Livre vert, xx1r1 quater, n° 3, page
partait de Macallé avec trois compagnies, la première batterie de montagne et la bande de ras Sebath!; il se dirigeait vers Amba Alagi, où, comme garde avancée, se trouvait déjà le capitaine Persico avec sa propre compagnie.
Pendant ce temps, comme les bruits annonçant le mouvement des Choans vers le lac Ascianghi prenaient plus de consistance, le major Toselli crut devoir pousser encore plus au sud et pren: dre position à Belago, dans l'Enda Mœni, au sud de la frontière du Tigré.
De cette façon, on dépassait les limites que j'avais fixées par mes télégrammes du 28 et du 29 octobre ?; on remplagçait le déta=…
chement volant avec un seul officier, accordé par mon télégramme,
du 9 novembre, par une colonne comprenant presque la moitié des forces disponibles; on troublait la pensée claire et explicite de l'observation avancée et on la remplaçait par l'idée de la pointe
offensive; on rendait pour le moment superflue la mission confiée, au capitaine Persico. D’Amba Alagi à Belago il y a environ, 20 kilomètres de sentiers de montagne; et pour y arriver il faut | franchir le col de Dubbar à 3,158 mètres au-dessus du niveau de
la mer“.
La position de Belago, bien que forte, présentait le double,
inconvénient d'être trop voisine de l'ennemi et d’être facile à tourner, comme le sont d'habitude ces positions de montagne;
surtout dans un pays ayant un réseau aussi compliqué de sentiers, et contre un ennemi qui passe partout et qui porte toujours avec
lui sa base d'opération.
Toselli lui-même s’en aperçut; dans les nouvelles envoyées; | le 28 novembre, au commandant du Tigré et télégraphiées pan
1. Ras Sebath de l’Agamé, après sa libération, avait été nommé chef de l’En: | derta, et, avec le degiac Ali d'Enda Mœni, il avait organisé une bande de près.
de 400 hommes du pays.
9, « Je me refuse absolument à m’avancer au delà des anciens États de | Mangascia... Battre le terrain dans le rayon des opérations déjà faites, sur: | tout dans le Tembien, dans le Seloa, dans le territoire d’Antalo. » (Livre
vert, xxII1 quater, page 13.) Voir chapitre XVII de ce volume.
3. « Pour arriver à ce résultat il est bon d'entretenir des relations assi| dues et suivies, et même il peut être utile d'envoyer un détachement volant, à Amba Alagi avec un officier. Voir chapitre XVIII; livre vert, xxiI1 quatel, |
page 14.
4. Voir notre carte générale de la colonie, au sud du 13° parallèle, à la fin, de ce volume, ainsi que la carte spéciale d'Amba Alagi jointe au chapitre
suivant.
celui-ci, le 29, à Massaoua, il disait : « La position de Belago est très forte ; toutefois, ce matin, j'ai trouvé que l’on pouvait tourner le Dubbar par la route de l’ouest qui conduit d’Ascianghi à Aiba. Si je suis coupé d’Amba Alagï, je devrai me jeter par les Azubos (Azebu Gallas) sur la route d'Uogerat à Scichett. »
Même Amba Alagi, qui fournissait à une compagnie indigène volante un très bon poste d'observation et de liaison, n'avait pas la même valeur comme position défensive, car elle prêtait le flanc à un mouvement tournant aussi facile à exécuter de loin que de près. Du reste, tout conseillait d'éviter un conflit prématuré. Aussi, prévenu par la communication des nouvelles de Toselli, je télégraphiais le 30, de Massaoua, à Arimondi, de rassembler les forces à Macallé, par suite bien en arrière (74 kilomètres) d'Amba Alagi. En même temps, je mettais à sa disposition, en dehors des forces destinées à la défense du territoire, le 6° bataillon indigène {major Cossu); moins une compagnie chargée de garder les communications de l'arrière. « En prévision d'un événement quelconque, vous pouvez faire avancer les forces régulières d'Adoua dans la Gheralta, en ayant une ligne de réapprovisionnementavec Adigrat; vous pouvez réunir les forces d’Adigrat dans une localité convenable, peut-être vers Asbi; vous pouvez rassembler les forces régulières du Tigré à peu près dans le Tembien, et les autres, avec ras Sebath, au sud d’Antalo. Vous pourrez ainsi, en deux journées de marche, avoir à Macallé, dans une excellente position, appuyées au fort, avec laligne d'opération gardée, 16 compagnies régulières et la batterie, c’est-à-dire environ 4,500 soldats réguliers, plus les bandes de l'Agamé, du Tigré, du Seraé, de l'Oculé Cusai, de l’'Enderta et de l’'Enda Moœni.
