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MÉMOIRE SUR LE GRANIOGRAPHE

ET Sim

OUELQUES-UNKS DE SES APPLICATIONS

COMMUNIQUÉ A LA SOCIÉTÉ d’aNTHROPOI.OGIR DANS LES SÉANCES DU 19 DÉCEMBRE 1861 ET DU 6 NOVEMBRE 1862.

Les naturalistes et les anthropologistes qui ont accordé une attention particulière à l’étude des formes céphaliques de l’homme et des anim aux ont reconn u , depuis longtemps, la nécessité de donner à leurs recherches et à leurs appréciations une base plus solide et plus positive que ne peut l’être l’examen pur et simple du squelette de la tête. Les formes de la tête et du crâne sont si compliquées, les proportions relatives des différentes pièces osseuses varient au gré de tant de circonstances, et relèvent d’éléments si divers, que les procédés de l’anatomie ordinaire sont ici tout à fait insuffisants, et que, pour comparer avec fruit les espèces, les races, les individus, on est obligé d’avoir recours à des instruments spéciaux.

Le but de ces instruments est de substituer à des évaluations en quelque sorte artistiques, qui dépendent delà sagacité de l’observateur, de la justesse de son coup d’œil, — et quelquefois aussi de ses idées préconçues, — des procédés mécaniques et uniformes, qui permettent d’exprimer en chiffres les résultats de

SUR LE CRANIOGRÂPHE.

chaque observation, d’établir des comparaisons rigoureuses, de réduire autant que possible les chances d’erreur ; enfin et surtout de grouper les observations en séries, de les soumettre au calcul, d’obtenir des mesures moyennes, et d’échapper ainsi h l’influence trompeuse des variétés individuelles.

Je ne chercherai pas à énumérer ici les nombreux procédés de mensuration plus ou moins rigoureuse qui ont été employés ou proposés jusqu’ici par les crâniologistes. Notre savant collègue de Philadelphie, M. Aitken Meigs, a résumé toutes ces recherches dans une monographie concise et complète à laquelle je renverrai le lecteur (1). On a mesuré un grand nombre d’angles, de courbes, de diamètj’es, de rayons, de triangles, de surfaces, etc., et dans ce but on a imaginé une foule d’instruments qui tous, sans doute, ont leur utilité, mais qui, pour la plupart, ne remplissent qu’une seule indication, et qui dès lors compliqueraient outre mesure l’arsenal de l’anthropologiste. On se borne donc le plus souvent à prendre seulement les mesures les plus importantes, ou plutôt celles qui sont réputées telles, et qui ne le sont peut-être que parce que jusqu’ici on n’a pas suffisamment étudié les autres.

Il ne faut pas oublier d’ailleurs qu’en matière de crâniologie, les résultats ne sont valables que lorsqu’ils reposent sur l’élude d’un grand nombre de crânes ; des observations isolées, prises sur quelques crânes que Ton considère comme des types et qui souvent ne sont que des exceptions, peuvent conduire à des conclusions entièrement fausses. Il est donc essentiel que les procédés crâniométriques soient d’une exécution facile et rapide, afin qu’on puisse en peu de temps recueillir beaucoup d’observations et les recueillir exactement. On doit chercher en outre à remplir avec le même instrument un grand nombre d’indications. Sous ce double rapport, le crâniographe que j’ai présenté à la Société d’anthropologie dans la séance du 19 décembre 1861 (2), et que je me propose de faire connaître ici plus amplement , me paraît de nature à rendre des services à la science.

(1) Aitken Meigs, Ou the Mensuration of the Human Sktill, dans the North American Mml . Chirury. Reriew, sept. 1861, p. 838-861. Philad. 1361, in-8.

(2) Bulletins lie la Société d'anthropologie, t. Il, p. 673.

MÉMOIRES d’anthropologie.

J’ai été conduit à inventer cet instrument par le désir d’étudier les angles auriculaires, c’est-à-dire les angles interceptés par les rayons qui, partant du milieu de l’axe bi-auriculaire, vont aboutir aux principaux points de la ligne médiane du crâne. Pour cela, je voulais obtenir sur un plan, par un procédé graphique, la courbe de profil du crâne, et, au centre de cette courbe, la projection unique des deux conduits auditifs. C’était un but tout à fait spécial ; mais lorsqu’il a été atteint, j’ai reconnu que mes dessins crâniographiques pouvaient fournir aisément beaucoup d’autres mesures.

J’ai donné à cet instrument le nom de r,ràniographe,^diVCQ qu’il a été construit pour dessiner les courbes du crâne ; mais il peut servir à dessiner aisément les contours d’un grand nombre d’autres corps et recevoir diverses applications, soit dans l’industrie, soit dans les arts.

Il consiste essentiellement en une tige appelée tige traçante^ assujettie, par un mécanisme particulier, à se mouvoir parallèlement à elle-même. On promène avec la main une des extrémités de cette tige sur les contours du corps qu’on veut dessiner, pendant que l’autre extrémité, terminée en crayon, trace sur un écran qu’elle affleure perpendiculairement projection géométrique de ce corps.

La figure qu’on obtient ainsi est une sorte de silhouette, puisque la tige traçante, mise en mouvement par la main, occupe successivement la situation de tous les rayons lumineux parallèles qui vont circonscrire l’ombre d’un corps opaque et en limiter la silhouette. On sait que celle-ci dénature entièrement la forme des corps dont les points les plus excentriques sont situés sur des plans différents ; mais elle donne exactement la courbe de profil du crâne et de la face, et en général de tous les corps qui peuvent être présentés à la lumière dans une situation telle, que tous les points tangents aux rayons lumineux soient situés dans un même plan, parallèle au plan de l’écran. Le cràniographe dessine en un clin d’œil tous les contours qui peuvent être rendus par la silhouette ; mais, de plus, il permet de reproduire certaines courbes crâniennes que la silhouette ne rendrait pas. Ainsi la courbe transversale bi-auriculaire et la circonférence horizontale du crâne peuvent être dessinées au crânio-

su» LE CRANIOGKÂUllE.

graphe lorsque le crâne est convenablement disposé vis-à-vis de l’écran ; ces courbes ne viendraient pas en silhouette, parce que, de quelque manière qu’on tourne le crâne, l’ombre des bosses pariétales dépasse les limites de la courbe bi-auriculaire, et de même celle des régions zygomatiques et mastoïdiennes masque une grande partie du contour de la courbe horizontale du crâne. En d’autres termes, la silhouette ne rend que les courbes qui peuvent être vues dans leur entier, soit du côté de la lumière, soit du côté de l’ombre, tandis qu’il suffit qu’une courbe soit visible d’un seul côté pour qu’elle puisse être reproduite par le crâniographe.

Mais celui-ci ne peut dessiner les lignes déprimées qui sont masquées de tous côtés par des parties plus saillantes. Ainsi, sur le profil du crâne, la face inférieure de l’apophyse basilaire, cachée à droite et à gauche par la saillie des apophyses styloïdes et sphéno-épineuses, est inaccessible à la tige traçante, comme elle est inaccessible à l’œil. Le crâniographe ne peut donc pas reproduire d’une manière complète tous les contours des diverses coupes idéales du crâne ; il ne pourrait le faire que si on réalisait préalablement les coupes par un trait de scie, chose qu’on doit éviter, pour ne pas détériorer les crânes. Il en résulte que les dessins crâniographiques de certains contours présentent de courtes lacunes. Mais on verra bientôt qu’il est aisé de retrouver la situation de certaines parties que la tige traçante ne peut pas directement aborder.

Tous ceu.x qui se sont amusés à dessiner des silhouettes savent que l’exactitude de ces dessins dépend de deux conditions. Il faut: I" que l’écran soit perpendiculaire à la direction des rayons lumineux ; 2“ que le plan du profil qu’on veut reproduire soit exactement parallèle à l’écran. Sans cela, on n’obtient que des caricatures.

Ces deux conditions doivent se retrouver dans le crâniographe. Il est donc indispensable : 1“ que l’écran soit fixé dans une situation telle que la tige traçante lui soit toujours exactement perpendiculaire ; 2° que le crâne soit placé et fixé dans une situation telle que la courbe à dessiner soit parallèle au plan de l’écran.

La première de ces deux conditions est facile à réaliser ; en construisant le crâniographe, on fixe l’écran une fois pour toutes

M EMOI U ES D’ANTll HO I>OLOGl E.

dans la situation indiquée. Pour réaliser la seconde condition, il est nécessaire de placer le crâne sur un appareil particulier et indépendant, qu’on dispose chaque fois vis-à-vis de l’écran dans la direction convenable.

L’appareil crâniograpliique se compose donc de deux parties distinctes : le crâniographe et le crâniophore.

