VI. Free Natives Of Dominioa
This Plate is Dedicated to Sir W. Yowig Part
etc.
(Même formule et même date.)
Un mulâtre, tourné à droite, coiffé d’une sorte de mitre de coton striée de gris et de blanc, vêtu d’une veste rayée de jaune et de bleu, d’une culotte grise et de bas blancs, chaussé de souliers à boucles d’argent ‘ s’appuie de la main gauche sur une longue canne à pomme dorée et abaisse de la main droite, en saluant, non sans quelque hauteur, un petit tricorne galonné
1) Le peintre de la gravure anglaise s’est permis des variantes. Il a fait, par exemple, la culotte rouge et la veste rayée de bleu, de gris et de rose comme le bonnet.
ALEXANDER BRITNIAS
d’or. Deux jeunes mulAlresses abordent noire élégant. L’une est coiffée d’un énorme bonnet cylindrique de dentelles blanches et vêtue d’une robe blanche à larges manches brodées et d’un fichu de dentelles. L’autre porte le gigantesque chapeau rond dont nous avons déjit parlé. Ce couvre-chef repose, en avant, sur le front et est relevé au loin, en haut et en arrière, par un bonnet semblable à celui de sa compagne, La robe est toute semblable, mais le fichu est rose et bordé de rayures blanches et bleues. Toutes deux, les jeunes femmes ont des colliers de perles et des boucles d’oreilles d’or, et dans la main un foulard rayé. La scène sepassedans un jardin, oùs’élève uncocolier cbargéde ses fruits.
Ce petit tableau, qui en dit plus que de longues descriptions sur les mulâtres libres {/ree Natives) des Antilles à la fin du xviii' siècle, est le plus soigné et le mieux conservé des quatre que j’ai pu sauver. Les physionomies des personnages sont spirituelles et bien étudiées, et tous les détails des costumes sont rendus avec une singulière finesse d’exécution.
Tout l’ensemble de l’œuvre de notre peintre ethnographe est d’ailleurs, je l’ai dit déjà, d'une exactitude quasi scientifique, dont ne se préoccupaient guère les peintres de 1780.
Que l’on se souvienne, en elfet, que Camper travaillait, à cette même date à la Dissertation sur les variétés naturelles qui caractérisent la physionomie des hommes des divers climats et des différents âges'^ ^ où l’on peut lire des critiques si justes sur l’ignorance des maîtres de la peinture moderne en matière d’ethnographie. « Parvenu à dix-huit ans, disait Camper (c’était par conséquent vers 1740), mon maître, M. Charles de Moor, le jeune, à qui je dois tous les progrès que j’ai faits dans la peinture, me donna à copier un beau tableau de Van denTempel, dans lequel
1) La dissertation que je cite « fut conçue, dit Camper le fils, en 1768, l'auteur l’enrichit de plusieurs additions en 1772 et la porta, en 1786, au point de perfection où nous la voyons aujourd'hui ».
2) P. Camper, Dissertation sur les variétés naturelles qui caractérisent la physionomie des hommes des divers climats et des dilf'érents âges, suivie de réflexions sur la beauté, particulièrement sur celle de la tête; avec une nouvelle manière de dessiner toutes sortes de têtes avec la plus grande exactitude. Ouvrage posthume... traduit du hollandais par H. -J. Jansen. On y a joint une dissertation du même auteur sur la meilleure forme des souliers, le tout enrichi de XI planches en taille-douce. Paris, Francart. 1792, in-4.
DECADES AMEBICANÆ
il y avoit un Nègre, dont la représenlalion ne me fil rien moins que plaisir. Il avoit, à la vérité, la peau noire; mais cette peau recouvroit un corps de charpente européenne. Je ne pus parvenir aie rendre à mon gré; et ne recevant point, à cet égard, une instruction suffisante, je fus obligé d’abandonner ce travail. Après avoir étudié allenlivemenl les gravures du Guide, de Cari Marate, de Séb. Ricci et de Rubens, je trouvai qu’en représentant les Mages d’Orient, ils avoient, comme Van den Tempel, représenté de.s hommes noirs, et non pas des nègres. Le célèbre graveur Corneille Visscher est le seul qui m’ait paru avoir suivi exactement la nature en voulant représenter un nègre. »
Rrunias, dont j’ai eu la satisfaction d’exhumer l’œuvre entièrement oubliée, mérite de prendre une modeste place entre C. Visscber qu’admirait Camper et Ruotte, dont je parlais plus haut, sur la liste des graveurs qui ont introduit l'elbnographie dans le domaine de l’art. Il est, en tout cas, le premier, par ordre de date, de ces artistes voyageurs si nombreux depuis lors et parfois si habiles qui ont consacré une partie de leur talent à représenter d’après nature, en toute sincérité, les divers aspects de l’humanité exotique. Ilodges et Webber, les dessinateurs de Cook, sont, il est vrai, ses contemporains et ses émules, mais leurs œuvres, si intéressantes qu’elles puissent être à certains égards pour nos études, manquent absolument de vérité ethnographique et l’on peut reproduire, à propos des planches qui nous les ont conservées, les critiques de Lierre Camper.
