanentes.
Pendant toute cette période critique, où nous eûmes l’insurrection à l'intérieur, la guerre au dehors et à l’intérieur de nos frontières, vers le sud, ainsi que des menaces vers l’ouest, pendant toute cette période, dis-je, l’ordre public dans la colonie ne fut jamais troublé. Et, au milieu de tant de mouvements différents, l'on n'eut à déplorer, pendant un mois de campagne, que trois ou quatre désertions sur tant de milliers d'hommes, appelés, pour la plupart, à combattre contre des parents et des coreligionnaires.
1. Tous les chiffres que résument les comptes rendus sont détaillés dans les annexes virr, 1x et x de mon rapport, pages 65, 66 et 67 du livre vert, XIII bis,
je.