Le crâniographe (Voyez la planche à la fin du mémoire, fig. J) se compose à son tour des pièces suivantes :

1° Une table horizontale AA en bois épais, rectangulaire, longue de 40 centimètres, large de 30 ;

2” Un montant en bois 13B, haut de 50 centim.ètres, fixé perpendiculairement sur l’un des bords de la table précédente et supportant un écran vertical de-carton G, rectangulaire, haut de 20 centimètres, large de 35 ; cet écran, bordé de deux baguettes de bois, est cloué sur le montant à \ 0 centimètres au-dessus de la table, à laquelle il est exactement perpendiculaire. On y attache avec de grandes serres-fines/,7, la feuille de papier sur laquelle le dessin doit être tracé ;

3“ A l’extrémité supérieure du montant est adaptée et fixée une potence horizontale en fer DD, longue de 12 centimètres, dont la direction, parallèle à celle de la table, est perpendiculaire à celle de l’écran ;

4“ Sous cette potence est suspendu le bras du crâniographe formé de l’assernhlage de quatre petites tiges métalliques dont la réunion constitue un trapèze rectangle abde. Les deux côtés parallèles de ce trapèze, ab et cd^ sont horizontaux. La lige ab se termine par deux petits tourillons, que reçoivent deux trous pratiqués dans la potence. Il en résulte une articulation à pivot dont l’axe de rotation, parallèle à la potence, est horizontal et perpendiculaire au plan de l’écran. Le trapèze abdc peut se mouvoir en avant et en arrière, mais ne peut exécuter aucun mouvement de latéralité ; le côté ac reste toujours compris dans un plan vertical, et le côté cd^ décrivant un cercle (ou plutôt un cylindre) autour de l’axe horizontal aâ, reste toujours horizontal, quelle que soit la situation qu’on lui donne ;

5° La pièce suivante est V avant-bras^ edef^ tige métallique en forme d’Y, unie à la pièce précédente en c et en d par une double articulation 5 pivot. La ligne a/, axe de rotation de

SUR LE CRÂMOGRÂPIIE.

l’avant-bras sur le bras, est le coude du crâniographe. En f est tixée une tige creuse /ÿ, parallèle à cd^ et par conséquent à ab. En saisissant avec la main la tige fg^ on peut l’élever, l’abaisser, la porter en avant, en arrière, en un mot la mouvoir en tous sens, excepté dans le sens latéral, et elle reste constamment parallèle à l’axe supérieur de rotation ab, c’est-à-dire horizontale et perpendiculaire à l’écran;

6“ Enfin la tige creuse fg reçoit la dernière pièce du crâniographe, qui est la tige traçante, hi ; celle-ci, plus longue que fg, supporte à son extrémité interne h une pointe de crayon qui affleure le plan de l’écran, et à son extrémité externe une aiguille d’acier trempé, gi^ d’un millimètre de diamètre. Les deux points i et h sont exactement situés dans l’axe de la tige fg ; par conséquent la tige traçante est et reste toujours horizontale et perpendiculaire au plan de l’écran. Il en résulte que, dans les mouvements imprimés au crâniographe, le point /i se meut toujours dans le plan de l’écran, que le point ^ se meut toujours dans un plan parallèle au plan de l’écran, que tout autre point de la tige traçante se meut également dans un plan parallèle au plan de l’écran, qu’enfin, si l’on suppose par la pensée qu’il y ait en i un second écran parallèle au premier, les deux points i et h décriront sur leurs écrans respectifs des figures identiques.

Au lieu de placer en i un second écran, on peut y placer un corps solide, dont le point i parcourra les contours, et, si la forme et la situation de ce corps sont telles, que tous les points accessibles à l’extrémité i de la tige traçante soient compris dans un même plan, le crayon h dessinera sur l’écran une figure exactement semblable au contour d’une coupe idéale pratiquée en i sur le solide en question, suivant un plan parallèle au plan de l’écran.

Supposons, par exemple, qu’on place au-dessus de la table AA un crâne situé de telle sorte que le plan médian ou de profil soit parallèle au plan de l’écran, à une distance de celui-ci égale à la longueur hi de la tige traçante. On pourra promener l’extrémité i sur tous les points de la ligne médiane de ce crâne, depuis l’arcade alvéolaire jusqu’à la protubérance occipitale, et même au delà ; dans ce mouvement, le crayon h décrira sur l’écran une courbe semblable à celle qui est représentée sur la figure 3,

MÉMOIRES D’aNTHHOPOLOGIE.

et cette courbe rendra exactement le profil du crâne, tel qu’on pourrait l’obtenir en calquant sur le papier les contours d’une coupe bien régulière, faite au moyen de la scie dans le plan médian de la tête.

De même, si l’on veut dessiner la circonférence horizontale du crâne (on désigne sous ce nom, qui n’est pas tout à fait exact, la circonférence maxima qui passe au-dessus des sourcils et des oreilles, et qui en arrière passe sur le point le plus saillant de l’écaille occipitale ), si, dis-je, on veut dessiner la circonférence horizontale du crâne, on trace d’abord sur le crâne, avec un crayon, les contours de cette courbe ; puis on renverse le crâne de telle sorte que la voûte regarde vers l’écran, que le plan de ladite circonférence soit parallèle à cet écran, et qu’enfin l’extrémité i de l’aiguille vienne reposer sur un des points de la courbe. Dans cette situation, tous les autres points de la courbe sont accessibles à l’extrémité de l’aiguille; et un mouvement circulaire, imprimé à cette aiguille, trace en même temps sur l’écran une figure qui reproduit exactement la circonférence horizontale du crâne.

Enfin on dessine tout aussi aisément la courbe transversale bi- auriculaire du crâne. C’est la courbe qui va d’un conduit auditif à l’autre en passant par l’extrémité supérieure de l’écaille de l’os frontal. On trace d’abord avec un crayon cette courbe sur le crâne; puis on tourne celui-ci le nez vers l’écran, à une distance telle que l’extrémité i de l’aiguille atteigne le bord supérieur de l’im des conduits auditifs; et on obtient sur l’écran le dessin delà courbe bi-auriculaire, en promenant la pointe de l’aiguille sur tous les points de cette courbe.

Si l’on essayait de retourner le crâne en le présentant à l’écran par l’occiput, une grande partie de la courbe bi-auriculaire, débordée par la saillie des pariétaux, deviendrait inaccessible à l’aiguille traçante.

C’est déjà une difficulté assez grande de disposer le plan de la courbe qu’on veut dessiner dans un plan exactement parallèle à celui de l’écran ; et si, à cette difficulté, on joint celle de venir affleurer exactement l’extrémité i de l’aiguille, on complique l’opération de quelques tâtonnements qu’il m’a paru utile d’abréger. A cet effet, j’ai rendu l’aiguille ^nndépendante du crayon /?.

SUR LE CRAiNlOGRAPHE.

La tige creuse fq reçoit à frottement un tube métallique datjs lequel l’aiguille peut rentrer en restant toujours horizontale. On peut donc à volonté augmenter ou diminuer la distance ///^ et, lorsque le crâne est une fois placé dans la direction convenable, on allonge ou on raccourcit la tige traçante //z jusqu’à ce qu’elle ait exactement la longueur voulue. D’un autre côté, un petit ressort à boudin, caché dans l’intérieur du tube, pousse doucement le crayon h vers l’écran, de sorte qu’on n’a pas à s’occuper de la situation du crayon ; on est certain qu’il tracera fidèlement sur l’écran toutes les courbes parcourues par la pointe de l’aiguille.

La courbe horizontale, la courbe bi-auriculaire transversale, et les autres courbes plus ou moins obliques qu’on peut reproduire au moyen du crâniographe ne sont certainement pas sans intérêt; mais elles sont loin d’avoir la même importance que la courbe médiane antéro-postérieure ou courbe de profil du crâne, et divers procédés fort simples, notamment celui de M. Marcé (lames de plomb) et celui de M. Harting (1), permettent de les obtenir rapidement. L’invention du crâniographe aurait donc été presque superflue, si les procédés connus jusqu’ici pouvaient donner la courbe de profil avec toutes les indications qui en rendent l’étude fructueuse. C’est donc particulièrement en vue de cette courbe que j’ai fait disposer l’appareil supplémentaire dit crâniophore^ destiné non-seulement à fixer le crâne vis-à-vis de l’écran dans la situation géométrique exigée pour l’exactitude du dessin de profil, mais encore à donner sur l’écran la projection de l’axe bi-auriculaire, celle du trou occipital, du vertex et du diamètre vertical du crâne.

