Livre vert, xxrix bës, n
nous envelopper; ou bien encore, en devenant toujours plus nombreux, ils auraient continué leur retraite vers les localités de lPintérieur, de plus en plus hors de portée de nos attaques, et ils n'auraient laissé que le désert le long de notre route. »
Puis, dans une lettre particulière adressée, à la même date (4 novembre), au baron Blanc, ministre des affaires étrangères, je crus devoir rappeler la campagne des Anglais de 1867 et 1868. Dans cette campagne, un corps composé de 10,000 à 11,000 hommes, tant Européens qu'Indiens, pour arriver à Magdala, dut employer 26,214 porteurs et 50,000 bêtes de somme de différentes espèces, Jusqu'à des éléphants. L'expédition, préparée avec Le plus grand soin, l’année précédente, eut lieu de janvier à avril; elle ne livra que deux combats, dans lesquels les Anglais n’éprouvèrent que des pertes insignifiantes, contre un ennemi à ce moment-là mal armé, et n'ayant pas un effectif supérieur à 6,000 ou 7,000 hommes. Après avoir pris Magdala, lord Napier avait cru devoir l’'évacuer immédiatement pour se replier sur Zula. Et pourtant Magdala était bien moins loin que les objectifs que nous aurions dû atteindre dans une marche à fond contre le Choa.
Comme sentinelle avancée de notre défense à Adigrat, on choisit la petite hauteur de Enda Jésus, près de Macallé!. Selon les “instructions, elle devait servir de château fort ou de forteresse à une petite garnison, destinée simplement à observer et à veiller. On préféra la position de Macallé (Enda Jésus) à une autre dans les montagnes d’Antalo, soit parce que Macallé, étant plus en arrière, a des communications meilleures et plus rapides avec Adoua et Adigrat, et par suite rend plus facile et plus prompte une marche en retraite à travers les montagnes; soit parce que Enda Jésus fut reconnu comme un point convenant bien à la construction d’un petit fort; soit enfin parce que de Macallé partent (vers le Tacazzé d'un côté et vers le territoire des Dancalis de l’autre) plusieurs routes qui gardent, de flanc et à courte distance, l'artère de communication indiquée par la route anglaise. Et puis, « le nom de Macallé, où régnait le roi Jean avec tout le faste possible à un roi d'Éthiopie, d’où sont parties, depuis Dogali,
1. Voir, à la fin du volume, notre carte générale de la colonie de l’Erythrée à l'échelle 1/1,000,000 et notre carte spéciale de Macallé à l'échelle de 1/100,000, chapitre XXII.
les attaques contre la colonie de l’Erythrée, exerçait une fascis
nation qu'il ne fallait pas négliger sur un peuple doué d'imagis
nation; d'autre part, le combe populeuse et riche offrait des res= sources importantes pour une troupe d'occupation et les enlevait à l'ennemi! »
Macallé (Enda Jésus) est à environ 115 kilomètres d'Adigrat, à 120 kilomètres d'Adoua, et à 74 kilomètres d’'Amba Alagï.
J'étais encore à Antalo quand, de Zeila, arriva la nouvelle ques la foudre avait paralysé la langue du regus Ménélick. La forme de la nouvelle était trop abyssinienne et méritait d'autant moins. d’être crue qu’elle n’avait point été confirmée par la voie directe du Choa. Toutefois, je la télégraphiai au ministère comme un bruit ayant cours, dans deux télégrammes datés, l’un d’Antalo et l’autre de Macallé?. En Europe cette nouvelle se répandit avec toutes les apparences de la vérité. Déjà le ministère comptait en, profiter, pour ouvrir des négociations avec Maconnen et les autres prétendants à la succession du roi des rois. Cet espoir s’étant évanoui, le ministère, malgré mes instances répétées, ne donna plus signe de vie, et ne répondit ni aux questions politi=« ques ni aux questions militaires, pas même quand {le 9 novem= bre) le docteur Nerazzini télégraphiait ceci : « Ménélick est parti au milieu d'octobre; pour le Tigré, avec une armée nombreuse accompagné de Maconnen. Les troupes de Maconnen sont cam= pées entre Harar et Auasce, en observation. Cette nouvelle est sérieusement confirmée #. »
1. Les motifs sont exposés, en détail, dans ma lettre du # novembre, aux mi-. nistres de la guerre et des affaires étrangères, n° 132 du livre vert, xxIII Dis 2. Télégrammes au ministre des affaires étrangères, page 108 du livre vert, xxII1 bis, n° 121 et 122. > 3. Le docteur Nerazzini au gouverneur de l'Érythrée et au ministre des affaires étrangères, livre vert, xxir1 bis, n° 135.