UN BAS-KELIEF AZTÈgUE DE LA COLLECTION UHDE
A PROPOS d’un bas-relief AZTÈQUE DE LA COLLECTION UUDE
La planche V de l’allas des Monuments anciejis du Mexique^ que nous reproduisons plus loin, représente un bas-relief en pierre dure, rapporté par Lhde de l’Analuiac et copié par Waldeck dans la collection de ce voyageur.
Un personnage trapu, vêtu d’un riche costume, s’y montre, portant dans les deux mains, relevées par un geste symétrique à la hauteur des épaules, d’une part une plante coupée, de l’autre une sorte de planchette.
Les proportions du corps sont très défectueuses; si la tête est trop grosse, le tronc et les membres, au contraire, sont démesurément réduits. D’énormes masses de cheveux encadrent un visage dont le centre a été affreusement mutilé.
Le costume se compose d’une coiffure gigantesque et compliquée, d’une jaquette assez longue pour couvrir la naissance des cuisses, d’un petit devantier qui pend entre les jambes, d’une collerette dentelée, d’une sorte de pèlerine garnie de volumineux appendices ovoïdes, d’une paire d’épaulettes, de manchettes, de jambières, de cotaras enfin ou sandales liées au cou-de-pied par un large nœud à clef.
Waldeck décrivait ainsi ce bas-relief ;
« Figure étrange qui offre une certaine ressemblance avec les cartes à jouer; elle lient à la main gauche une figure frangée par le bas, qui porte cinq lignes de ligatures et de la main droite une tige de maïs. Des rayons sortent de chaque côté de la tête et au bas du collier on voit, supportés par des branches, trois objets ovales que je suppose être des cœurs ».
Waldeck n’avait rien vu de plus dans le curieux monument qu’il copiait et Longpérier, qui dirigeait la publication de l’atlas
1) Monuments anciens du Mexique. Paris, A. Berlrand, 1867, in-fol. pl. v.
Db'CAOËS AMElUCANi^
(1865), quelque frappé qu’il fût d’ailleurs de l’intérêt d’une figure qu’il avait choisie entre beaucoup d’autres dans les cartons de l’artiste, n’avait pas essayé d’en préciser la signification.
Aucun archéologue, aucun ethnographe ne s’est préoccupé depuis lors de ce remarquable monument, et il serait encore aujourd’hui absolument inexpliqué, si la lecture attentive de quelques anciens textes espagnols et l’examen de divers objets réunis au Musée d’Ethnographie n’était venus fournir les moyens d’en interpréter les détails.
C’est à développer les divers points de ce commentaire qu’est consacrée la courte notice qui suit.
Le personnage du bas-relief Uhde tient, dans la main gauche relevée à la hauteur de l’épaule, un instrument spécial qu’il saisit par une sorte de poignée percée d’un trou de suspension. Cet instrument est, je l’ai déjà dit, une espèce de planchette, trois fois plus haute que large, dont l’un des longs côtés est à peine légèrement excavé, tandis que l’autre décrit dans son tiers supérieur une courbe concave puis convexe, qui relie doucement la poignée au corps de l’instrument.
La surface en est lisse et plane, mais les bords portent dans leur tiers moyen, deux plaques surajoutées, l’externe un peu plus longue que l’interne, auxquelles sont horizontalement fixés quatre objets en relief de forme étroite et allongée. Cn cinquième objet tout semblable est couché au centre de la planche, et le bord inférieur se termine par quatre jiendentifs dont le contour est seulement indiqué.
