‹ Mémoires d'anthropologieChapitre 81 sur 86 · DEUXIÈME RAPPORT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME RAPPORT

Messieurs,

M. le docteur Alex. Thierry, président de la Commission dite des Gélestins, a soumis à notre examen des ossements trouvés, pendant les fouilles de 1847, dans le caveau de la duchesse de Dethford.

Plusieurs de ces os sont bien conservés ; d’autres ont éprouvé des perles de substance peu étendues et sont encore très-faciles à reconnaître ; enfin, à côté des os précédents, se trouvent quelques fragments informes dont il est bien difficile de déterminer la nature. Ceux-ci, du reste, sont en fort petit nombre.

Voici l’énumération des parties que nous avons examinées :

10 Tête. — La partie inférieure du frontal gauche. — L’une des incisives médianes de la mâchoire inférieure.

2“ Tronc. — Trois fragments de côtes dont les extrémités sont détruites et dont il est impossible d’indiquer le rang.

.30 Membres thoraciques.

Côté gauche.

a. Épaule. — Un fragment de la portion glénoïdienne de l’omoplate.

b. liras. — Extrémité supérieure de Thumérus.

c. Avant-bras. — Deux fragments constituant la totalité du radius.

cl. Main

40 Membres abdominaux.

a. Cuisse. — L’extrémité inférieure du fémur.

Côté droit.

Un fragment constituant le corps de l’humérus.

Le corps du radius.

Deux fragments constituant la plu.s grande partie du cubitus.

Le deuxième métacarpien.

Le cinquième métacarpien.

Le fémur presque complet; il ne manque qu’une partie du grand trochanter.

(I) Dans ce rapport, p. S27 à 529, l’àge prol)able auquel est parvenu le marquis d'Aulède est discuté avec nue lucidité remarquable. La discussion est provoquée par une erreur dans la lecture de l'inscription gravée sur le cercueil de ce personnage. Kn effet, cette inscription dit rpie le marquis d’Aulède est mort à 88 ans et non à 6fi, ainsi que le pense fc rédacteur, mais l’erreur était facile à cominetire, car les lettres sont généralement mal formées, et les 8 sont fermés en haut par un trait droit qui leur donne l'apparence de 6. La Commission n’a pas cru devoir cependant demander une modification à ce travail ; il est, effectivement, du plus haut intérêt de voir la science anatomique venir, d’une manière aussi complète, au secours des études historiques et permettre de rectifier, avec toute certitude, les erreurs de date que peut contenir un'ie inscription funéraire. (Les membres de la Commission.)'

o3S MÉMOIRES D’ANTHROPOLOGIE.

b. Jambe. — Exirémité inférieure du tibia.

c. Pied. — L’astragale.

Le calcanéum.

Le r>' métatarsien.

Le 2® métatarsien.

Le 3e métatarsien.

Extrémité inférieure du tibia.

L’astragale,

Le calcanéum.

Le cuboïde.

L’extrémité postérieure et interne du premier métatarsien.

Il résulte, en premier lieu, de cette énumération, que tous ces os peuvent provenir d’un seul cadavre. Aucun os, en effet, ne se trouve répété deux fois ; et lorsque nous avons rencontré deux os portant le meme nom, il s’est constamment trouvé que l’un appartenait au côté droit et l’autre au côté gauche.

En second lieu, en n’ayant égard qu’à la liste précédente, il est difficile d’admettre que ces os proviennent de plusieurs cadavres. — Si plusieurs corps avaient été déposés dans le môme caveau, il aurait fallu qu’un singulier hasard présidât aux phénomènes de décomposition qui oiit détruit une grande partie du squelette, pour permettre à la destruction moléculaire de respecter précisément et seulement les os qui précèdent, sans laisser subsister aucun os double.

Notre opinion se change, pour ainsi dire, en certitude lorsque nous comparons, les uns aux autres, les os dont nous venons de faire l’énumération méthodique.

Ainsi, en plaçant, l’un à côté de l’autre, deux os qui portent le même nom, nous trouvons qu’ils ont rigoureusement les mômes dimensions et la môme forme, avec cette différence toutefois que l’un provient du côté droit du corps et l’autre du côté gauche. C’est ce que nous avons pu vérifier sur l’extrémité inférieure des fémurs, sur celle des tibias, sur l’astragale, sur le calcanéum et sur le premier métatarsien. Une conformité aussi complète prouve que ces os ont appartenu au même corps.

De même, en comparant entre eux tous les os qui nous ont été présentés, il nous est facile de constater que leurs proportions relatives sont exactement celles qui existent entre les différents os du môme squelette.

Nous concluons de ce qui précède que tous ces os proviennent du corps du même individu.

Les éléments dont nous disposons nous permettent d’établir

RAPPORT SUR LES OSSEMENTS DES CÉLESTINS. o30

quelques données sur la détermination do l’{\ge de cet individu.

Dans le premier rapport que nous avons eu l’honneur de vous lire sur les ossements trouvés aux Gélestiiis, nous vous avons expliqué de quelle manière on peut utiliser la soudure des épiphyses pour la détermination des âges. Nous ne reviendrons pas ici sur ce point.

