‹ Mémoires d'anthropologieChapitre 46 sur 86 · SL’R L’RTHNÛLUGIE DE I.A FRANCE. :D · texte numérisé non relu

SL’R L’RTHNÛLUGIE DE I.A FRANCE. :D

les goitres, aussi bien que les mutilations, les cécités de toutes Cgiuses, les hernies, les claudications, etc. Mais, quoique l’homme le plus robuste puisse accidentellement devenir impropre au service militaire, on reconnaîtra que les populations qui fournissent le plus de cas d’exemptions pour infirmités sur 1,000 conscrits, sont celles qui laissent le plus à, désirer sous le rapport de la constitution générale du corps. S’il y avait quelque relation entre les causes hygiéniques ou pathologiques propres à chaque département et les variations de la taille, on devrait donc s’attendre à trouver une certaine conformité entre la carte des exemptions pour infirmités, et celle des exemptions pour défaut de taille. Or, il se trouve que cinq départements seulement sont blancs à la fois sur les deux cartes, savoir : le Don()s{\Ÿ 1 et n“ .^), le Jura (n“ 2 et n" 19), la Haute-Saône (n° 8 et n“ 15), le Bas- Rhin (n“ 11 et n° 20), et la Moselle (n“ 15 et n“ 9); et il n’y en a que quatre dont la couleur soit noire également sur les deux cartes, savoir : la Dordogne (n° 83 et n“ 79), V Allier (n“ 78 et n° 75), Y Indre et-Loire 81 et n“ 77), et le Tar)i (n“ 74 et 11° 08). Si, pour construire les deux listes ordinales des 86 départements, on avait procédé à un double tirage au sort, la coïncidence des couleurs aurait dû, en moyenne chance, se produire une fois sur 4, puisque chaque teinte comprend le quart de la liste des départements. Elle s’est produite 5 fois sur 21 départements blancs ; 4 fois sur 21 départements noirs, c’est-à-dire môme un peu moins de fois qu’on n’aurait pu l’attendre du hasard pur et simple. Je me garderai bien d’en conclure qu’il y ait un antagonisme quelconque, ni même une tendance à l’antagonisme, entre l’élément des infirmités et celui du défaut de taille; mais on conviendra du moins, d’après ce premier aperçu, que les départements qui fournissent le plus de cas de réforme pour infirmités ne sont pas plus exposés que les autres à fournir des conscrits au-dessous de la taille exigible , et réciproquement, que les départements les plus favorisés sous le rapport des réformes pour infirmités, n’ont pas plus de chance que les autres d’échapper aux exemptions pour défaut de taille.

Je dirai, comme complément de preuves, que, parmi les 21 départements noirs de la carte des exemptions pour défaut de taille,

il en est six qui sont entièrement blancs sur l’autre carte, savoir : le Morbihan (n® 67 et n° 1), la Meuse (n“ 69 et n" 12), VAj'dèche (n® 75 et n° 4), le Fmistè?'e (n“ 80 et n° 6), les Côtes-du-Nord (n° 82 et n“ t3), le Puy-de-Dôme 84 et n° 7) ;

Et que, parmi les 21 départements blancs de la carte des exemptions pour défaut de taille, il en est 8 qui sont tout à fait noirs sur l’autre carte. Ce sont : le Nord{'N 4 et n“ 81), \d, Somme (n° 5 et n® 78), la Haute-Marne (n® 7 et n® 72), Seine-et-Marne (n® 10 et n® 70), Marne (n® 13 et n® 67), Oise (n® 14 et n® 80), Vosges (n® 16 et n“ 86), et Aube (n® 17 et n® 71). Ici la proportion est telle qu’on est presque tenté de se demander si les départements où la taille est le plus élevée ne seraient pas plus exposés que les autres à fournir des exemptions pour infirmités, ou si, en d’autres termes, les hommes les plus grands ne seraient pas, en moyenne, ceux dont la constitution est la moins vigoureuse. Je suis loin d’établir cette conclusion, mais je dis seulement que, s’il y en avait une à tirer, celle-là se présenterait bien plutôt à l’esprit que la conclusion opposée (1).

