PROCÉDÉ DES MOYENNES
BRACllYCÉPHAl.ES ET EURYGÉPHALES
{BuUclin^i; la Société d’ unthropoloyie (1861), t. U, 1” série, p. 645-649).
M. Rroca fait don à la Sociélé de la collection des cent vingt-cinq crânes parisiens dont il a présenté quelques spécimens dans une précédente seance, et complète sa communication par les remarques suivantes.
Pour bien connaître les caractères crâniolopiqnes d’une population, il est bon, sans doute, de considérer les types les plus purs ; mais on ne doit pas pour cela négli^^er les autres, comme on le fait généralement. On choisit les spécimens qui paraissent les plus beaux. Ce sont ceux-là qu’on étudie et qu’on mesure, et il en résulte qu’au lieu de décrire une race, on décrit seulement des individus plus ou moins exceptionnels. Ce procédé a ses avantages lorsqu’on cherche à rendre aussi saillantes que possible les différences qui existent entre les races; mais il ne fait pas connaître complètement la constitution de ces races. Le procédé des moyennes donne des résultats bien plus certains; il exige sans doute des études plus minutieuses et plus longues : il exige, en outre, l'examen à'une grande qnanlilé de crânes, recueillis sans choix dans l’ordre où le hasard les présente ; mais lui seul permet de constater l’état réel d’une population, surtout lorsque cette population est issue du mélange de plusieurs races. C’est ce qui m’a décidé à conserver la collection des cent vingt-cinq crânes parisiens du moyen âge, sur lesquels j’ai fait les recherches communiquées à la Société dans la séance du 4 juillet. Désirant que les résultats que j’ai annoncés puissent être contrôlés par mes collègues, et que l’on puisse librement compléter mes
propres recherches, je prie la Société d’accepter cette collection, qui représente exactement l’état de la population d’un district de la Cité quelques siècles après l’invasion germanique, a une époque où les derniers conquérants avaient déjà mêlé leur sang à celui des vaincus, mais où le mélange des races n’était pas encore inextricable, comme il l’est devenu depuis.
M. Trélat. J’ai assisté au triage de cette collection de crânes. Nous trouvâmes, dans un terrain annexé à l’ancien cimetière de l’Ouest, un grand tas d’ossements qui provenaient des fouilles faites devant le Palais de justice, et nous recueillîmes indistinctement tous les crânes dont la boîte osseuse était entière ou à peu près ; nous ne rejetâmes que ceux qui avaient subi de grandes pertes de substance. Nous remarquâmes ce jour-là un certain nombre de crânes volumineux, globuleux et distincts des autres par l’étendue considérable de leur diamètre transversal. M. Broca, frappé de ce dernier caractère, disait que le nom de brachycéphales ne convenait pas à ces crânes ; que ce qui les distinguait, ce n’était pas leur brièveté, mais leur largeur, et que le seul nom qui leur convînt était celui à'eurycéphales. Celte idée m’avait paru juste ; notre collègue paraît l’avoir abandonnée depuis, et je lui demanderai si c’est parce qu’une étude ultérieure l’cn a détourné.
M. Broca. Je n’ai pas renoncé à la dénomination de crânes eurycéphales^ et si je ne m’en suis pas servi dans les communications que j’ai faites à la Société, c’est parce que je n’ai pas voulu compliquer la synonymie, et parce que ce nom nouveau n’aurait pas été applicable indistinctement à tous les crânes que M. Retzius a appelés brachycéphales. Si l’on voulait translormer par la pensée un crcâne dolichocéphale, dont Vindice céphalique (rapport du diamètre transversal au diamètre antéro-postérieur) est plus petit que 77,7 pour 100, en un crâne brachycéphale, il faudrait porter l’indice céphalique au delà de SO pour 100, et on pourrait le faire de deux manières, soit en diminuant le diamètre antéro-postérieur, soit en augmentant le diamètre transversal. Le premier moyen donnerait un crâne dont le caractère dominant serait la brièveté, et qui mériterait réellement le nom de brachycéphale. Le second donnerait un crâne dont le caractère dominant serait la largeur, et qui mériterait le nom éCeurycé-
SUR LES BRACHYCÉPHALES DE LA FRANCE. 3w
phale. Si l’on compare maintenant les crânes dolichocéphales avec les brachycéphales de M. Retziiis, on trouve que ceux-ci sont en général plus courts que ceux-là; mais, d une part, cette brièveté comparative est loin d’être constante, car il y a beaucoup de crânes, dits brachycéphales, dont le diamètre antéropostérieur est supérieur à la moyenne de celui des crânes dolichocéphales ; d’une autre part, dans un très-grand nombre d’autres crânes dits brachycéphales, un raccourcissement léger est plus que compensé par un élargissement considérable; c e^t ainsi que, dans ma collection du moyen âge, la capacité moyenne des quarante et un crânes dolichocéphales se trouve inférieure de 48 centimètres cubes à celle des trente-huit crânes biachjcéphales. 11 semble donc que le nom à' eurycéphales devrait convenir à ces derniers, et il convient effectivement à beaucoup d’entre eux, mais non à tous ; car il y en a plusieurs (environ un slu trois), même parmi les plus brachycéphales, dont la capacité est inférieure à la moyenne des crânes dolichocéphales. Geux-la, par conséquent, ont perdu en longueur plus qu ils n ont gagné en largeur. Gela conduirait à la nécessité de diviser les crânes dits brachycéphales en deux catégories : celle des brachycéphales proprement dits, qui sont petits, et celle des eurycéidiales, qui sont grands; mais cette division, qui tendrait h substituer 1 élément de la capacité à celui du rapport des deux principaux diamètres, serait tout à fait arbitraire, parce que le volume du cerveau dépend du développement de 1 intelligence de 1 indisidu autant que de l’influence de la race. J’ai donc conservé la dénomination que M. Retzius a rendue classique, tout en reconnaissant qu’elle est défectueuse.