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à la demande essentielle du major Toselli et lui envoie mon ordre après l'avoir modifié. Donc il consent à ce que le major Toselli se maintienne en dehors du rayon prescrit, ou bien qu’il se replie aux pieds d'Amba Alagi. Donc, pour le major Toselli, Amba Alagi représente le point qu’il faut garder coûte que coûte. Et tout cela sans m'en donner avis.
Le texte du télégramme du 30 novembre, adressé au major Toselli, que le général Arimondi présenta à l'appui de son rapport (Adigrat, 13 décembre), se termine ainsi: « Je vous laisse la faculté de vous maintenir encore à Belago ou de vous replier aux pieds d'Amba Alagi, ou, SELON LES CIRCONSTANCES, PLUS EN ARRIÈRE ENCORE. » Mais le texte remis effectivement au bureau télégraphique d’Adigrat est bien celui publié dans les Documents diplomatiques, page 18t. Or il ne laisse pas au major Toselli, rigide observateur des ordres militaires, /a faculté de se retirer plus en arrière. C’est précisément cette interprétation qu’il a donnée au télégramme du général Arimondi, ainsi qu'il l’a déclaré plusieurs fois au lieutenant Bodrero, son adjudant-major, qui a survécu au massacre d'Amba Alagi.
Tout fait croire que si mon télégramme concernant les directives que Toselli demandait au général Arimondi lui avait été intégralement transmis, il se serait replié sur Macallé, parce qu’il aurait vu clairement que l'intention du commandant en chef était de concentrer les forces dans cette localité. Le major Toselli se serait replié, car il n’était parti que pour une simple excursion, et il connaissait, dès le début, le plan général de défense contre le mouvement en avant de forces ennemies prépondérantes; il l'aurait fait, car il demandait la lumière sur les intentions du gouvernement ; il l'aurait fait, puisqu'il savait que le fort Enda Jésus, contruit par lui-même à Macallé, était le point le plus avancé de la défense de l’Agamé.
Cette supposition est corroborée par les pourparlers entamés par moi avec ras Maconnen; non seulement Toselli était au courant de ces pourparlers, mais il était même chargé de régler les préliminaires et de s'entendre pour l’entrevue entre le gouverneur et ras Maconnen. Toselli était un homme prudent et avisé dans les choses politiques, comme il était hardi, énergique et
1. Livre vert, xx11 quater, annexe n° 13. Général Arimondi au major Toselli.
méticuleux dans l'exécution de ses devoirs militaires. [1 connais sait les forces abyssiniennes, et il savait bien qu’un combat, même
ayant une issue favorable, compromettrait toutes les négociations.
C’est précisément à cause de sa prudence et de sa connaïssance
des hommes et des affaires que je l'avais choisi pour lui confier le commandement de la position avancée de Macallé.
Dans la journée du 2 décembre, Toselli signalait au général" Arimondi le grand nombre des ennemis et leur intention de marcher sur Amba Alagi. Le 4, d'Atzala*, il rendait compte que, dans la soirée, 1l y avait eu un vif échange de coups de fusil dans la plaine d’Atzala. Le bruit même courait que le repus neghesti était à Alomata, un peu au sud du lac Ascianghi?.
Pendant ce temps, je renforçais les garnisons méridionales et J'en avisais le général Arimondi, par mon télégramme du 2 dé cembre*; je mobilisais les troupes coloniales; j'appelais au service la milice mobile et les bandes et je prenais les mesures nécessaires pour les vivres et les transports. Les 1er, G°, 7e et 8e bataillons, commandés par les majors Turitto, Cossu, Valli et Gamerra, ainsi qu'un bataillon de la milice mobile, devaient se concentrer à Adigrat. J'avais encore télégraphié, le 3 décembre, de Massaoua, au commandant des troupes, que je croyais convenable une action énergique au delà du Tacazzé, pour rassembler les forces éparpillées du Sciré, du Tembien et des amis que nous avions au delà du Tacazzé. À mon avis, il fallait profiter de cette circonstance que notre résident Mulazzani devait venir d'Axum à Macallé pour la concentration; que la région du Tacazzé avait été évacuée par l'ennemi et que nous yavions, en outre, de nombreux partisans; il fallait utiliser les relations personnelles de Mulazzani avec ras Agos‘ et les notables ; il fallait profiter de la facilité et de la rapidité avec laquelle les indigènes savent se soustraire aux dangers et parcourir de grandes distances; enfin, il
1. Au nord de Belago et du pas de Dubbar, un peu au sud de la frontière du Tigré et d'Amba Alagi.
2. Livre vert, xx111 quater, annexes n° 21 et 28, pages 22 et 93.