A ne juger de cette pièce que par sou profil, on la prendrait pour un gouvernail de navire, dont elle reproduit exactement les formes générales. Les plaques surajoutées, les objets en relief que ces plaques supportent, les appendices de la base interdisent bien vite, il est vrai, de s’arrêtera cette explication. Le personnage brandit d’ailleurs l’instrument dont il tient serrée la poignée et qu’il faut dès lors considérer comme une arme dont
UN BAS-UELIEF AZTÈgUE DE LA COLLECTION UHDE
il menace, un insigne dont il fait parade ou un engin bruyant qu’il secoue.
Or aucune des armes offensives, aucun des insignes religieux ou civils dont les peintures aztèques nous ont conservé les figures, ne se rapproche, même de loin, de la chose représentée dans notre bas-relief. Les massues des guerriers *, les sceptres des dieux’, des rois’ des prêtres* diffèrent sensiblement de l’objet qui est placé sous nos yeux. Ce n^est donc pas plus un insigne qu'une arme, et il faut se résoudre à y voir un appareil sonore, une espèce de crécelle, dont les organes bruyants sont les pièces d’applique et les pendants que nous avons signalés dans notre description.
Sabagun , Tezozomoc, etc. , nous apprennent qu’il existait dans le matériel des fêles religieuses des Aztèques, à côté des flageolets, des sifflets, des conques, des tambours divers engins que l’on secouait, pour obtenir des bruits plus ou moins musicaux. C’étaient V omichicahuaztli^ ^ sorte de claquelle faite avec des os [omitl), ou des bois de cervidé taillés, V ayacacâtli et le tetzilacatl^ hochets ou grelots formés d’une boule creuse en terre ou en métal garnie de petites pierres à l’intérieur et munies d'un manche'*; V ayacachicaualiztli* enfin, ou nacatl quauitl , « planche
1) Cod. Vatican, ap. Humboldt. Vues des Cordillières, pl. XIV, n“ 3. — Cod. Mendoza, lam. I. — Cod. hamirez, lam. III, IX. X, XXVII. — Etc.
2) Ann. del Mus. Nac. de México, l. I, p. 352; t. II, p. 314, 322. — Cod. Ramirez, lam. XVIII, XXI, XXVI. — Cod. Tellerian, pass. — Etc.
3) Cod. Vatican. {Ibid., pl. XIV, n®’ 1 et 2). — Cod. Ramirez, lam. IV, V, VII. — Etc.
4) Cod. Vatican. {Ibid., pl. XIV, n®“ 5 et 6); Cod. Ramirez, lam. XV. — Etc.
5) Les flageolets et les sifflets en terre cuite, les conques faites de diverses coquilles marines, les tambours de bois sculpté se rencontrent fréquemment dans les collections ethnographiques mexicaines; le Musée du Trocadéro en est largement pourvu. .Mais il est parfois question de trompettes, de cornes et de cors dans les récits que nous ont conservé les auteurs espagnols du xvp siècle, et j’ignore complètement à quel type d’instruments peuvent bien correspondre ces dernières appellations.
6) « Omichicahuaztli, que era un cuerno de venado acerrado que iba resonando. » Cronica Mexicana escrita por T). Hernando Alvarado Tezozomoc hacia el ano de MUXCVIU, anotada por el Sr. Lie. D. Manuel Orozeo y Berra. Ed. José. M. Vigil. México, Ireneo Paz, 1878, grand in-8, p. 561.
7) Fr. B. de Sahagun. Histoire générale des choses de ta Nouvelle Espagne, trad. Jourdanetet Siméon. Paris, Masson, 1880, gr. in-8, p. 525.
8) De ayucachtli, grelot el chicauuliztli, action de fixer, d’affermir (Siméon ap. Sahagun. trad. cit., p. 107, n. 2).
DECADES AMERICANÆ
de deux brasses de long sur un empan de largeur, à laquelle étaient attachés des grelots, de distance en distance, et des morceaux de bois cylindrés destinés à produire un bruit par le mouvement »
Sauf les proportions en longueur qui sont d’ailleurs attribuées par Sahagun à un grand appareil que le quaculli' portait sur son épaule, la description sommaire qu'il nous a laissée convient à tous égards à l’objet figuré sur notre bas-relief, objet beaucoup plus court sans doute, et que le trou qui perfore l’extrémité du manche permettait vraisemblablement de suspendre à la ceinture.
I.'ig. Grelot de cuivre mexicain. {Musée d'Elhnogr. Coll. Pinart, n<> 7420.
