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SUR DES CRANES

PItOVEXANT

l)’UN CIMIÎTIÈRE DE LA CITE

ANTEHIEURAU TREIZIÈME SIÈCLE.

{Ihillvlhw de la Société d’a/it/uojjoloyie, 1861, I. II, |fc sérif, p. 601-513).

J’ai rhonneiir de présenter à la Société quelques crânes provenant des fouilles qui ont été faites tout récemment dans la Cité, en face du Palais de Justice, pour creuser les fondements du Tribunal de commerce. Averti par M. de Jouvencel qu’on venait de trouver en ce lieu une grande quantité d’ossements, qui paraissaient dater d’une époque fort reculée, je cherchai d’abord à déterminer, autant que possible, l’âge de ces ossements. J’allai visiter le vaste emplacement qui vient d’être entouré, je me fis montrer le plan des fouilles, et, après avoir consulté M. Viollet-le-Duc, dont l’opinion, en pareille matière, fait autorité, j’acquis la certitude qu’aucun de ces ossements ne pouvait être postérieur au treizième siècle, et que la plupart d’entre eux, trouvés dans un caveau voûté et fermé, à trois mètres de profondeur, sous un emplacement qui était déjà couvert de maisons au temps de Philippe-Auguste, dataient au plus tard du douzième siècle. En désignant ces crânes de la Cité sous le nom de crânes du douzième siècle, je ne prétends pas qu’ils ne soient pas plus anciens. 11 y a même quelques particularités qui semblent correspondre à l’époque carlovingienne. Mais pour le but que je me propose dans mes recherches, il importe moins de déterminer exactement l'âge de ces ossements que de savoir qu’ils ont au moins six ou sept siècles d’ancienneté.

J’ai pensé que cet intervalle de six ou sept cents ans était

CRANES U’UN CIMETIÈRE UE LA CITÉ. 33o

suffisant pour qu’il y eût quelque intérêt à comparer les crânes des Parisiens modernes avec ceux de leurs ancêtres ou plutôt de leurs prédécesseurs du temps de Philippe- Auguste. Le Paris du moyen âge était déjà, sans doute, le centre politique de la France; mais, au point de vue ethnologique, ce n’était qu’une ville de l’Isle-de-France. Cette ville n’était pas, comme elle l’est devenue depuis, le rendez-vous d’hommes de toutes les provinces, et même de tous les pays; sa population, par conséquent, n’avait reçu que fort peu d’éléments étrangers depuis la grande invasion germanique du cinquième et du sixième siècle. En outre, on sait que, pendant la première moitié du moyen âge, les Franks conservèrent l’habitude de s’allier principalement entre eux. Tout cela permettait d’espérer que, parmi les crânes du douzième siècle, on trouverait en assez grand nombre des types purs ou voisins de la pureté, et qu’on pourrait ainsi recueillir des documents utiles sur les caractères primitifs des races dont le mélange, aujourd’hui presque inextricable, a donné naissance à notre population actuelle.

11 y avait une autre question, très-complexe sans doute, dont la solution pouvait, jusqu’à un certain point, ressortir de cette étude. L’influence des progrès matériels, sociaux et intellectuels sur le développement et la conformation du crâne est encore en litige. Sous ce triple rapport, la population de Paris a subi depuis six siècles des changements très-considérables. Il y avait donc lieu de chercher s’il en était résulté quelques modifications des caractères crâniologiques.

Convaincu de l’utilité de cette double série de recherches, j’ai fait les démarches nécessaires pour obtenir l’autorisation de pénétrer dans l’ossuaire de l’ancien cimetière de l’Ouest, où les ossements provenant des fouilles de la Cité ont été provisoirement déposés. J’ai été heureux de trouver l’accueil le plus cordial et le plus empressé chez M. le docteur Aumolle, inspecteur des cimetières de Paris ; cet honorable confrère a bien voulu me permettre de commencer mes études dans l’ossuaire, et sur le rapport favorable qu’il en a fait au préfet de la Seine, celui-ci m’a autorisé à utiliser, pour mes recherches, tous les ossements provenant des fouilles de Paris et à en disposer à mon gré, comme je le jugerais convenable, dans l’intérêt de la science.