(I) Je suis eu mesure cl affirmer c|ue, tout compte fait, il u’y a absolument aucune relation soit de coïncidence, soit d'antagonisme, entre les deux grandes catégories d’exemptions. Voici comment je m en suis assure. Pour les départements qui donnent à la fois beaucoup d'exemptions de chaque espèce, comme pour ceux qui eu donnent très-peu de chaque esj^ce. il u’v a qu’une différence peu considérable entre le numéro d’ordre que chacun d’eux occupe sur la liste des exemptions pour défaut de taille et celui qu’il occupe sur l’autre liste. Ainsi la Dordogne porte le no 83 sur la première liste (taille), et le n” 79 sur la seconde (infirmités) ; c’est une différence de 4 rangs. De même, la situation de l’Indre-et-Loire (n» Si et n» "T) ne varie que de 4 rangs ; qelle du Doubs (n» I et n» 5) de 4 rangs ; celle de la Moselle (no 15 et n® 9) de 6 rangs, etc. D'un autre coté, les départements qui donnent beaucoup de défauts de taille et peu d’inlirmités ou beaucoup d infirmités et peu de défauts de taille, occupent sur les deux listes des rangs très-différents. Tels sont le Morbihan (n® 67 et no I), différence 66 ; le Puy-de-Dôme (n® 8 4 et n» 7), différence 77; les Vosges (n® 16 et n' 86), différence 7ü; la Somme (n® 5 et n® 78), différence 73; le Nord (no 4 et n®8l), différence 77, etc.

Cela posé, il est clair que, s'il y a iiuelque concordance entre les deux listes, le nombre des départements où la différence de rangs est légère doit l’emporter sur le nombre de ceux où elle est considérable; si, au contraire, il y opposition ou aiPagonisme entre les deux faits exprimés dans les deux listes, le nombre des départements où la différence de rang est très-grande doit l’emporter sur le nombre des autres départements. Enfin, s’il n’y a ni antagonisme ni coïncidence, c'est-à-dire si les deux éléments de la taille et des infirmités sont absolument sans influence l’un sur l'autre, les ditlérencesde rang pour les divers départements doivent être à peu près les mêmes que si le double numéro d ordre de chacun d'eux avait été désigné par deux tirages au sort. Or, ou va voir que c’est cette dernière sup| osition qui est exacte.

En comparant les deux listes, on trouve, par un relevé que tout le monde peut faire, que le nombre des départements pour lesquels la différence de rang est plus petite que 10 s élève à iO, et en comptant de même le nombre des départements pour lesquels cette différence est comprise entre 10 et 20, entre 20 et 30, etc., on arrive à dresser le tableau suivant.

SUR l’ethnologie DR LA FRANCE.

3'jn

Ainsi toutes les causes hygiéniques, toutes les influences locales, tous les éléments autres que l’élément ethnologique, sont absolument incapables d’expliquer les variations de la taille en France; tandis que l’étude des deux grandes races gauloises, de leur répartition et de leurs mélanges explique de la manière la plus satisfaisante les résultats généraux et même la plupart des résultats partiels consignés sur notre carte ; nous sommes donc

Diift^reiice de rang comprise entre 0 à 9 inclusivement pour 20 départements

70 et an delà

Total 86 départements

Les départements ou la différence est légère sont évidemment plus nombreui que les autres ; mais le calcul des probabilités démontre qu'il en doit être ainsi.

En effet, si l’on suppose que les numéros d’ordre des départements, de 1 à 86, leur aient été donnés pour chaque liste par un tirage an sort pur et simple, la différence entre les deux numéros d’ordre a beaucoup plus de chance d’être petite que d’être grande.

L'n calcul algébrique, que je me dispense de reproduire, établit les formules suivantes que je donne dans toute leur généralité, m désignant le nombre des départements, et le maximum de la différence possible étant par conséquent m — 1. Les chances pour que la différence qui existe entre les deux numéros d’ordre d’un département quelconque, soit comprise entre 0 et 9, puis entre 10 et 19, entre 20 et 29, ainsi de suite de dizaine en dizaine, sont représentées par les expressions suivantes :

Chances pour que la différence soit :

de 0

ni ;

de 10

ou

chances

sur

de 20

ou

chances

wi *

de 30

f ÎO m —

1 ou

chances

fïi ,

de 40

flOm —

1 ou

chances

sur

Et ainsi de suite. Ou obtient la fraction correspondant à chaque nouvelle dizaine en retranchant

— de la fraction obtenue pour la dizaine précédente. m

Enfin, lorsque le nombre m n’est pas exactement divisible par 10, et qu’il renferme des unités de premier ordre en nombre égal à p, les chances pour que la différence soit plus grande que

la dernière dizaine sont représentées par l’expression

chances

sur m.

Pour appli(iuer ces formules à notre cas particulier de 86 départements, il faut faire m = 86 et p = 6, et on trouve par des calculs qu’il est facile de rendre très-rapides en calculant une

pleinement autorisés à considérer la différence des races comme la principale cause des différences qui existent sous le rapport de la taille entre les Français des diverses régions.