« Ces forces me paraissent suffisantes pour résister victorieusement à une attaque quelconque, même si toutes les bandes d'Alula, Micael, Olié, ras Mangascia, Mangascia Atichin, Guangul et quelques autres partisans osaient s’avancer. À moins qu'une nécessité impérieuse de sûreté ne vous oblige à faire le contraire, il me semble indispensable de conserver les forces autant que pos- Sible réunies sous La main et constituées en grosses fractions?. »
En même temps, le major Toselli adressait, de Belago, au général Arimondi, commandant du Tigré, à la date du 29 décembre,
1. Livre vert, xxr11 quater, page 18, annexe n° 12 à mon rapport. 2, Livre vert, xx1r1 quater, page 17.
la demande suivante : « Bien que je sois convaincu de vous dire une chose non nécessaire, puisqu'elle me semble toute naturelle, je vous prie cependant de me permettre de vous exprimer le désir que j'ai d’avoir un mot qui m'éclatre, pour la suite, sur Les intentions du gouvernement. Depuis que la situation est ce qu’elle est actuellement, c’est-à-dire depuis dimanche, je me conduis comme me l'indique la réflexion. Mais je désirerais vivement savoir si j'ai autre chose à faire ou si j’agirais mieux autrement. D'autre part, en sachant si le gouvernement mobilise et quel est le point de concentration, je pourrais montrer plus d'assurance envers la région et à l'égard des chefs!. »
Le général Arimondi répondit, à la date du 30 novembre? :
« À ma demande de directives, le gouverneur répond en mettant à ma disposition trois compagnies du 6° bataillon. Il ne semble pas avoir l'intention de mobiliser; mais il m'engage à
rapprocher de Macallé les troupes et les bandes du Tigré, afin
d'avoir à Macallé 16 compagnies régulières et la batterie, en dehors des bandes. Le gouverneur dit qu’il faut faire face à l'ennemi s’il ose s’avancer; mais, sauf le cas d’une absolue nécessité, il ne m'autorise pas à essayer l'offensive. Il m’invite à acheter des vivres dans le pays. Je vous ferai connaître les mouvements des troupes dès qu'ils seront exécutés.
« En attendant, je vous laisse libre de vous maintenir en posi-
tion à Belago ou bien de vous replier aux pieds de l'Amba Alagi, selon les circonstances. »
Donc le général Arimondi pense à l'offensive, du moment qu'il répond ainsi au major Toselli; or, ce dernier, dans sa dépêche,
n’y fait même pas une allusion lointaine, et moi, dans mes instruc-".
tions, je ne parle que de faire face à l'ennemi, à Macallé. Etpouvait-on supposer qu'il fallait prendre l'offensive au sud d'Amba Alagi, en un point aussi éloisné de notre base de défense, en se
mettant ainsi ex dehors des directives du gouverneur, en Oppo=
sition des ordres formels, et cela précisément au moment où le général Arimondi lui-même devait faciliter les éventuelles négo= ciations pour la paix avec Maconnen, comme le prescrivait mon télégramme du 26 octobre ? Donc, malgré l’ordre donné de concentrer ses troupes à Macallé, le général Arimondi ne répond pas