Livre vert, Halai, Coatit, Sénafé, xu11 bis, page
Or, Osobri est à environ 65 kilomètres à l’ouest de Cassal au delà (rive gauche) de l’Atbara, sur la ligne des campements des Derviches, à environ 30 kilomètres au nord d'El Fascer, point occupé par les Derviches et situé dans un territoire exposé aux attaques de la cavalerie. Nous avions un seul bataillon à Cassala et point de cavalerie. J'avais télégraphié, le 5 mars, au, major Turitto que je ne comprenais pas le but de la reconnais= sance vers Osobri. Elle ne pouvait pas avoir pour objectif de découvrir les forces ou les intentions de l’ennemi, puisque le commandement était déjà informé et qu’il n’était pas probable que cette opération éclairât davantage la situation. Cette reconss naissance ne pouvait ni battre l'ennemi ni détruire son camp;
puisqu'elle disposait de forces insuffisantes pour cela. Elle ne
pouvait pas enfin avoir comme but d'occuper une localité sur l'Atbara, puisque nous n'avions ni l'intention ni la possibilité de nous y maintenir. Par suite, pour le premier objectif, les forces étaient trop considérables, pour les deux autres elles étaient insuffisantes. Une incursion jusqu’à Osobri n’était point faciles à cause du manque d’eau. Se retirer sans avoir battu l'ennemi aurait pu relever son moral : une surprise, même insignifiantes de la cavalerie mahdiste aurait été annoncée, dans le Soudan,
comme un succès. ‘a Ajoutez à cela que, d'après des informations récentes, — venant, de Cassala et signalées à Rome, — l'ennemi, sous le commandes
ment d’'Osman Digma, disposait dans le Ghedaref et le long de. l'Atbara de plusieurs milliers d'hommes?. |
Mais si l'opération semblait risquée, au commencement de mars, — plus tard elle l'était encore bien davantage à mes yeux, d'abord à cause de la concentration de toutes les forces colo= niales au delà des frontières méridionales, puis à cause des difficultés logistiques qui ne faisaient qu'augmenter. Aussi le 20 mars, en partant pour Âdigrat, je télégraphiai de l’'Asmara au général Arimondi à peu près ce qui suit: | 1
« Je n'ai pas accepté la proposition de Turitto parce que: les forces seraient insuffisantes pour écraser l’ennemi, et trop consis. dérables pour une reconnaissance, et parce que l'objectif était
1. Voir notre carte générale de la colonie à la fin de ce volume, entre 13 16° et 17° parallèles nord. 4 2. Livre vert, xxxrr dés, n° 31, cité dans Le chapitre IX de ce volume. 4
MÉMOIRES D'AFRIQUE 241 mal défini. Je ne puis accepter à présent, parce qu'il serait trop hasardeux d’avoir sur les bras deux opérations offensives ; parce qu'il n’est pas possible, dans les circonstances actuelles, de pousser à fond; parce que le manque d’eau et les difficultés logistiques pourraient nous créer des embarras, alors que la zone de Chéren n’est pas tranquille. »
Le Tigré étant occupé, le général Arimondi renouvela {17 avril) sa demande de pousser, au delà de l’Atbara, l'attaque à laquelle il avait songé. Mais — à part le danger, à part l'insuffisance des moyens, à part le manque encore plus sensible d’eau entre le Gasce et l’Atbara, à part les énormes distances qui auraient allongé de deux nouvelles journées de marche la si longue ligne d'opération — il y avait l’ordre supérieur du ministère. Je me conformai à cet ordre, en répondant le même jour que le gouvernement du roi m’'ordonnait d’une facon absolue de rester sur la défensive à Cassala et à Adigrat!.
À la suite de cette réponse catégorique, le général Arimond présentait, le 21 avril 1895, une demande de rapatriement, en l'accompagnant d’une lettre particulière.
Dans une lettre particulière, je répondis de la façon la plus amicale, en indiquant les motifs pour lesquels il serait fâcheux, pour tout le monde, de montrer du désaccord alors qu'il était si facile de s'entendre de vive voix. Nous étions au moment où l’on annonçait pour le milieu de mai l’arrivée de ras Alula, sur la frontière, avec 12,000 hommes (mon télégramme du 25 avril 1895 au
ministère ?). Nous étions au moment où j'avais déjà été invité une
fois à me rendre à Rome pour entendre la parole du ministère et
Où j'avais demandé mon rapatriement, parce que j'étais en désac-
cord avec le ministère au sujet de l'insuffisance des effectifs et des
: crédits. Le général Arimondi vint à Massaoua, et sa démission
resta suspendue.
1. Ceux qui désireraient étudier à fond ce bref épisode pourraient consulter, dans les archives de Massaoua, les documents suivants :
: | 1° Proposition pour la reconnaissance sur Osobri, — 4 mars 1895; 2° Réponse négative du gouverneur, — 5 mars; | | 3 Rapport du général Arimondi pour repr éndre le projet, — 19 mars | 4° Réponse télégraphique du gouverneur, — 20 mars; | 5° Seconde proposition du général Arimondi, — 17 avril ; : 6° Télégramme définitif, — 17 avril ; 7° Demande de rapatriement du général Arimondi, — 21 avril.