J’ai lait construire successivement plusieurs crâniophores ; j’ai renoncé à celui que j’ai présenté à la Société en décembre 1861 (2); celui auquel je donne aujourd’hui la préférence est plus simple et moins coûteux ; il est d’un maniement beaucoup plus facile, et surtout il donne des résultats plus rigoureux.

Les indications qu’on se propose de remplir au moyen du crâuiophore sont les suivantes : il faut 1° que le plan médian du

(1) Harling, le Képhalographe, Utrecht, 1361, in-4, p. 9. Vojfi aussi Bulletins de la Société (l’attthropologie, 1861, t. Il, p. 683.

(2) Bulletins de 1861, t. Il, p. 671.

ÜO

crâne soit vertical ; 2° qu’il soit parallèle à l’écran et que, par conséquent, Taxe bi-auriciilaire qui lui est perpendiculaire soit perpendiculaire à l’écran; 3“ que la base du crâne soit horizontale.

Le crâniophore représenté sur la figure 2 se compose d’iine tablette carrée en bois dur et épais, AM.M'A', et d’une tige verticale BG, cylindrique-elliplique, hante de 25 centimètres. Cette tige verticale ou support est introduite dans le crâne par le trou occipital. Il faut donc qu’elle soit assez mince pour pénétrer dans ce trou, quelque petit qu’il soit lui-même, et assez grosse pourtant pour le remi)lir toujours en grande partie. Sa forme cylindrique-elliplique a été choisie parce que le trou occipipital est presque toujours lui-même à peu près elliptique. Elle a 23 millimètres dans un sens et IG dans l’autre, et il n’y a pas de trou occipital dans lequel elle ne puisse pénétrer.

Comme tout cylindre elliptique, le support du crâniographe présente deux bords arrondis et symétriques, qui correspondent au sens de sa plus grande épaisseur. L’un de ces bords ou bord antérieur se place entre les deux condyles de l’occipital, et s’applique sur le bord antérieur du ti-ou. Mais il y a toujours plusieurs millimètres d’intervalle entre son bord postérieur et le bord postérieur de ce trou.

La figure 2 représente le profil du crâniophore ; CB est le bord antérieur du support; ED en est le bord postérit ur. Ce bord postérieur présente une longue échancrure qui, à l’état de repos, est entièrement remplie par une épaisse languette d’acier trempé ED , fixée en D par un clou, en F par une \is de rappel. Cette vis F est située assez bas pour que le crâne le jdus haut, placé sur le support, ne puisse descendre jusque-là; lorsqu’on la tourne, la languette DE s’écarte angulairement de l’échancrure du support, dont le diamètre antéro-postérieur peut être ainsi rendu supérieur à celui du grand trou occipital.

Pour fixer le crâne, on y enfonce le support jusqu’à ce que celui-ci rencontre la voûte ; puis on tourne la vis F jusqu’à ce que la pression de la languette ED sur le bord postérieur du trou occipital soit suffisante pour rendre le crâne immobile.

Lorsqu’on ouvre un compas dans un anneau, celui-ci, soumis à une pression excentrique, tond à glisser vers le sommet du compas. De même, lorsqu’on ouvre le crâniophore dans le trou

SUR LE CRANIOGRAPIIE.

occipital, ce trou est sollicité à descendre vers la base rétrécie du support, c’est-à-dire que celui-ci tend à pénétrer de plus en plus dans le crâne; mais son extrémité supérieure est arrêtée parla résistance de la voûte, et, de cette lutte entre deux actions opposées, résulte la fixité du crâne.

Pour rendre la résistance plus efficace et pour empêcher le crâne de glisser sur l’extrémité supérieure du support, j’ai fait fixer sur cette extrémité une pièce de métal surmontée de petites pointes semblables à celles d’une grosse râpe, un peu convexe pour qu’elle puisse s’adapter dans la concavité de la voûte du crâne, et un peu oblique en bas et en arrière, afin que le point G, qui termine le bord antérieur du support, soit toujours le point culminant de l’appareil.

Grâce à cette disposition, après avoir donné au crâne, avec la main, une direction déterminée, on peut l’y fixer en tournant la vis du crâniophore, sans craindre que l’action de la vis le fasse dévier.

Cela posé, il s’agit de donner au crâne la direction convenable ; et d’abord il faut rendre la base du crâne horizontale. Si l’on s’en rapportait au simple coup d’œil, on commettrait fréquemment des erreurs assez graves. Il faut donc se servir d’une petite équerre isocèle, dont l’un des côtés est appliqué sur le bord antérieur du support CD, au niveau de la face inférieure des deux condyles, et dont l’autre côté, qui est horizontal, passe au-dessous de la voûte palatine. On abaisse alors l’arcade dentaire jusqu’à ce que le bord alvéolaire soit sur le prolongement de la branche liorizontale de l’équerre ; en même temps on s’assure que les deux condyles de l’occipital sont bien sur le même niveau, puis on appuie fortement une main sur le vertex, pendant que l’autre main tourne la vis du crâniophore. Lorsque la fixité du crâne est suffisante, on s’assure de nouveau, au moyen de Téquerre, que le crâne n’a pas bougé, et, en plaçant le crâniophore sur une table horizontale, on est certain que la ligne antéro-postérieure menée du bord de l’arcade alvéolaire au niveau des condyles occipitaux est horizontale.

Dans cette situation, la tête est dans la môme attitude que lorsqu’elle est en équilibre, dans la station debout, sur l’extrémité de la colonne vertébrale, et le bord antérieur du support

MÉMOIRES d’anthropologie.

du crâniophore occupe Vaxe vertical du crâne. La partie de ce bord qui s’enfonce dans le crûne mesure la longueur de cet axe; elle rencontre la voûte dans le point qui est situé directement audessus du bord antérieur du trou occipital. Elle atteint donc le vertex. point fort important dont la situation n’avait pas encore été rigoureusement déterminée. Ceux qui, jusqu’ici, ont mesuré iiûéiâeu rement le diamètre vertical du crâne ont procédé par tâlonnements, sans règle tixe, sans point de repère assuré. Le crâniophore, même sans le secours du crâniographe, permet de substituer à ces lâtonnements un procédé uniforme, qui a en outre l’avantage d’être géométriquement exact. Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’échelle graduée HK du crâniophore (fig. 2), pour connaître la longueur de la ligne menée du bord antérieur du trou occipital à la voûte du perpendiculairement au

plan de la base. Mais on n’a ainsi que le diamètre vertical intérieur; pour avoir le diamètre vertical total, il faut y joindre l’épaisseur de la voûte du crûne au niveau du vertex^ et cette donnée ne peut être fournie que par le crâniographe.

Mais reprenons la description de notre manœuvre.

La ligne médiane inférieure de la base du crâne étant rendue horizontale au moyen de l’équerre, on n’a pas encore la certitude que le plan de celle base soit lui-même horizontal, attendu qu’il ne suffit pas d’une seule ligne pour déterminer la direction d’un plan. On a bien pris soin, avant de serrer la vis du crâniophore, de placer les deux condylcs de l’occipital sur le même niveau ; mais cette évaluation, faite à la simple vue, n’est pas rigoureuse ; d'ailleurs les deux condyles ne sont pas toujours exactement symétriques, et enfin ce n’est pas la ligne bi-condylienne qu’il importq de fixer, c’est l’axe bi-auriculaire, c’est-à dire la ligne transversale qui passe par les deux conduits auditifs externes. Il faut donc s’assurer que ces deux conduits sont situés sur le même niveau. On peut le faire de plusieurs manières, mais on abrège la manœuvre en |)lnçant tout de suite le crâniophore sur la table du crâniograjthc, entre les tiges auriculaires., que je vais maintenant décrire.

Ces deux tiges métalliques sont représentées en N et N' sur la figure Elles sont plantées \erticalement sur la table du crâniographe, l’uiie sur le milieu du bord opposé au montant qui sup-

SUR LE CRANIOGRâPHE.

porte l’écran, l’antre à 20 cenlimèlres de la première, sur le trajet d’une ligne transversale perpendiculaire au plan de l’écran. Elles sont exactement pareilles, et il suflira d’en décrire une seule.

Chaque tige auriculaire se compose de deux pièces, l’une inférieure, fixe, N/, sorte de parallclipij)ède allongé, creusé dans toute sa longueur d’une ca\ité quadrangulaire : c’est la branche femelle; l’autre supérieure, /o, ou branche mâle, qui est un peu recourbée en haut (I), et qui en bas pénètre à frottement dans la [irécédente, où elle peut être fixée à toute hauteur parla vis de pression s. A son extrémité o, cette pièce su[>porte un tube métallique horizontal et transversal dont l’axe, perpendiculaire au plan de l’écran, est traversé par une fiche cylindrique et mobile, la /ic/ie auriculaire. Celle-ci, jouant dans un tube horizontal et transversal, est nécessairement toujours horizontale et transversale. On n’a pas oublié que les deux tiges auriculaires N et N' sont exactement pareilles rune à l’autre ; il en résulte que, lorsque les deux tubes o et o' sont placés à la même hauteur., leurs di'ux axes sont sur le prolongement l'un de l’autre, qu’ils se conlondent en un seul , et (pie cet axe unique est à la fois horizontal et perpendiculaire à l’écran.

