‹ Mémoires d'Afrique, 1892-1896Chapitre 4 sur 156 · PRÉFACE XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIII

naire, mais soldat, a obéi à une politique dont il ne méconnaissait pas les dangers. Depuis plus de trois ans, depuis le 1% mars 1896, acquitté par le tribunal militaire qui, de son propre mouvement. et contrairement à la loi, se constitua en conseil de discipline pour émettre un blâme, le général supporte avec dignité le poids d’une responsabilité dont il a raison de vouloir se décharger aujourd’hui.

Quand :1l écrit, c’est encofe à la patrie qu’il songe. Son dernier mot est pour elle. « J'ai, dit-il, sacrifié pour la patrie tous les biens de la vie, jusqu’à la réputation que j'avais acquise en travaillant et en combattant pour elle. »

M. le général Turr m'a présenté, un jour, le général Baratieri, et j'ai vu un homme attristé, d’une mélancolie touchante, parlant de lui-même et des autres avec un apaisement singulier, sans récriminations, adorant cette chère patrie qui l'accable, parlant de ses soldats avec des larmes; — je l'ai écouté et j'ai lu son livre. La fortune n’est pas toujours la servante des braves gens. J’ai été ému par ce vaincu qui méritait la victoire, et qui, l’ayant obtenue, à Kassala et ailleurs, était digne de la garder.

Ah! dans sa solitude d’Arco, quels amers retours il doit faire sur les infidélités de la gloire, quand il se revoit battant les Derviches et délivrant, avec une joie de soldat de la civilisation, leurs captifs chargés de chaines! Mais non, il n’est pas amer, il est résigné. Il est tel qu’on le rencontrera dans ce livre : sincère et tristement pensif.

On n’a pas contesté la véracité de ces Mémoires, aucun point n’a été mis en doute, sauf quelques très légères erreurs - que le général a corrigées dans l'édition française. Ce n’est pas seulement, je le répète, l'Italie qu’intéresse la confession de bonne foi du général Baratieri, c’est aussi la France, et l’excellente traduction que je viens de lire arrive, on

peut bien le dire, à l'heure voulue. On verra dans ces

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