Livre vert, xxrit bus
condenser dans un adjectif un programme pacifique, tenait essentiellement à ces mots : gouvernement civil. On espéra remé= dier à l'inconvénient signalé, en donnant, par un décret royal, le. droit au gouverneur de prendre le commandement des troupess et l’on fut pleinement satisfait, en considérant que le gouverneur était et serait — par la hiérarchie ou par l’ancienneté — un officier supérieur au commandant des troupes, ce dernier devant obéir, avec toute la subordination imposée par la discipline militaire 4
Au nom du ministère, j'avais offert moi-même ces fonctions au lieutenant-colonel Arimondi, que j'avais connu en Afrique pendant la campagne 1887-88. Il accepta les fonctions de com” mandant des troupes de la colonie, avec enthousiasme, et à n'importe quelles conditions. Les relations les plus franches et les plus cordiales unissaient les deux plus hautes autorités de colonie. |
Tout alla très bien pendant les premières années, alors que, absorbé par le souci de la paix à l’extérieur et des questions mul* tiples de l’organisation intérieure, je laissais au commandant des troupes toute latitude pour la discipline, pour l'instruction el pour l'administration, qui, à ce moment-là, dépendait plus directement du ministère de la guerre. |
Mais on ne peut violer impunément les principes fondamentaux | sur lesquels doit être basée l’autorité, dans une colonie, ni semer le germe de la division là où il est nécessaire que la concorde soit florissante, là où la discipline doit régner en souveraine. On n€ | peut pas, non plus, avec des palliatifs, souvent plus dangereux que le mal, prévenir ou corriger les conséquences d’une institus tion contraire aux sentiments du cœur humain et à la hiérarchie | militaire. Et il n’est pas sage de compter sur l’esprit d’abnéga= üon ni sur les relations individuelles, quand est tendu le ressort puissant de l'ambition et de l’action individuelle. |
1. Article unique : « Le colonel d'infanterie commandeur Oreste Bara tieri, gouverneur civil de l’Érythrée, a le droit de prendre le commandement | suprème des forces de terre et de mer de la colonie, toutes les fois qu 2 | croira la chose nécessaire, |
« Dans ce cas, le commandant des troupes aura, par rapport au Fe | Baratieri, la situation de chef d’état- -major. |
« Fait à Rome, le 10 mars 1892, 1
« Signe : UMBERTO.
« Contresigné : PELLOUX. » |
Néanmoins, tout alla si bien et l’accord fut si complet que le colonel Arimondi, après deux années d’expérience, le lendemain de Sa victoire d’Agordat, avec une grande abnégation, demanda spontanément et obtint d’être maintenu dans ses fonctions (février 1894), bien que sa nomination au grade de général l’eût fait l’égal du gouverneur. Cependant son nouveau grade {d’après les tableaux que j'avais proposés, d'accord avec lui, et que le ministère avait acceptés) était supérieur à l’emploi'. Nous nous asseyions à la même table, nous faisions vie commune, nous traitions journellement, dans mon bureau, les affaires politiques et militaires, et chacun s’efforçait de faciliter à l’autre sa difficile mission, dans le cercle de son autorité respective.
Mais vint l'expédition de Cassala, vint l'administration avec un budget unique dépendant du ministère des affaires étrangères.
L'expédition fut commencée et conduite, d’un plein accord, avec le général Arimondi?, qui, à ce moment-là, se montra content et satisfait de sa position de commandant en second et de la mission qu'il eut ensuite d'activer la construction du fort, d’organiser la défense du territoire à l'extrême frontière occidentale, et de protéger dans les premiers temps la garnison de Cassala (juillet 1894) ÿ.
Après l’entreprise de Cassala, le général Arimondi alla en congé en Europe, et il témoigna le désir de ne plus retourner à son poste, en Afrique, au ministre de la guerre, général Mocenni, au chef d'état-major général, général Primerano, et au
“président du conseil, M. Crispi. Il m'écrivit, à ce propos {fin octobre 1894), en m'annonçant que très probablement il ne retournerait pas en Afrique. Je lui avais, du reste, fait observer que, le gouverneur étant devenu entièrement responsable du budget militaire, vis-à-vis du ministre des affaires étrangères, je devrais occuper des questions administratives militaires plus directement que par le passé.
1. Les tableaux pour les troupes d'Afrique assignaient au commandant des troupes le grade de lieutenant-colonel ou de colonel, aussi bien ceux arrêtés par le ministre Pelloux en 1891 que ceux approuvés par le ministre Mocenni en 1894.
