Livre vert, xxrr1 bés, n
3. Mon télégramme au ministre de la guerre, du 14 décembre; livre vert, XXII bis, n° 179.
satisfaire à l'ambition des Gran du pays qui étaient avec nous, | car s'ils étaient avec nous, c'était uniquement dans l’espoir d’ augmenter leur autorité et leurs domaines. | Néanmoins, il me sembla pouvoir mettre à exécution la première idée : défendre la colonie dans la position d'Adigrat, où, avec des forces relativement petites, j'aurais pa tenir en échec un ennemi très supérieur en nombre, et où j'aurais peu à peu rassemblé la majeure partie des bataillons qui devaient étre envoyés d'Europe. Macallé, selon les affirmations du général. Arimondi et du major Galliano, était en état de résister trois mois. L’ennemi, en tout cas, aurait dû investir ce fort avec un! corps important, et il n'aurait pas pu aller au delà, en laissant sur ses flancs et sur ses derrières la position d’A digrat, qui aug:! mentait chaque jour de valeur par les travaux que l’on y exécutait sans relâche et par les troupes qui y arrivaient. À ce moment, une attaque contre Adigrat aurait été pour nous une véritable bonne fortune, parce que, avec ce terrain et avec la répartition! des troupes, l’ennemi n'aurait pu se déployer que tardivement! et mal sous le feu des positions et sous celui de l’artillerie. k Adigrat (2,530 mètres) présente une vaste combe salubre, surtout en cette saison, pour des troupes blanches; il y a de la bonne eau, en quantité suffisante même, pour un camp important | Le bois et le fourrage y sont abondants, et de gras pâturages! voisins nourrissaient de nombreux troupeaux. | Presque au centre de la combe, sur une hauteur, s'élève le fort, très bien défendu, eu égard à l'armement de l’ennemi, et dominant le terrain avoisinant. Il était en état de protéger Les)
magasins et les ambulances du corps d'opération. 4 |
Le fort et les hauteurs voisines qui se flanquaient réciproque= ment, au grand avantage du défenseur, barraient l’unique route que l’ennemi pouvait prendre pour envahir l’Agamé. L’ ensemble constituait une position militaire proportionnée aux forces dont nous pouvions disposer, jusqu'au commencement de janvier,. époque à laquelle devaient arriver les bataillons européens. Une! fois les premiers renforts arrivés, nous aurions pu occuper, au delà et en dehors de la combe d’Adigrat, la position d’ Adagamus, comme on le verra plus loin. l
Mais — pendant que nous faisions face à l’ennemi à Adigrat et. pendant que nous rassemblions dans cette localité tout ce quil!
fallait pour la guerre — il était nécessaire que l’un des deux généraux s’occupât des communications de l'arrière, activât les services, reçût les troupes arrivant d'Europe, les envoyât à desti-
nation, surveillât Cassala et s’occupât du gouvernement civil et
militaire de la colonie.
Je confiai ces multiples et délicates fonctions au général Arimondi, qui se rendit, dans ce but, à Massaoua, muni de tous les pouvoirs, ainsi qu'il est dit dans ma lettre du 11 décembre, «pour prendre le commandement de la défense du reste de la
colonie et préparer, comme troupes de renfort, les forces qui sont actuellement en formation ou qui arrivent d'Italie.
« L’invasion peut se prononcer dans différentes directions, et
même, ainsi qu'il résulte de plusieurs informations, elle peut prendre la route d’Adoua ou du Sciré pour se diriger plus direc-
tement au cœur de la colonie, en évitant Macallé et Adigrat. Dans
ce cas, il est indispensable d’avoir un homme muni d’une haute “autorité et d'un grade élevé pour faire face à toute éventualité.….
« Nous avons les forts d’'Adi Ugri, Saganeiti et Asmara, dont
la défense à outrance est assurée et organisée. Il y a tous les
services de l'arrière, au fonctionnement rapide desquels il faut pourvoir avec ordre, avec énergie et par une direction haute et
etre...
« On doit pourvoir à la sécurité intérieure, pendant que nous
avons sur les bras une grosse invasion. Le télégraphe peut être coupé, et alors la colonie resterait sans gouvernement et sans
| Commandant militaire.
« Ces considérations, et d’autres encore, que vous compren-
Ldrez comme moi, m'amènent à me priver, en ce moment, de Votre concours et de vos conseils, qui peuvent trouver un champ d'action incomparablement meilleur et qui seraient plus utiles ailleurs !. »
On aurait peut-être préféré que je me rendisse en personne à Massaoua, après avoir laissé au général Arimondi le comman-
!: dement du corps d’opération. Mais les précédents que j'ai exposés ont fait déjà connaître que le général Arimondi n’adoptait
pas mes idées, au sujet de la prudence qu'il fallait garder dans la
défensive. Et puis, d’un moment à l’autre, il pouvait être néces-