LE VERGER DE VEYTAUX
gent dans des massifs de hautes herbes et de lieurs; plus bas, une allée de noyers onibrage la route escarpée et pierreuse qui monte de Chillon à Vejtaux; puis des vignes étagées descendent jusqu'au niveau du lac, qui s'enferme ici dans un horizon plus intime pour ne laisser voir qu'une échappée sur un golfe de dix-huit lieues ; lac de cristal bleu, d'or fondu ou de plomb, selon l'aspect du ciel.
De rares voiles latines, des barques de pécheurs, des bateaux à vapeur glissent sur la lame étincelante ; les branches de marronniers tamisent le miroitement du lac et la réverbération de feu des rochers.
Au nord-ouest, Glion (le Rhigi vaudois), Caux et ses noires forêts surplombent notre nid de verdure; audessus du ravin creusé par le torrent de Veraye surgissent deux cimes, orgueil de la contrée ; la Dent de Naye aux âpres rochers et le cône vert du Chamosal, au collier de sapins.
Tel est l'horizon; telles sont nos frontières. Mais la pensée franchit sans cesse les murs crénelés qui séparent de son berceau l'enfant de la Bresse. C'est là-bas!... sur le revers de la Dole qu'on distingue fort bien de ce verger, c'est là qu'habite notre cœur.
Pourquoi sommes-nous ici"? Pourquoi si près et si loin d'une terre chérie? La reverrons-nous jamais? Ce n'est pas à moi à le dire. L'heure n'est pas encore venue de raconter les sept premières années d'exil à Bruxelles, si fécondes en douleurs. Mais en remontant le cours des seize années écoulées loin de France, la date de 1857 se détache plus sereine et légère sur le fond sombre et lourd d'un ciel étranger. J'y trouve pour toi des souvenirs consolants et doux; je n'en choisirai que les plus souriants; à toi seul appartient d'écrire les annales de l'exil.
Avant de rappeler comment la liberté et la grande nature nous ont attirés ici, jetons enseml)le un regard sur i'anncc qui a précédé notre départ de Belgique.
l'KEMIElUi l'ARTlE