‹ Mémoires d'anthropologieChapitre 37 sur 86 · REMARQUES SUR LES CRANES MOULÉS EN PLATRE · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LES CRANES MOULÉS EN PLATRE

qui commence à devenir assez inquiétant. Mais si l’on considère les volumes, on trouve que les différences doivent être trèsgrandes. Il suffit de faire, par exemple, pour le n° 24, le produit des trois grands diamètres (diam. ant.-postér. ; diam. transv. max. et diam. basilo-bregmatique). Sur le crâne, ce produit donne 3471 centimètres cubes ; sur le plâtre, il s’élève à 3632 centimètres cubes. Les deux indices cubiques (voyez plus haut pag^s 222 et suivantes) sont donc respectivement de 1733 et de 1816 centimètres cubes. Pour déterminer la portée de cette différence, nous avons un élément précis ; c’est la capacité interne, qui a été mesurée directement sur le crâne original, et qui est de 1 1622 centimètres cubes. Le rapport de l’indice cubique du crâne à la capacité interne, c’est-à-dire de 1733 à 1622, est donc de 11.07 ; et, si nous divisons maintenant l’indice cubique du moule, c’est-à-dire 1816, par le rapport 1.07, nous trouvons pour la capacité probable d’un crâne qui serait exactement égal et semblable à ce moule un chiffre de 1697 centimètres cubes, au lieu de 1622. Différence : 73 centimètres cubes; plus de 4 et demi pour cent.

Je saisis cette occasion pour rectifier les calculs que j’ai faits précédemment sur la capacité du crâne de Schiller. D’après les trois diamètres mesurés sur le moule en plâtre (190, 138 et 149), j’avais été conduit à admettre que la capacité interne de ce crâne devait être comprise entre 1836" et 2130". (Voyez plus haut page 223.) Mais il est clair maintenant que ces limites sont trop élevées. Chaque diamètre est accru probablement d’environ .2 millimètres. L’indice cubique se trouverait ainsi réduit de *2236 centimètres cubes à 2133, et en effectuant sur cette nouvelle base les calculs de la page 223, on trouverait pour les deux limites delà capacité interne 1802" et 2072". Je n’ai pas besoin d’ajouter que, malgré cette réduction, le crâne de Schiller se maintient encore au nombre des plus grands qui aient été mesurés, — ■ à moins que le moule dont s’est servi M. Garus ne provienne Id’un surmoulage ou de plusieurs surmoulages, auquel cas l’erreur se multiplierait en raison du nombre des moulages successifs..

Cette éventualité des surmoulages aggrave singulièrement les inconvénients que je signale, et elle est d’autant plus à craindre que les crânes sont plus rares et plus importants. Avec l’idée,

généralement répandue, que le moule reproduit fidèlement les dimensions du modèle, on n’attache pas une grande importance à la conservation des creux, et lorsqu’on a besoin de nouveaux moules, on choisit de préférence pour modèle un des moules du premier tirage, afin de ne pas s’ex[)oser une seconde fois à détériorer la pièce originale; puis, lorsque le propriétaire d’un moule veut faire un échange, il n’hésite pas à faire surmouler son épreuve. Ainsi, il est fort probable que le célèbre crâne de Néanderthal sera surmoulé plusieurs fois, et il n’est pas douteux que le masque de Napoléon PN moulé par Antomarchi, a été ainsi agrandi par des surmoulages successifs.

Ces considérations pourraient conduire à chercher, pour le moulage des pièces destinées à des études scientifiques, une substance autre que le plâtre. En tout cas, je répète qu’il est indispensable, dans l’état actuel des choses, do toujours faire suivre les moules du tableau des principales mesures prises sur les pièces originales.

Je mets sous vos yeux les crânes et les moules dont je viens de vous parler, avec les instruments de mensuration, et chacun de vous pourra s’assurer de la réalité des différences que j’ai signalées.

Quelques mots maintenant sur la cause de ce phénomène. Il semble au premier abord tout à fait impossible qu’une masse de plâtre, coulée dans un creux dont les pièces sont maintenues en contact par une corde bien serrée, puisse acquérir un volume supérieur à la capacité de la cavité qui la renferme. 11 est parfaitement certain que cette dilatation n’aurait point lieu si le moule restait indéfiniment emprisonné dans le creux, ou s’il y restait seulement quelques jours, peut-être même quelques heures. La dilatation, en elfet, paraît être en rapport avec le phénomène chimique de l’hydratation du plâtre, phénomène qui est la cause de la solidification, et qui s’accompagne d’un grand dégagement de chaleur. Cette action chimique se prolonge assez longtemps, puisque le moule n’acquiert toute sa solidité qu’au bout de plusieurs heures. Si la dilatation s’effectue seulement pendant les premières minutes, ou si elle continue à se manifesler jusqu’à la tin de l’action chimique, c’est une question que je ne puis résoudre aujourd’hui, et qui méritera d’être étudiée. 11 est probable

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