Quand on y regarde de près, les cinq appliques disposées en quinconce à la surface de la planche et dont Waldeck faisait, je ne sais trop pourquoi, cinq lig?ies de ligatures, se reconnaissent pour des grelots de cuivre du type le plus ordinaire.
1) Sahagun, trad. cil., p. 110.
2) Quaculli, preneur de têtes, dequaill, tête, etewf, prendre (Simeon); l’un des sa'rapes ou ministres mentionnés par l’auteur à propos des fêles des dieux de la pluie, qui se célébraient au sixième mois de l’année mexicaine elzalqunliztli. — On sait que c’est du mot satrape que Sahagun se sert le plus volontiers pour désigner les prêtres des idoles.
UN IIAS-UELIEF AZTÈQUE DE LA COLLECTION UDDE
Je reproduis ci-coiitre le plus volumineux et le mieux conservé des grelots mexicains du Musée du Trocadéro (lig. 73).
11 n’est pas trop malaisé de retrouver successivement et de gauche à droite, dans chacune des cinq appliques du has-relief de Ulule, l’anneau de suspension, puis la partie pleine, puis enliu la partie fendue du grelot représenté dans la figure ci-jointe Les anneaux de suspension se montrent, il est vrai, beaucoup plus volumineux dans la figure sculptée, mais cette différence est, en somme, de médiocre importance, et nous la retrouvons presque aussi accusée dans la figure 19 de la planche XIII du manuscrit de Mendoza (fig. 74).
Fig. 14. — Grelots mexicains, d’après la planche XLII du Cod. Mendoça.
Rien ne s’oppose à ce que l’on reconnaisse, dans les quatre pendants indiqués au bas de l’instrument, les « morceaux de bois cylindrés » avec lesquels le prêtre de Tlaloc faisait tapage, lorsque remuant la planche aux grelots mise en ses mains il « faisait battre les petits morceaux de bois qui s’y trouvaient attachés ou artificiellement insérés*. »
2) Cette figure représente les quarante grelots {XL cascabeles de lalono cobre) que devaient apporter en tribut certains peuples au souverain de Mexico. Les deux drapeaux qui surmontent l’enfilade des grelots représentent, comme on sait, deux fois le chiffre vingt.
3) Sahagun, trad. cit., p. 152. — M. Jourdanet, qui ne connaissait pas notre monument, s’est trouvé embarrassé pour expliquer 1 insertion artificielle dont il est ici question. Il suppose que « la planche était percée, de distance en distance, de petits rectangles qui avaient une tige cylindrique en bois traversant le vide d’un côté à l’autre. De petites boules ou de petits cylindres en bois, troués départ en part, se trouvaient, ajoute-t-il. insérés sur cette tige et jouaient librement sur elle, de manière à frapper alternativement les deux bouts qui se terminaient sur les côtés du quadrilatère. » Les morceaux de bois artificiellement insérés ne seraient-ils pas plutôt les deux plaques qui portent les grelots latéraux sur notre bas-relief, plaques qui pouvaient se mouvoir sur la planchette à l’aide d’un artifice fort simple de menuiserie ’?
DECADES AMERICANJE
J’ai tenté de rétablir, d’après les données que je viens d’exposer, y mjacachicaualiztli ; la figure 75 ci-jointe représente cette restitution.
C’était, je l’ai déjà dit, pendant les fêtes consacrées en etzalqualizlli aux dieux tlaloques que l’appareil que je viens d’étudier se produisait dans les processions mexicaines. 11 en est une
Fig. 75. — Hestitutiou proposée de l'ayacachicaualiztli (Uaniy).