MEMOIRES d’anthropologie.

J ai trouvé dans le cimetière de l’Ouest trois monceaux d’ossements bien distincts, dont la provenance était parfaitement authentique (1) :

1“ Les ossements qui proviennent des fouilles faites dans la (.nté, vis-à-vis du Palais de Justice, et que je désigne, par abréviation, sous le nom à' ossements du douzième siècle;

2° Les ossements provenant de Vancien cimetière des Ijuio'cents^ qui a été ouvert sous Philippe-Auguste et qui a reçu des corps jusqu’au dix-huitième siècle ;

3® Enfin, les ossements provenant de Vancieii cimetière de l'Ouest, qui a reçu des corps depuis 1788 jusqu’en 1824. Ces ossements seront désignés, par abréviation, sous le nom d’o55ements du dix-neuvième siècle.

Ceux du douzième siècle sont en nombre restreint. Avec le concours de M. Trélat, j’ai extrait de ce premier monceau tous les crânes bien conservés et tous ceux qui ne sont pas trop détériorés. J’en ai trouvé 125, qui ont été numérotés au crayon noir, de 1 à 125. C’est la première série dite du douzième siècle. Beaucoup de ces crânes sont privés de mâchoires supérieures, d’autres sont plus ou moins cassés.

Pour étudier les crânes des deux autres catégories, qui sont infiniment plus nombreux, j’ai pensé qu’il suffisait d’en faire deux autres séries, composées chacune de 125 crânes; mais il fallait bien se garder de les choisir, puisqu’on voulait les comparer à ceux de la première série, qui avaient été recueillis indistinctement, quels que fussent leur forme ou leur volume. Voici de quelle manière j’ai procédé : avec l’aide de M. Trélat et de M. Ghavassier, j’ai pris indistinctement, parmi les ossements des Innocents, tous les crânes entiers et complets, dans l’ordre où le hasard les a présentés, jusqu’au nombre de 125. J’ai fait ainsi une seconde série dite des Innocents., qui a été numérotée au crayon bleu.

Enfin, une troisième série, dite du dix-7ieuvième siècle, a élé faite de la môme manière avec les crânes du cimetière de l’Ouest

(1) I.cs mouceaiix d’ossements dtaient situds dans trois parties dilTdrentes du cimetière. I.es explications (pie me fournit M. .Aumolle me donnèrent la certitude que dans le transport des ossements il n'avait pu être commis aucune confusion. Il était d'ailleurs tout à fait certain que ces trois groupes provenoicHt de gisements différents, car les os de chaque groupe avaient une couleur particulière.

CRANES d'un cimetière DE LA CITÉ. 337

et numérotée au crayon rouge. Cette série sera portée au nombre de 125, mais elle n’est jusqu’ici que de 72, faute d’un local suffisant.

J’ai entrepris sur les crânes de ces trois séries un travail qui consiste à décrire isolément chacun d’eux, à les mesurer de toutes les manières, à dresser les tableaux relatifs à chaque mesure particulière, et à prendre ensuite pour chaque série la moyenne de chaque tableau. Ce travail considérable est terminé pour les crânes du douzième siècle.

Parmi les crânes du dix-neuvième siècle, 44 seulement ont été mesurés jusqu’ici, les crânes des Innocents n’ont pas été étudiés encore. Je ne me propose donc pas aujourd’hui d’établir entre les crânes des différentes époques un parallèle basé sur des moyennes. Je réserve ce sujet pour des communications ultérieures. Mais, ayant achevé Tétude des crânes du douzième siècle, j’en ai choisi quelques-uns qui m’ont paru pouvoir être présentés à la Société comme les types des formes les plus pures.

Je montre d’abord trois crânes qui peuvent être considérés comme des types de la forme dolichocéphale. La courbe antéropostérieure de ces crânes est elliptique-allongée, ainsi que leur circonférence horizontale. Leur diamètre occipito- frontal maximum étant représenté par 100, le diamètre transversal maximum est seulement de 71 à 73. La longueur de ces crânes ne peut être attribuée à des dispositions anormales, car leur ensemble est parfaitement harmonique.

