Voir pour la préparation politique le chapitre XIII
qui attendaient les événements pour savoir de quel côté ils de= vaient se ranger, rassemblèrent immédiatement leurs guerriers etleurs chitets (c'est-à-dire les paysans qui ne sont pas soldats de profession, mais qui sont obligés au service en temps de guerre) pour aller grossir le torrent choan à Amba Alaoï et sur le lac d'Ascianghi. Teclaimanot, roi du Goggiam, qui nous était favo=. rable, ou qui du moins paraissait décidé à observer une rigou* reuse neutralité, réunit de suite son contingent; il sembla d’abord vouloir garder sa frontière et maintenir la paix, mais ensuite il se prononça ouvertement contre nous et conduisit son contingent | à l'ennemi. Dans le camp choan lui-même, le parti de la paix, | représenté par Maconnen, dut, pour le moment, rentrer dans l'ombre et laisser la parole aux chefs guerriers, qui étaient, en général, jaloux de l’ascendant politique qu'avait su acquérir le seigneur du Harar. D'autre part, pour nous, au lendemain d’un échec et d’un sacrifice comme celui d'Amba Alagi, les négocia= tions étaient plus délicates et plus scabreuses, tandis que gran* dissaient, avec une fougue tout africaine, les exigences et les prétentions du vainqueur dans le premier combat.
Une défaite au début d’une guerre est toujours suivie par des malheurs; mais aucune défaite ne pouvait être plus terrible, sous le rapport militaire et politique, que celle d'Amba Alagi, car ellé était complètement en dehors de toute prévision possible.
Le général Arimondi, après avoir recueilli les survivants. d'Amba Alagi, dans la bonne position d'Adera!, et après s'être replié sur Macallé, dans la nuit du 7 au 8 décembre, avait à choï sir entre trois déterminations : ou bien se replier avec toutes ses forces sur Adigrat, en détruisant Macallé (Enda Jésus); ou bien garder le fort Enda Jésus, en y laissant une garnison suffisante, et se retirer avec le reste à Adigrat; ou bien, enfin, rester avet tous ses soldats à Macallé et opposer, en cet endroit, une énergique résistance aux progrès de l'ennemi. |
I choisit le second parti, — et sur ma demande télégraphique de Barachit (8 décembre), il répondit qu’il avait résolu de ne pas abandonner le fort pour les raisons suivantes : « 1° parce que l'effet
1. Voir la carte spéciale d'Amba Alagi annexée à ce chapitre. Sur la carte
générale de la colonie, on doit placer Adera tout près et au nord de Mai Mesghi, à 22 kilomètres au nord d'Amba Alagi. |
moral serait désastreux pour les troupes elles-mêmes; 2° parce que l'approvisionnement du fort en vivres et en munitions est tel que le transport demanderait plusieurs mois, et leur destruction beaucoup de temps; 3° parce que le fort, occupé par une garnison, pourra servir et servira de pivot et de base à nos possibles opérations futures ; 4° parce que je ne voulais pas enlever une base à une concentration éventuelle à Macallé, si les Choans n’entendaient pas ou ne savaient pas profiter des succès obtenus!. »
Le ministre de la guerre, par son télégramme du 13 décembre, mexprimait sa grande préoccupation pour la garnison laissée à Macallé, et il m'invitait à « examiner s’il était possible et s’il convenait, sans s exposer à un malheur, d'en retirer la garnison ? ».
Il était trop tard, non seulement le 14 décembre, mais il aurait été trop tard même le 9, quand le général Arimondi s'était replié sur Adigrat ; le pays était au pouvoir de l’insurrection#.
Pendant ce temps-là, ces désastres avaient complètement bouleversé le plan primitif de la défense dans l’Agamé.
Il manquait en entier les deux bataillons Galliano et Toselli (8° et 4°) sur les sept bataillons réguliers qui, d'après la première idée, devaient se concentrer à Adigrat. A Amba Alagi on avait perdu environ 2,000 hommes, et l’on devait peu compter sur les survivants. Pour tenir garnison à Macallé (Enda Jésus), on avait laissé 21 officiers, 176 soldats blancs, 1,150 indigènes. Il manquait en tout plus de 3,200 combattants, c'est-à-dire plus du quart de l'effectif qu’on aurait pu réunir à Adigrat. Le renom d'invincibles qu'’avaient gagné nos soldats était perdu; les bandes nouvellement organisées n'avaient plus confiance ni en nous ni en leurs chefs; beaucoup de natifs des nouvelles provinces Enda Moœni, Avergalé, Enderta, Uogerat, Seloa, Gheralta, s’adonnaient au brigandage ; ou bien, espérant sauver leurs biens, ils couraient dans le camp ennemi. Il nous fallait tout concentrer dans Adigrat, en abandonnant le pays, qui nous devenait hostile, car il avait plus peur des Choans que de nous.
Et, le territoire diminuant, on voyait diminuer la possibilité de
1. Télégramme du général Arimondi, de Macallé, au gouverneur, à Barachit, 8 décembre; livre vert, xx111 quater, annexe 35, page 34.