première fois question dans Sahagun, à propos de la cérémonie du bain froid, qu’allaient prendre la nuit les ministres du culte pendant le temps du jeûne en l’honneur des tlaloques'. « Celui
1) « C’élail une coutume établie entre les satrapes de tous les temples que, pendant les quatre jours de jeûne, ils se levaient à une heure après minuit, sonnaient du cor et faisaient entendre d’autres instruments, comme pour appeler à matines. A cet appel, tous se levaient et ils allaient, entièrement nus, sans aucun vêtement, cnercher les épines de maguey qu’ils avaient coupées la veille et apportées dans la pulpe de la même plante (ng. 76). Ils se faisaient alors des incisions aux oreilles avec de petits couteaux de pierre, et ils trempaient la pointe des épines de maguey dans le sang qui s’en écoulait. Ils s’ensanglantaient en même temps le visage. Chacun trempait dans le sang le nombre de pointes de maguey que le degré de sa dévotion lui commandait ; les uns cinq, les autres moins et d’autres davantage. Après cela, tous les satrapes et ministres lies idoles allaient se plonger dans l’eau, n’importe le froid qu’il fit, en soufflant dans des conques marines et dans des sifflets en terre cuite. Tous portaient sur leur dos de petites sacoches attachées avec des cordelettes A'iztli et terminées par des glands. De quelques-unes de ces sacoches pendaient des bandes de papier peint appelé yiequachtli. Elles contenaient une espèce de
UN BAS-RELIKF AZTÈQUK DE LA COLLECTION LHDE 149
qui marchait en avant, dit cet auteur, était un de ceux qu’on appelle quaquacuiltin^ . Il portait sur l’épaule une planchette de deux varas de long et d’environ un empan de large, munie de grelots qu’on faisait sonner en marchant, m Le savant franciscain parle de nouveau de V ayacachicaualiztli à l’occasion d’une procession qui avait lieu un peu plus tard et dans laquelle on conduisait sur le bord de la lagune pour les y lancer dans l’eau froide, non sans les avoir maltraités, certains délinquants parmi les serviteurs des temples*.
La planche à grelots intervient une troisième fois dans les descriptions de Saliagun lorsque le pontife de Tlaloc a terminé la
farine grossière semblable à de petits crottins de souris, portant le nom de yi/aqu(üli {r/ijaya, sentir, et qualli, bon). On la faisait en trempant dans de l’encre la poudre d’une herbe appelée yietl, qui ressemble à de la jusquiame de Castille. .4u-devant de tout le monde marchait un satrape avec son encensoir rempli de braise et sa sacoche pleine de copal. Tous portaient un morceau de feuille de maguey dans lequel étaient enfoncées les épines dont chacun devait faire usage. Celui qui marchait devant était un de ceux qu’on appelle quaquacuiltin. Il portait sur l’épaule une planchette de deux varas de long et d’environ un empan de large, munie de grelots qu’on faisait sonner en marchant. Cette planchette s’appelait ayacachicaualiztli ou nacatl quauitl. » (Sahagun, trad. Jourdanet, p. t07.)
1) Quaquacuiltin, pluriel du mot quaculli expliqué ci-dessus.
2) « Au lever du soleil les satrapes se couvraient de leurs ornements habituels; une jaquette en dessous et par-dessus une mante légère et transparente appelée ayauh quemill (ayauhtli brume, quemitl, vêtement), parsemée de plumes de perroquet posées en croix. On plaçait à Tun d’eux, sur le dos, une grande fleur ronde en papier, en manière de rondache, et on lui attachait derrière la tête d’autres fleurs aussi en papier plissé, qui dépassaient de chaque côté, en demi-cercle, de façon à figurer des oreilles. On lui teignait la tète avec un vernis bleu, sur lequel on répandait de la marcassite. Ce satrape portait, pendant de la main droite, une sacoche en peau de tigre, avec des bordures en petits escargots blancs tombant en clochettes, qui sonnaient en se touchant les uns les autres. D’un angle de la sacoche penaait la queue d’un tigre et on voyait aux autres angles les quatre pattes de l’animal. Ce petit sac était rempli d’encens destiné aux offrandes et composé au moyen d’une herbe appelée yiauhtli, séchée et moulue. Devant ce satrape marchait un autre ministre nommé quaculli portant sur ses épaules une planche de deux brasses de long sur un empan de largeur, à laquelle étaient attachés des grelots, de distance en distance et des morceaux de bois cylindrée destinés à produire un bruit, par le mouvement. On appelait cette planche ayacachicaualiztli. D’autres ministres encore précédaient ce satrape, portant dans leurs bras des statuettes de divinités, fabriquées avec cette gomme sautillante et noire qui s’appelle ulli. On connaissait ces statuettes sous le nom d’ulteteo, ce qui veut dire dieux d'ulli. D’autres ministres avaient dans leurs bras des morceaux de copal de forme pyramidale, à la manière des pains de sucre. Le sommet de chacun d’eux se terminait par une plume riche de quelzalli. S’étant rangés dans cet ordre, ils prenaient leurs cornets'et leurs conques marines, et ils se mettaient en marche, formant procession, pour conduire ceux qui avaient commis quelque faute au lieu où ils devaient être châtiés. » (Sahagun, trad. cit., p. 110.)