Voici maintenant trois autres crânes qui réunissent de la manière la plus frappante tous les caractères de la brachycéphalie. La courbe antéro-postérieure et la courbe horizontale sont encore elliptiques, mais ce sont des ellipses peu excentriques et assez voisines du cercle. Ces crânes, aussi réguliers, aussi harmoniques que les précédents, se rapprochent de la forme sphéroïdale. Leur diamètre antéro-postérieur étant 100, le diamètre transversal est compris entre 85 et 90.

J’ai jugé inutile de présenter aujourd’hui un plus grand nombre de crânes de chaque type, j’aurais pu le faire aisément; toutefois, les crânes types de la dolichocéphalie ou de la brachycéphalie sont loin d’être en majorité dans la série. La plupart ont

MÉMOIRES d’anthropologie.

une forme intermédiaire et un indice céphalique qui varie entre 75 et 85 pour 100.

Sous ce nom ^.'indice céphalique^ je désigne le rapport, réduit en centièmes, du diamètre transversal maximum au diamètre antéro-postérieur maximum.

Rien n’est facile comme de distinguer au premier coup d’œil un crâne brachycéphale d’un crâne dolichocéphale, lorsqu’on compare des types bien tranchés; le rapport des deux principaux diamètres céphaliques fournit donc un caractère anthropologique fort précieux dans beaucoup de cas. Mais M. Retzius, à qui l’on doit la connaissance de ce caractère, en a peut-être exagéré l’imliOrlance, lorsqu’il en a fait l’un des principaux éléments de sa classification. Il y a en effet beaucoup de crânes, même parmi ceux des hommes de race pure, qu’il est difficile de ranger soit dans le groupe brachycéphale, soit dans le groupe dolichocéphale. La détermination est alors quelque peu arbitraire, et telle race, considérée par un auteur comme brachycéphale, pourra être considérée comme dolichocéphale par un autre auteur, l’our lever la difficulté, on est convenu de prendre le rapport de 7 : 9 (77,77 : 100) ou de 8 : 10 (80 : 100) comme la ligne de démarcation de ces deux types céphaliques. Mais cela est insuffisant, puisque dans certaines races, même pures, on trouve en nombre à peu près égal des crânes situés en deçà ou au delà de la ligne de démarcation. Je pense donc que le caractère indiqué par M. Retzius, quoique excellent comme caractère distinctif et descriptif, ne doit pas être appliqué par voie dichotomique à la classification des races ; et j’ajoute que, pour en tirer tout le parti possible dans la description des races pures ou croisées, il est bon de multiplier les sections établies par IM. Retzius. Je voudrais, par exemple, qu’on désignât sous le nom de mésalicéphales (paarto; moyen) les crânes de type intermédiaire, dont l’indice oscille entre 7 : 9 et 8 : 10, c’est-à-dire en 77,77 et 80 pour 100 ; qu’on réservât les noms de brachycéphales et de dolichocéphales pour ceux dont l’indice est plus grand ou plus petit, et même qu’on subdivisât chacun de ces deux groupes en deux groupes secondaires, de la manière suivante :

CRANES D’UN CIMETIÈRE DE LA CITÉ

ÎA. Dolic/iocép/iales purs. Indice plus petit que Ih pour 100.

B. Sous-(lolicl,ocëphn/es. Indice compris entre 75 et 77,77 pour lOO.

II. Crânes mésalicéphales . Indice compris entre 77,78 et 80 pour 100.

/A. Sous-brachycépfiules . Indice compris III. Crânes brachycéphales. \ entre 80,01 et 85 pour 100.

Indice de plus de 80 pour 100 j B. Brachycéphales purs. Indice de plus

V de 85 pour 100.