Si maintenant le crâne est placé entre les deux tiges auriculaires, et si les deux fiches auriculaires sont poussées et introduites dans les deux conduits auditifs, on a la certitude que l’axe bi-auriculaire est horizontal et perpendiculaire à l’écran.

Prenons donc le crâniophore après y avoir fixé le crâne dans la situation sus-indiquée, et posons-le sur la table du crâniographe, entre les deux tiges auriculaires. Les deux fiches auriculaires ont été repoussées en dehors, la vis de pression s a été relâchée, et on soulève aisément la branche mâle lo jusqu’à ce que le tube 0 soit à la hauteur du conduit auditif correspondant ; on pousse la fiche auriculaire jusque dans ce conduit auditif pour s’assurer qu’elle y pénètre; puis on retourne le crâne et on s assure que la même fiche peut pénétrer également dans l’autre

,1) Le but de cette eourbure de la partie supérieure de la branche mâle est de reporter l'aie bi-auricul.lire en avant de la base des tiges nurii ulaires et de permettre à la tige traçante du

cràniogiaphe u’atte ndre le support du ciâniopbore, qui sans cela serait masqué par la branehe N7'.

oreille. Si l’expérience réussit, on a la certitude que l’axe biauricLilaire est exactement horizontal. Dans le cas contraire, on relâche la vis du crâniophore, et on met le crâne en équilibre. Toutefois, lorsque la différence de niveau des deux conduits auditifs n’est que de S à 6 millimètres, on peut éviter ce remaniement en introduisant sous l’un des bords de la base du crâniopliore un petit coin de bois destiné à rétablir le niveau (i).

Lorsque le crâne a été présenté successivement par ses deux conduits auditifs à la fiche auriculaire u, on serre la vis 5, de sorte que désormais la tige auriculaire de ce côté ne bougera plus. Alors on allonge ou on raccourcit l’autre tige auriculaire N'(>' jusqu’à ce que le tube o' soit exactement sur le même niveau que le tube o. Pour s’en assurer, on n’a qu’à compter les millimètres gradués sur les deux branches mâles /o, l'o ; puis on serre la vis 5', on pousse les deux tiges auriculaires 0, o\ dans les deux conduits auditifs, et on est certain 1“ que l’axe bi-auriculaire du crâne se confond avec l’axe commun des deux fiches auriculaires; 2® que cet axe par conséquent est horizontal et perpendiculaire à l’écran ; 3° que par conséquent encore le plan médian du crâne, qui est perpendiculaire à cet axe, est parallèle à l’écran ; 4® que par conséquent enfin la projection de la courbe

(1) Ce petit artifice, qui abrège beaucoup les tâtonnements, ne peut pas nuire sensiblement à l’enactitude-du résultat. Il est clair, en premier lieu, que le plan du profil du crâne e^ ainsi rendu parallèle à l’écran ; le tiacé du crâniographe sera donc parfaitement rigoureux, fa projection de la ligne médiane inférieure de la base du crâne sera rigoureuse aussi, puisque le coin de bois placé sous un des bords latéraux du crâniophore ne peut aucunement changer le niveau des dents incisives, et que la base du crâne par conséquent reste exactement horizontale. Si l’on ne voulait obtenir que la courbe du profil et la projection du point auriculaire, on pourrait donc sans la moindre erreur redresser toujours avec des coins de bois le pUn du profil, quelque oblique qu’il fût par rapport au crâniophore. Mais on veut obtenir de plus la projection de l’axe vertical du crâne, qui est représenté par le bord antérieur du support du crâniophore. Ce support, quelque incliné qu’il soit, ne penche ni en avant ni en arrière, mais seulement à droite ou à gauche ; il reste toujours compris dans un plan vertical et transversal, et par conséquent donne toujours pour projection une ligne verticale. Mais la longueur de cette projection diminue lorsque le support est incliné, par conséquent la longueur de l'axe vertical du crâne doit être rendue plus courte sur le dessin qu’elle ne l’est sur la piece. Il ne s’agit plus que de savoir si cette réduction est considérable. Or, j’ai reconnu par des moyens géométriques, et véi ilié ensuite expérimentalement, que l’inclinaison produite pir un coin de bois de 8 mill mètres d’épaisseur, placé sous l’un des côtés du crâniophore, a (lour conséquence de réduire de 1 millimètre la projection de la totalité dn suppoit, et d'un peu moins d’un demi-millimètre celle de la moitié supérieure de ce support. L’axe vertical du crâne occupant environ celte moitié supérieure, la projection en est réduite de moins d’un demi-millimètre par un coin de bois épais de s millimètres, r.’est une erreur insignifiante. Il ne faudrait pas toutefois que celle erreur fût dépassée ; par conséquent, lorsque la différence de niveau du conduit auditif sera de plus de 5 à 6 millimètres, on fera bien de redresser le crâne sur le crâniophore au lieu d’incliner celui-ci.

SUR LE CRANIOGHAPllE.

de profil du crâne donnera sur l’écran une figure exactement égale à celle de cette courbe.

On est certain en outre que le plan de la base du crâne est horizontal, et que sa projection sur l’écran sera une ligne horizontale, perpendiculaire à la projection du bord antcjieur du support du crâiiiophore.

Il s’agit mainlenant de fixer le crâne et le crâniophore dans cette position, qui doit rester invariable pendant toute la durée de l’opération crâniographique. Pour cela on soulève l’extrémité T du ressort d’acier courbé UT, qui est composé de deux lames superposées, comme un ressort de voiture, et qui est fixé eu R, sur la table du crâniograplie, par un clou tournant. On applique cette extrémité T sur le pied du crâniopbore, et la force du ressort, favorisée encore par des dents de râpe situées à sa face inferieure, assure l’immobilité du crâniophore. On saisit alors avec la main la tige traçante du crâniograplie, on donne à l’aiguille (ji la longueur convenable et on la promène soit d’avant en arrière, soit d’arrière en avant, sur la courbe de profil du crâne et de la face. Pendant ce trajet, le crayon trace sur l’écran la figure de cette courbe, et lorsqu’on rencontre un point dont on désire déterminer la situation, il suffit, pour le marquer sur le dessin, de faire un petit trait excentrique comme ceux qui sont représentés en B, C, D et E sur la figure 3.

Toutes les fois que les incisives supérieures médianes existent, on prolonge le profil crâniographique jusqu’au bord inférieur de ces dents, a; mais en passant on marque toujours soigneusement par un trait excentrique le point A, qui est le bord inférieur de l’arcade alvéolaire supérieure, et qui est la véritable limite de la région maxillaire. Lorsque le crâne est muni de sa mâchoire inférieure, on prolonge le dessin jusqu’au niveau delà symphyse, en ayant soin de marquer en même temps le bord supérieur de l’arcade alvéolaire inférieure.

Le profil de la face et de la voûte du crâne, jusqu’à la protubérance occipitale E, est toujours parfaitement correct; mais depuis ce point E jusqu’au bord postérieur du trou occipital F, la courbe tracfe sur le papier ne reproduit pas toujours fidèlement la courbe de [irofil du crâne, parce que la saillie des bosses

cérébelleuses est quelquefois plus forte que celle de la crête médiane de l’occipital. Cela serait de peu d’importance ; mais, chez un certain nombre de sujets, le bord postérieur du trou occipital, masqué par la saillie de ces bosses, n’est pas accessible à la tige traçante ; celle-ci atteint alors le bord postérieur du support à quelques millimètres au-dessous du bord postérieur du trou. Il est donc nécessaire de faire une correction, attendu que la projection de ce bord [)OStérieur doit être rigoureusement déterminée. A cet effet, la faire postérieure de la lame métallique ED du crâniopbore (tig. 2) est graduée en millimètres ; on note ainsi de combien de millimètres le trait du dessin descend audessous delà vraie situation du bord postérieur du trou occipital ; et on remonte le point F d’un nombre égal de millimètres, au moyen d’un trait de crayon tracé à la main.

Lorsque le dessin est terminé, on replie l’avant-bras du crâniographe, on le fixe, en P, a un tourillon adapté à la potence DD, et on détermine au centre du dessin la projection de l axe bi- auriculaire, en poussant vers l’écran la fiche auriculaire correspondante. Celle-ci se termine en une pointe émoussée qui marque un point sur le papier. On marque aussitôt avec une petite croix la situation de ce point.

