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DANS LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE

(Journal de Zoologie, t. VI. 1877. — Paris.)

La coexistence de l'Homme et des grands Quadrupèdes de la formation des Pampas, est un problème qui n'a pas encore été résolu.

On a souvent parlé dans ces dernières années de quelques découvertes faites, dans cette formation, d'ossements humains mêlés à des restes de Glyptodons et de Mylodons, mais l'authenticité de ces découvertes est rendue suspecte par le caractère même de ceux qui les ont annoncées. Lorsque M. F. Seguin découvrit les célèbres

os humains décrits depuis par M. Paul Gervais (1), le savant directeur de notre Musée, M. Burmeister, publia une note sur le même sujet pour prouver qu'en réalité les os humains qu'on disait avoir été trouvés dans le terrain quaternaire, n'en provenaient en réalité point ; cependant M. Seguin garda un profond silence à ce sujet et peu de temps après s'embarqua pour la France emportant les prétendus restes de l'Homme diluvien qu'il céda au Muséum d'Histoire naturelle de Paris.

Plus tard, dans le Journal de Zoologie, M. Gervais inséra une communication adressé par M. Florentino Ameghino, dans laquelle cet auteur disait avoir rencontré dans un ruisseau appelé «Frias», prés de la petite ville de Mercedes, beaucoup d'ossements humains associés à des objets de l'industrie indienne et à des restes de Mammifères éteints.

(1) Journal de Zoologie, t. II, p. 231; 1873

Il est bon de rappeler que la Société scientifique argentine nomma une commission composée de personnes distinguées pour se trasporter à Frias et s'y livrer à des investigations afin de constater l'importante découverte annoncée par M. Ameghino ; mais cette excursion n'eut qu'un résultat négatif.

Tout récemment, en 1876, MM. Breton et Hos communiquèrent à la môme Société, le fait de l'existence, dans les environs de Luj an, d'un dépôt de fossiles consistant en restes de Mylodon et de Mégat'iérium, auxquels se trouvait mêlé un silex taillé en pointe de ]ance.

La Société confia à MM. Stanislas Zeballos et Walter F. Reid, la mission de visiter ce dépôt, afin de constater l'existence des fossiles qu'on y avait signalés.

Du rapport de ces messieurs, publié dans les Annales de cette Société, il résulte qu'il n'existe point de dépôt et que la pointe de lance n'appartient pas au terrain

quaternaire en raison de sa taille et de sa limpidité. On sait, en effet, que tous ces instruments, lorsqu'ils proviennent d' une époque préhistorique, présentent à la surface une teinte blanchâtre due à l'altération du silex.

D'autre part, MM. Heusser et Claraz (1) disent n'avoir jamais rencontré de vestiges de l'Industrie humaine dans le terrain diluvien, bien qu'ils prétendent en avoir trouvé aux environs du Rio-Salado, dans les dépôts d'alluvions.

Quant aux objets que l'on recueille dans les terrains de formation moderne, nos Musées renferment de nombreux échantillons, appartenant à l'âge de la pierre taillée et du bronze.

La totalité ou la majeure partie des objets de cette sorte observés dans la province Buenos-Aires ont appartenu à la vaillante nation des Querandi qui, selon Rr>

(1) Ifouv. Mêm. de la Soc. des se. nat., t. XXI ; 1865.

Diaz de Guzman (1), s'étendait du Rio de la Plata jusqu'aux Andes.

M. Francisco P. Moreno a donné, dans le Bulletin de l'Académie des sciences exactes, quelques notices sur des objets en pierre ayant appartenu aux Indiens qui habitèrent cette province.

Depuis quelque temps, il s'est fait aussi des découvertes d'un grand intérêt scientifique dont nous parlerons brièvement.

Don German Avé Lallemant (2) parle d'ossements de Guanacos rencontrés clans la caverne de FIntiguasi. Suivant cet auteur, le fond de cette grotte présente une ' couche argileuse dans laquelle on trouve beaucoup d'ossements qui ont été indubitablement attaqués par l'homme pour en retirer la moelle et ne présentent aucune trace de feu. M. Lallemant prétend aussi

(1) Historia argentina (Collection d'AngelU). — Voir aussi d'Orbigny, V Homme américain, t. II ; 1S39.

(2) Actccs de la Aoademia de dencias exactas de Côrdoba. t. I.

avoir trouvé un silex travaillé en pointe de flèche provenant de la même couche.

D'un autre côté , M. Burmeister qui s'est occupé de cette découverte dans une note de son important ouvrage consacré à la description de la république Argentine , assure que les ossements de Guanacos dont il s'agit, appartiennent à l'époque des alluvions préhistoriques.

Mais, suivant des renseignements publiés cette année dans la Nation, il aurait été fait récemment à Catamarca une importante découverte qui jette un grand jour sur les études archéologiques.

M. Liberani , professeur d'histoire naturelle au collège national de Tucuman, a trouvé dans les environs de Cafayate des cimetières indigènes.

Ayant ouvert un sépulcre, il y trouva un grand nombre d'objets curieux et entre autres des urnes, du maïs carbonisé , etc.

Dans sa correspondance il parle aussi

de coquillages marins, mais nous garderons, à cet égard, la plus grande réserve, car nous ignorons si les objets dont il s'agit ont été examinés par des personnes compétentes.

M. Moreno a , de son côté , découvert dans la lagune de Vitel, quelques échantillons de l'art de la céramique primitive pétris avec une terre mêlée de particules siliceuses et qui se rapprochent beaucoup des vases cylindriques et sans anses, trouvés avec des végétaux carbonisés et entre autres le Triticum vulgare dans des habitations lacustres , d.3 la période de la pierre, de Wangen (lac de Constance ).

Cette analogie remarquable entre les objets rencontrés dans notre pays et ceux trouvés à Wangen fait supposer une contemporanéité relative entre les industries primitives de ces deux localités.

Nous voyons donc, en résumé, que la coexistence de l'Homme et des grands

Mammifères éteints, est chose problématique et que les objets de l'industrie indienne appartiennent presque tous à l'époque des alluvions modernes antérieure à la conquête.

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