Cette division serait encore plus défectueuse que la division plus simple de M. Retzius, si l’on en faisait la base d’une classification ; mais, si l’on se borne à s’en servir comme d’un procédé purement descriptif, elle facilite beaucoup l’étude et la comparaison des groupes; elle est utile surtout lorsqu’on examine les crânes d’une population croisée, issue du mélange de deux ou plusieurs races dont le type crânien est très-dilférent.

Gela posé, la série des 12.-1 crânes de la Cité, que j’ai étudiés, se décompose de la manière suivante :

Dolichocéphales. . .

Mésaticéphales

Brachycéphales. ...

j purs, au-dessous de

1 sous-dolichocéphales

Indice

céphalique.

Nombre de crânes 3G

1 sous-brachycéphales

I purs

85 et au delà.

Total

La catégorie intermédiaire est la plus nombreuse; les deux catégories voisines viennent ensuite et sont à peu près égales entre elles; enfin, les deux catégories extrêmes sont les plus petites, et celle des dolichocéphales purs est un peu plus grande que l’autre.

Les deux chiffres extrêmes de l’indice céphalique sont, pour le minimum, 71,2 (crâne n“ 9), pour le maximum, 90,7 (crâne n° 40) (1), et l’on a peine à croire qu’un pareil écart puisse se produire sans déformation pathologique ou accidentelle chez des

(1) Dans le tableau primitif publié en 1861, je n’avais mentionné après le ebiffre de I indice qu’une seule décimale. Depuis lors, il m’a paru nécessaire, pour la comparaison des diverses séries, de pousser jusqu’à la seconde décimale, et j’ai introduit cette modification dans le premier tableau, afin de le rendre plus aisément comparable avec ceux que j’ai publié.s depuis. Le lecteur comprendra d’ailleurs que ce cbangemeni, relatif à l’introduction d une seconde décimale, ne modifie en rien la classification. (Note de ISIO.)

3iO MÉMOIRES D’ANTHROPOLOGIE.,

individus de même race. Tout s’explique, au contraire, très-bien, si l’on suppose le mélange de deux ou plusieurs races de types différents, les unes brachycéphales, les autres dolichocéphales. Or, dans la plus grande partie de la France, la population est issue presque entièrement du mélange d’une race autochthone, antérieure à tous les souvenirs de l’histoire, et de plusieurs races indo-germaniques, venues successivement de l’Orient, depuis le quinzième siècle avant Jésus-Christ jusqu'au cinquième siècle de notre ère. Les races indo-germaniques étant dolichocéphales, ce serait donc la race autochthone qui aurait fourni l’élément de la brachycéphalie, et l’on sait effectivement qu’un grand nombre de données, déjà acquises à la science, tendent à établir que la population primitive de l’Europe occidentale, y compris les îles Britanniques, était brachycéphale. Je crois donc pouvoir présenter les crânes franchement brachycéphales du cimetière de la Cité comme des types presque purs de la race autochthone, et les crânes franchement dolichocéphales, comme ceux des descendants les plus purs des races indo -germaniques. Qnant aux crânes intermédiaires, ils seraient ceux des nombreux métis issus du mélange, à divers degrés, des races dolichocéphales avec la race autochthone, et l’on ne s’étonnera pas de voir l’influence du sang étranger égale et même un peu supérieure à celle du sangindigène, si l’on songe que Paris, capitale de la monarchie franque, dut être un centre d’attraction pour les nouveaux venus; qu’avant l’invasion des Franks, les Kymris s’étaient établis en grand nombre dans cette région, au milieu des populations celtiques ; que celles-ci, enfin, étaient déjà mélangées avant l’arrivée des Kymris, puisque le nom sous lequel elles ont pour la première fois paru dans l’histoire leur avait été imposé par une race étrangère, par la race conquérante des Celtes proprement dits, venue de l’Orient, comme les Kymris et les Germains, et dolichocéphale comme eux. Il est donc tout naturel que ces invasions successives aient fini par donner aux races dolichocéphales une influence ethnologique égale, et même un peu supérieure à celle de la race indigène; on pourrait même s’étonner que celle-ci eût maintenu son type, après tant de croisements, dans la population de la Cité parisienne, si l’on ne savait avec quelle remarquable persistance les types autochthones survivent à la

CRANES D’UN CIMETIÈRE DE LA CITÉ

domination étrangère et au mélange des sangs. Pour que la race conquise disparaisse, ou pour qu’elle perde son type, il faut qu’elle soit exterminée, comme les Tasmaniçns, ou qu’elle s’éteigne dans les privations et la misère, comme tant de peuplades de l’Amérique septentrionale , et cela n’est possible que lorsqu’elle est très-inférieure à la race conquérante.