Ce serait déjà beaucoup d’avoir en un clin d’œil la courbe de profil du crâne, la situation de tous les points de cette courbe qu’on veut étudier et celle de la projection auriculaire. Mais, quoique la saillie des apophyses mastoïdes, styloïdes et ptérygoïdes ne permefte pas de dessiner la base du crâne, quoique le dessin, partant de la ligne médiane de l’arcade dentaire, s’arrête nécessairement au bord postérieur du trou occipital après avoir parcouru le protil de la face et de la voûte du ci âne, on peut, par un moyen fort simple, tracer sur le dessin la projection du bord antérieur du trou occipital, qu’on considère à juste titre comme le centre delà base du crâne.

Sur le bord antérieur du support du crâniograpbe existe une échelle en millimètres dont le zéro, placé en H, est situé à 15 centimètres du point G. Aucun crâne n’ayant un diamètre vertical intérieur plus grand que 15 centimètres, le bord antérieur du trou occipital est toujours situé au-dessus du point H. On compte le nombre de millimètres compris entre ce bord et le

SUK LE CRANIOGRAPIIE.

point H. On trouve, par exemple, que la distance est de 22 millimètres. Pour ne pas l’oublier, on inscrit sur un coin de l’écran ; HI = 22 ; puis, sans déranger le crâniopliore, on relûche la vis F jusqu’à ce que le crâne soit libre ; on écarte la fiche auriculaire externe o, et on retire le crâne.

Le support du crâniographe reste ainsi seul en face de l’écran, sur lequel la courbe du crâne et la projection auriculaire sont déjà tracées. Alors, on saisit de nouveau la tige traçante, on l’applique en H, c’est-à-dire sur le zéro du support tlu crâniographe, et, suivant de bas en haut le bord antérieur de ce support, on dessine d’un seid trait la projection de la tige HC du crâniopliore. Cette projection est représentée sur la figure 3 par la ligne HM. Le point M, projection de l’extrémité supérieure du crâniopliore, est l’extrémité supérieure du diamètre vertical interne. Il ne reste plus qu’à prendre, à partir du point H, une longueur HI = 22, pour obtenir le point I, projection du bord antérieur du trou occipital.

On voudra bien me pardonner la longueur et l’aridité de ces détails descriptifs. Désirant que mon instrument puisse contribuer à régulariser la mensuration du crâne, à la rendre précise et uniforme, j’ai dû insister autant sur la manœuvre que sur la construction de l’appareil crâniographique. Au surplus, ce qui a été si long à décrire est, dans la pratique, d’une grande simplicité. Avec un aide un peu exercé, on peut sans dilficulté dessiner de 15 à 18 crânes par heure, et si l’on veut tirer ces dessins à plusieurs exemplaires, cela exige à peine une minute de plus pour chaque exemplaire supplémentaire. Les dessins ainsi obtenus peuvent être reliés en volume et servii- à un grand nombre de recherches (1). On me permettra maintenant de montrer le parti qu’on peut en tirer dans les études crâniologiques.

La figure 3 représente un de ces dessins. Tous les traits pleins, savoir : la ligne courbe «ABCDEF, les petits traits excentriques

(1) Je possède ainsi, reliés en cinq volumes, les dessins de *50 crânes du musée de la Société d'anthropolo.ie, et ceux d'une centaine de crânes que j’ai étudiés au .Muséum d histoire naturelle, grâce à la complaisance de M. le professeur de Quatrefages. Tous ces dessins ont été faits sur le verso de feuilles d’observations crâniométriques, imprimées à l’avance, et dont il ne restait plus à remplir que les blancs. J’ai pu ainsi insciire toutes les mesures de chaque crâne, courbes, diamètres, angles, rayons, projeciions, etc., en face du dessin qui le lepiéscnle. Je ue saurais dire combien cette oisposition facilite les recberches.

marqués en A, B, G, D et E, et enfin la ligne verticale MH, ont été, ainsi que le point O, tracés par le crâniographe. Les autres lignes, qui sont ponctuées, sont le résultat de constructions faites après coup.

A est le bord inférieur de l’arcade alvéolaire, B est le point sus-orbitaire, G est le bregma, D est le lambda, E est la protubérance occipitale externe, F enfin est le bord postérieur du trou occi[)ital. J’ai donné à ces cinq derniers points, qui limitent les principales régions crâniennes, le nom de points singulie?'s de la voûte du crâne, expression empruntée aux géomètres, qui désignent ainsi les points d’une courbe qui ont une signification ou des propriétés particulières. La situation de ces points singuliers du crâne, leur raison d’être, leur détermination rigoureuse au moyen de traits de crayon tracés préalablement sur le crâne, ont été l’objet d’une communication que j’ai faite à la Société d’anthropologie le 2 janvier 1862 (1). Je ne crois donc pas devoir y revenir ici.

Outre ces points singuliers, qui sont désignés par des traits excentriques, il en est d’autres qui paraissent d’eux-mêmes sur le dessin et dont chacun peut se servir à sa guise ; ce sont : «, le bord inférieur des incisives médianes ; m, l’épine nasale inférieure ; 71, le bord inférieur des os du nez, et p, la suture frontonasale.

Le point O est le point auriculaire ; le point I ‘est le bord antérieur du trou occipital ; la ligne IM est l’axe vertical du crâne ; M est le point de la voûte du crâne qiii correspond au vertex.

En prolongeant TM jusqu’à la rencontre de la courbe extérieure, on obtient le point V, qui est le vertex, et on voit ainsi quelle est la situation du vertex par rapport au bregma G. Le .point V tombe tantôt sur le point G, tantôt en avant, tantôt en arrière. Gela dépend à la fois de la forme du crâne et du degré de développement de l’os frontal pC. 11 serait superflu de signaler la valeur de ce caractère, qui est en rapport avec l’un des éléments les plus importants de la constitution du crâne.

(I) Voyez nulletins de la Société d'anthropologie, t. 111, p. 17-23. Voyez aussi, I. II, p. C7 Ce travail est reproduit plus loin, p. 73.

SUR LE CRÂNIOGRAPIIE.

La ligne ponctuée VM donne l’épaisseur du crâne au niveau du vertex.

Avant toute autre construction, la figure nous montre déjà la situation de l’axe bi-auriculaire O par ivapport au trou occipital, c’est-à-dire par rapport à l’axe vertical IM, qui passe par le bord antérieur de ce trou. On sait combien les auteurs ont discuté sur ce sujet ; les opinions les plus contradictoires ont été émises, parce que les parties (ju’on voulait comparer ne sont pas placées sur le môme plan, et parce qu’on n avait aucun procédé capable d’en déterminer rigoureusement la situation relative. Le crâniographe, en donnant la projection géométrique de ces parties, permet de faire cette détermination immédiatement et de 1 exprimer en millimètres.

Abaissons maintenant du point A sur l’axe vertical MH une perpendiculaire Ar, que nous prolongeons jusqu en arrière du crâne ] puis, appliquant l’équerre sur cette ligne prolongée, menons une verticale /s, tangente à la partie la plus reculée de 1 occipital.

On n’a pas oublié que MH est la projection du bord antérieur du support du crâniophore, et que le crâne a été placé sur ce support de telle sorte qu’une équerre, appliquée au niveau des condyles de l’ucci[)ital, allait aboutir, par sa branche horizontale, au bord de l’arcade alvéolaire, dont la projection est en A. La ligne Ar5, abaissée perpemliculairement sur MH, est donc la projection du bord supérieur de celte équerre ; par conséquent, elle représente la situation de la ligne médiane inférieure du crâne, lorsque celui-ci est en équilibre sur la colonne vertébrale, et elle indicpie le niveau du plan horizontal tangent à la face inférieure des condyles occipitaux. Dès lors, il est clair qu elle doit toujours passer au-dessous du ])oinl I, et la distance D’, indiquant la hauteur du bord autéi'ieur du trou occipital au-dessus du plan des condyles, exprime en millimètres la saillie de ces condyles.

La longueur As est Voxe Jtorhnnlal maximum de la tête. Cet axe se décompose en deux parties, l’une antérieure A?’, 1 autre postérieure qu’on mesure isolément en millimètres; on obtient ainsi d’une manière rigoureuse des éléments précieux qui permettent d’exprimer en centièmes la situation du trou occipital 1,

par rapport aux deux extrémités du crâne. Plus la longueur Ar est considérable relativement à la longueur rs^ plus la région antérieure de la tête est développée par rapport à la région postérieure.