Dans le cas particulier qui fait l’objet de ce nouveau rapport, tout indique que le sujet avait atteint l’âge adulte. L’extrémité inférieure du fémur, qui ne se soude qu’à 20 ans, est ici solidement réunie au corps de l’os, et, sur le fragment de l’os ilium que nous avons retrouvé, \ épiphyse marginale est parfaitement soudée, ce qui annonce que le sujet avait plus de 2o ans.

En examinant attentivement l’extrémité supérieure du fémur droit à la faveur de la perte de substance qui résulte de la destruction du grand trochanter, nous avons retrouvé des traces de la soudure qui s’effectue à l’âge de dix-huit ans entre le corps de cet os et son extrémité supérieure. Gela prouve qu’il ne s’était pas écoulé un grand nombre d’années entre l’époque de cette soudure et le moment de la mort. La disposition que nous signalons s’efface en général vers l’âge de 40 ans.

Nous avons examiné aussi la structure du tissu spongieux sur l’extrémité supérieure du môme fémur. Cette partie du squelette devient, chez le vieillard, le siège d’une raréfaction considérable; or, ici, les cellules du tissu spongieux sont étroites, les lamelles osseuses qui les séparent ont encore une grande épaisseur, et cette circonstance prouve que le sujet était encore jeune.

Nous afGrmons, par conséquent, que le sujet avait plus de 2o ans et qiiil n avait pas dépassé l'dge adulte, nous croyons pouvoir assurer qu’il avait moins de 40 ans, mais il ne nous est pas possible, avec les éléments restreints dont nous disposons, de préciser davantage. — Pour déterminer, d’une manière certaine, le sexe d’un sujet, d’après l’examen du squelette, il est nécessaire d’étudier les clavicules et le bassin ; or les clavicules sont détruites, et il nous est impossible de reconstituer le bassin avec les deux fragments incomplets de l’ilium que nous avons retrouvés. Nous sommes privés, par conséquent, des éléments les plus précieux pour la détermination du sexe. — Quelques auteurs, il est vrai, ont pensé que l’inclinaison du col du fémur pouvait donner des

ÿ-iu MÉMOIRES d’anthropologie.

indications utiles; que ce col était plus rapproché, chez la femme que chez l’homme, de la direction horizontale ; mais rexactitude de cette asserlion a été contestée (1), et nous pensons, avec M. Cruveilhier qu’il ne serait pas prudent de déterminer le sexe d’après la seule inspection du fémur.

Toutefois, nous avons mesuré l’angle que fait sur notre sujette, col du fémur avec le corps de cet os; cet angle est de 122 degrés. En général, il est un peu plus considérable chez les individus du sexe masculin qui ii’ont pas dépassé l’ûge adulte.

En outre, la gracilité des os longs, qui sont assez minces, eu égard à leur longueur, s’explique très-bien en admettant que ces os proviennent du corps d’une femme. Il est donc probable que le sujet était du sexe féminin, mais l’étude anatomique ne suffit pas pour changer ici cette probabilité en certitude.

Il faudrait peut-être^ maintenant, déterminerla taille du sujet. On pense généralement que les proportions relatives des divers os du squelette sont soumises à des règles fixes, et qu’il suffit d’examiner un os long pour en déduire la longueur totale du corps. — Les auteurs qui se sont occupés des proportions du corps, au point de vue de la sculpture et de la peinture, ont dressé à cet égard des tableaux qu’il nous eût été aisé de consulter. Nous étions pour cela dans d’excellentes conditions. C’est en général le fémur qui est pris pour unité de longueur, et les actions moléculaires ont précisément respecté, dans le cas actuel, la continuité du fémur droit, mais on commettrait d’étranges erreurs, si on appliquait ainsi, à des cas particuliers, des données idéales dont le type n’a peut-être jamais existé. C’est ainsi, par exemple, que dans un tableau consigné par M. Orfda à la fin de sa Médecine légale (2), nous trouvons sur deux sujets le fémur d’égale longueur (iG centimètres), quoiqu’il y eût 20 centimètres de différence dans la taille (1 mètre 86 et 1 mètre GG). Ici, la longueur du fémur est de 43 centimètres; cela indique approximativement une taille comprise entre I mètre 64 et 1 mètre GG, ce qui, en tout cas, est une taille assez élevée pour une femme.

En résumé, nous concluons :

(1) Cruveilhier, Anat. ilcscrijit. 3” éilil., t. I, p. 306.

(i) Ordla, '(‘(/aie, 3'’ Odit., t. IV.

U\in>OUT SUll LES OSSEMENTS DES CÉLESTINS. .‘lU

1“ (Jue tous les os qui nous été présentés proviennent du môme sujet;

2" Que ce sujet avait plus de 25 ans et moinsde 40;

3” Que ce sujet était probablement du sexe féminin ;

4" Qn’enfm, s’il s’agit réellement d’une femme, elle possédait une taille assez élevée.

Nous regrettons, Messieurs, de ne pouvoir vous donner des résultats plus précis. Les matériaux insuffisants, dont nous disposons, ne nous permettent pas de mettre moins de réserve dans nos conclusions.

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