Or, la facilité avec laquelle les Celtes paraissent s’être emparés de l’Europe occidentale ne prouve nullement la supériorité de leur race, et s’explique bien mieux par la supériorité de leurs armes, car les nouveaux venus apportaient avec eux des armes métalliques, auxquelles les indigènes ne pouvaient opposer que des armes de pierre ou de bois. Ne sait-on pas qu’au moyen âge, une poignée de chevaliers couverts de fer put maintenir dans le servage une multitude impatiente, aussi brave et aussi intelligente qu’eux, comme on l’a vu depuis l’invention de la poudre à canon, qui mit fin à la chevalerie ? Quand on songe que les progrès de la civilisation moderne ont commencé précisément lorsque cette multitude, qui recélait dans son sein la plupart des descendants de la race autochlhone, a acquis quelque influence dans le pays, on est autorisé à accorder, dans la série humaine, un rang élevé à cette race, en qui tant de siècles d’oppression étrangère n’avaient pas éteint le germe des plus hautes facultés intellectuelles.

Pour vérifier cette opinion, émise par un grand nombre d’historiens modernes, j’ai mesuré en centimètres cubes la capacité des crânes du douzième siècle, et comparé sous ce rapport les cinq groupes que j’ai établis dans cette série. Le résultat de cette étude est consigné dans le tableau suivant. Dix crânes présentaient des pertes de substance qui n’ont pas permis de pratiquer le cubage. La série se réduit donc de 12.j à 115.

Dolichocéphales. .

Mésaticéphales. ..

Brachycéphales. .

Nombrn

Somme

Capacité

de crânes.

des capacités.

moyetme.

purs

|fi

sous-dolichocéphales. .

OC

SG

sous-brachycéphales. .

purs

Totaux et moyenne générale

iGiJ'JSScc

Les deux premiers groupes réunis donnent 41 crânes dolichocéphales avec une capacité totale de 58195'% et une capacité moyenne de 1419,39. Les deux derniers groupes réunis donnent 38 crânes brachycéphales, avec une capacité totale de 55606'% et une capacité moyenne de 1463,31.

De telle sorte qu’on peut ainsi simplifier le tableau :

Dolichocéplinles 41 crânes, capacité moyenne 1419,39

Mésalicéphales 3'i — 1394,08

Rracliycéphales 38 — 1403,31

Ces trois séries partielles étant à peu près égales en nombre sont parfaitement comparables; en outre, elles sont assez grandes pour qu’il n’y ait pas lieu de se méfier du hasard des excentritricités individuelles. Enfin il n’y a pas de raison pour que les crânes des femmes, plus petits en général que ceux des hommes, soient en plus grande proportion dans l’une ou dans l’autre série. .

Cela posé, il est évident que les crânes hrachycéphales étaient ceux qui renfermaient les plus grands cerveaux ; que les crânes dolichocéphales leur étaient, sous ce rapport, bien inférieurs; qu’enfin les crânes mésaticéphales, loin de présenter, comme on auraitpu lesupposerau premierabord, une capacitéinlermédiaire, étaient de beaucoup les plus petits de tous. Cela peut paraître en contradiction avec l’hypothèse que les crânes du type intermédiaire soient ceux des individus issus d’un croisement, en proportions à peu près égales, entre les deux types extrêmes. Mais on n’a pas oublié que l’amélioration des races par le croisement est fortement contestée aujourd’hui ; le mélange de deux races très-inégales donne des métis dont l’intelligence est au-dessus de celle de la race inférieure; il n’est pas douteux, par exemple, que les mulâtres sont, en moyenne, bien plus intelligents que les nègres; mais, lorsque l’inégalité des deux races mères est moins prononcée, la question change de face, et les faits sont loin d’avoir le même degré d’évidence. La fusion des aptitudes réciproques peut produire chez les métis une résultante intellectuelle qui les rende, sous certains rapj>orts, supérieurs à leur double série d’ancêtres, sans que pour cela la masse de leur intelligence soit accrue dans son ensemble. Il ne faut pas croire d’ailleurs que,