Les deux lignes Ar, r5, sont les deux projections antérieure et postériew'e du profil de la tête. Il est clair, en efiét, que Taxe As est l’intersection du plan vertical médian et du plan horizontal de la base du crâne ; il reçoit donc le pied de toutes les perpendiculaires abaissées de la ligne de profil de la tête sur ce plan horizontal. Par conséquent, la ligne rs, étant la projection de toute la partie de la courbe qui est située en arrière du vertex V, mérite le nom de projection postérieure ; et, par une raison analogue, la ligne Ar mérite le nom de projection antérieure.

La projection postérieure Ar exprime l’étendue de la partie postérieure du cerveau dans le sens longitudinal ; mais la longueur de la projection antérieure Ar dépend de deux éléments bien distincts. Elle peut être accrue, soit par le déveloj)pement de la région antérieure du crâne, soit par le développement de la face. Si l’on ne s’efforçait pas de séparer ces deux éléments, on serait conduit à méconnaître, avec beaucoup d’auteurs, l’importance et la signification des deux lignes Ar et rs. Ainsi, dans notre race, le visage est peu oblique, la longueur de la projection antérieure dépend surtout du développement de la région antérieure du cerveau, et, lorsque cette longueur est considérable, on doit y voir un caractère de supériorité; et cependant nous sommes sous ce rapport distancés par les nègres. Chez eux la projection antérieure est bien plus longue que chez nous ; mais cela dépend de la saillie et de l’obliquité de la face, c’està-dire du prognathisme., qui est au contraire un caractère d’infériorité. Faute d’avoir suffisamment établi cette distinction, on a méconnu la valeur de l’étude de la projection antérieure. Il est donc indispensable de diviser cette ligne en deux parties : l’une cérébrale^ l’autre faciale. Pour cela, abaissons du point sus-orbitaire 13, qui établit la séparation du crâne et de la face, une ligne 13*7 perpendiculaire sur Ar. Nous divisons ainsi Ar en deux parties, et l’axe antéro-postérieur As se trouve décomposé en trois parties, qui sont : A({., projection faciale; qr, pro-

SUR LE CRANIOGRAPIIE.

jection cérébrale antérieure , rs, projection cérébrale postérieure. Le rapport de qr à rs exprime le développement relatif des deux grandes régions cérébrales dans le sens de la longueur. Quant à la Jigne A^, elle mesure exactement l’étendue du prognathisme du crâne. Ce dernier caractère n’a pu être étudié jusqu’ici d’une manière rigoureuse, car le degré d’ouverture de l’angle facial, dont nous allons maintenant parler, n’exprime qu’indirectement et inexactement le degré d’obliquité de la face.

La valeur et la signification de l’angle facial, exagérées dans l'origine, ont donné lieu depuis vingt ans à des contestations légitimes. On sait que cet angle est limité par la ligne faciale et par une ligne tirée de l’oreille à l’arcade alvéolaire supérieure. Ce n’est pas ici lelieu d’exposer les divers procédés usités jusqu’ici pour la mensuration de cet angle ; le goniomètre de Morton et surtout celui de M. Jacquartont été construits pour rendre cette détermination plus facile et plus exacte. Or, le dessin crâniographique permet de mesurer cet angle sans la moindre erreur et avec une grande rapidité. Il suffit de mener une ligne du point A au point auriculaire O, et une autre ligne du point A au point sus-orbitaire B. Cette dernière ligne AB est bien la ligne faciale ; la courbe B/j, qui reste en avant d’elle, représente la bosse nasale et fait partie de la face ; M. Jacquart l’a amplement démontré, et l’un des principaux avantages de son procédé est précisément d’éviter l’erreur qui résultait, dans le procédé primitif de Camper, des variations de la saillie de cette bosse nasale. L’angle B.VO de notre figure est donc l’angle facial tel qu’on pourrait l’obtenir avec le meilleur goniomètre. On sait que Camper, au lieu de placer le sommet de l’angle facial en A, c’est-à-dire au bord ininférieur de l’arcade alvéolaire, le plaçait en m sur l’épine nasale férieure; d’autres l’abaissent jusqu’au bord inférieur des incisives a. Je pense que ces deux procédés sont défectueux ; mais ceux qui pensent autrement trouveront sur le dessin crâniographiqiie toute facilité pour mesurer l’angle facial à leur manière.

Ceux qui ont attaché tant d'importance à. la mensuration de l’angle facial espéraient déterminer ainsi le développement relatit du crâne et de la face. On supposait qu’à crâne égal, l’angle facial le plus aigu devait appartenir à la face la plus saillante:

MÉMOIRES d’anthropologie.

cela est vrai d’ailleurs dans beaucoup de cas, et cela serait toujours vrai, si la ligne auriculo-maxillaire AO était horizontale (elle ne l’est jamais), ou seulement si elle était toujours également inclinée sur l’horizon. Mais on a reconnu que la hauteur de l’oreille au-dessus de la base du crâne variait beaucoup suivant les individus et suivant les races. L’ouverture de l’angle facial ne dépend donc pas seulement de l’obliquilé de la ligne faciale AB, mais encore de celle de la ligne auriculaire AO ; et il en résulte ceci, qu’un blanc orthognathe dont le conduit auditif est très-élevé peut avoir l’angle facial aussi aigu qu’im nègre dont le conduit auditif est situé très-bas. C’est la principale objection qu’on ait faite contre la valeur du caractère de l’angle facial, et personne n’en méconnaîtra la gravité.

Or, le dessin crâniographiqne permet de mesurer un autre angle facial qui ne dépend plus, comme le précédent, de deux éléments variables, mais d’un seul, et qui exprime par conséquent un caractère parfaitement précis. Ce qu’oii veut mesurer, c’est le degré d’obliquité de la ligne faciale, et non autre chose; le véritable angle facial est donc l’angle BAr, intercepté par la ligne faciale et par la ligne horizontale de la base du crâne. 0 Gant à l’élévation du conduit auditif au-dessus de ce plan, c’est un élément d’une tout autre nature, (lui a son importance aussi, mais qui ne doit pas être confondu avec 1e précédent. Elle se mesure exactement sur notre dessin : c’est la distance comprise entre le point O et la ligne horizontale Ar. Je ne connais aucun autre procédé qui permette de la mesurer exactement, et les discussions qui se sont élevées à ce sujet le prouvent suffisamment.

Une dernière construction va nous donner les rayons, les angles et les triangles auriculaires. Pour cela, menons du point auriculaire O, les lignes OA, OB, OC, OÜ, OE, OF. Ce sont les six principaux rayons auricniaires. AO est le rayon maxillaire, OB le r'iyon sas-orbilaire , OC le rayon breymatiyne, OD le rayon lambdoïdin. Le rayon OE représente exactement la situation de la tente du cervelet qui sépare le cerveau du cervelet; il aboutit à la protubérance occipitale, qui constitue la saillie de la nuque, et je propose de le désigner sous le nom de rayon invi que [àe. ïvtov, nuque). Enfin le rayon OF, aboutissant au bord postérieur du trou occipital.

SUR LE CRANIOGRAPRE.

pourrait être désigné sous le nom de rayon métaporique (fj^Exd, derrière, -iropo;, trou).

Ces six rayons interceptent les cinq angles auriculaires, savoir : 1" l’angle orbito-maxillaire AOB, qu’on peut, si l’on veut, diviser en deux parties, l’une orbitaire, l’autre maxillaire, au moyen d’une ligne tirée de O en p; 2” V angle frontal BOG ; 3“ X angle pariétal COD ; 4° X angle sus-occipital DOE ; 3" enfin X angle sous-occipital ou cérébelleux EOF.

La somme des trois angles du milieu donne l’angle BOE ou angle cérébraf qu’il est intéressant de comparer aux deux angles extrêmes, c’est-à-dire d’une part à l’angle orbito-maxillaire, d’une autre part à l’angle cérébelleux.

Chacun des cinq angles auriculaires intercepte, avec la courbe de profil du crâne, un triangle mixtiligne de même nom que l’angle correspondant : par exemple, le triangle mixtiligne BOG est le triangle frontaf et ainsi des autres. On peut déterminer approximativement l’aire de ces triangles en les considérant comme des triangles rectilignes, et cela peut suffire lorsqu’on se propose seulement de les comparer entre eux ; mais lorsqu’on désire obtenir une approximation plus grande, on tire les cordes BG, CD, DE, EF, et on ajoute respectivement à la surface des triangles rectilignes celle du segment compris entre ces cordes et les arcs correspondants de la courbe.

L’étude des angles, rayons et triangles auriculaires fournit des éléments précieux pour la détermination du développement relatif des régions correspondantes. Ces éléments, étant exprimés en chiffres, peuvent aisément servir à prendre des moyennes, et à construire ensuite, avec un rapporteur et un compas, le profil schématique du crâne moyen d’une collection quelconque d’individus.