DtXADES AMERICAN®
loO
céréjTioilic des boules de chdlchihmtl dans le temple de son dieu
Or nous voyons en lisant on entier le chapitre où sont compris les trois textes relatifs à Va;jacachicaualitzli, (|ue dans toute la série dos fêtes, où cet iustrument spécial était mis eu usage, les souchets* appelés ouapillin ou jouaient un rôle des
plus importants.
('.'est par la récolte de ces souchets dans la fontaine deTemilco, au village de Citlaltepcc, que débutaieut les fêtes du mois etzalqualizlU *.
C’est avec ses souchets que l’on confectionnait les manias et les nattes étendues autour des foyers pendant tout le tenqis de la retraite et du jeûne pratiqués dans le calmecac. C’est de ces
1) « Lorsque le satrape de ce dieu (Tlaloc) arrivait au temple, on s'arrêtait et on étendait sur le sol des nattes et des feuilles de souchet, sur lesquelles on répandait de la poudre d’encens. Sur ces nattes on plaçait quatre chulchUmitl, ronds comme de petites boules. On donnait au satrape un petit crochet teint en bleu, avec lequel il venait toucher chacune de ces boulettes. En louchant à peine l’une d’elles, il retirait immédiatement la main, faisait un tour sur luimême, allait toucher une autre boulette, se livrait à la même manœuvre et les touchait toutes pareillement après avoir fait un tour sur lui-même. Cela étant fini, il émiettait de l’encens sur les nattes d’yiauhtii. On lui donnait ensuite la planche aux grelots, avec laquelle il commençait à faire du tapage en la remuant pour faire battre les petits morceaux de bois qui s’y trouvaient attachés ou artificiellement insérés. » (Sahagun, Irad. cit., p. 112.)
2) Ce mot est celui dont se sert constamment .M. Jourdanet dans sa traduction,
3) Ouapillin de ouail, tige de maïs vert et piWi, principal, grand. jonc
et milli, champ cultivé.
4) « On appelait le sixième mois etzalqnalizlli. Il y était célébré des fêtes en l’honneur des dieux de la pluie, nommés Tlaloques. Avant d’arriver à cette tête, les satrapes des idoles jeûnaient quatre jours; mais auparavant, ils allaient au village de Citlaltepec chercher des souchets appelés ouapillin ou tolmimilli qui y viennent très gros et très longs. La tige, qui est très haute, est blanche dans toute la partie qui se trouve dans l’eau. On arrachait ces plantes dans une fontaine connue sous le nom de Temilco (dans le champ, milli, de pierres, tell) Tepexic (dans le précipice, tepexitl. précipice) ou Oztoc (dans la caverne, oztotl, caverne). Après les avoir arrachés, ils les arrangeaient en faisceaux, les entouraient de leurs manteaux et les attachaient avec les courroies qui devaient leur servir à les porter sur le dos. Ils parlaient ensuite en portant leurs charges placées de haut en bas et jamais en travers. (Sahagun, trad. cil., p. 104-105.)
5) « Etant arrivés avec leurs souchets au temple qui en avait besoin, on en cousait les liges l'une à l’autre en prenant soin de les arranger de telle manière que le blanc de l’une coïncidait avec le vert de l’autre, d’où résultait une ressemblance avec une étoffe peinte. On faisait aussi avec cette plante des sièges avec ou sans dossier. Pour faire ces espèces d’étoffes de souchets on mettait d’abord en ordre les tiges sur le sol et on les cousait ensuite, ainsi qu’elles étaient arrangées, avec des radicelles de raaguey... On avait l’habitude d’étendre autour des foyers les mantus de souchets cju’on venait de faire et qui portaient le nom de azlapilpctlall, c’est-à-dire nattes rayées de plantes blanches et vertes. » (Sahagun, trad. cil., p. 105-106.)
