REMARQUES SUR LES CRANES MOULÉS EN PLATRE
que le degré de pureté du plâtre, la proportion d’eau qu’on em ploie pour le gâcher, et peut-être aussi les conditions extérieures de température et d’humidité, peuvent modifier la durée et l’intensité du phénomène de la dilatation; mais tout cela n’a pas encore été mis à l’étude : ce sont des questions dont les mouleurs se préoccupent fort peu. Dès que le plâtre commence à chauffer et que l’épreuve est assez solide pour résister, ils la retirent du creux pour couler l’épreuve suivante, sans perte de temps. La dilatation s’effectue alors librement. Maintenant, il est clair que le moment où l’épreuve est retirée est assez variable : quelques minutes de plus ou de moins peuvent suffire pour que la dilatation soit forte ou faible. Et l’on conçoit ainsi que des épreuves tirées dans le même moule, avec le même plâtre, par le même mouleur, puissent être inégales en volume. C’est ce que j’ai pu constater, en comparant entre elles des épreuves jumelles de nos divers crânes; les différences sont moindres qu’entre ces épreuves et le modèle ; mais elles peuvent aller jusqu’à deux millimètres sur la circonférence horizontale.
LA LINGUISTIOUK
/iulletinf <li‘ lu Socif'h' d'diithropiiloi/ie, t. III série), (862, p. 26i-819.
§ I. — Reiuartiues préliiniuaires.
Si Tutilité de notre association avait encore besoin d’être démontrée, elle le serait certainement, Messieurs, par la discussion actuelle. Nous ne nous sommes pas réunis seulement pour étudier l’état actuel des races humaines, sujet déjà immense, trop vaste sans doute pour les forces d’un seul homme, mais susceptible cependant, jusqu’à un certain point, d’être exploré avec fruit par des efforts isolés ; nous nous proposons encore de chercher, par les voies multiples de l’anatomie, de la physiologie, de 1 histoire, de l’archéologie, de la linguistique, et enfin de la paléontologie, quels ont été, dans les temps historiques et dans les âges qui ont précédé les plus anciens souvenirs de l’humanité, les origines, les filiations, les migrations, les mélanges des groupes nombreux et divers qui composent le genre humain.
Quand on songe à la variété infinie, à l’effrayante étendue des connaissances qu’exige l’exécution d’un pareil programme, on renonce à l’espoir de trouver un homme, fût-ce môme un nouveau Humboldt, capable de les réunir en lui à un degré de précision suffisant pour aborder avec sécurité des problèmes aussi complexes, et l’on reconnaît la nécessité d’une Société comme la nôtre, où des savants divers })ar leurs études et par leurs aptitudes, pareils seulement par leur zèle et par leur bonne foi, viennent s’éclairer mutuellement de leurs lumières.
LA LINGUISTIQUE ET L’ ANTIIIIOPOLOGIE. 2:i3
Plus d’une fois déjà, dans nos précédents travaux, nous avons eu l’occasion de mettre à profit les communications spéciales de quelques-uns de nos collègues qui se sont voués à l’étude des plus anciens débris de l’industrie, des plus anciens monuments des arts, des plus anciennes manifestations de la pensée de l’homme. Parmi ces produits primitifs de l'initiative humaine figure au premier rang, par ordre de date, comme par ordre d’importance, la formation du langage ; carie langage articulé n’est pas seulement l’attribut le plus essentiel et le plus caractéristique de l’homme, c’est encore, de toutes les choses qui dépendent de lui, la plus permanente, la plus durable, parce qu’elle est l’expression de la pensée de tout un peuple, parce que, par là même, échappant en grande partie à la fantaisie individuelle, elle se transmet d’âge en âge, avec plus de fixité que l’industrie, les arts ou les. croyances, parce qu’enfin les altérations qu’elle éprouve, les perfectionnements qu’elle acciuiert, surviennent graduellement, par une série de modifications, sous lesquelles le type primitif du langage persiste presque toujours indéfiniment.
A une autre époque, avant qu’on eût découvert les lois de la formation et de l’évolution des langues, les anthropologistes ont pu méconnaître l’importance de la linguistique, qui n’avait pas encore pris rang parmi les sciences positives. Aujourd’hui, la linguistique est bien loin sans doute d’être une science complète; mais elle a déjà des principes certains ; elle possède bon nombre de fiiits généraux, les uns tout à fait incontestables, les autres extrêmement probables, et elle est devenue une des sources les plus précieuses, les plus fécondes où puissent puiser les savants qui étudient l’histoire des races humaines.
Sachons pourtant nous garder d’accorder une confiance trop exclusive à un seul ordre de faits, et, sans chercher le moins du monde à diminuer l’admiration légitime que méritent les beaux travaux des philologues modernes, demandons-nous quel est le rang qu’il faut assigner dans notre science aux renseignements que nous leur devons.
M. Chavée, dans son intéressante communication, a soulevé deux questions distinctes : l’une, particulière, relative aux origines des peuples indo-européens ou aryens, et des peuples syroarabes ou sémitiques; l’autre, générale, relative à la signification,
MÉMOIRES d’anthropologie.
à la portée anthropologique des caractères fournis parla linguistique, au degré de certitude ou de probabilité des conclusions qu’ils font naître dans l’esprit.
Je ne me permettrai pas, Messieurs, d’aborder la première de ces questions; je n’ai pas, comme notre savant collègue, M. Pruner- Bey, l’heureux privilège de joindre à la connaissance approfondie de l’anatomie des races humaines, celle de la plupart des langues mortes ou vivantes de l’ancien monde et du nouveau. Je ne pourrais donc que me taire, pour laisser la paroleà des collègues compétents, s’il ne me paraissait utile de constater, comme simple spectateur, qu’au point de vue delà linguistique pure, le fait énoncé par M. Ghavée n’a pas été mis en doute jusqu’ici. On a élevé des objections contre les conclusions qu’il en a tirées, mais la proposition qu’il a émise, savoir, qu’il n’y a absolument rien de pareil dans la constitution essentielle des langues indo-européennes et des langues syro-arabes, cette proposition a été confirmée et formulée très-catégoriquement par M. Pruner-Bey, aussi bien que par M. Renan. Il est d’ailleurs bien avéré que toutes les tentatives faites par les philologues d’une certaine école pour faire dériver l’une de l’autre ces deux familles de langues, sont restées infructueuses, et je n’en veux d’autre preuve que les altérations singulières que de savants et pieux théologiens ont été obligés de faire subir aux traditions bibliques pour les rendre compatibles avec le témoignage évident et incontestable de la linguistique. J’en dirai quelques mots dans la troisième partie de ce travail, lorsque je chercherai à déterminer la valeur anthropologique des caractères tirés du langage. Mais, avant d’aborder cette question générale, je vous demanderai la permission de vous soumettre quelques remarques sur les expressions qu’on emploie aujourd’hui pour désigner les principaux groupes de langues et les familles de peuples qui correspondent à ces divers groupes, expressions qui tendent à modifier et à bouleverser toute notre nomenclature.