L’un des traits les plus caractéristiques du crâne est la forme de la courbe de profil du front. L’ampleur des lobes antérieurs du cerveau dépend en grande partie de la direction que prend cette courbe à son origine en B, et d’où résultent ce qu’on appelle le front droit, le front oblique, le front bombé, le front déprimé, le front fuyant, etc. La direction de la ligne faciale ne donne absolumient aucune idée de ces différences importantes, et l’on a vu, dans les discussions auxquelles le système

C4 MÉMOIRES D’aNTIIROPOLOGIE.

de Gall a donné lien, les assertions les plus contradictoires émises à ce sujet par les anthropologistes aussi bien que par les naturalistes. Ce qu’on cherche à déterminer, c’est la direction du front, non pas par rapport à la base de la tête^ qui est horizontale, mais bien par rapport à la base du crâne, qui est toujours trèsobliijne. Notre figure va nous permettre de faire celte détermination. La ligne Bü, projection d’un plan qui passerait par le point sus-orbitaire et par les deux conduits auditifs, établit la séparation du crûne et de la face, et représente assez exactement la dirfclion de la j)ariie antérieure delà base du cerveau. D’un autre côté, la courbe BG représente la direction de la partie antérieure de la convexité du cerveau. Il s’agit donc de mesurer l’angle compris entre cette ligne droite et cette ligne courbe. Pour cela, on mène en B une ligne droite B/, .tangente à la courbe frontale, et l’angle /BO, mesuré au rapporteur, exprime le degré d’ouverture de la partie antérieure de la loge frontale.

Le profil crâniométrique permet de mesurer très-rapidement un grand nombre de cordes et de diamètres qu’on obtiendrait peut-être moins exactement sur le crâne même avec le compas d’épaisseur. Tels sont: la ligne faciale AB, le diamètre antéro-postérieur maximum du crâne, la distance du vertex à l’arcade alvéolaire età la protubérance occipitale, etc. La ligne IF donne la largeur et la direction du trou occipital. I/? est la distance en ligne droite du bord antérieur de ce trou à la suture fronto-nasale. En ajoutant à celte ligne la longueur du trou occipital et la courbe occipito- frontale ;?BCDF, mesurée sur le crâne avec le ruban métrique, on obtient la circonférence antéro-postérieure verticale du crâne, laquelle ne peut être mesurée directement sur le crâne sans perdre beaucoup de temps et sans sacrifier au moins l’un des os pro[ires du nez.

Sur. ce même profil on peut construire la plupart des lignes, angles et triangles crâniométriques usités par les divers auteurs. Le célébré hinngle facial de Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, qui ne pouvait être directement déterminé et qu’on n’obtenait sur le papier qu’après avoir construit deux triangles isocèles auxiliaires, se trouve ici tout tracé : c’est le triangle BAG de notre figure .3, et il ne s’agit plus que d’en mesurer les angles avec un rapporteur. Si l’on voulait avoir les trois lineæ nuchales

SUR LE CRÂNIOGRAPIIE. qu

de Herder et les angles quelles interceptent, on n’aurait qu’à tirer les lignes AF, BF, VF. Pour tracer les deux ligyies céphaliques de Doornik, il suffira de mener VO et kl. Si l’on cherche les cinq lignes céphalométriques de Spix, on trouve les trois premières dans les trois côtés du triangle A;?r; les deux dernières sont deux lignes menées parallèlement à l’axe horizontal kr par les points l et V. Le triangle céphalique de M. Deschamps a pour base la ligne BE et pour sommet le bord inférieur de la symphyse du menton. Notre figure représente un crâne sans mâchoire inférieure, comme ils le sont presque tous; mais, lorsqu’on possède ce dernières, le crâniographe on dessine le profil à volonté, et donne alors le point où M. Deschamps a placé le sommet de son triangle. Les lignes de Engel forment un pentagone dont les points I, F, D, G et p de notre figure sont les sommets. On tracerait et on mesurerait tout aussi aisément les quatre lignes et les trois angles de Ward, etc. En un mot, tous les éléments de détermination et de comparaison qu’on a étudiés jusqu’ici sur la coupe antéro-postérieure de la tête, soit directement sur des crânes ouverts à la scie, soit graphiquement à l’aide de constructions géométriques plus ou moins compliquées , s’obtiennent immédiatement sur notre profil crâniographique, qui peut ainsi fournir à lui seul, sans la moindre peine et sans erreur possible, la plupart des données céphalométriques.

Certains éléments crâniométriques, étudiés depuis longtemps par d’autres procédés, peuvent être déterminés sur les dessins crâniographiques d’une manière plus rigoureuse et surtout plus uniforme qu’ils ne l’ont été jusqu’ici.

En outre, d’autres éléments fort précieux, qu’on n’avait pu soumettre à une étude scientifique faute de procédés ou de moyens d’investigation, deviennent, grâce au crâniographe, accessibles aux recherches positives. Parmi ces données nouvelles je signalerai : i° la détermination du vertex V et de sa position par rapport au bregma G ; 2“ celle du véritable diamètre vertical VI; 3“ celle du véritable angle facial BAr, c’està-dire de l’inclinaison de la ligne faciale sur l’axe horizontal de la tête ; 4“ celle des trois projections kq, qr^ qs, qui mesurent respectivement l’étendue antéro-postérieure de la face, de la

partie antérieure du crâne et de sa partie postérieure ; 5® celle des six rayons et des cinq angles auriculaires en rapport avec le développement de la face, dc/ la vertèbre frontale, de la vertèbre pariétale et des deux régions sus et sous-occipitales; 6° celle des rapports du point auriculaire (c’est-à-dire de l’axe bi-auriculaire) avec l’axe horizontal inférieur de la tête, d’une part, avec le trou occipital et avec l’axe vertical de la tête, d’une autre part.

Pour déterminer et mesurer les nombreux éléments dont je viens de parler, il était necessaire d’obtenir des tracés rigoureusement exacts et des projections géométriques irréprochables. Je ne crois pas me tromper en disant que jusqu’ici ces indications n’avaient pas été remplies. Les dessins ordinaires tracés à la main, même par les meilleurs artistes, ont aujourd hui fait leur temps ; ils ne peuvent jamais prétendre à l’exactitude absolue qu’exige la science. Les épreuves photographiques donnent très-exactement la courhe du profil du crâne, et peuvent même donner le point auriculaire, lorsqu’on s’entoure de précautions particulières, et que le centre de l’objectif se trouve placé sur le prolongement de l’axe bi-auriculaire. Cela exigerait une installation toute spéciale et une surveillance assidue : toutefois cette difficulté ne serait pas insurmontable. Mais la position du trou occipital n’est pas apparente sur les épreuves photographiques et ne peut être déterminée : l’axe vertical de la tête reste tout à fait incertain ; les dimensions absolues ne peuvent être retrouvées que par des calculs de proportions dont la base est difficile à établir. Enfin et surtout, la situation de certains points de repère est inexacte à cause de la perspective. Le point bregmatique, par exemple, est tout à fait trompeur. On croit pouvoir placer ce point là où le trait de la suture coronale semble couper la courbe de la convexité du crâne : c’est une pure illusion. Si cette suture était parfaitement transversale, le point où elle paraît aboutir sur l’épreuve correspondrait exactement au bregma , mais elle est oblique ; sa partie la plus interne, celle qui va rejoindre la suture sagittale, est comprise dans le plan à peu près horizontal qui limite la face supérieure du crâne, elles rayons lumineux qui en partent n’atteignent pas l’objectif du daguerréotype, qui est toujours un peu au-dessous de ce plan. Le bregma apparent des épreuves photographiques est donc le plus souvent

SUR LE CRANIOGRAPIIE.

situé en avant du bregma véritable. Je me suis assuré que cette différence peut aller dans certains cas jusqu’à cinq ou six millimètres, et ce n’est pas là une erreur qu’on puisse corriger, attendu qu’elle varie suivant le degré d’obliquité de la suture coronale et suivant le degré d’aplatissement de la face supérieure du crâne.

Les dessins faits à la chambre claire, à la silhouette ou au diagraphe perspectifs prêtent le flanc aux mêmes objections. Ceux que donne le diagraphe géomélral seraient irréprochables, si la position du trou occipital et de l’axe vertical pouvait y être indiquée. Mais cet instrument coûteux, fort délicat, qui se dérange souvent, ne peut être manié que par des mains expérimentées. Il exige une installation compliquée et une habileté spéciale qu’on ne peut acquérir que par un long exercice, car il faut que la main s’habitue à exécuter automatiquement des mouvements très-précis que l’œil ne suit pas directement. 11 ne m’a donc pas paru que le diagraphe géométral fût suffisamment pratique pour avoir chance de se vulgariser.

