RASE
dans mes dépêches, je prévoyais la possibilité d’une guerre, le ministère voulait rappeler en ltalie les deux bataillons de renfort envoyés en Afrique après Coatit et que l’on m’ordonnait d’arréter l’enrôlement des indigènes. Par trois fois, j'avais posé comme condition de mon maintien dans la colonie la préparation à la guerre. Obtenir des forces plus considérables avait été l'unique but de mon voyage en Italie; et puis, poussé par le besoin, j'avais augmenté le nombre des bataillons indigènes, sans avoir obtenu autorisation que J'avais demandée, ainsi que je l'ai raconté dans le chapitre XVI, relatif aux menaces contre la frontière méridionale. |
* Mais les soldats ne servent à rien, quand ils ne sont pas munis de tout ce qu'il faut pour une guerre de montagne, étant donnés les conditions où nous nous trouvions, les besoins des troupes blanches en Afrique, les routes et la distance qu'il y a entre Mas- Saoua et Adigrat. Certes, j'aurais pu demander un corps d'armée : mais un corps d'armée n'aurait pas pu être envoyé de suite, parce que tout manquait, même les navires de transport. De plus, sa présence à Massaoua et aux environs aurait causé de graves embarras, à cause des difficultés du ravitaillement; enfin, il n’aurait pu être dirigé, de Massaoua, sur la frontière méridionale, que ‘peu à peu, à cause du manque d’eau, de vivres et d'animaux. II était nécessaire de régler le mouvement, d’après les fonctons organiques possibles, de façon à empêcher la pénurie ou la pléthore, là où il fallait le plus grand ordre et une répartition des forces parfaitement en harmonie avec les moyens et avec le but. Il valait mieux voir arriver successivement d'Italie à Mas- Saoua les bataillons et les batteries, pourvus de tout, surtout de convois et de chaussures, tandis que, sur toute la côte de la mer Rouge, on achetait des animaux destinés à transporter sur le haut plateau tous les objets nécessaires à la guerre. Il fallait téapprovisionner Cassala, exposée plus que jamais aux attaques des Derviches, tant à cause de la saison propice qu’à cause des hostilités ouvertes contre nous par les Abyssiniens. Il fallait pénser à constituer de gros dépôts de vivres à l’'Asmara, à Adi \Ugri, à Saganeiti et à Adi Caié; enfin l’on devait pourvoir à |’entretien de toutes les troupes placées à la frontière,
Les télégrammes relatifs aux renforts peuvent se lire de la age 136 à la page 160 du livre vert.
J'allais avec prudence, prévoyant de graves retards dans les expéditions, de sérieux obstacles pour la nourriture et l'emploi des troupes. Je prévoyais aussi les inconvénients matériels et moraux qu’il y aurait à imposer des privations aux soldats européens, nouveau venus en Afrique. Le 13 décembre, je remerciais pour les cinq bataillons que le ministre m'annonçait, « auxquels j'espère que l’on voudra bien ajouter un bataillon d'alpins » ; etje demandais que l’on préparât trois autres bataillons, en insistant pour avoir des convois abondants, appropriés aux circonstances.
Le 17 je télégraphiais d'Adigrat (18, de Massaoua) : « Je crois qu’il est utile de préparer d’autres renforts, » et le 18 je télégra: phiais d’Adigrat : « Envoyez au plus tôt 14 bataillons et 5 batteries de montagne; mais qu'ils soient pourvus de tout, qu'ils aient l'approvisionnement nécessaire à la guerre en pays de haute montagne!. » Le président du conseil répondait le lendemain 19 : « Le gouvernement n'entend ni faire de la politique d'expansion, ni entreprendre d’expéditions militaires dans l'intérieur de l'Abyssinie. Il entend demander au parlement seulement les moyens nécessaires pour défendre la colonie et repousser l'ennemi. Télé: graphiez au gouvernement, si, pour ce seul objectif, il faut d’autres renforts, en dehors des 9 bataillons et des 3 batteries de
montagne en partance, et dites combien ?. » Je répondis immédia< o 1
tement en insistant sur la demande de 5 autres bataillons et de
2 batteries. Je renouvelai la même demande, le 21, au ministre
de la guerre”.
Les renforts demandés ne pouvaient être tous sur le champ"
d'action avant la fin de janvier, en admettant que tout procédât
régulièrement ; en admettant que le vice-gouverneur f pût réuss
sir, à Massaoua, à organiser convenablement les transports, les convois et les lignes de ravitaillement ; en admettant enfin que, de
l'Italie, dussent arriver tous les effets d’habillement et d’ équipe |
ment et tous les animaux demandés.
Nous en étions bien loin de la guerre offensive dont il est