En entrant dans tous ces détails de statistique, de géographie et d’histoire, je crains d’avoir fatigué l’attention du lecteur. Il m’a paru toutefois que des chiffres rigoureux et des appréciations positives étaient préférables aux impressions personnelles que chacun peut recueillir en parcourant, même dans un but spécial, les 8I5 départements de la France continentale. Puis, je ne me proposais pas d’établir seulement que notre nation descend des deux souches principales des Celtes et des Kymris : c’était chose déjà connue et historiquement démontrée. Je voulais prouver également que l’empreinte des autres races qui se sont établies sur notre sol n’est pas effacée ; que le mélange de ces divers éléments a produit des résultats durables, que, dans les régions où Tune des deux grandes races primitives a toujours conservé une prépondérance numérique très-considérable, les caractères de cette race prédominent aujourd’hui encore dans les populations, mais que, abstraction faite d’un très-petit nombre de localités très- restreintes, on chercherait en vain dans le reste

fois pour toutes ■ et — , que les chances pour que la (iillérenee nés deux numéros

d’ordre d’un département quelconque soit comprise entre 0 et 9, puis entre iO et 19, entre 20 et 29, etc., sont les suivantes; j’inscris, en face de ces résultats du calcul, ceux qui nous ont déjà été fournis par la comparaison des deux listes d’exemptions.

Nombres réels des (léparli-inents,

Calcul des probabilités. résultant de la compa-

raison des deux listes d'exemptions.

IMlTérence comprise entre 0 et 9 17,95 chances sur 86 20 départ, sur 86

Entre 70 et 79.

on n»

1 pour 70 et

au delà

Vérification. Addition de toutes les chau- - ■

ces partielles 85,99 Total égal. .. . 86 départements.

Il y a une conformité vraiment surprenante entre les chiffres abstraits qui expriment les chances moyennes, et les chiffres réels qui résultent de la comparaison des deux listes d exemplioii. Donc les analogies et les dissemblances ordinales qui existent entre ces deux listes sont telles qu'on aurait pu les attendre d'un double tirage au sort, et cela suffit amplement pour démontrer qu’il n’y a absolument aucune connexité entre le défaut de taille et les autres causes d’exemption.

DK l'AlKlK

(irlusiv(',mnit.

r- tA\-> tfiyuu'fciiirtiij'rv/<v/ t/t\y ru\’tn/>(io/i y |v/v/.f.

.Vf. J

Srn I/KTIINÜLOGIE DE L\ KRANCE.

de la France une grande collection d’individus présentant les caractères d’une race pure. Partout il y a des hommes grands et des hommes petits, partout il y a des blonds et des bruns, des têtes longues et des têtes rondes, des yeux noirs, bleus ou gris, des visages celtiques, kymriques, germaniques et même pélasgiques. On trouve ces diverses variétés de taille, de forme ou de couleur dans la plupart des familles, souvent même parmi les enfants du même père et de la même mère ; on observe trèsfréquemment réunis en une seule personne des caractères appartenant manifestement à deux ou plusieurs races ; le nombre des individus qui représentent parfaitement le type des Celtes ou le type des Kymris est extrêmement restreint ; et enfin, chose trèsremarquable, ces individus qui paraissent de race pure sont souvent issus de parents qu’il serait impossible de rattacher h une race déterminée. La population de la France présente donc l’instabilité ethnologique qui est l’indice assuré du mélange des races. Dans certaines régions la majorité des habitants participe principalement de la race kymrique ; dans d’autres régions la niasse du peuple se rapproche surtout de la race celtique; mais, même dans ces provinces où l’influence des croisements a été relativement légère, les deux types primitifs soit des Kymris, soit des Celtes, ne se rencontrent qu’exceptionnellement avec tous leurs caractères. Ailleurs enfin , et notamment dans la zone kymro-celtique, la confusion est plus grande encore, et la plupart des individus ne peuvent être rapportés ni à rune ni à l’autre des deux vieilles races gauloises ; ceux qui tiennent surtout des Celtes, ou surtout des Kymris, y sont en petit nombre. La taille moyenne y est plus basse que dans les départements kymriques, plus haute que dans les départements celtiques ; et c’est précisément parce que ce dernier caractère, plus précis et plus frappant que les autres, se prêtait à une étude plus rigoureuse, que je n’ai pas reculé devant l’aride tableau et l’analyse plus aride encore des statistiques du recrutement. Quelque opinion qu’on se fasse du degré de pureté de nos deux principales races dans les régions où chacune d’elles prédomine manifestement, il reste bien établi que dans plus du tiers de la France les populations primitives ont été profondément modifiées par l’influence des croisements.

MF.MOIRKS D'ANTHROPOLOGIF.

Page 1