Le céphalographe de M. Harting, quoique destiné principalement à prendre les courbes de la tête sur le vivant, peut être appliqué sur le crâne sans difficulté, et la série de points qu’il donne sur le papier peut être aisément transformée en trait continu. De plus, un appareil supplémentaire, annexé au corps de l’instrument, détermine la projection du point auriculaire avec une exactitude suffisante. Mais, pour pouvoir marquer sur la courbe de profil la situation des points singuliers de la voûte du crâne, il faudrait faire subir à l’appareil primitif de M. Harting des modifications qui n’ont pas encore été foites, et qui, selon toute probabilité, compliqueraient singulièrement la manœuvre. En outre, l’instrument, tel qu’il existe aujourd’hui, ne peut donner aucun point de la base du crâne ; enfin, l’axe horizontal et l’axe vertical de la tête restent tout à fait indéterminés.

Les courbes construites sur les mesures fournies par le céphaloinètre, ce bel instrument dont notre collègue, M. Antelme, a doté l’anthropologie, se prêtent merveilleusemc ttt à l’étude des angles auriculaires. Le céphalomètre permet non-seulement de construire toutes les courbes du crâne (à l’exception de la circon-

6S MÉMOIRES d’aNTIIROPOLOÜIE.

lerence horizontale), mais encore de fixer la position de l’axe biauriculaire, avec d’autant plus de certitude que c’est précisément le peint médian de cet axe qui sert de centre de construction. Enfin, le maniement de l’instrument est assez simple et assez facile pour que le premier venu puisse, en quelques séances, devenir aussi expert que M. Antelme lui-même. Voilà bien des avantages. Mais le céplialomètre ne donne pas une courbe continue •, il ne donne que des points isolés, formant les sommets d’un polygone inscrit dans la courbe, et d’autant plus rapproché de celle-ci, que le nombre des points que l’on détermine est plus considérable. Il faut donc, pour obtenir un résultat suffisamment exact, construire un grand nombre de points, ce qui est toujours assez long. La détermination des points singuliers, tels (jLie le bregrna, le lambda, etc., viendrait encore compliquer l’opération. M. Antelme, pour construire ses courbes, mesure la longueur des rayons de 10 en 10 degrés, et reporte ces rayons sur des feuilles de papier où ont été tracées à l’avance, par la lithographie ou par tout autre procédé uniforme, des lignes radiées interceptant des angles de 10 degrés. Il lui suffit dès lors de reporter sur chacune de ces lignes la longueur du rayon crânien correspondant pour obtenir le contour du crâne. Mais les points singuliers ne tombent que par hasard sur les rayons décigrades ; il faut donc, pour les déterminer, mesurer spécialement sur le crâne, et construire spécialement sur le papier les angles qui leur correspondent, ce qui est facile sans doute, mais ce qui fait perdre du temps.

La construction d’une courbe céphalométrique comparable à celle que le crâniographe donne en un clin d’œil, est donc une opération assez longue, et, lorsqu’elle est terminée, on ne possède qu’une partie des éléments que fournit le céphalographe. 11 ne serait pas impossible d’y ajouter la détermination du trou occipital, et môme celle de l’apophyse basilaire ; il suffirait pour cela de modifier légèrement l’instrument, mais l’axe horizontal de la tête, l’axe vertical du crâne et les données nombreuses qui s’v rattachent, resteraient toujours indéterminés.

J’espère que personne ne verra dans les remarques précédentes une critique de l’excellent instrument de M. Antelme. Eet instrumenl, qui remonte à une époque où l’idée d’appliquer

SUR LE CUAiNlOGRAPIlE. fit»

à l’étude du crâne des procédés rigoureux commençait h peine à germer dans quelques esprits, est encore aujourd’hui le plus parfait de tous ceux qui ont été inventés pour la mensuration de la tête. Il est d’une précision irréprochable, et, grâce à lui, on peut constituer le crâne moyen d’un nombre quelconque d individus, avantage inappréciable qui le place au rang des instruments les plus utiles de l’anthropologie. Mais on ne peut exiger qu un instrument, qui a été construit dans un but déterminé, puisse satisfaire, à lui seul, à toutes les indications, et on vient de voir que plusieurs éléments fort précieux, fournis par le crâniographe, ne peuvent être obtenus par le céphalomôtre.

Après avoir dit ce qu’il y a de défectueux ou d’insuflisant dans les procédés usités jusqu’à ce jour, je dois recontiaître à mon tour que les dessins crâniographiques ne sont pas à l’abri de tout reproche. Si l’aiguille traçante était une ligne géométrique, sans largeur ni épaisseur, la projection qu’elle décrit sur l écran serait absolument exacte. Mais elle a un millimètre d’épaisseur, et par conséquent un demi-millimètre de diamètre. 11 en résulte que l’axe de cette aiguille ne suit pas les contours du crâne ; qu’il en est séparé constamment par une distance d’un demi-millimètre, et que le crayon, situé sur le prolongement de cet axe, trace sur l’écran une courbe un peu plus grande que la courbe crânienne. Lorsque le dessin est terminé, il se trouve que la ligne faciale est reportée à un demi-millimètre en avant, que la courbe occipitale est reportée à un demi-millimètre en arrière, que par conséquent l’axe antéro-postérieur de la tête est accru d’un millimètre, c’est-à-dire d’environ un deux-centième. Cette erreur est bien minime, et il ne serait pas impossible de la corriger en traçant à la main une seconde courbe intérieure située de toutes parts à un demi millimètre de la courbe crâniographique ; mais ce serait fort long et vraiment inutile, car les rapports, les directions et les angles sont exactement les mêmes, sur la courbe agrandie d’un deux-centième, que sur le crâne lui-même, et quant aux dimensions absolues qui sont accrues d’un millimètre pour les rayons, on peut les retrouver à volonté par une soustraction bien simple. Au surplus, le but des recherches crâniographiques est de faciliter la comparaison des crânes, et une erreur, uniformément la môme sur

tous les dessins, peut vraiment être négligée, car elle ne peut donner lieu à des conclusions inexactes.

Il y a toutefois une mesure qui doit être rectifiée dans tous les cas, c’est celle de la distance IF, qui don ne la longueur du trou occipital. Le point I est placé sur le bord antérieur du support, que raiguille traçante atteint à' avant en arrière. Le point F, au contraire, est sur le bord postérieur du support, que l’aiguille traçante atteint barrière en avant. La distance du point F à la ligne IH, projection du bord antérieur du support, est donc accrue d’un millimètre. L’accroissement absolu est aussi grand, sur cette petite distance, que sur la totalité de l’axe antéro-postérieur de la tête; l’accroissement relatif est donc considérable; il est presque d’un trentième, puisque la longueur du trou occipital est en général comprise entre 32 et 40 millimètres. Or, s’il est permis de négliger sur les autres mesures une erreur qui ne dépasse pas un deux-centième, il est de rigueur de corriger ici une erreur qui est six ou sept fois plus forte. Il faudra donc toujours diminuer d’un millimètre la longueur du trou occipital, lorsqu’on la mesurera sur les dessins crâniographiques.

On voit, d’après cela, qu’il est nécessaire que l’aiguille traçante soit très-petite. On ne peut malheureusement pas lui donner moins d’un millimètre de diamètre, parce qu’elle deviendrait trop flexible. Telle qu’elle est, elle est même déjà trop faible pour supporter le poids de l’avant-bras du crâniographe ; elle doit donc être simplement promenée, sans aucune pression, sur les contours du crâne; il faut que la main qui dirige la tige traçante supporte entièrement le poids des leviers articulés; sans cela l’aiguille fléchirait, et la courbe serait défectueuse.

Quoique construit principalement en vue de reproduire les courbes et de déterminer les axes du crâne humain, le crâniographe pourra être aisérntmt appliqué à l’étude de l’anatomie comparée du crâne ; mais il faudra pour cela modifier le crâniophore, dont les dimensions et la disposition devront varier beaucoup suivant les espèces d’animaux qu’on voudra étudier.

Mon premier crâniographe était en bois ; je l’avais fait fabriquer en juin 18G1 parle menuisier de Bicêtrc ; il fonctionnait

SUR LE CRANIOGRAPllE.

parfaitement, mais il tenait trop de place, et j’ai donné depuis la préférence à des leviers en fer. L’instrument que j’ai présenté il la Société en décembre 18G1 avait été construit, pendant les vacances, par un serrurier de Sainte-Foy. M. Mathieu, fabricant d’instruments de chirurgie, à Paris, construit maintenant des crâniographes plus élégants, mais d’ailleurs semblables au précédent. Je m’empresse cependant d’ajouter que le petit mécanisme qui permet d’allonger ou de raccourcir à volonté l’aiguille traçante est de l’invention de M. Mathieu.

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