UN B.\S-RKUIKF AZ TÈOUK DK LA COLLECTION UHDE lol
m^'ines soiichels que l’on lirail la matière des sièges avec ou sans dossier employés dans quelques-unes des cérémonies qui se déroulaient ensuite Les nattes et les feuilles de souchet s’étendaient encore sur le temple deTlaloc, lorsqu’on y répandait de la poudre d’encens et qu’on y disposait les boules de chalchilmill' dont nous parlions plus haut. Enfin les fêtes de etzolqualitzli se terminaient par l’enlcvement et la mise au rebut de ces memes nattes vertes, qui étaient demeurées étendues dans les monastères pendant toute la durée de ces longues et bizarres cérémonies
Chaque fois qu’elle était usitée, la planche à grelots se trouvait donc en rapports intimes avec les ou les ouapillin.
On ne s’étonnera donc point de trouver dans la droite du personnage qui de la gauche secoue X ayacMchicanalitzh la tige, qui synthéthise, suivant l'usage constamment adopté par les hiérogrammates de Mexico, l’ensemble des souebets employés dans les fêtes de Tlaloc.
lit
Un personnage, dont les mains sont chargées d’un engin musical exclusivement religieux, et de la plante qu’arrachent les ministres des idoles pour en confectionner des objets destinés cà leurs cérémonies, ce personnage ne peut être qu un ministre lui-même, un satrape, comme dit Sahagun, que nous saisissons ainsi dans l’exercice de son culte, et couvert de ses insignes caractéristiques.
J’ai déjà appelé l’attention sur l’énorme et massive chevelure qui encadre son visage. l'orter les cheveux à la fois fort longs et très épais fut toujours l’un des attributs essentiels du clergé mexicain. Le manuscrit Ramirez nous apprend que « dès le jour
1) Les petits enfants fie chœur (c’est ainsi que Sahagun appelle, par assimilation, les tlamacaxtoton ou jeunes garçons qui servaient dans les temples). « les petits enfants de chœur, qui étaient délinquants aussi, étaient portes sur les épaules, assis sur un siège fait de souchets verts. » {Ibid., p. 140.)
2) Voyez le texte reproduit ci-dessus.
3) « Cela étant terminé, ils (les satrapes) s’en retournaient au monastère, retiraient toutes les nattes vertes qu’on y avait étendues et les jetaient dehors, derrière l’édifice. » {Ibid., p. 1 14.)
DECADES AMERICANJ:
OÙ ils entraient dans les ordres, la première chose que faisaient les ministres du culte, était de laisser croître leur chevelure.. , Jamais ils ne la coupaient, ajoute l'auteur anonyme de ce document, l’un des plus importants qui nous ait été conservés sur les Aztèques ; jamais ils ne la rognaient jusqu’à la mort, ou jusqu’à leur retraite. »... Ces cheveux poussaient tellement qu’ils descendaient jusqu’aux jarrets et que le poids qu’ils faisaient sur la
tête finissait par occasionner uneréellefatigue. « Ils s’enduisaient, dit encore le même manuscrit, des pieds jusqu’à la tête d’un liniment noir, aussi bien les cheveux que tout le reste du corps; cette préparation qu’ils appliquaient mouillée, formait dans la chevelure des épaisseurs qui la faisaient ressembler à la crinière hérissée d’un cheval »
La couronne qui surmonte dans le bas-relief de Uhde les masses
1) Codice Ramirez. Ed. Vigil. p. 111. — Un certain nombre de représentations
ÜN HAS-REUEF AZTf:OÜE DE LA COLLECTION UDDE 153
de cheveux dont je viens de parler, semble bien correspondre à celle que Sahagun attribue au « satrape de Tlaloc » se rendant au temple pour y procéder à la cérémonie des boules dont il était question quelques pages plus haut. Cétait, dit cet auteur « une couronne en forme de panier, serrée sur les tempes, large à sa partie supérieure et ornée vers sa partie moyenne de toutes sortes de belles plumes » L’artiste mexicain a représenté sommairement l’évasement de la coiffure, qui rappelle assez bien en effet certains récipients des hiéroglyphes mexicains, la torsade qui la tient fixée au-dessus des tempes, enfin une grande plume dressée verticalement au milieu du chapeau.
Un ornement de nuque, tout semblable à ceux que portent un fort grand nombre d’autres figures en pierre ou en terre cuite recueillies au Mexique, presque identique à celui qui orne le chef des premiers prêtres dans la planche XV, reproduite ci-dessus, du manuscrit Ramirez (fig. 2, p. 11) vient compléter la parure de tête. Il se compose de deux masses de papier de metl déployées en éventail, derrière la tête, et formant autour de la figure un décor rayonnant.