CRANES D’UN CIMETIÈRE DE LA CITÉ

dans une population croisée depuis tant de siècles, les hommes chez lesquels l’un ou l’autre type se présente anatomiquement à l’état de pureté , soient nécessairement pour cela issus d’une famille sans mélange. Chez les peuples les plus mélangés, on voit souvent naître, dans une famille manifestement croisée, un ou plusieurs représentants du type pur de l’une des races mères ; et ces hommes, en qui les lois de l’atavisme font reparaître un type effacé ou atténué par les croisements, sont en général supérieurs à la multitude en vigueur, en intelligence et même en beauté. C’est ainsi que M. Perier a pu dire que la plupart des grands hommes dont la sculpture et la peinture nous ont conservé les traits, présentaient le type d’une race pure, alors même qu’ils étaient nés dans un peuple très-mélangé. Peut-être donc faut-il attribuer en partie le peu de capacité des crânes de la série intermédiaire à cette circonstance que les métis les plus favorisés sous le rapport de l’intelligence ont pu, malgré leur origine croisée, se rapprocher plus ou moins de l’un des types purs, et sortir de la catégorie des mésaticéphales, pour passer dans celle des dolichocéphales ou des brachycéphales ; ce phénomène d’atavisme aurait diminué la capacité moyenne des crânes de forme intermédiaire, en augmentant celle des crânes de forme plus pure.

Quoi qu’il en soit, les crânes mésaticéphales sont notablement inférieurs à ceux qui sont purs ou rapprochés des types purs. Si maintenant l’on compare les deux séries partielles de la hrachycéphalie, on trouve que les crânes sous-brachycéphales sont plus petits que les brachycéphales purs ; on voit de même que les sousdolichocéphales sont plus petits que les dolichocéphales purs, de telle sorte que, des deux côtés de la mésaticéphalie, la capacité crânienne s’accroît à mesure qu’on se rapproche des types les plus purs. Ici encore, par conséquent, le volume du cerveau paraît en proportion inverse de la pureté des types.

De quelque manière qu’on examine ces chiffres, l’avantage reste toujours aux brachycéphales. Je n’en conclus pas que les races brachycéphales, en général^ aient le cerveau plus grand que les races dolichocéphales ; je parle seulement des races particulières qui se sont trouvées en présence sur le sol de notre pays. Je n’en conclus pas davantage que notre race brachycéphale autochtlione

doive être considérée comme supérieure aux races dolichocéphales qui l’ont successivement opprimée; car le volume du cerveau n’est qu’un des éléments de la puissance intellectuelle ; la forme de cet organe est un élément non moins important, et le développement plus grand des lobes frontaux des hémisphères, dans la dolichocéphalie frontale (qui est le type des races indo-européennes), peut compenser et au delà l’infériorité apparente indiquée par le moindre volume de l’encéphale entier. C’est une question qui mérite d’être examinée. Depuis les travaux de M. Retzius, on a admis, sans une critique suffisante, que la dolichocéphalie est un caractère de supériorité. C’est possible; mais on ne doit pas oublier que les caractères de la dolichocéphalie et de la brachycéphalie ont été étudiés pour la première fois en Suède, puis en Angleterre, aux États-Unis, en Allemagne ; que dans tous ces pays, surtout en Suède, le type dolichocéphale prédomine bien manifestement, et que c’est une tendance naturelle des hommes les plus libres de préjugés, d’attacher une idée de supériorité aux caractères dominants de leur race.

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