TISSU SPONGIEUX
Matière organique
20, ac
Matière minérale. ...
70, Gi
ICO, 00
53i MÉMOIRES D’ANTHROPOLOGIE.
Par conséquent, au point de vue de la matière organique, les os trouvés dans le cimetière des Gélestins établissent la transition entre les os ordinaires et les os fossiles. Longtemps protégée par sa combinaison avec des substances minérales, la base gélatineuse des os finit, à la longue, par subir l’influence des agents de la décomposition organique. Et cependant, malgré la disparition graduelle de l’une de ses parties, la masse totale de l’os ne présente aucune diminution dans sa pesanteur spécifique : souvent, au contraire, son poids augmente d’une manière notable. C’est parce que la destruction des molécules organiques ne constitue qu’un des éléments de la fossilisation. Il y a un autre élément aussi constant et bien plus essentiel : c’est l’addition successive des molécules minérales qui s’insinuent et se déposent dans tous les interstices du tissu primitif.
Ces molécules inorganiques varient évidemment d’après la nature des terrains où les os sont abandonnés. Le plâtre (sulfate de chaux), la silice, les oxydes de fer et de manganèse ont été trouvés isolés ou combinés en proportions diverses dans les différents ossements qu’on a analysés. Vanquelin, entre autres, a trouvé jusqu’à 28 p. 100 de sulfate de chaux dans les fossiles des environs de Paris.
Les ossements des Gélestins ne contiennent cependant que des quantités presque inappréciables de sulfate de chaux. En revanche, nous y avons trouvé de 10 à IS p. 100 de silice et de 1 à 2 p. 100 d’oxyde de fer. Cette différence n’a pas lieu de nous étonner; car les couches dans lesquelles ont été trouvés les fossiles analysés par Vanquelin, étaient bien différentes de la terre qui constitue le cimetière des Gélestins.
Les proportions du phosphate et du carbonate de chaux ont subi également quelques modifications. 11 y a diminution relative delà quantité de carbonate. Ce sel qui, ordinairement, estau phosphate : : 1 : o ne se trouve plus que : : 1 : 7 ; : : 1 : 9, et môme, dans une de nos expériences, : : 1:11. Nous craindrions d’abuser de vos moments, si nous entrions dans plus de détails sur ces analyses chimiques.
Nous avons étudié avec le plus grand soin, à l’aide du microscope, les os que vous avez soumis à notre examen.
Lorsqu’on coupe, dans le tissu compacte ordinaire, une tranche
RAPPORT SI R LES OSSEMENTS DES CÉLESTINS. o3a
assez mince pour ôlre transparente et qu’on la place sous le microscope, on aperçoit çà et là des trous parfaitement ronds. Ces trous correspondent à la coupe des petits conduits creusés dans l’os pour le passage des vaisseaux; c’est pourquoi on les Viomma orifices des canalicules osseux. 'èwv unes ordinaire, ces orifices sont complétementvides; lorsqu’on examine les tranches par transparence, ils ont pour caractère de laisser passer entièrement les rayons lumineux, et ils se distinguent ainsi tout à fait de la substance propre des os, laquelle n’est que demi-transparente.
Eh bienl les minces tranches que nous avons faites dans les ossements du cimetière des Célestins nous ont donné un résultat précisément inverse. Là où nous aurions dû trouver des orifices libres, nous avons observé des taches régulières, complètement opaques, qui offrent exactement la forme, les dimensions et la situation anatomique des canalicules osseux.
Ihir conséquent, au lieu d’être vides, comme sur les os ordinaires, les canalicules sont ici remplis par une substance minérale qui s’est déposée dans leur intérieur.
C’est là un point capital dans l’étude de la fossilisation. Les vides, les interstices qui existent dans la trame des tissus organiques, sont comblés par le dépôt de molécules minérales. — Ce phénomène n’est que secondaire dans la fossilisation des os et des dents, parties très-peu putrescibles et susceptibles de résister, par leur propre cohésion, pendant une longue suite de siècles. 11 tient, au contraire, le premier rang dans la fossilisation des végétaux. C’est là ce qu’on désigne sous le nom de 'pétri f cation ; mais il faut bien se garder de croire que les fibres organiques se changent ainsi en fibres calcaires. Onestporté à admettre cette métamorphose lorsqu’on examine le végétal entièrement fossilisé et qu’on y trouve des fibres de substance minérale entièrement semblables, par leur volume, leur direction, leur disposition, aux fibres ligneuses primitives. Mais l’examen de ce qui se passe pendant la durée de la pétrification prouve que le phénomène est précisément inverse. La matière terreuse se dépose dans les interstices linéaires qui séparent les fibres, et non dans l’épaisseur môme de ces dernières. C’est ce qui a lieu actuellement dans les ossements du cimetière des Célestins ; les canalicules y sont remplis de silice et d’oxyde de fer. Cet état eût persisté ici pendant
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longtemps encore, parce que la substance propre des os, douée d’uné grande solidité, est en môme temps fort peu accessible à la putréfaction. Mais supposez qu’une semblable pétrification ait lieu dans un tissu végétal, tôt ou tard les molécules organiques seront détruites, les substances pétrifiantes persisteront, au contraire, et un moment viendra où, à la place du tissu ligneux, il n’y aura plus qu’une masse minérale présentant le simulacre inverse de sa structure. C’est-à-dire que les fibres du végétal fossile correspondent aux espaces interfibrillaires du tissu primitif, tandis qu’au contraire les espaces interfibrillaires du fossile représentent remplacement des fibres organiques détruites.
Cette doctrine de la fossilisation a été admise, surtout d’après des vues théoriques ; c’est par le raisonnement qu’on est arrivé à lire sur les fossiles l’histoire des phénomènes qui s’y sont succédé dans les premiers âges du monde. Merveilleuse puissance de l’induction ! L’étude des os que vous avez soumis à notre examen, en nous permettant de prendre sur le fait le travail de la fossilisation, a confirmé de point en point les résultats de la théorie.
■ Et maintenant. Messieurs, il vous appartient de fournir à la paléontologie de précieux renseignements. Vos recherches archéologiques vous permettront sans doute de nous dire exactement depuis combien de temps ces ossements gisaient dans le sein de la terre. Ce sera là une première base pour une étude importante. Lorsque la science aura consigné plusieurs observations analogues ; lorsqu’on aura pu suivre pas à pas les modifications que chaque nouveau siècle apporte dans la structure et la composition des fossiles; alors, peut-être, on pourra parvenir, par le simple examen de ces débris d’un autre âge, à déterminer la distance qui nous sépare des diverses époques de la création. Jusqu’ici, la paléontologie, avec une admirable précision, nous a appris dans quel ordre se sont succédé les périodes antédiluviennes ; mais elle ne nous arien dit de leur durée absolue ni de leur durée relative. Il est permis d’entrevoir des résultats plus 'beaux encore. Il est permis d’espérer qu’un jour l’esprit humain osera découvrir les dates des révolutions terrestres et décliilîrer la chronologie de notre planète dans ce panorama souterrain, qui est bien antérieur aux hiéroglyphes et à la tradition, dans ce
RAPPORT SUR LES OSSEMENTS DES CÉLESTINS
livre gigantesque dont les pages sont d’immenses couches superposées et dont les lettres sont des débris fossiles (1).