2. Ainsi que je l’ai annoncé au ministère, par mon télégramme du 9 juillet 1894, page Al, livre vert, xr11, n° 9.
3. Ainsi qu’en peuvent témoigner le capitaine Artale et le lieutenant Vecchi, attachés à l'état-major des troupes,
Pendant ce temps, au commencement de décembre 1894, id Anglo-Égyptiens ne s'étant pas avancés vers l'Atbara (condition que j'avais posée pour occuper Cassala), les Derviches semblèrent nous menacer de prendre leur revanche, ou pour le moins de. piller les tribus qui étaient protégées par nous ou par les Anglais: Le ministère crut donc devoir exercer une pression sur l'esprit du général Arimondi, à ce moment à Rome, pour qu'il retournât en Afrique, reprendre ses fonctions de commandant des troupes de la colonie. Celui-ci obéit en soldat, dans l'espoir de lutter une autre fois contre les hordes mahdistes. Mais, au lieu des Derviches, on dut venir à bout de l'insurrection intérieure de l'Oculé Gusai, et il fallut écarter la menace d’invasion de la part du Tigré:
Le général Arimondi arriva, le 23 décembre, à l'Asmara» quand l'insurrection de l’Oculé Cusai était étouffée, et après la belle victoire des troupes coloniales, sous les ordres du major Toselli, à Halai (18 décembre), dans laquelle le chef Batha Agos fut tué. Il arriva le jour même où je concentrais, à Adi Ugri, toutes les troupes coloniales disponibles, et où je me rendais dans cette localité pour appuyer avec les armes l’ultimatum que j'avais expédié à ras Mangascia. (Voir le chapitre VI.)
L'opération étant commencée, pouvais-je céder le commandement des troupes au général Arimondi, qui venait d’arriver d'Italie, alors qu'il y avait en cours des négociations de tout genre, directes avec ras Mangascia et indirectes avec l’eccighié Théofilos, avec Agos Tafari, le chef des rebelles dans l'Agamé, etavec les chefs mécontents du Tigré? Ces négociations devaient nécessairement se développer dans le courant de la campagne et avoir une action immédiate sur ses résultats.
Du reste, tout le monde sait la valeur considérable qu'a, en Afrique, l'ingérence directe et individuelle des personnes vis-à= vis des chefs et des populations. À tout changement de personne on attribue d'habitude un changement d'idée, et surtout l’intenon de manquer aux engagements sans violer la parole donnée. Tout le monde sait que les peuples les plus voisins de l'état naturel arrivent difficilement à comprendre la division du gouvernement en civil et militaire, surtout lorsque l’état de guerre exige que tous les pouvoirs soient concentrés dans la main d’un seul; car, dans ces contingences, il est impossible d'imposer à l'avance des limites à l’action. |
Le général Arimondi suivit donc, comme commandant en second, toutes les opérations qui finirent à Sénafé. Il n'eut jamais à manifester, pas même indirectement, de mauvaise humeur ou à émettre des prétentions au commandement en chef. Peut-être aurait-il pu être chef d'état-major, mais son grade de général était supérieur à la fonction; d’ailleurs il était d’un grade égal au mien, par suite il n'avait pas à s’occuper des menus détails de cette fonction : dans les conditions d’alors, avec un corps d’opération composé seulement de bataillons, un chef d’état-major avec le grade de général aurait exigé un sous-chef d'état-major avec le grade d’officier supérieur, et tout cela aurait créé un rouage inutile, et par suite dangereux à la guerre, entre le commandant en chef et les commandants des diverses fractions. De son côté, le général Arimondi, comme dans l'expédition de Cas- Sala, se montra content de suivre les opérations comme commandant en second; et dans cette situation il était nécessaire pour pouvoir me remplacer en cas de besoin.
Dans le rapport sur l'occupation d’Adoua écrit à Adi Ugri, le & janvier 1895) je pus lire au général Arimondi le récit des faits, et J'obtins sa pleine approbation, notamment pour ces mots : « Le général Arimondi était avec moi; il m'a suivi, dans toutes les opérations, comme commandant en second; j'ai procédé en restant toujours complètement d'accord avec lui et en utilisant ses conseils autorisés !. »
Pendant les mouvements qui conduisirent à l'occupation de PAgamé et du Tigré {seconde moitié de mars, première moitié davril 1895), je confiai au général Arimondi le gouvernement ét le commandement des zones de Chéren et de Cassala; il avait pour mission de surveiller spécialement la frontière occidentale et de repousser une attaque éventuelle des Derviches. À peine arrivé à Chéren, à la date du 19 mars, — le jour même où toutes les forces disponibles de la colonie attendaient l’ordre de marcher de Sénafé vers l’'Agamé, — il me proposait de nouveau un coup de main contre les Derviches. Cette proposition m'avait déjà été faite, seize jours auparavant, par le major Turitto, commandant de Cassala ; mais je ne l’avais pas acceptée. Il s’agissait de franchir PAtbara et d'attaquer Osobri, pour y détruire le camp mahdiste.