Los ornements d’oreille sont probablement métalliques, je Serais disposé à y voir ces « oreillons en cuivre, accompagnés de pendants d’or » dont parle quelque part Sahagun. La collerette denticulée qui entoure le cou est le tlaquecapaniotr , ornement en papier découpé, que les «enfants de chœur’ «, préparaient dans le temple, pendant les jours de pénitence, pour ces mêmes fêtes des tlaloques où figuraient déjà \' ayacachtcnualitzli et les ouapillin. L’ornement postérieur qui, sous le nom amaeufixpnlli, retombait sur les épaules, ne peut pas se voir sur notre sculpture. Le yataztli ou sacoche à encens y fait également défaut, mais les « enfilades de morceaux de bois figurant des cha-
de prêtres mexicains fig. 76, nous montrent ces épais amas de cheveux liés, comme l’indique le manuscrit Ramirez, avec des tresses de coton. (Ibid., p. 111.)
1) Sahagun, trad. cit„ p. 112.
2) Tla, chose; quechtli, cou; pan, sur (Siméon, ap. Sahagun, trad. cit., p. 111.)
3) Le mot est, nous l’avons déjà dit, de Sahagun.
DECADES AMERlCANJi
pclets » dont parle toujours Sahagun, sont manifestement représentées dans la ligure par les trois gros appendices ovoïdes suspendus, ainsi que je l’ai déjà dit, au pectoral de notre pontife.
Je ne crois pas me tromper en rapprochant ces pendentifs, que Waldeck prenait pour des cœurs*, de certains gros pendants de pierre dure, plus ou moins soigneusement polis, que l’on trouve parfois dans tes fouilles en Anahuac et dont nos collections du ïrocadéro possèdent quelques beaux spécimens. Ces pendants en pierre, en forme d’œufs, sont percés à leur grosse extrémité de deux trous qui se rejoignent, à (juelque distance de la surface, sous un angle plus ou moins aigu, de manière à permettre de les suspendre, dans la position même qu’ils alTectent sur le bas-relief dont nous terminons l’étude*.
La jaquette, le devantier et les ornements de bras et de jambes ne nous arrêteront pas longtemps. La jaquette est le tmxicolli, jaquette de toile que Sabagun assigne comme costume spécial aux ministres des idoles® ; le devantier ou maxlli n’est autre que l’extrémité de la bande d’étolîe qui forme la ceinture des prêtres sur la planche XXIII du manuscrit Kamirez (fig. 76); les bracelets correspondent à ces sartales dont parle Tezozomoc quand il décrit les ornements du Teuctlumacazfjui qiù va bénir les eaux du canal de (’^oyobuacan à Mexico*, enfin les sandales sont les cotat'as a lo antiguo de la même description, qui dilfèrent par l’absence de talonnières des cotaras modernes si souvent représentées®.
Les divers détails du costume de notre figure sculptée ne s’adaptent donc pas moins bien que les objets qu’elle porte dans
1) Op. cU. Explication des planches.
2) Les pendants en forme de cœur sont tout autrement conformés, et leur mode d’attache est bien différent de celui que je viens de décrire.
3) Sahagun, trad. cil,, p. 189 et 192.
4) « ... timbijüze y tiznôse la cara con una chamarilla justa azul, y setino la trente de azul, y asi mismo en la cabeza se puso su trenzado de garzotas blancas, bezoleras, orejeras de chalchihuitl , y en los brazos sartales, como los que traen las mujeres por corales, ...y traia un costal lleno de polvos azules y cotaras à lo antiguo... » {Cronica Mexicana escrita por ü. Hernando Alvarado Tezozomoc hacia el ano de MDXCVIU, anotada por el Sr. Lie. D. Manuel Orozeo y Berra. Ed. José M. Vigil. .Mexico, Ireneo Paz, 1878, gr. in-8, p. 5Gl.)
5) Cf. Humbmdt, pL cil., n“’ 1, 2, 3, 7. — Etc.
UN BAS-UELIEF AZTÈOUE DE LA COLLECTION UHDE 1 OO
les mains au personnage que nous y avons reconnu. Le basrelief (le Ulule représente bien un pontife de Tlaloc accomplissant une (les cérémonies les plus caractéristiques du rituel aztèque. Tout porte à croire que ce curieu.x. morceau a été détaché de quelque frise, qui devait mettre en scène les fêtes religieuses du mois iïetzalqualiztli.
DFXADES AMF.RICANJ;
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